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A)
A QUOI SERT L'ECRITURE ?
B) LES TROIS MYTHES CONSTITUTIFS DE LA
RELIGION CHRETIENNE
C) REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
ADDENDUM : SOLA
SCRIPTURA
A QUOI SERT
L'ECRITURE ?
Invitation à
chercher la Vérité
J'ai
beaucoup hésité à m'engager dans la rédaction du présent
ouvrage. Je voulais terminer la lecture de l'autobiographie
intellectuelle livrée récemment sous le titre de :
"Réflexion faite" par Paul RICOEUR, philosophe connu,
reconnu, estimé, voire admiré. Certes, je l'ai approuvé
dans son analyse du "Conflit des interprétations"
et dans la nécessité de passer de la sémiotique de
type saussurien à une herméneutique du texte, basée
sur la phrase première unité du sens du langage, que
Emile BENVENISTE appelait instance de discours (1).
Par contre, la théorie du texte dressée par l'auteur
ne m'a pas convaincu. Considérer que dans l'intersubjectivité
de l'écriture-lecture "est seul pertinent l'acte du
lecteur", "l'acte du poète (écrivain) est aboli dans
le poème proféré (lu)"...; que la lecture aboutit
à une redescription du réel, "celui qui appartient
au monde du lecteur", me conduit à me demander à quoi
bon écrire si mon travail doit fournir un fourrage
anonyme à l'appétit d'un lecteur quelconque?
Que deviennent mes intentions et mes recherches?
Je dois crier avec
Milan KUNDERA aux "Testaments trahis" (2),
si le sens d'un texte se rend autonome par rapport
à l'intention subjective de son auteur, intention
perdue. Peu m'importe en définitive que ce lecteur,
lui aussi sujet parlant, obéisse à la nécessité de
se désapproprier de lui-même, pour faire sienne la
chose du texte (3), si je ne suis
pas reconnu en tant qu'auteur. Or, un texte
ne se chosifie, me semble-t-il, que sous la forme
d'un livre ou autre document devenu objet de collection
sur un rayon de bibliothèque ou dans un tiroir. Le
texte ne devient tel que dans et pour une conscience,
dont l'activité spéculaire se déploie dans le flot
continu de l'inconscient, individuel et surtout collectif
(4):
- Soit la conscience de l'auteur, guidée par sa volonté,
qui projette ses états successifs par le moyen d'un
code accepté par sa Communauté;
- Soit la conscience d'un lecteur, intéressé par le
sujet du texte ou l'auteur ou les deux à la fois,
qui cherche attentivement à redécouvrir les intentions
de celui-ci, le sens de ses propos, leur part de vérité;
dialogue virtuellement avec lui, jusqu'à se nourrir
de son discours en se l'appropriant, "pour s'apercevoir
à la fin qu'elle(la vérité) est en soi-même. Il faut
déjà la posséder pour la discerner quand on la trouve"
(5). A
vrai dire, le sens d'un texte ne devient qu'artificiellement
autonome pour les besoins d'une construction intellectuelle
systématique propre à Paul RICOEUR; un texte-document
se caractérise pratiquement toujours par le nom de
son auteur (réel ou supposé) y compris les livres
de l'Ancien et du Nouveau Testament, l'Iliade et l'Odyssée
etc... Si je me hasardais à proclamer que "Le Lac"
n'a pas été écrit par LAMARTINE, il me faudrait prouver
sérieusement le plagiat ou le vol, et restituer le
poème à son véritable auteur dont je découvrirais
le nom. Si je prétendais être le père véritable de
"Réflexion faite" parce que j'ai lu l'ouvrage, relu,
corrigé, contesté, mangé, Paul RICOEUR ne manquerait
pas de me poursuivre en justice pour préserver ses
droits d'auteur.
Le sens d'un texte
se détache d'autant moins des intentions de l'auteur
que ce dernier écrit d'abord pour lui-même (6).
Pendant sa composition au fur et à mesure qu'il les
trace, il scrute chaque signe, chaque mot, chaque
proposition et phrase, chaque paragraphe; il les rature,
corrige, intervertit, modifie jusqu'à ce que le sens
dégagé apparaîsse le mieux adapté à ses fins.
Il lui faut se convaincre lui-même de la pertinence
de son propos avant de le figer sous forme de document:
"l'homme qui écrit ...c'est lui-même qu'il recherche,
c'est à lui-même qu'il dit d'abord ses secrets" (7)
Ecrivain et lecteur
sont en lui: Il se décrit lui-même en dévoilant "le
caractère depuis toujours autobiographique de toute
écriture" (8)
La solitude de l'auteur-compositeur
n'est que temporaire; l'usage d'un code, agréé par
beaucoup, dit son souci d'être lu et compris, son
besoin de dialogue, dans le cadre d'une intersubjectivité
générale qui permet à chacun de se connaître semblable
aux autres et différent d'eux. Reste que cette opération
souhaitée se heurte aux nombreux aléas de la transmission:
le texte-document prend souvent le chemin d'une bouteille
noyée dans l'océan des bibliothèques. On lit pour
comprendre mais:
"un petit nombre seulement rencontre la pensée d'un
autre" (9)
SAINTE-BEUVE disait
que la littérature n'est pas séparable du reste de
l'homme. L' oeuvre c'est l'homme. Se livrer à des
enquêtes policières sur un auteur parodierait complètement
l'analyse à laquelle il convient de procéder. PROUST
avait raison de déclarer: "un livre est le produit
d'un autre-moi que celui que nous manifestons dans
nos habitudes dans la Société; le moi de l'écrivain
ne se montre que dans ses livres" (10).
C'est ce moi-là qu'il faudrait débusquer par une lecture
attentive dégagée des contraintes exercées par la
subjectivité du lecteur, dont l'interprétation ne
coïncide pas naturellement avec celle de l'auteur
et qui y ajoute indéfiniment (11).
En bref, pour qu'un
lecteur soit à même de psychanalyser l'autre-moi de
l'écrivain pour le comprendre, il lui faudrait préalablement
se soumettre lui-même à une psychanalyse qui lui permettrait
de faire le"poids"de ses penchants naturels, afin
d'opérer les corrections nécessaires; vœu pieux! puisque
personne n'admettra que ses névroses ou complexes
pèsent sur ses jugements! (12)
Est-ce celà que P.RICOEUR
appelle "la reconnaissance des contraintes spéculatives"?
(13)Identifierait-il l'autre-moi
de l'écrivain proustien au "soi réflexif" dont son
autobiographie "intellectuelle" nous entretient si
abondamment?
Le "soi réflexif" constitue
l'image du sujet pensant ou se pensant; la réflexion
transmet mais ne produit aucune pensée. Selon NIETZSCHE:
"une pensée vient quand elle veut, de telle sorte
que c'est falsifier les faits que de dire que le sujet
"je" est la détermination du verbe "pense"... " Une
pensée vient (au philosophe) du dehors, d'en haut,
ou d'en bas comme des événements ou des coups de foudre,
à lui destinés" (14). KANT parlait,
lui, "d' intuition intellectuelle" : "sans intuition,
nos concepts sont vides" (15) . Finalement,
outre les philosophes et écrivains, chaque humain
possède un autre-moi, le "soi". Il ne se situe pas
dans la pointe extrême de nos "réflexions", mais dans
un "fond ténébreux d'où surgissent tout-à-coup à la
lumière des images qui enchantent un instant notre
esprit; elles le traversent comme un éclair"
(16). Mon "soi"
est le pôle principal de ma personnalité; il la relie
à l'inconscient collectif, fournisseur de mes intuitions
et "images primordiales"( 17) en
complément ou compensation à mes perceptions-sensations
transformées en sentiments. Cet inconscient représente
la mémoire de l'humanité dans ses diverses composantes,
et, au delà si tout est conscience comme je le pense,
la mémoire de notre univers. Il réhabilite mon imagination
qui de folle du logis devient source de mémoire. Il
introduit en ma conscience attentive la "mélodie secrète"
(18)émanée de ce que d'aucuns appellent
encore la création. En somme, pour accroître ma conscience,
ma personnalité, il me faut rapprocher mon "moi" de
mon "soi", ouvrir le premier aux intrusions du second,
rendre le premier plus sensible aux sollicitations
du second, préparer mon "moi" à cette fin en méditant
continuellement sur la globalisation des parcelles
que nous sommes dans l'unité de la supra-personne
dont nous procédons. J'écris donc pour
accélérer
ce que le vocabulaire jungien dénomme processus d'individualisation;
processus qui s'épanouira à ma mort, proche maintenant,
par la fusion des deux pôles de ma personnalité:
"Tout livre que nous avons écrit nous donne un certain
apprentissage de la mort qui est à la fois un accomplissement
et une résurrection" (19)
La mort, une transformation?
C'est la loi de nature, reconnue depuis le temps immémorial
que les humains rendent un culte à leurs défunts.
Reste l'angoisse profonde des circonstances du départ,
et le non-sens apparent de la fin; elle présente à
chacun la question de son destin, du sens de la vie,
de l'interprétation à donner à l'univers, interprétation
où s'enracine la religion: "perspective herméneutique
à travers laquelle regarder la vie" (20)
Mon âge avancé, la maladie,
certaines disparitions brutales m'ont rendu la perspective
de la mort pratiquement familière et, plus obsédant,
mon propre accomplissement.
Il ne s'agit pas tant de se préparer à sortir avec
élégance en souriant au nouveau monde, comme dans
le "Testament de Job'" où ses amis disparus
viennent dans son agonie
l'accueillir sur un char de lumière; mais de l'accepter
par avance en cherchant
dès maintenant à le découvrir.
Aussi bien, je me suis
inscrit pendant 15 années consécutives à la 5ème section
de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, à la Sorbonne,
section des sciences religieuses. L'E.P.H.E. est un
"paradis du travail scientifique" aux dires de J.BOTTERO.(21)
J' ai suivi assidûment
pendant tout ce temps les travaux de la conférence
sur les origines du Christianisme, et, pendant 7 ans
, simultanément, les études sur la Patristique de
langue grecque et l'histoire des dogmes. J'ai retenu,
que les écrits chrétiens, canoniques ou non, constituent
une littérature de romans épiques; une "immense force
sociale" pourvue d'un "pouvoir de séduction quasi-hypnotique";
les auteurs pour convaincre leurs lecteurs, c'est-à-dire
les captiver, ont disposé de leur art d'écrire comme
d'un "appareil à fabriquer l'illusion du réel" (22)
Il faut donc interpréter cette littérature comme telle,
et ne plus se réfugier derrière une supposée inspiration
divine pour échapper aux questions que suscite la
lecture de cette "Histoire Sainte" devenue depuis
l'invention de l'imprimerie un objet culturel comme
un autre dont la lecture n'est plus réservée aux seuls
chrétiens (23).
Bien qu'élevé dans la religion catholique romaine,
je me suis évertué à lire les textes canoniques chrétiens
comme un non-croyant anonyme de notre temps, en les
interrogeant compte tenu des connaissances et problèmes
de notre Société occidentale. J'ai donc pris le chemin
inverse à celui préconisé par les pasteurs des foules
"croyantes", fustigeant ceux qui ont le souci de faire
oeuvre d'archéologues ou d' historiens pour la raison
simple que
"la Bible a été écrite par des croyants pour des croyants"
(24).
De ce fait, mon propos
ne constituera pas une sorte d'apologie de la foi
chrétienne, ni un élément à rajouter à ce qu'on appelle
faussement le Retour du religieux. Ce phénomène, déjà
décrit par Alfred LOISY en Avril 1917 (25)
manifeste les frustrations et désespérances de
nos contemporains, qui, dans leur faim angoissée de
sécurité et d'identité, reviennent aux plis ancestraux
de nature rassurante. Mon propos n'est pas non plus
un manifeste d'athéisme; il se veut au contraire foncièrement
religieux; l'homme à mon avis ne s'accomplit réellement
que dans sa découverte et son union avec la supra-personne
dont il procède naturellement, dont il est une parcelle;
peu importe si cette parcelle est poussière de poussière
à l'intérieur de ce Tout-Conscience; le destin de
l'homme, me semble-t-il, consiste à reconnaître sa
dépendance, son insuffisance, et à rechercher dans
la méditation contemplative le surcroît de vie, qui
progressivement le transformera, éventuellement par
le moyen d'une extase ontologique illustrée jadis
par PLOTIN.
Je ne suis pas plus
un esclave romain, qu'un serf attaché à la glèbe,
décrit par LA BRUYERE sous les traits d'une bête aux
champs. Ceux-là pouvaient s'effrayer à la vue d'un
crucifix qui leur promettait les pires tortures s'ils
n'obéissaient pas scrupuleusement à la Loi "divine"
proférée par leurs maîtres. Je ne puis accepter de
voir, dans cette représentation dérisoire et carnavalesque
du pouvoir, l'image de mon Dieu (26).

Jérôme,père de la Vulgate chrétienne
.
LES TROIS MYTHES CONSTITUTIFS
DE LA RELIGION CHRETIENNE
Alfred LOISY a bien défini les trois mythes
constitutifs
de la religion chrétienne (27) :
Un mythe cosmogonique
Décrivant la création du Monde, des animaux et de
l'homme. Il a représenté durant 18 siècles environ
la vérité s'imposant à toutes les consciences, puisque
supposée d'origine divine. Nous en connaissons la
fausseté scientifique (28); ce qui
fonde son caractère purement mythologique, et, en
contrepartie, ruine notamment la notion de péché originel
(29).
Un mythe christologique
Le Sauveur Jésus Christ constitue l'élément essentiel
du Christianisme; mais il s'agit d'une figure très
ambiguë; si apparemment il tire une partie de son
nom des écritures juives, ses traits caractéristiques
viennent directement des fonds mythologiques traditionnels
indo-méditerranéens . La personnalité
de Jésus s'est recouverte progressivement, des origines
au Christianisme de Constantin, des vêtements les
plus divers; jusqu'à l'invention de la mise en croix
après, dit-on, le premier Concile de Constantinople
en 381, dont les actes, perdus, ont été reconstitués
et diffusés avec ceux du Concile de Chalcédoine tenu
en 451.La croix n'était plus alors "l'arbor
infelix", remplacée, depuis très
lontemps, par le supplice de la strangulation; elle
était redevenue le symbole millénaire
de la Fécondité.
La nature mythologique de la foi chrétienne est encore
renforcée, si possible, par la "naissance" du Sauveur,
confondue avec le retour du Soleil le 25 Décembre,
jour du nouveau Soleil -néos hélios = Noël -
L'opération s'effectua, vraisemblablement, pour
la première fois, le 25 Décembre 335. Jésus n'est-il
pas le Soleil de Justice? (30).La
croyance naïve trouvera toujours justification à cette
adoption-transformation par les Chrétiens, même si
tardive, des vieux mythes apolliniens et mithriaques.
Un mythe eschatologique
Le mythe n'est pas constitué par la seule destruction
de la Terre, prévisible, puisque scientifiquement
annoncée dans un avenir d'environ trois milliards
et demi d'années. Pour les Chrétiens, cette destruction
doit être précédée par un nouvel avènement du Sauveur
Jésus Christ, qui établira un règne de bonheur pour
les élus, d'une durée variable - peut-être mille ans
- avant de juger les vivants et les morts et d'ouvrir
les portes de son royaume céleste à ses fidèles.
Cette parousie glorieuse du Sauveur n'est pas sans
poser quelques problèmes: il lui faudra vraisemblablement
se réincarner dans le giron d'une vierge sans péché.
Cette nouvelle naissance se situera-t-elle à Betléem?
Y aura-t-il un nouvel Hérode pour tenter de le tuer?
Mille ans de bonheur terrestre suffiront-ils pour
que ses élus oublient enfin les injustices et souffrances
endurées ici-bas depuis combien de millénaires?
A vrai dire, cette croyance ne fait qu'exprimer le
besoin de vengeance dont rêvent tous les exclus des
diverses civilisations humaines: ils ne pourraient
pas vivre sans cet espoir, devenu certitude, de "lendemains
qui chantent". Les prolétaires communistes nous l'ont
annoncé il y a environ soixante dix ans, même si matérialistes,
et non religieux, Juifs ou Chrétiens. Il s'agit donc
d'une réaction psycho-sociologique naturelle compensant
une déréliction collective très douloureusement ressentie,
que l'imaginaire du groupe considéré incarne en images
venues des zones ténébreuses de l'inconscient! Les
circonstances historiques donnent des couleurs et
formes adaptées plus précisément aux déboires de la
catégorie concernée.
La littérature juive s'est illustrée par la publication
de plusieurs ouvrages eschatologiques juste avant
les débuts de notre ère ou dans les deux premiers
siècles de celle-ci; la croyance en une spécificité
nationale de ces écritures reposait sur la psychose
collective du "peuple élu juif"; cette littérature
n'exprimait qu'une réaction universelle devant l'adversité;
c'est pourquoi les Chrétiens se l'approprièrent à
leur tour en s'enfermant dans le même exclusivisme.
Le mythe chrétien comporte, outre la résurrection
des corps, quelques autres extravagances:
- D'une part
en effet il n'ouvre définitivement la porte du ciel
qu'après le Jugement dernier; où sont donc, entre-temps,
les glorieux martyrs et les vierges (31)
?
- D'autre part le mythe
suppose une existence de l'humanité jusqu'à la fin
de la Terre; or les conditions de l'évolution conduisent
actuellement les éthologistes à calculer en une dizaine
de millions de nos années la durée de vie de chacune
des familles animales; la race humaine serait donc
remplacée successivement par un nombre indéterminé
de nouvelles espèces dont nous ignorons tout, sinon
qu'elles bénéficieraient vraisemblablement d'une conscience
plus étendue; l'humanité en tant que telle ne serait
dotée que d'une capacité de vie assez brève au regard
du temps cosmique (32)
Je n'insisterai pas
sur les anthropomorphismes statufiés dans la conception
chrétienne du bonheur céleste: la vision béatifique
de Dieu en face à face; je reviendrai sur le contenu
de ces mythes, de ces "Histoires saintes", fabriquées
par les hommes pour donner une signification à leur
situation dans le Monde. Qu'ils aient fait Dieu à
leur ressemblance, Xénophane de Colophon au 6eme siècle
avant notre ère l'avait déjà démontré (33).Toutefois
l'anthropomorphisation atteignit dans la religion
chrétienne des sommets insurpassables: le chapitre
XX du décret de réforme générale adopté en 1563 par
le Concile de Trente stipule en effet que les biens
temporels qui relèvent du droit de l'Eglise appartiennent
personnellement à Dieu, et sont protégés par son patronage
(34)
La religion chrétienne
se dit la religion d'un livre sacré qu'elle adore
littéralement, reconnaîssant encore en lui l'inspiration
divine. De ce fait, elle n'adore que l'écriture de
scribes œuvrant à la demande ou avec l'autorisation
des Puissances de leur temps. La religion chrétienne
tente d'établir l'autorité sans limite d'un homme
sur des hommes par l'établissement d'une règle d'obéissance,
qui fait de la servilité absolue l'image de la condition
divine sur Terre. ( 35)
Entre autres raisons,
je ne suis plus chrétien parce que personne n'a jamais
pu m'expliquer pourquoi le salut de l'humanité, but
avoué du Catholicisme romain, exigeait de cette religion
qu'elle s'incarnât directement en un Etat théocratique,
donc totalitaire, succédant dès la moitié du 8ème
siècle à l'ancien Empire romain d'Occident, sous le
gouvernement de l'Evêque de Rome assisté de princes
de l'Eglise, et autres monsignori de sa cour. Certes
sa réduction actuelle aux dimensions du minuscule
Vatican lui confère un caractère anachronique, toutefois
sa constitution reste identique, aussi dictatoriale
que celle manifestée par la condamnation des Droits
de l'Homme, immédiatement après leur proclamation,
par le Bref de Pie VI Quod aliquantum du 10 Mars 1791,
comme étant contraires aux Droits de Dieu (36).
Si bien que les déclarations
actuelles d'ecclésiastiques exaltant la liberté, l'égalité,
la fraternité des hommes doivent être considérées
comme des propos de circonstance, même si sincères,
le Bref de Pie VI n'ayant pas été annulé postérieurement
par un nouvel écrit pontifical. L'humanité vit,
c'est-à-dire évoluera continuellement jusqu'à sa disparition
de la surface de la Terre qui conservera peut-être
des traces significatives de son éphémère existence;
ses connaissances et croyances changent de la même
manière, à tel point que les certitudes scientifiques
demeurent scientifiques dans la mesure où elles se
présentent comme des hypothèses que d'autres hypothèses
remplaceront (37). Au regard de ce
relativisme généralisé, le dogmatisme absolutisé de
l'Eglise catholique romaine apparaît impossible à
justifier. Le prouvent totalement les dispositions
adoptées par le Concile de Vatican l en 1869-1870
(38).
A l'évidence, le dogme
de l'infaillibilité du Pape compensait la perte des
Etats pontificaux en établissant un pouvoir plénier
et souverain sur l'Eglise répandue dans le Monde entier,
du fait que le Pontife romain est le vrai vicaire
du Christ. Les théologiens catholiques revenaient
donc aux années 1075, dans lesquelles Grégoire VII
se proclamait vicaire du Christ et prétendait de ce
fait dominer empereur, rois et autres puissances politiques
civiles et militaires.
La dogmatique sclérosée d'une telle pensée stupéfie;
elle mesure le degré d'atonie intellectuelle que provoque
un recours sans limite à la Tradition; elle n'a qu'un
intérêt pour l'historien des religions en lui démontrant
que le Christianisme moderne équivaut à celui d'après
l'an 1000. On justifie tout par la foi. Ce mot
de foi semble se revêtir d'une vertu magique, issue
du pouvoir fascinant des images que suscite la croyance.
Elle permet d'échapper à toute explication rationnelle
par le déroulement d'un flot continu d'allégories
typologiques et autres interprétations spirituelles.
Mais finalement, :
"la foi n'est sûre d'elle-même qu'à condition de ne
se point examiner" (39)
La foi chrétienne exprime ses mythes par la magie
de ses rituels liturgiques et de ses sacrements, analogues
aux rites et mythes du "totémisme australien" (40).
Selon Emile POULAT,
sociologue apprécié, nous sommes entrés dans une ère
post-chrétienne (41). L'incrédulité
à l'égard du Christianisme romain s'enracine à l'intérieur
de la religion par l'enseignement de "vérités divines"
oppressantes qui tendent perpétuellement à infantiliser
les fidèles. Cette incrédulité grandissante entraîne
le plus souvent un agnosticisme voire un athéisme
alimenté par le Catholicisme romain lui-même, incapable
de satisfaire les plus hautes aspirations religieuses
des individus de notre temps. Reste l'armée des fonctionnaires
du Vatican, des théologiens et spécialistes en tous
genres, traducteurs, exégètes, commentateurs, linguistes
etc .: tous les professionnels du divin qui vivent
concrètement de Jésus Christ, réalité littéraire du
canon des écritures chrétiennes. L'exercice de leurs
activités en ces travaux divers est une prestation
de services rémunérée dont ils tiennent à préserver
l'intégralité. Ils défendent âprement, par l'emploi
de moyens sophistiqués, un statut social, une influence
sur l'opinion publique, compte tenu du retour au "religieux"
dont profite occasionnellement leur vieille Eglise
rassurante ( 42 ).Participer à des
cérémonies, prier, chanter en collectivité, dégage
des émotions vives de solidarité et une certaine exaltation,
qui brisent au moins, momentanément, les solitudes
glacées de l'exclusion. Le Catholicisme romain reste
fidèle à ses origines en apportant aux plus démunis,
charriés dans les cahots de l'infra-société, les consolations
et les espoirs en une vie meilleure, sinon ici-bas,
tout au moins après la vie terrestre. L'illusion est
d'autant plus grande que les icônes, peintures, statues,
décorant les églises, matérialisent sensiblement l'imaginaire
appelé en compensation par les frustrations des fidèles
(43).Mais le Catholicisme demeure
également fidèle à ses origines en réduisant la majorité
de ses œuvres caritatives à un moyen de simple survie,
alors qu'une véritable tâche éducative pourrait donner
aux pauvres les moyens à long terme de quitter leur
pauvreté. Au nom de la Providence et du Christ en
croix, le Chrétien d'aujourd'hui, saisi par tant d'amour
divin manifesté à son égard, en vient à accepter sa
situation comme étant le chemin proposé à lui par
Dieu pour un gain au ciel.
Bref, je ne peux plus
professer la religion catholique romaine!
A côté d'un sentiment de profonde désillusion, l'étude
des conditions sociologiques à la naissance des écrits
canoniques chrétiens m'a amplement montré que l'Eglise
n'était pas une institution divine, mais bien humaine;
dès le 3ème siècle, un véritable parti formé de communautés
citadines pratiquant la solidarité entre leurs membres;
composées essentiellement de prolétaires et d'esclaves,
c'est-à-dire d'illettrés; dirigées dans le cadre des
lois romaines sur les Collegia par quelques aristocrates
déçus, diversement, par l'Empire romain. Depuis les
origines, les Chrétiens furent viscéralement opposés
à la civilisation de l'Empire et de l'Antiquité tardive,
jusqu'au début du 4ème siècle.
Là, un groupe de Chrétiens lettrés, formés dans les
paedagogia serviles de l'Empire
pour remplir les tâches courantes de l'Administration,
ont usé de leur puissance établie progressivement
pendant trois siècles pour " se convertir"à
Constantin en lui assurant l'adhésion et non plus
l'hostilité du parti Chrétien; c'est-à-dire, en donnant
ainsi à l'Empire une solidité dans l'union qu'il n'avait
jamais connue même au temps des Antonins; tout en
consolidant les intérêts de leur groupe de lettrés.(44) Il
n'y a pas de succession apostolique. Le Nouveau Testament
est une recherche éperdue par les Chrétiens du 2ème
siècle, de leur identité. Mes propos soulèveront l'hostilité
certaine de tous ceux qui refusent de s'interroger
sur leurs pratiques, pour raison de convenance sociale,
ou de Tradition. Communément, ils s'effaroucheront
de mon ton décapant et s'abriteront derrière les mots
de foi, blasphème, polémique ou autre ...En d'autres
temps, ils m'auraient brûlé pour mon apostasie, me
faisant l'insigne honneur de consacrer la liberté
de ma recherche par le feu du sacrifice. L'opposition
traditionnelle entre foi et raison représente une
fausse échappatoire: la foi ne peut être que le couronnement
des connaissances humaines d'un moment donné; certitude
relative, elle évoluera inévitablement avec celles-ci.
L'existence d'une tension entre foi et conscience
condamne une foi devenue dogmatisme et incapable de
s'adapter à l'évolution de l'humanité.
Je tente d'établir
les faits les plus probables pour baliser mon chemin,
mais l'on ne saurait condamner ma démarche pour raison
de subjectivité, puisque mes contradicteurs, encombrés
par leurs présupposés, sont logés à la même enseigne.
Aussi bien répéterai-je que Jésus Christ Sauveur,
n'ayant ni date de naissance, ni date de mort ni durée
de vie certaine, n'ayant laissé aucune trace concrète
de son passage sur Terre malgré de nombreux miracles
supposés, dont la vie se heurte aux réalités matérielles
les plus contraignantes de la Société où il se serait
incarné, n'existe que dans et par une certaine littérature
édifiée progressivement longtemps après sa prétendue
mise en croix. Je le répéterai sans esprit de polémique,
mais non sans la voix de l'ironie et par conséquent
de la dissension. Je revendique la responsabilité
de me situer en dehors du Système; je lutterai contre
la rhétorique de la conformité,
pour: " répondre au chant de l'autorité par le contre-chant
de la liberté..." ( 45 )

Fleur d' Adonis
NOTES ET REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
- -Cf. Paul
RICOEUR -in "Réflexion faite -Autobiographie intellectuelle"
Edité par Les Editions Esprit -Paris 1995 Pages 38
et 39.
- -Cf.
Milan KUNDERA -in "Les testaments trahis" -Edité par
Gallimard -Paris 1993. Page 297.
Milan KUNDERA s'élève avec vigueur contre les déformations
subies, du fait des lecteurs, par l'oeuvre d'un auteur
- -Cf. Paul RICOEUR -Op.Cit. -Pages 47, 48, 56, 57.
- -Cf. Maria TASINATO -in "L'oeil du silence" -Edité
par Verdier -Lagrasse 1989. Page 128
L'auteur cite abondamment "Les fragments posthumes"
(1881 -1882) de NIETZSCHE, dans lesquels le philosophe
allemand, à propos de la clepsydre à eau, rappelle
que l'homme apparaît inséparable du passé "étrange
lot que celui de l'homme, il vit 70 ans et il pense
être quelque chose de nouveau et sans précédent durant
ce temps là -et cependant il n'est qu'une vague dans
laquelle le passé des hommes poursuit son mouvement
"
- Cf. Louis LAVELLE -in "La parole et l'écriture"
-Edité par L'artisan du Livre 12ème édition -Paris
1950. Page 212
- Cf. Paul RICOEUR -Op.cit. "De la métaphysique à
la morale" Pages 85 à 115. Le philosophe se déchaîne
dans cette 2ème partie de son "Autobiographie intellectuelle",
et se plait à employer une langue tout à fait personnelle
dont seuls quelques fidèles goûteront l'ésotérisme.
La distinction entre: identité -mêmeté (idem) et identité
-ipséité (ipse) qui se combinent dans "l'identité
narrative", nous rapproche des records d'hermétisme
établis naguère par V.JANKELEVITCH dans son ouvrage
sur "la mort" .Où l'on voit bien qu'un Maître philosophe,
à la recherche de précisions de plus en plus fines
dans l'exposé de sa doctrine, pleinement accessible
à quelques disciples seulement, ne peut être un diseur
d'histoires en paraboles comme Jésus, selon les évangiles,
dont les auditoires successifs se comptaient par milliers
de personnes.
- Cf. L.LAVELLE -Op.cit. pages 191 à 201
- Cf. Maria TASINATO -Op.cit. pages 124 à 126
Cf. Paul RICOEUR -Op.cit. page 100 L'auteur illustre
parfaitement ce caractère autobiographique de toute
écriture lorsqu'il nous confie: "ce Dieu n'est au
mieux que le Dieu des philosophes, il n'a de commun
que le nom avec le Dieu qu'on peut prier" L'on comprend
bien que dans son enfance, adolescence et âge mûr,
P.RICOEUR ait prié le Dieu de "sa Bible", dont autrefois
ses grands-parents très aimés lui faisaient lecture
au moins une fois quotidiennement. Laisser penser
finalement que, seul, le Dieu de cette Bible peut
être prié, marque à nouveau l'exclusivisme attaché
à une religion du Livre, exclusivisme qui étonne chez
une personne aussi cultivée; outre l'erreur historique
commise au sujet du dieu des philosophes, que ceux-ci
ont prié et adoré jusqu'à l'extase; que l'on songe
à Plotin!
Page 82 La confidence nous conduit à saisir "le drame"
vraisemblable qui agite P.RICOEUR. Il précise que:
"il ne regrette pas le tour agnostique" des lignes
où il déclare qu'il ne peut dire en tant que philosophe
d'où vient la voix de la conscience, et soulève la
question du "rapport conflictuel -consensuel entre
ma philosophie sans absolu et ma foi biblique plus
nourrie d'exégèse que de théologie" Le poids affectif
très fort de l'éducation première biblique contre-balance
celui des connaissances acquises. Il en résulte dans
la conscience une coupure plus qu'un simple conflit
dont la solution est de nature psychanalytique; mais
la seule fréquentation de Freud, ce matérialiste positiviste,
ne saurait suffire puisque pour Freud toute religion
représente une maladie de l'âme.
- -Cf. L.LAVELLE -Op.cit. page 200
- Cf. Milan KUNDERA -Op.cit. page 310 Citation de
PROUST à propos de la polémique PROUST contre SAINTE-BEUVE.
- Cf. L.LAVELLE -Op.cit. page 200.
- Cf. Josette ELAYI -Jean SAPIN -in "Nouveaux regards
sur la Trans-Euphratène" édité par Brépols -1991 Dans
la collection "Mémoires premières" dirigée par J.C.Picard.
Page 117 :
Les auteurs s'interrogent sur l'utilisation des sources
textuelles à partir desquelles on construit une histoire;
ils prônent une autre lecture "dépouillée d'a priori
d'idéologisme moderne". Prenant Hérodote pour exemple,
ils souhaitent une étude de la personnalité et de
la mentalité des auteurs, de leur motivation et des
sources de leurs objectifs. Ils n'insistent pas suffisamment,
à mon avis, sur le fait qu'un historien aussi soucieux
soit-il d'objectivité, travaille inévitablement à
partir de son présent, de sa propre civilisation,
de ses présupposés personnels. L'historien projette
son époque et sa propre personnalité sur les siècles
qu'il veut "ressusciter" Les anachronismes s'enchaînent
à la suite, non pas dans la datation de faits objectivés,par
plusieurs sources simultanées, mais dans l'interprétation
de ces faits. Pour fixer mon opinion sur la
manière dont les historiens font l'histoire, je citerai:
-Georges DUBY in "L'histoire continue" -Collection
Points -Edité par Odile Jacob -Paris 1991.
Page 107 : "J'affirme non moins nettement ne pas croire
à l'objectivité de l'historien, ni que l'on puisse
distinguer en "dernière instance" le plus déterminant
des facteurs dont procède l'évolution des sociétés
humaines"
Page 113 Citation de Claude LEVI-STRAUSS" l'historien
sait bien et de façon croissante qu'il doit rappeler
à"la rescousse" tout l'appareil d'élaboration inconsciente"
Page 137 : "ma position,face au témoignage à la source
écrite s'est décidément renversée. J'avais demandé
jusqu'alors aux documents qu'ils m'enseignent la vérité
des faits dont ils avaient mission de conserver le
souvenir. Il m'était vite apparu que cette vérité
est inaccessible "
Page 154 " l'événement n'existe jamais
que par le rapport qu'on en fait"
Page 196 "Le champ des sciences de l'homme est parcouru
par des courants de profondeur, inaperçus, irrésistibles,
qui déplacent à certains moments l'ensemble des curiosités."
-Anatole FRANCE -in "Rabelais ou l'esprit français"
-Edité par les Editions de l'Arsenal Paris 1994.
Page 197 : "La postérité a parfois le sens épique
et légendaire qui grandit et simplifie; elle n'a jamais
le sens historique ni la perception du vrai. La tradition
opère les plus étranges métamorphoses et fait mener
aux héros qu'elle emporte avec elle une vie posthume
bien différente de celle qu'ils menèrent en chair
et en os".
Page 205 : "Mais, (comme) il est difficile, (comme)
il est peut-être impossible de sortir de son temps,
même à une époque où Michelet a fait de l'Histoire
une résurrection; (comme) enfin tous, tant que nous
sommes, nous ne cherchons, nous ne voyons que nous
dans autrui - "' - -PierreVALLIN -in "Le Canon
des écritures" -édité aux Editions du Cerf Paris 1990.
Chapitre X -page 552 :
"pour l'essentiel, l'Histoire est un art, non une
science "
Nous sommes là au coeur de nos préoccupations religieuses.
Cette déclaration cache mal le souci de dénigrer le
résultat des enquêtes historiques appliquées à l'étude
du canon chrétien, confondues avec des impressions
esthétiques personnelles, pour se protèger : "contre
la surestimation des résultats auxquels on peut ou
devrait parvenir par les méthodes critiques" Ce souci
est infondé. En effet:
D'une part, vouloir prouver l'inspiration divine du
canon chrétien parce que: "dans la lecture même, ce
Livre-là s'auto-atteste comme parole qui fait vivre.
Une joie de lire ce Livre-là se fait reconnaitre comme
oeuvre de l'Esprit qui fait vivre" -(page 554)
Cette volonté de prouver s'annihile d'elle-même. La
formulation trop générale utilisée par l'auteur, l'enthousiasme
submergeant provoqué par la lecture du "Livre-là"
placent tous les livres du "Livre-là", tous les chapitres
d'un de ces livres, sur le même plan; ce que personne
ne saurait accepter. Le "Livre-là" contient trop de
pages qui crient vengeance, pleines de fureur et de
sang, de stupre, d'assassinats, pour y voir une inspiration
divine; sans omettre la grande lessive du déluge.
Qu'y-a-t-il de moins attristant que le récit de la
passion et de la cruxifiction? Faut-il penser que
l'Esprit ne visiterait plus les chrétiens éplorés
au souvenir de la mort de leur Dieu? En outre, trop
d'ouvrages autres que la Bible nous apportent des
paroles de vie au moins aussi fortes et une joie de
lire au moins aussi profonde. On ne peut pas établir
la réalité de l'inspiration "divine" par l'unique
emploi d'arguments si subjectifs. La foi en "l'inspiration
divine" du "Livre-là" reste bien: : "comme un préliminaire
spécifique à la lecture de la Bible" (page 544). Ce
dogme de "l'inspiration divine", inspiration confondue
avec des états psychologiques bien étudiés depuis
au moins deux siècles, ce dogme autoproclame son absurdité.
D'autre part, l'auteur présente une certaine méconnaissance
de la communauté d'origine des arts et des sciences;
il s'agit de deux voies différentes par leurs techniques
d'accroitre les connaissances fondamentales et pratiques
des hommes, mais l'une et l'autre représentent un
effort subjectif ou intersubjectif d'accéder à la
"réalité" à travers figures, monuments, ou formules.
La méthode scientifique la plus rigoureuse consiste
dans son élaboration en un choix continuel de paramètres,
qui sollicite sans cesse l'appréciation d'un sujet,
dont les réflexions sont nourries de ses intuitions.
- Cf. les réponses d'Alain CONNES mathématicien, professeur
au Collège de France à J.P.CHANGEUX neurobiologiste,
-in "Matière à pensée" Edité par Odile Jacob -Paris
1989. Les instruments scientifiques utilisés dans
les expériences sont en outre fabriqués en vue de
telle ou telle fin, concrétisant l'intersubjectivité
puissamment à l'oeuvre des concepteurs et des réalisateurs.
Les origines des arts et des sciences s'enracinent
dans le même fond ténébreux de l'inconscient collectif,
coloré différemment en chacun par le jeu de ses refoulements
personnels. L'expression technique des connaissances
est déterminée par les aptitudes du sujet sans que
l'on puisse faire crédit plus à une technique qu'à
l'autre; cependant, le scientifique se réfère plus
souvent à l'art que l'artiste à la science
- Cf. François DAGOGNET -in "Ecriture et Iconographie"
édité par Librairie Vrin -Paris 1973. Page 12 : "Nous
osons donc confondre art et science"
-Albert de PURY' -in "Le Pentateuque" -Edité par Les
Editeurs du Cerf Paris 1992. Chapitre V -page 206
: "On sait depuis longtemps que l'Histoire ne se produit
pas toute seule, qu'elle n'existe pas en elle-même.
L'Histoire est toujours construite par ceux qui la
racontent, et la construction de l'Histoire oblige
ses artisans à opérer un choix entre les traditions
disponibles et à sélectionner les témoignages non
seulement dignes, à leurs yeux,d'être retenus, mais
avant tout utiles pour la communauté à laquelle ils
s'adressent. On sait également que la sélection porte
non seulement sur le choix des traditions mais aussi
sur leur interprétation "
- Cf. Paul RICOEUR -Op.cit. -page 37
- Cf. Milan KUNDERA -Op.cit. -citations de NIETZCHE
-page 177
- Cf. R. ElSSLER -in "Kant-Lexikon" -Edité par Gallimard
-Paris 1994. Article: Intuition -pages 565 à 568.
- Cf. L.LAVELLE -Op.cit. -page 243.
- Cf. G.BACHELARD in "L'air et les songes" -Livre
de Poche 4161 - Librairie José Corti -Paris 1943
Gaston BACHELARD appelle ces images primordiales "images
dynamiques premières" Un poète dit-il (page 62) "en
se confiant à l'imagination, il s'adresse à la réalité
psychique première:
"l'image les mages ne vieillissent pas, l'imagination
est le principe d'une éternelle jeunesse"
- Cf. TRINH XUAN THAN -in "La mélodie secrète" -édité
par Gallimard Folio Essais -Paris 1991.
Astrophysicien, l'auteur a participé en compagnie
de Jean BOTTERO, Thomas ROMMER, J.C.CARRIERE et d'autres
personnalités, à un colloque organisé le 5 Octobre
1996 à La Sorbonne -Paris, par le Groupe de liaison
pour l'action culturelle et scientifique (Glacs, 16
rue de la Glacière 75013 Paris); le thème du colloque
portait sur les récits d'origine.
Sans doute limité par le temps, l'auteur n'a pas assez
ouvert, à mon avis, son exposé sur les questions en
suspens aujourd'hui: frontières de notre univers (composé
de cent milliards de galaxies, une galaxie valant
cent milliards d'étoiles), présence éventuelle d'un
nombre indéterminé d'autres univers; hypothèse d'un
"big crunch" marquant dans le temps cosmique la fin
de l'évolution d'un univers à partir de laquelle naîtrait
par un "big' bang" un nouvel univers, formant ainsi
des cycles répétitifs en nombre indéterminé,
Le Glacs diffusait à cette occasion un livre intitulé
"Au commencement, Big Bang, Genèse et autres récits"
de Madame M.S.DETOEUF. L'ouvrage, très bien illustré
et composé, souffre d'un manque de corrections qui
s'est traduit par quelques erreurs:
-Saint-Augustin apparaît ainsi sous les traits d'un
évêque de Carthage au 4ème siècle
(Page 49), au lieu d'Hippone.
-
Jésus, lui devient un "jeune contestataire juif",
déclarant à ses disciples: "je suis la vérité, je
suis la vie" (page 75)
Il aurait fallu pour le moins appuyer ces affirmations
par des références précises à un texte évangélique,
car prétendre que Jésus se soit proclamé Dieu, relève
plus d'une foi ancestrale issue d'une lecture trop
rapide des textes, que d'une sérieuse interprétation.
L'on a toujours grand-peine à découvrir que Jésus,
suivant certains livres, l'Evangile dit de Marc par
exemple, n'a créé ni doctrine ni institution. Après
tant de siècles d'endoctrinement, l'on a toujours
autant de difficulté, à distinguer l'événement littéraire,
que représente la vie de Jésus à
travers le Nouveau Testament, d'un événement historique
établi dans sa vraisemblance par la convergence de
plusieurs sources de nature différente. Quels auteurs,
Grecs ou Romains, du premier siècle de notre ère ont
raconté de telles histoires à propos d'un nommé Jésus?
Qui l'a qualifié de Galiléen avant Julien dit l'Apostat
en 362?
- Cf. L.LAVELLE -Op.cit. -Page 190
- -Cf. Aldo GARGANI -"L'expérience religieuse comme
évenement et comme interprétation" in "La religion"
-édité par Le Seuil - Paris 1994
Page 126. Cet ouvrage collectif a été publié à la
suite d'un séminaire réuni à Capri en Février et Mars
1994; avec la participation notamment de J.DERRIDA,
G.VATTIMO et H.GADAMER
Cf. F.LAPLANCHE in "La Bible en France -Entre mythe
et critique -16ème, 19ème siècle " Dans le même
ordre d'idée, F.LAPLANCHE cite E.QUINET dans: "Le
génie des religions" (1841) :
"Même les plus égarés écoutent en naîssant la
révélation de Dieu par la voix de l'Univers. Il n'en
est pas un seul dont l'occupation ne soit de saisir,
d'interpréter cette parole que l'Eternel prononce
dans la création".
Page 139 A propos de
Littre :"chaque religion, pour se voir reconnaître
un rôle dans l'Histoire, doit payer un double prix:
admettre qu'elle est elle-même soumise à un processus
d'évolution interne et reconnaître qu'elle est toute
entière embarquée dans la vaste aventure de l'esprit
humain"
Page 154 A propos de E.RENAN : "La base de cet
intérêt prioritaire (du savant) pour la religion
est que celle-ci constitue une expression tout à fait
primitive de l'esprit humain" En fait "l'inspiration
divine" notamment des écritures chrétiennes est la
révélation de l'esprit humain à lui-même.
- -Cf. J.BOTTERO in "Babylone et la Bible" -édité
par Les Belles Lettres -Paris 1994. Page 50.
L'auteur a même précisé: "un incomparable paradis
du travail scientifique"
- Cf. Milan KUNDERA Op.cit. Page 185 : "Pour captiver
son lecteur, le romancier dispose alors de tout un
appareil à fabriquer l'illusion du réel Puisque les
personnages doivent paraître "vivants", il faut rapporter
à leur sujet le plus d'informations possible"
- Cf. Christoph THEOBALD -in "Le Canon des Ecritures"
-édité par les Editions du Cerf. Paris 1990 Introduction
-Page 7 : "Un événement concerne le Canon des Ecritures,
dont l'importance est encore difficile à évaluer L'imprimerie
qui a canonisé le Canon des catholiques. celui des
protestants et celui du peuple juif, en faisant de
la Bible un best-seller, l'a rendu du même coup indépendante
de ses groupes porteurs. Que le Livre soit devenu
depuis peu un objet culturel, exposé aux regards d'un
chacun et à la lecture de qui veut, doit interroger
les chrétiens qui se réclament de lui parce qu'ils
prétendent y entendre la "parole de Dieu" qui
fonde leur existence individuelle et collective"
Avant Gutenberg un texte se nourrissait de ses variantes.
Cf. Les Conciles oecuméniques -Les Décrets -2-, Edité
par les Editions du Cerf -Paris 1994. La Bible objet
culturel, c'est ce qu'admet, avec réticense semble-t-il,
la Constitution Dei Verbum du 18 Novembre 1965 du
Concile Vatican II, dans son chapitre VI intitulé
"La Sainte Ecriture dans la vie de l'Eglise",
in fine: "En outre, que l'on procure des éditions
de la Sainte Ecriture, munies d'annotations appropriées,qui
puissent servir même aux non-chrétiens et qui soient
adaptées à leur situation " L'on appréciera le "même
aux non-chrétiens" ceux-ci étant cinq fois plus nombreux
que les catholiques romains, au bout de deux mille
années d'exposition de "la seule" doctrine divine.
- Cf. Revue mensuelle "Prions en Eglise" -Numéro 107,
Novembre 1995 -Edité par Bayard Presse.
Pages 10 et 11, une Histoire Sainte: "Dans la Bible
ne cherchons pas l'histoire, mais "l'Histoire Sainte".C'est
le mot "saint" qui a le plus d'importance et qui éclaire
"l'histoire". Ceux qui ont commencé bien des années
après Pâques à écrire les évangiles
.....n'ont pas ( eu ) le souci de faire oeuvre d'archéologue
ou d'historien, mais bien de transmettre la foi en
ce Christ toujours vivant près de Dieu Les évangiles,
eux aussi, font de "l'Histoire Sainte"; les évangiles
ont pour objectif premier de nous faire découvrir
et partager la foi des premières communautés chrétiennes
En conséquence faire une lecture sainte de la Bible,
c'est d'abord écouter comment des croyants de jadis
à partir de leur vie, à partir de leur histoire, ont
reconnu en Jésus l'envoyé de Dieu, le Seigneur de
tous les hommes. Ainsi la Bible a été écrite par des
Croyants pour des Croyants"
Cf. Les Conciles oecuméniques -Op.cit. Page 1985 (
chapitre V -18 et 19 -Le Nouveau Testament)
Mais comment une histoire même sainte pourrait cesser
d'être une histoire? Le Concile Vatican II insiste
sur l'historicité des évangiles:
-18 : "Les
Evangiles l'emportent à bon droit, du fait qu'ils
constituent le principal témoignage sur la vie et
la doctrine du Verbe incarné notre Sauveur; toujours
et partout l'Eglise a tenu et tient que les quatre
évangiles ont une origine apostholique "
-
19 : "La Sainte Mère Eglise a tenu et tient fermement
et avec la plus grande constance que les quatre évangiles
mentionnés, dont elle affirme sans hésiter l'historicité,
transmettent fidèlement ce que Jésus, le fils de Dieu,
du temps de sa vie parmi les hommes, a réellement
fait et enseigné pour leur Salut éternel"
- Cf. A.LOISY in "La Religion" -édité par E.Nourry
-Paris 1917
Page 31 : "Il y avait, nous assure-t-on, avant la
guerre, un certain renouveau religieux et moral parmi
la jeunesse, mais combien avons-nous connu de ces
renouveaux depuis 1870 qui n'ont guère laissé de traces
que dans la littérature Après tout, c'est au sein
même du catholicisme que s'est propagé l'ébranlement
des croyants"
- Cf. Pascal QUIGNARD -in "Le sexe et l'effroi" -édité
par Gallimard,Paris 1994
Page 79 : "Un ludibrium fonde l'histoire chrétienne.
La scène primitive du Christianisme - le supplice
servile de la croix réservé à celui qui se prétend
Dieu, la flagellation, l'inscription Jésus nazaréen
roi des juifs, le manteau pourpre, la couronne royale
faite d'épines, le sceptre de roseaux, la nudité infamante
- est un ludibrium conçu pour faire rire "
(ludibrium = objet de moquerie; c'est aussi un épouvantail).
- Cf. A.LOISY -Op.cit.
Pages 273 à 276 : L'économie chrétienne
du salut n'a pas aboli, elle a continué, sans la mener
à terme, l'oeuvre des humanités, des religions et
des siècles qui ont précédé son avènement. Elle repose
en effet sur trois mythes dont l'énoncé distinct est
facile à reconnaître dans les plus anciens formulaires,
le symbole dit des Apôtres, qui sert encore de profession
de foi baptismale et le symbole dit de Nicée qui se
chante aux messes solennelles. Ces trois mythes sont:
le mythe cosmogonique, le mythe christologique ; le
mythe eschatologique
Cf. Conciles œcuméniques -Op.cit. Page 1975 -chapitre
l -4 - La révélation elle même
" Ainsi donc, l'économie chrétienne, du fait qu'elle
est l'alliance nouvelle et définitive ne passera jamais
et aucune révélation publique ne doit plus être attendue
avant la glorieuse manifestation de notre seigneur
jésus christ ... "
La pensée de l'Eglise romaine nie définitivement toute
évolution!
- Cf. Missel Vespéral -Paroissien expliqué et commenté
par A.FLEURY - Edité par Marne à Tours -Editeurs pontificaux
-12ème édition, imprimatur du 16 Janvier 1942.
Page XXVII -Calendrier liturgique du mois de Décembre
-25 Décembre - La Nativité: "L'an depuis la création
du Monde, 5199 ; depuis le déluge, 2957; depuis la
naissance d'Abraham, 2015; depuis Moïse et la sortie
du peuple d'Israël d'Egypte, 1510; depuis que David
fut sacré roi, 1032; la 42ème année de(*) l'Empire
d'Auguste, toute la Terre jouissant d'une grande paix,
Jésus Christ Dieu Eternel et fils du père Eternel,
voulant consacrer le Monde par son avènement naît
à Bethléem- de Juda, de la glorieuse Vierge Marie
(Martyrologe romain)"
(*) Octave fut nommé par le Sénat, Auguste et impérator,
27 ans avant notre ère.
Cf. Les Conciles oecuméniques -Op.cit. Page 1973 -Chapitre
l -- 3 -- La révélation elle-même "En créant et en
conservant toute chose par le Verbe, Dieu s'est en
outre manifesté lui-même à nos premiers parents "
Cf. L'Invention de la Préhistoire -Edité par Presses
Pocket -Paris 1992 Page 343 -Chronologie des découvertes
"Année 1901 -BREUIL, CAPITAN et PEYRONI découvrent
les grottes ornées de Font-de-Gaume et des Combarelles.
Ils présentent leurs découvertes à l'Académie des
sciences"Certaines gravures de ces grottes ornées
étaient peintes au Magdalénien moyen ou supérieur,
soit entre 14000 et 9500 avant notre ère. Lorsque
l'Abbé BREUIL faisait progresser la nouvelle science
de la Préhistoire il s'enfonçait littéralement dans
les cavernes de l'hérésie !
- -Cf. Else WALRAWENS -in "Le siècle des lumières
et la Bible" Tome VII de la série "La Bible de tous
les temps" -Edité par Beauchesne - Paris 1985.
Pages 579 à 597 : "La Bible chez les libres-penseurs
en Allemagne: Samuel REIMARUS et Johan EDELMANN"
Je ne suis évidemment pas le premier à nier l'existence
du péché originel. REIMARUS et EDELMANN l'ont fait
bien avant moi et ont supporté les conséquences que
leur valut la liberté de leurs opinions.
- -Cf. H.Irénée MARROU -in "L'Eglise de l'Antiquité
tardive" -Edité par Le Seuil, Collection Points-Histoire
-Paris 1985.
Page 98 : "La commémoration de la Nativité au 25 Décembre
apparaît à Rome quelques temps avant 336 : il semble
bien que le christianisme triomphant se soit annexé,
en lui imposant une signification nouvelle, la fête
païenne de l'anniversaire du Soleil Invaincu dont
l'Empereur Aurélien en 274 avait cherché à faire la
religion commune de l'Empire: le Christ n'est-il pas
le vrai Soleil de Justice?"
Cf. J.CARCOPINO -in "Etudes d'Histoire chrétienne"
-Edité par Albin Michel Paris 1953. Pages 265 -266
: L'auteur analyse la Dépositio Martyrum Romae compilation
achevée entre le premier Janvier et le deux Octobre
336:
"Les dépositions se succèdent aux dates des martyres
commémorés mois par mois dans l'ordre du calendrier
chrétien, depuis le 8 des calendes de Janvier, c'est-à-dire
le 25 Décembre -Natus Christus in Bethléem Judae -
jusqu'au 13 Décembre suivant; c'est le premier témoignage
écrit du Noël chrétien."
Cf. LAROUSSE "Grand Dictionnaire encyclopédique" (
Edité hors commerce par LAROUSSE -Paris 1984.) Tome
XI -Page 7411 -Article Noël: "La fête de la naissance
du Christ était célébrée à Rome au moins dès l'année
336" Dès maintenant il faut souligner que l'assimilation
de Jésus au Soleil Invincible n'avait aucune signification
historique.
L'on célébrait joyeusement "le retour annuel" du Soleil,
par une fête rituelle, qui cachait mal la crainte
éprouvée anxieusement de le voir englouti pour toujours
par les ténèbres triomphantes de l'automne.
Quant à la localisation à Bethléem de Judée, faite
par la Depositio Martyrum Romae, il convient de se
reporter à l'ouvrage exceptionnel de M.HALBWACHS,
"La topographie légendaire des évangiles en Terre
Sainte" - Edité par P.U.F. Paris 1971 - Pages 50 à
63.
Cf. Maurice SARTRE - in "L'Orient romain" - Edité
par Le Seuil - Paris 1991. Page 60 : A propos des
Princes et clients comme Hérode le Grand: "A l'inverse,
tout contribuait à abaisser le souverain client et
à souligner sa dépendance à l'égard de l'Empereur
puisqu'il lui devait jusqu'à son titre même" Le roi
des Juifs était, en droit, Auguste, qui déléguait
ce titre à Hérode le Grand; Hérode était un rex datus.
Ce fait souligne l'anachronisme du discours des Rois-Mages
venus saluer le roi des Juifs qui serait né près de
Jérusalem, alors que le roi des Juifs régnait en droit
à Rome. L'auteur complète son avis par la citation
suivante (1 GR-IV -145) : "Attendu que le Nouvel Hélios
Gaius César Auguste Germanicus a voulu ...."
Nouvel Hélios, étymologie de Noël, constituait donc
un titre impérial: L'Empereur était assimilé au Soleil,
à la fois Apollon et Mithra; à plus forte raison le
Christ des chrétiens, Roi des Rois, le seul Empereur.
Cf. Jean DANIELOU - in "Les origines du Christianisme
latin" - Edité par Desclée-Cerf - Paris 1991. Pages
111 à 114 -"De Pascha Computus"
Ce texte vise à fixer la date de la Pâque de 243...
" Il établit une assimilation totale de Jésus au Soleil;
ainsi, Jésus serait né le mercredi c'est-à-dire le
4ème jour, celui où a été créé le Soleil". Page
113 : "C'est le plus antique témoignage de la relation
établie entre la Nativitas Christi et le Natale Solis"
; toutefois dans l'opuscule il s'agit du sept des
calendesd'Avril. Or le sept des calendes d'Avril correspond
à l'équinoxe du printemps le 25 Mars.
Robert TURCAN nous indique dans "Les cultes orientaux
dans le Monde Romain" (Les Belles Lettres -Paris 1989)
Page 52 : "Le 25 Mars, on proclamait la résurrection
d'Attis", Attis dont les funérailles avaient eu lieu
la veille par le truchement de l'enterrement d'un
pin, arbre de vie, substitut de la croix représentation
millénaire de la fécondité. C'était le jour des Hilaries,
réjouissances populaires, fête du printemps et de
la vie retrouvée Le 26 Mars était le jour du repos
et le 27 Mars se situait la procession du bain. En
bref, au milieu du 3ème siècle, certaines communautés
chrétiennes plaçaient la naissance de Jésus au 4ème
jour de la création dans les lointains brumeux de
la Genèse, bien avant l'apparition de l'homme, c'est-à-dire
des commencements de l'Histoire; ces chrétiens célébraient
un évènement cosmique et non historique.
En outre, le rappel indirect des rites métroaques
du culte de la Grande Mère Cybèle nous conduit à nous
souvenir que le phrygianisme, solidaire du loyalisme
civique et du culte impérial, était répandu dans tout
l'Empire; Attis jouait surtout un rôle funéraire,
comme protecteur des morts et incarnation divine de
leur espérance posthume. Dans certaines provinces
le phrygianisme officiel restait solidaire de la romanisation.
Jusque dans la seconde moitié du 4ème siècle l'aristocratie
"païenne" resta passionnément attachée au
culte métroaque. Les dendrophores ou porteurs du pin
d'Attis ne furent officiellement supprimés qu'en 415.
L'adhésion obligatoire au Christianisme à la fin du
4ème siècle suscita inévitablement un syncrétisme
puissant. Pour que la nouvelle religion officielle
pût être acceptée par les païens, il fallait bien
qu'elle contint de nombreux éléments familiers à ces
foules, dont les sentiments habituels à l'égard du
Christianisme s'exprimaient par le plus vif mépris
voué à une religion d'illettrés.
Sous Constantin, la fusion des cultes intervient comme
naturellement le 25 Décembre de chaque année, le Dieu
Soleil étant vénéré désormais sous le seul nom du
Christ dont la royauté céleste effaçait celle de Mithra
et d'Apollon, par la volonté de l'Empereur agissant
en tant que Pontifex Maximus.
Toutefois, comme le rappelle R.TURCAN in "Mithra et
le Mithriacisme" (Belles lettres - Paris 1993) Pages
27 et 96 -Mithra était accompagné habituellement
par des Mages:
"La tradition littéraire hellénique liait Mithra aux
Mages"*Il naissait d'un rocher, une grotte, avec l'aide
de bergers. D'où l'inclusion dans les deux évangiles
dits de Matthieu et de Luc des épisodes des Rois Mages
et des bergers afin de rendre cette naissance du Christ-Soleil
tout à fait acceptable "aux nombreux païens".
Ces deux passages établissent l'équivalence entre
Jésus et Mithra, et apportent une justification à
la christianisation du Soleil.
La datation de ces récits au 4ème siècle expliquerait
les anachronismes commis par les "évangélistes" faisant
rechercher par les Mages aux environs de Jérusalem
un roi des Juifs régnant à Rome, qui ne pouvait être
ni Hérode - Rex Datus, ni Jésus.
Toutefois, les chrétiens ont alors accompli une appropriation
totale, non seulement de la Septante, mais des lieux
autrefois juifs en Palestine; ils sont devenus totalement
le nouvel Israël; les "évangélistes" ont-ils désigné
par Roi des Juifs le Roi des chrétiens?
En fait l'élément essentiel de ce mythe christologique
disparaît complètement dans les commentaires habituels
sur la "crèche", dont on fait volontiers remonter
l'origine à Saint François d'Assises, et la naissance
du Sauveur. Celui-ci, en tant qu'Enfant Divin, n'a
aucun précédent dans les Ecritures juives qu'il ne
saurait venir accomplir. Ces dernières contiennent
bien des naissances miraculeuses, par exemple celle
d'Isaac; mais les enfants nés ainsi restent des enfants
d'hommes.
Le dernier exemple nous est fourni par l'évangile
dit de Luc, dans la naissance de Jean-Baptiste.
"L'Enfant-Divin" relève directement des traditions
à la fois grecques, perses, égyptienne, puis romaines.
Auguste lui-même, non seulement héritier des Julii
issus de Vénus, est né de l'union de sa mère et d'Esculape-Apollon.
L'histoire gréco-orientale -égyptienne abonde d'enfants
- divins; chaque roi était vénéré comme un fils de
Dieu. Dans ce contexte, les écritures chrétiennes
relatives à là naissance de Jésus s'enracinent donc
dans une tradition non juive.
* Ceux-ci l'ont introduit en Perse et propagé son
culte jusqu'au Proche Orient
- -Cf.CYPRIEN DE CARTHAGE -in "Traités" -édité par
Adrien Le Clère et Cie -Paris 1842 -Traduction de
l'Abbé de GENOUDE.
Traité N° 2 : "Des laps ou de ceux qui ont failli
dans la foi pendant la persécution" L'accès au ciel
est subordonné au jour de la Grande Sentence, quand
le peuple chrétien comparaîtra devant le Tribunal
du Christ assis sur les ruines du Monde; y compris
les martyrs, dont les âmes, sous l'autel, crient à
haute voix
Page 365 "Seigneur, qui êtes Saint et Véritable, jusqu'à
quand différerez-vous de juger et de venger notre
sang sur ceux qui habitent la Terre?" " Il leur est
ordonné d'attendre encore quelques temps tranquillement
et avec patience "
Voilà donc 17 siècles que ces martyrs, "dont la gloire
est la première de toutes les gloires" (Traité no1
- Op.cit. - page 351) attendent toujours sous l'autel
d'être vengés par la venue de leur Christ!
L'économie "païenne" du Salut restait beaucoup plus
satisfaisante: le jugement des âmes ne s'éternisait
pas; les Champs Elysées s'ouvraient au moins une fois
l'an pour accueillir les Justifiés
- Cf. Boris CYRULNIK -in "Les nourritures affectives"
-édité par Odile Jacob Paris 1993.
Page 241 : "En débarquant sur Terre, toute espèce
vivante possède une espérance de vie de sept millions
d'années. Nous venons donc de naître puisqu'il n'y
a que trois millions d'années que nous nous arrachons
à l'animalité, que nous marchons sur nos pattes postérieures!
Il n'y a que trente mille ans que nous sommes devenus
"savants" que nos récits racontent les mythes qui
nous façonnent et que nos techniques utilisent les
lois de la nature. Nous avons encore droit à quatre
millions d'années!"
- -XENOPHANE de COLOPHON.
Ce philosophe est d'autant plus important que pratiquement
oublié. Quelques écrivains se sont préoccupés de rappeler
ou de traduire ses penssées :
-A.MOMIGLIANO "Sagesses barbares" -Edité par Gallimard
-Paris 1991 page 137, le situe à l'arrivée des Perses
en Ionie vers 545 avant notre ere.
-Moses FINLEY "On a perdu la guerre de Troie" -Les
Belles Lettres -Paris 1990 page 33 critique avec Xénophane
l'image qu'Homère et Hésiode donnent des dieux: "Homère
et Hésiode ont attribué aux dieux tout ce qui est
honteux et blâmable chez les hommes: le vol, l'adultère
et la tromperie"
Moses FINLEY "Les anciens Grecs" - La Découverte "essais"
Paris 1993- après avoir insisté sur le caractère oral
de la littérature grecque "Les Grecs préféraient parler
et écouter" l'auteur rappelle que Xénophane écrivait
seulement sous la forme poétique.
Pages 107 et 139 - précise que ce philosophe fut un
sceptique et combattit les enseignements grossiers
des récits mythologiques; il se situait en dehors
du courant principal de la pensée grecque.
- E.R.DODDS "Les Grecs et l'irrationnel" - édité par
Flammarion, Champs 28 Paris 1977 -.Page 181 - place
la découverte fondamentale de Xénophane dans la relativité
des idées religieuses; tout en le présentant comme
un homme profondément religieux L'auteur se réfère
à Xénophane pages 196, 197, notes 6,7,8,9,10,19 et
20
- J.P.DUMONT "Les Présocratiques" -édité par la Bibliothèque
de la Pléiade -Paris 1988/1989; en collaboration avec
P.DELATRE et J.L.PERRIN, a établi la lecture de référence.
Citons en outre, Erwin SCHRODINGER, prix Nobel de
physique en 1933, "La nature et les Grecs" - édité
par Le Seuil - Paris 1992 Page 183, reproduit la traduction
du fragment 34 suivant la numérotation de la première
édition de Diels "Non jamais il n'y eut, jamais il
n'y aura un homme possédant la connaissance claire
de ce qui touche les dieux Même si par hasard il se
trouvait qu'il dit l'exacte vérité, lui-même ne saurait
en prendre conscience car tout n'est qu'opinion"
- Enfin Mircea ELIADE "Les aspects du Mythe" - Gallimard
Folio Essais - Paris 1991 Page 190, reproduit la traduction
de KIRK et RAVEN; pour Xénophane "il est un dieu au-dessus
de tous les dieux et les hommes; sa forme ni sa pensée
n'ont rien de commun avec celles des mortels"
- Cf."Les Conciles Oecuméniques" -édité par Cerf -Paris
1994 -Tome II Les Décrets -2- Page 1617 :
"Et pour cette raison il (le Concile) avertit l'Empereur,
les Rois, les Etats, les Princes et autres, tous et
chacun de quelles que condition et dignité qu'ils
soient, que plus ils sont largement pourvus de biens
temporels et de pouvoirs sur les autres, plus saintement
ils doivent respecter ce qui relève du droit de l'Eglise,
en tant qu'appartenant personnellement à Dieu et protégés
par son patronage " Dieu,
figure sous les traits d'un propriétaire foncier!
- LE PENTATEUQUE
Cf. John D.WOODBRIDGE "Richard Simon et la critique
biblique" - in "Le grand siècle et la Bible" -Dans
la série "La Bible de tous les temps" Edité par Beauchesne
-Paris 1989
Richard Simon en 1678 nous a appris dans son Histoire
Critique du Vieux Testament que Moïse n'était pas
l'auteur du Pentateuque. Les esprits avisés de son
siècle comprirent quels dangers cette désacralisation
représentait pour l'autorité de l'écriture et donc
des Eglises catholique et protestante. Bossuet voyait
en lui "un libre-penseur déguisé en prêtre"
Un pieux protestant, John EVELYN, écrivait à l'évêque
d'Orford,page 204 : "Il faut bien reconnaître qu'il
s'agit là d'un chef-d'oeuvre du genre mais au bout
du compte il n'est pas facile de deviner si c'est
un Papiste, un Socinien ou simplement un Théiste ,
mais il est évident que chacun peut selon lui, faire
des Ecritures ce qu'il veut; pour l'amour de Dieu,
que nos Universités, Monseigneur, ne gardent pas le
silence, il s'agit de la cause de Dieu et de notre
Eglise"
Concrètement il ne s'agissait pas tant de la cause
de Dieu -qu'est-ce.qu'un dieu dont l'infinitude se
réduirait à une quarantaine de livres?- que de la
cause d'une Eglise qui justifiait son existence par
les Ecritures. Le Vieux Testament ne s'honore plus,
depuis au moins un siècle, du titre du livre le plus
ancien de l'humanité. Il constitue pour nous la reprise
de récits mésopotamiens, amalgamés à une loi, dont
les autorités perses ont voulu, après l'exil des Juifs
à Babylone, possèder le contenu. Les anciennes Ecritures
judéennes répondent au double besoin des autorités
d'occupation, et de la faim d'identité du peuple,
après les épreuves subies et la destruction du Temple
de Salomon.
On consultera avec profit:
-"Le Pentateuque en question" -édité par A. de PURY
et TH.ROHMER chez Labor et Fides -Genève 1991 -2ème
éditeur.
-"Le Pentateuque" -édité par Cerf -Paris 1992 -Travaux
du 14ème Congres en Septembre 1991 de l'Association
Catholique Française pour l'étude de la Bible.
-"Israël construit son histoire" - édité par A. de
PURY, Th.ROMMER et J.D.MACCHI -chez Labor et Fidès
-Genève 1996.
-"La Réforme catholique" de G.BEDOUELLE -in "Le temps
des réformes et la Bible" -édité par Beauchesne -Paris
1989. A l'intérieur de la Réforme le débat existait
aussi au 16ème siècle. Carlstadt refusait au Pentateuque
tout entier son authenticité mosaïque, que Luther
maintenait.
- Cf. "Dictionnaire historique de la Papauté" -édité
par Fayard -Paris 1994. Article PIE VI -par Marina
CAFFIERO
-page 1333 : "A la suite de la promulgation de la
Constitution civile du Clergé (été 1790) et de l'obligation
faite aux prêtres de prêter serment de fidélité à
la nouvelle loi, par le Bref Quod Aliquantum du 10
Mars 1791, il condamna en bloc l'œuvre de l'Assemblée
Constituante en matière ecclésiastique ...et les principes
de liberté et d'égalité qui avaient guidé l'action
des constituants dans le domaine politique, qu'il
définissait comme étant contraires aux droits de Dieu
"
- cf. R . DAMASIO - in " L'erreur de Descartes " -
édité par Odile Jacob Paris 1995
Page 16 : "Je suis tout à fait sceptique devant les
prétentions de la science à l'objectivité et à la
vérité. Il m'est certes pénible de voir que les résultats
scientifiques, surtout en neurobiologie, ne sont rien
d'autre que des approximations provisoires, que l'on
peut trouver bonnes un moment, mais seulement jusqu'à
ce qu'elles soient écartées pour laisser place à de
meilleures interprétations... "
- Cf. Les Conciles œcuméniques - Tome II - Les Décrets
-2- Vatican l - Session IV du 18 Juillet 1870 - Première
Constitution dogmatique sur l'Eglise du Christ - Chapitre
III - pouvoir et nature de la primauté du Pontife
Romain. ' Pages 1655 -1657 :" Si donc quelqu'un dit
que le Pontife Romain n'a qu'une charge d'inspection
ou de direction et non un pouvoir plénier et souverain
de juridiction sur toute Eglise, non seulement en
ce qui touche à la foi et aux moeurs mais encore en
ce qui touche à la discipline et au gouvernement de
l'Eglise répandue dans le Monde entier, ou qu'il n'a
que la part la plus importante et non pas la plénitude
totale de ce pouvoir suprêmeou que son pouvoir n'est
pas ordinaire ni immédiat sur toutes et chacune des
Eglises comme sur tous et chacun des pasteurs et des
fidèles: qu'il soit anathème" Chapitre IV "Le magistère
infaillible du Pontife romain" Page 1659 : "Nous.
enseignons et définissons que c'est un dogme révélé
par dieu que le Pontife Romain, lorsqu'il parle ex
cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge
de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il
définit en vertu de sa suprême autorité apostolique,
qu'une doctrine en matière de foi ou de morale doit
être tenue par toute l'Eglise, jouit, en vertu de
l'assistance divine qui lui a été promise en la personne
de Saint-Pierre, de cette infaillibilité dont le divin
Rédempteur a voulu que soit pourvue son Eglise"
- Cf. A.LOISY -in "La Religion" -Op.cit. Page 306
:
" Il n'est pas prouvé, il n'est pas à prouver, que,
mis à part le mirage de la foi, le mystère du Salut
par la mort expiatoire de Jésus soit autre chose que
la sublimation du plus abominable des sacrifices,
le sacrifice humain magie divine où la foi n'est sûre
d'elle-même qu'à condition de ne point s' examiner
- Cf. A.LOISY -in "La Religion" -Op.cit. Page 307
:
"Pas plus que la prière le sacrement n'a réalisé quoi
que ce soit de son objet apparent...nous avons toujours
été dupes de notre propre action, de notre besoin
d'agir...si l'on veut bien y regarder, il y a tout
autant de magie - à moins qu'il n'y en ait infiniment
davantage, bien que ce soit une magie plus raisonnée
et plus moralisée - dans le mythe et les rites du
Salut chrétien que dans le mythe et les rites du totémisme
australien"
Cf. Eugen DREWERMANN - in "Dieu en toute liberté"
-
édité par Albin Michel Paris 1997. Page 24 : "Il faut
bien constater, alors, que la théologie de l'Eglise
catholique pratique le fétichisme conceptuel, au sens
le plus strict du mot, toute l'attitude affective
du croyant face à l'ensemble des articles de la foi
devant être définie comme totalement magique: le fétiche
constitue le condensé objectif, le support réifié
de toutes les aspirations religieuses du sujet, qui
s'y contemple lui-même, sans le savoir, sous cette
forme aliénée "
- cf . E . POULAT - in "L'Ere postchrétienne" -édité
par Flammarion -Paris 1994
Page 191 : "Un édifice de certitude se met à se défaire;
la conscience prend un tour nouveau. Il ne s'agit
pas du problème de la vérité, telle que la raison
théologienne philosophique ou savante a coutume d'en
débattre, ni même du problème de l'aliénation, qui
présuppose un Monde vrai à retrouver ou à établir,
mais de ce que les anthropologues appellent le problème
de la réception: un mystérieux processus social convertit
en une conviction généralisée des intuitions isolées
et des intentions méconnues. Au terme, tout le monde
s'étonne. Comment a-t-on pu ainsi penser si longtemps
et pourquoi n'a-t-on pas pu penser autrement plus
tôt? La question se pose dans tous les les domaines,
et en religion comme en science: c'est une affaire
de société, de la société toute entière".
L'auteur analyse ensuite "l'expérience française"
(de déchristianisation) pour reconnaître son irréversibilité.
Il se demande (note 2, page 190) si l'ouvrage de J.MARITAIN
"Le paysan de la Garonne" ne devrait pas être compté
parmi les facteurs de déchristianisation.
- - Tous les membres du Clergé catholique sont sollicités,
peu ou prou, par les techniques modernes de télécommunication,
ils deviennent "des communicants", et peuvent tenir,
occasionnellement ou périodiquement à intervalles
plus ou moins rapprochés, du fait de leur statut religieux,
un rôle de vedettes dans une émission de radio ou
de télévision. Professer la vérité absolue et exclusive
de leur religion, à l'encontre du relativisme contemporain,
aboutit à créer un véritable "fonds de commerce" de
l'étrangeté dans le but d'augmenter leur influence
sociale et d'imposer leurs croyances. Un exemple typique
nous en est fourni par Monseigneur Di Falco, ancien
porte-parole de l'évêché de Paris, dont les apparitions
aux journaux télévisés lui ont permis par la diffusion
de ses messages d'obtenir une notoriété, qui, elle,
a imposé son visage et son nom, puis ses livres sur
des sujets religieux traités très conventionnellement.
Sa nomination au rang de Monsignore arriva comme une
consécration de ses talents et des services rendus
à son Eglise; nul doute qu'il n'obtienne un grade
plus élevé dans la hiérarchie en continuant ce travail
de "communicant".
Ce qui ne va pas sans
quelques dangers parfaitement illustrés par le Cardinal
Lustiger , véritable star du système; fréquemment,
il est le sujet d'émissions télévisées qu'il met à
profit pour répandre le message évangélique. Il oublie
toujours d'indiquer:
- Les raisons pour lesquelles il a choisi tel ou tel
passage;
- La contradiction entre ce texte et tel autre de
tel autre livre du Nouveau Testament;
-
Et que, scientifiquement parlant, les paroles de Jésus
lues par lui ne sont pas des propos authentiques;
personne ne saurait l'affirmer. Ces paroles sont mises
dans la bouche de Jésus par un auteur inconnu, elles
constituent un contenu littéraire et non un événement
historique.
En définitive, les techniques les plus modernes de
communication constituent des sources de financement
pour l'Eglise romaine et ses membres pris individuellement,
du fait même non seulement de l'étrangeté de leurs
croyances, mais de la tradition rassurante incarnée
dans ses rites. Ces techniques de "consommation commerciale"
leur permettent d'administrer efficacement l'inconscient
de futurs sujets. La hiérarchie catholique n'est pas
encore guérie de sa volonté de puissance, de son appétit
de pouvoir temporel, elle a besoin de troupeaux fidèles
et obéissants.
- cf - Marie -José MONDZAIN - in " images, icône,
économie " - édité par Le Seuil - Paris 1996
L'auteur décrit de façon très convaincante la guerre
pour les icônes du 8ème au 10ème siècle, à Byzance,
et ses sous-entendus psycho-sociologiques; lutte dans
laquelle:
Page 17 : "Peut-être l'Eglise a-t-elle été plus consciente
qu'on ne le suppose du fait qu'elle avait à administrer
l'inconscient de ses sujets" Il s'agissait en définitive
de savoir qui serait le maître des images. L'Empereur
voulait s'en réserver l'exclusivité et le bénéfice,
par le biais d'images iconoclastes, sous la forme
de croix abstraites. Mais l'icône (P.19) était douée
d'une puissance spécifique telle qu'elle conduisit
Nicéphore, Patriarche de Constantinople, à affronter
sans merci l'Empereur Léon V jusqu'à l'exil, la mort
et finalement la victoire, tant il paraîssait
impossible de gouverner l'Eglise sans icônes. Certaines
citations de Nicéphore sont pour le moins troublantes,
pour qui a exploré la moderne psychologie des profondeurs.
Page 114 : "L'icône est en relation avec l'archétype,
elle est l'effet d'une cause" Mais qu'est-ce qu'un
archétype? "L'archétype est le principe et le modèle
subsistant sous la forme, visible, que l'on figure
d'après lui, et il est la cause d'où dérive la ressemblance...
L'icône est une réplique de l'archétype"
Page 115 : "Ainsi donc l'archétype est archétype d'une
icône, et l'icône est image archétype" Ces citations
à propos de l'icône ont à mon avis le grand intérêt
de bien situer l'origine psycho-sociologique de tout
phénomène religieux. On ne saurait mieux définir l'archétype
comme "image première dynamique". Dans le chapitre
sur l'économie de l'icône, les références aux Pères
occidentaux et particulièrement Origène ne peuvent
avoir de sens que pour l'auteur lui-même. Je doute
que ces textes aient influencé Nicéphore, à un moment
où Rome et Constantinople s'étaient déjà fortement
éloignées l'une de l'autre; de plus Origène, condamné
par le 2ème Concile de Constantinople de 553, figurait
parmi les hérétiques.
- On ne saurait trop insister sur la volonté de puissance
de la Papauté manifestée au cours des siècles depuis
Ambroise de Milan jusqu'à nos jours quant à la conquête,
puis la conservation du pouvoir temporel. Contrairement
aux affirmations d'Eugen DREWERMANN (op.cit. - page
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