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SOMMAIRE
I
- Brève Histoire des Origines de la Religion
chrétienne
II - La Question de Pâques
III- L' Invention de l'Ere
chrétienne
IV - L'Erreur du Judéo-Christianisme
IV
- L'ERREUR DU JUDEO-CHRISTIANISME
A) L'ORIGINE ROMAINE DU CHRISTIANISME
B) LA HAINE DES JUIFS POUR JESUS
C) L'UTILISATION DE LA SEPTANTE
D) DES ACTES D'APOTRES
E) L'ANTI-JUDAISME CHRETIEN
F) L'INVENTION DU JUDEO-CHRISTIANISME
G) DIFFUSION DU CONCEPT
H) ROLE DES INSTITUTIONS UNIVERSITAIRES
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Comment le concept de Judéo-Christianisme
a-t-il pu surgir devant cette représentation
séculaire
de la mort , supposée , du Dieu des Chrétiens,
tué , dit-on , à l'instigation des
Juifs ? |
A) L'ORIGINE ROMAINE
DU CHRISTIANISME
Nous avons dû fréquemment
recourir pour nous documenter à "L'histoire ancienne
de l'Eglise", volumineux travail de Mgr.Duchesne, connaisseur
érudit des sources anciennes, indiscutable autorité
dans son domaine, même s'il écrit dans le premier quart
du XXème siècle. Le dernier tome relatif
à "L'Eglise au V1ème siècle" traite en son 7ème chapitre
du césaropapisme, à propos de Justinien, et précise
(p.261) : " l'Empire est tout entier chrétien; la religion
chrétienne est sa religion publiquement professée, propagée
et défendue par l'Etat; en lui on ne peut que voir le
pays d'origine et le principal domaine de l'Evangile.
Dans l'Empire, l'Empereur est le tuteur de l'Eglise
et comme son chef extérieur...."
Si, dans l'Empire romain,
Orient et Occident confondus, on ne peut que voir le
pays d'origine de la religion chrétienne, celà
nous conforte dans l'opinion que, à la fin du dernier
siècle avant notre ère et dans le 1er siècle de notre
ère, cette ère vulgaire étant calculée à partir de la
construction de Rome, la religion chrétienne existait
potentiellement dans tout l'Empire. Cette allégation
très vraisemblable nous renvoie à la question de la
Pâque et aux calculs annuels de la néoménie de l'équinoxe
vernal, pour constater que, même pour déterminer cette
lunaison, les Tables alexandrines adoptées par Rome
en 526 ne font référence à aucun élément du calendrier
juif, mais s'appuient sur le cycle lunaire de 19 ans
inventé par Méton, astronome athénien du Vème siècle
avant notre ère.
Les Chrétiens n'ont pris
à la religion juive que le nom de la fête; celle-ci
représentait pour eux la fête la plus importante de
leur calendrier religieux; est-ce une raison suffisante
pour affirmer que les deux religions étaient confondues
à l'origine et qu'en conséquence tout Chrétien est un
Juif, tout Juif un Chrétien?
B) LA HAINE DES JUIFS POUR JESUS
Nous revenons donc aux
sources constituées par les écrits canoniques des Chrétiens
pour remarquer que selon leurs propres pasteurs actuels:
" la Bible a été écrite par des croyants pour des croyants.......Dans
la Bible, ne cherchons pas l'Histoire, mais l'Histoire
Sainte...." (1) Qu'est-ce qu'une
histoire sainte, sinon une hagiographie ? C'est-à-dire
des récits légendaires incorporant quelques faits connus.
Ces pasteurs pensaient consolider leur prédication en
la situant d'emblée dans l'irrationnel, alors que toute
religion doit se fonder sur la raison, et non sur la
superstition, la magie, le miracle
et les fantasmagories peintes , ou sculptées.
La religion est une recherche
de plus-être, une action ontologique telle que définie
depuis l'Antiquité par de si nombreux philosophes; elle
n'est pas une doctrine légitimant ou, mieux, sacralisant
le pouvoir des puissants au service desquels ses prêtres
s'emploient pour obtenir une obéissante passivité de
leurs "sujets". Finalement, ces pasteurs, adeptes du
principe d'autorité, confirment ce que Edouard Reuss
a établi, il y a environ un siècle et demi; les évangélistes
n'ont pas écrit une biographie de l'homme Jésus.
Mais, faisons comme si ! ...
L'homme Jésus est présenté
au lecteur des évangiles comme un Galiléen..Selon
Joseph Halévy, la Galilée, étymologiquement Gelil Haggoyim
- cercle des Païens - est le pays des étrangers voire
des ennemis. C'est un très ancien pays cananéen, autrefois
incorporé au royaume du Nord, Israël, royaume disparu
depuis la fin du Vlllème siècle avant notre ère. Il
fut occupé et férocement colonisé par les Hasmonéens
au commencement du dernier siècle avant notre ère; ceux-ci
imposèrent aux habitants leur religion juive, pensant
que la force suffirait à créer la croyance en Yawhe.
Les Judéens, ou Juifs
du Sud, avaient si peu d'estime pour les Galiléens en
général et Jésus en particulier, pour les lecteurs des
évangiles, que, dès le début de sa vie publique
supposée et ses premiers miracles, les pharisiens
"réunirent aussitôt un conseil avec les Hérodiens contre
(lui), afin de le faire périr" (Marc III -6); un peu
plus tard les scribes venus de Jérusalem disaient: "
il a Beelzéboul. C'est par le chef des démons qu'il
chasse les démons" (Marc III -22). Beelzéboul était
le Baal des Phéniciens,
traité ici de fumier.
Jésus représentait un
ennemi religieux pour les Judéens. Si donc la religion
chrétienne trouve ses véritables origines dans la doctrine
du Galiléen Jésus, comment pourrait-elle se confondre
avec celle des Juifs qui traitait celui-là d'adorateur
de "Baal le fumier", et le firent à la fin, dit-on ,
mourir sur la croix ?
C ) L'UTILISATION DE
LA SEPTANTE
Mais il y aurait, dit-on,
une origine commune des deux religions en ce qu'elles
tiendraient le même livre pour Ecriture sacrée: La Septante.
Il convient donc de rappeler à ce sujet que:
- La Septante était destinée à permettre à l'Administration
du Pharaon d ' Egypte d'appliquer aux très nombreux
Juifs d'Alexandrie, qui parlaient le grec exclusivement,
la Loi et les usages dont ils se réclamaient. Avant
d'être un livre religieux commenté dans quelques synagogues
égyptiennes, c'était un texte juridique et judiciaire
rangé dans la bibliothèque du Musée d'Alexandrie.
- En Palestine, du temps supposé de Jésus, les livres
saints étaient rédigés exclusivement en hébreu; la langue
vernaculaire, utilisée et parlée par toute la société,
était l'araméen, d'où l'obligation de traduire immédiatement
l'hébreu en araméen à chaque lecture dans une synagogue.
Ni Jésus, ni ses disciples n'auraient pu connaître la
Septante : parlaient-ils le grec ? oui, celui de la
Koïné, le langage populaire de l'Empire. Etaient-ils
instruits du grec technique et littéraire ? certainement
pas. (Actes IV -13)
- Les rabbis judéens, dans leur immense effort pour
reconstruire leur religion après la catastrophe de 70,
la destruction de Jérusalem et de son Temple par Titus,
n'admirent, jamais, la Septante au rang de leurs livres
sacrés; quelques uns d'entre eux traduisirent, de l'hébreu
en grec, une Bible juive,
au début du 2ème siècle de notre ère.
- Enfin, tous les traducteurs actuels de la Septante
parlent d'une appropriation du texte par les Chrétiens.
Pour s'approprier quelque chose, il faut exister; cette
appropriation fonde l'existence
d'au moins une préhistoire spécifiquement chrétienne
et non judéo-chrétienne.
D) DES ACTES D'APÔTRES
Il y aurait surtout les
"Actes d'Apôtres", livre "sacré" des Chrétiens,
qui ne parlent que de la Palestine comme lieu d'origine
de leur religion; celle-ci aurait donc été juive. C'est
considérer ces Actes comme un livre d'histoire, ce que
refusent à bon droit les pasteurs catholiques de notre
temps.
En fait, le livre, malgré son titre, ne parle pas "d'Apôtres".Un
apôtre est un envoyé, un missionnaire; l'Evangile dit
de Marc (XVI -15,20) montre les disciples de Jésus " quant
à eux, ils partirent prêcher partout " exécutant immédiatement
l'ordre de leur Maître:
" Allez par le Monde entier.,
proclamez l ' Evangile à toutes les créatures "
Au contraire, dans les
" Actes ", les disciples reviennent après l'Ascension,au
Mont des Oliviers, à Jérusalem, et s'enferment " dans
une chambre haute ", se confinant en prières, donnant
un successeur à Judas et attendant l'Esprit Saint, qui
vint à la Pentecôte; Ils exécutèrent alors l'ordre reçu:
" vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée
et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la Terre".
De quelle Terre s'agit-il
? A l'évidence, de l'Empire romain; mais, seul, Paul,
Juif de Tarse et citoyen romain, ira à Rome pour se faire
juger par un tribunal impérial. On ne saurait mieux dire
qu'il n'y avait aucun lien entre cette personnalité juive
et le mouvement des affidés de Chrestus décrit par Suétone
sous l'Empereur Claude.
Ce livre conte aussi
le récit d'Actes d'Apôtres autres que Paul, magnifié
par un hagiographe. Cependant le chiffre de 12 marque
une indétermination symbolique par référence au 12 divinités
zodiacales. Pour évangéliser la " Terre entière ", même
cernée par les frontières connues de l'Empire romain,
il aurait fallu des milliers de missionnaires, instruits,
sachant quel pays ou région visiter, exécutant un ordre
précis, au lieu des paroles trop vagues du Christ avant
son Ascension. Notons toutefois que l'auteur de la première
épître aux Corinthiens, telle qu'elle nous est parvenue,
précise que Jésus-Christ ressuscité est apparu à plus
de 500 frères à la fois (XV -6). Ajoutons que l'épisode
de l'enfermement de Saul à Damas et son échappée, de
nuit, dans une corbeille parce que " les portes de la
ville sont gardées jour et nuit " (Acte IX -21, 25)
rend totalement irréaliste la scène de l'arrestation
de Jésus, de nuit, dans l'oliveraie de Gethsémani :
Jérusalem était aussi une ville fortifiée, ses remparts
percés de quelques portes gardées jour et nuit par des
soldats romains; ceux-ci n'auraient jamais autorisé
une troupe juive armée,à sortir de la ville,
ce qui pouvait signaler, au moment de la Pâque,
le début d'une émeute, qu'ils avaient pour consigne
d'empêcher.
E) L'ANTI-JUDAISME CHRETIEN
Assurément, il y
avait à Rome, depuis les campagnes de Pompée en Asie Mineure,
Syrie, Palestine et jusqu'àJérusalem, des milliers d'esclaves
juifs d'autant plus désespérés et avides d'une revanche
contre les Romains et contre Yawhé que celui-ci les avait
lâchement abandonnés au moment où ils luttaient pour son
culte; pensaient-ils que la puissance de leur Dieu ne
pouvait rien contre l'accumulation de sacralité manifestée
par la multitude des temples de Rome ? Il leur fallait
une autre espérance, un autre Sauveur comme à tous les
affidés de Chrestus. En Asie Mineure, Syrie et Palestine,
existaient aussi d'autres esclaves possédés par les Romains,
et d'autres hommes libres, opprimés, rêvant d'une libération
prochaine, de " lendemains qui chantent" , pré-chrétiens
enclins à l'insoumission. La révolte des Juifs restée
strictement juive, alimentée par leur religion nationaliste,
aboutit à un désastre sans nom, qui priva un peuple d'une
Patrie pendant 2.000 ans.
Les Chrétiens restèrent
des insoumis pendant deux siècles jusqu'à ce que leurs
" lettrés", esclaves instruits dans les paedagogia de
l'Empire, pactisent avec un Empereur romain habile en
politique, qui sut leur faire accepter la christianisation,
c'est-à-dire sa divinisation de son vivant. On voit bien,
là, quelle différence essentielle sépare la religion juive
et la religion chrétienne. La première est une religion
strictement nationale et nationaliste, par la pratique
de laquelle les Juifs restèrent un peuple soudé malgré
les diasporas, habités par l'espoir de retrouver leur
Patrie, un espoir entretenu par la psychose collective
du peuple élu de Yhawhé. La religion chrétienne fut et
demeure la religion de l'Empire romain, animée par le
principe d'Autorité, voyant une image de son Dieu en toute
personne ayant un commandement;
son objectif consistait, non pas dans la reconquête d'une
Patrie comme les Juifs, mais dans l'obtention d'une place
au Ciel pour chacun de ses fidèles, méritée par l'obéissance
à ses commandements.
Ici, vient
naturellement la constatation que la religion juive,
si exclusive, ne chercha jamais à convertir en masse
d'autres populations; cela aurait eu pour effet d'incorporer
dans le peuple juif, des étrangers, des goyim, pour
lesquels le Monde n'avait pas été créé : d'après le
récit de la Genèse, Adam, le premier homme à " l'image
de Dieu ", aurait engendré directement la race juive,
en deçà et au-delà du Déluge. Cette religion si étroitement
nationaliste fut, durant tout l'Empire romain, acceptée
par les Autorités comme religio licita; sans doute,
quelques bandes de moines chrétiens après le IVème siècle,
pourchassant des "païens", s'en prirent-elles de surcroît
à des Juifs, mais ceux-ci n'ont jamais connu de persécution
organisée et poursuivie pendant plusieurs siècles. Une
seule loi fut spécifiquement édictée à leur encontre
par les autorités romaines, après le Concile
oecuménique de Nicée II en 787 : l'interdiction
de posséder des esclaves; comme la très grande majorité
des esclaves était chrétienne, les Juifs durent abandonner
toute profession exigeant de la main-d'ouvre pour se
replier sur des occupations qui pouvaient s'exercer
dans un cadre familial élargi, entre Juifs : banque,
prêt sur gage, commerce etc...
Par la suite, les Carolingiens, aussi fervents Chrétiens
que les Empereurs de Constantinople, et créateurs de
l'Etat pontifical de Rome, en 754, protégèrent ouvertement
la population juive, et permirent le développement de
communautés importantes à Narbonne, Limoges, Rouen...,
dirigées par des "messies". Historiquement
parlant, l'anti judaïsme chrétien se manifesta de façon
sanglante, pour la première fois, à l'occasion de la
première croisade en 1096; les bandes entraînées par
Pierre l'Ermite rançonnèrent des Juifs et les martyrisèrent
dans les hautes vallées du Rhin et du Danube.
Ceci pose avec insistance
la question de l'anti judaïsme chrétien. Il faut bien
l'admettre :
si, historiquement, les Juifs avaient été le peuple
assassin du Dieu-Homme chrétien, tout deviendrait incompréhensible,
à moins que les mots n'aient plus aucun sens; par exemple:
- La collaboration scientifique établie par Origène
et Jérôme, entre autres, avec des philologues juifs;
ceux-ci auraient dû naturellement attiser contre eux-mêmes
la répulsion extrême que des Chrétiens instruits auraient
éprouvée à l'égard des bourreaux meurtriers de leur
Dieu et leurs descendants.
- Le silence absolu du premier Concile de Nicée; quatre
siècles après la mort supposée de Jésus, il s'est contenté
dans son Credo de parler d'une façon générale de la
souffrance, en tant qu'homme,
de son Dieu incarné; mais il n'a mentionné ni sa naissance
à Bethléem le 25 Décembre 753 de la création de Rome,
ni sa mort à Jérusalem, ni sa croix, ni son tombeau;
comme si la vie réelle, historique de son Sauveur n'avait
aucune importance, comme si tout n'était que symbole
.
- La mansuétude extrême de l'Etat romain une fois devenu
entièrement chrétien; les Juifs auraient dû être considérés
comme des insoumis par nature et pourchassés jusqu'à
l'extinction de leur race, puisqu'ils auraient tué le
Christ " Empereur céleste et Seigneur de majesté " ;
tandis que cet Empire persécutait ses propres sujets
fidèles à leurs cultes ancestraux.
- Le maintien de la qualité de citoyen romain, accordée
aux hommes libres juifs par Caracalla, alors qu'ils
auraient incarné dorénavant une hostilité absolue
à l'encontre de l'Etat romain chrétien etc...
Tout semble bien intervenir
comme si le déicide juif avait été inventé très tardivement
pour dissimuler les vraies raisons de l'anti Judaïsme
de l'Eglise du Christ-Roi.
C'est aussi un fait acquis
que les Conciles oecuméniques, à compter de celui de
Nicée en 787, ne s'inquiétèrent nullement de la situation
des Juifs, avant ceux de :
- Latran III en 1179; dans le "canon" 26 à propos du
crime de l'usure, le Concile renouvelle l'interdiction
faite autrefois aux Juifs " d'avoir dans leur maison
des esclaves chrétiens ". Il faut soumettre les Juifs
aux Chrétiens et " que ceux-ci les protègent par pure
humanité ".
- Latran IV en 1215; le Concile durcit la doctrine en
matière d'usure, stigmatise
" la perfidie des Juifs "; " pour qu'ils n'épuisent
pas les richesses des Chrétiens ", le Concile va
jusqu'à interdire aux Chrétiens tout commerce avec les
Juifs; ces derniers sont déclarés inaptes à tenir des
emplois publics, et ne doivent plus s'habiller comme
les Chrétiens pour éviter toute confusion.
Il convient
de préciser qu'aucun Concile oecuménique
n'a condamné
les Juifs pour avoir fait tuer Jésus ;
on se reportera au Décret sur les Juifs pris
par le Concile de Bâle,
dans sa session du 7 Septembre 1434,
prévoyant des dispositions pour la conversion
des Juifs.
Ceux-ci restaient des Infidèles, à convertir,
si cela était possible.
Auparavant, le Concile
de Nicée II en 787 s'était préoccupé de la conversion
des Juifs, leur avait interdit d'acheter des esclaves
avant de se convertir d'un cour sincère et " de ne plus
pratiquer dans l'ombre le Sabbat et autres coutumes
juives ". Mais comment un Juif, meurtrier du Dieu chrétien,
pourrait-il se convertir d'un cour sincère, alors qu'il
incarnerait le mal absolu? S'il se convertissait, ce
ne pourrait être que par intérêt et pour obtenir la
levée d'une interdiction comme celle d'acheter des esclaves.
Il y a là comme une contradiction. Le souci d'humanité
manifesté en 1179 nous ramène, à vrai dire, 30 ans auparavant
en 1146, lorsque Pierre le Vénérable, abbé de Cluny,
rédigea son traité " Adversus Judaeos ". Pierre le Vénérable
était un personnage de la plus haute importance, qui
pratiquement traitait le Roi de France Louis VII en
égal. Il était hostile aux Juifs pour des raisons très
contraignantes menaçant directement la vie de son Ordre.
La première croisade
avait en effet mobilisé des dizaines de milliers de
chevaliers; ceux-ci pour couvrir leurs frais de voyage
et ceux de leurs compagnons, eurent besoin de monnaie
en un volume global tout à fait imprévu. Ils se tournèrent
naturellement vers les Ordres pour leur vendre tout
ou partie de leurs biens, ou leur emprunter sur gages
les espèces nécessaires. Les Ordres monastiques capitalisaient
pour tout l'Occident, et amassaient de très grandes
richesses mais sous forme de métaux d'or et d'argent,
pierreries, tissus précieux, objets d'art, statues,
reliquaires etc...; leur trésorerie en contrepartie
n'était pas très fournie. Ces Ordres durent donc pour
financer la Croisade se procurer la masse monétaire
demandée, en empruntant à leur tour sur gages, auprès
des banquiers, juifs, pour la plupart, de telle sorte
qu'il y eut comme un transfert de puissance capitaliste.
Tous les chevaliers ne revinrent pas de Jérusalem après
1099; ainsi les couvents ne purent pas rembourser tous
les emprunts, et des gages importants restèrent entre
les mains des Juifs, à tel point que, selon R.Simon
en 1681 :
" les grandes usures qu'on leur permettait d'exercer
...les avaient rendus si puissants qu'on fut enfin obligé
de les détruire ".
La question est donc
crûment posée; elle n'est pas celle d'un déicide mais
d'une surpuissance financière juive qui menaçait concrètement
la surpuissance des Ordres monastiques,
un des fondements de la Société du Moyen Âge.
Pierre le Vénérable,
soucieux du rayonnement de son Institution internationale,
écrivit au Roi de France Louis VII et rédigea son traité
"Adversus Judaeos" dans les années 1146. Il fallait
récupérer les richesses et, pour ce faire, Pierre développa
l'argumentation suivante: les Juifs sont, comme on le
sait, les meurtriers de Notre Seigneur; il ne convient
pas toutefois de les éliminer, pour que leur présence
nous rappelle sans cesse les souffrances de notre Dieu.
Il faut par contre les exproprier par la force, redistribuer
leurs biens aux Etablissements religieux, et les réduire
en état de serviteurs des Chrétiens.
Mais qu'était-il besoin
de transformer les Juifs en mémento perpétuel de la
mort du Seigneur ?
N'avait -on pas les évangiles ? Leur lecture ne suffirait-elle
pas à nous rappeler continuellement
le drame de la Croix ? Leur témoignage de " Livres sacrés
", inspirés par l'Esprit Saint, ne serait-il plus crédible
?
La solution avancée par
Pierre le Vénérable ne peut s'appuyer que sur une seule
constatation: le silence absolu des évangiles, à ce
sujet-là, en ce moment là. Malgré son argumentation
serrée, Pierre le Vénérable n'obtint ni l'asservissement
des Juifs ni leur appauvrissement, ni le rétablissement
de son Ordre dans sa splendeur ancienne. En outre, il
ne paraîssait pas très assuré de la mort du Christ
sur sa croix, puisque, seule, une extermination totale
du peuple juif aurait pu effacer son supposé déicide.
Par contre, il semblait dénoncer les pogroms meutriers
de 1096, exactions de racketteurs mafieux couvertes
par la Croisade. La première Croisade avait été prêchée
en 1095 par Urbain II, ancien moine de Cluny, comme
une guerre sainte contre les Infidèles, Mulsumans et
Juifs, qui occupaient indûment, disait le Pape, les
"Lieux Saints" chrétiens. Comment ne pas considérer
les Juifs habitant l'Occident comme des Infidèles, c'est-à-dire
des ennemis de Dieu, alors que, bien avant la Croisade,
ils suscitaient une telle crainte et une telle haine-envie
dans les couvents ? Les déclarer responsables de la
mort du Christ justifiait pleinement leurs tortures
et leurs bûchers, puis le vol de leurs richesses.
L'on peut
fixer comme suit, semble-t-il, l 'état des croyances
chrétiennes au milieu du Moyen Âge, c'est-à-dire
en l'an mil:
Christ, Fils du Dieu unique, engendré et non créé, devenu
homme, a souffert, a été mis en croix pour notre
Salut, est ressuscité le troisième jour, est monté au
Ciel, d'où il viendra à la fin des temps
juger les vivants et les morts. Christ est essentiellement:
" Empereur Céleste et Seigneur de Majesté " (Concile
de Constantinople IV en 860) C'est le Dieu des Armées,
le Dieu de toute puissance, qui fonde toute Autorité.
En même temps, il est le Sauveur de l'humanité, et féconde
la Terre entière par son sang. Cette figure de Dieu
de la Fécondité est magnifiquement représentée par une
illustration de l'Evangéliaire d'Edesse, dit de Rabula,
que l'on date conventionnellement de la fin du Vlème
siècle;
la même iconographie s'est multipliée en
Occident, avec une figuration habituelle du Soleil et
la Lune, principes de la Fécondité, jusqu'au tout début
de l'an mil.
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Les
"grandes faims", ces famines terribles qui conduisirent
l'Occident aux pratiques du cannibalisme ont eu
des répercussions révolutionnaires au cours du XI
ème siècle dans les représentations populaires de
la divinité. Le dieu traditionnel de la fécondité
paraîssait mort puisque la terre avait perdu
sa fertilité malgrè les tentatives de le forcer
à boire, dans l'espoir d'une nouvelle arrivée de
sang fécondateur. La terre pouvait
bien se récrier et clamer sa douleur, rien n'y faisait.Le
dieu-Soleil et le dieu-Lune cachaient leur impuissance
sous leurs larmes.
Le dieu de la Fécondité abandonnait sa place au
crucifix, dolorisé au XIII ème siècle par la piété
franciscaine, avant de devenir au XVème la victime
torturée, cerclée d'épines, d'une "Passion "
racontée sur les murs des églises. |
Et, là, se situe dans
l'histoire de la religion chrétienne, la première mort
de son Dieu:
Les "grandes faims" de 793,
850, 868, 896, 1005 et 1032 furent la conséquence de
conditions climatiques catastrophiques, et d'une insuffisance
persistante des techniques agricoles; à chaque moisson,
les récoltes compensaient à peine les semailles. Il
s'en suivit des famines indicibles, qui conduisirent
les paysans à la démence des pratiques anthropophagiques.
On tua des hommes pour se nourrir, on vendit de la chair
humaine aux marchés des villages.
Finalement, les paysans se
révoltèrent en 996 dans les campagnes normandes, en
Berry, en Rouergue; en Champagne, Lieutard de Verdun,
en 1001,conduisit ses troupes dans les églises pour
briser les effigies chrétiennes. Les paysans constataient
ainsi la mort de leur Dieu, puisque depuis si longtemps
la Terre n'était plus féconde; dans l'esprit de ces
hommes simples, Dieu ne l'abreuvait plus de son sang
; de ce fait, les moissons ne suffisaient plus à les
nourrir. Leur Dieu ne remplissait plus son rôle de Sauveur
; on détruisit ses représentations triomphales. Peu
à peu, on leur substitua d'autres images; on ne pouvait
guère supprimer la croix, compte tenu de son symbolisme
millénaire et de la durée séculaire des enseignements
religieux; on modifia la position du corps de façon
à lui faire subir, à son tour, les tortures endurées
par ses "fidèles ", du fait de ses grandes défaillances
dans l'exécution du contrat passé avec ses " sujets
".
Les imagiers, bientôt
inspirés par la piété franciscaine, peignirent un Dieu
souffrant sur sa croix jusqu'à créer les chefs-d'ouvre
d'un Cimabue vers 1270. La peinture n'est pas uniquement
illustration de manuscrits, ou inspirée par ceux-ci.
Elle agit puissamment sur l'inconscient, elle excite
l'imaginaire, et suscite des émotions, des jugements,
des concepts. Ainsi la peinture peut être à l'origine
d'une rumeur, d'une opinion, d'une littérature. En l'occurrence,
à la fin du XIème siècle, tous les Chrétiens paraîssaient
croire en la mort effective de leur Dieu, avant sa résurrection.
(2)
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Le célèbre
Christ de Cimabue ( vers 1270 ) représente
l' image parfaite conçue par la piété
fransciscaine à la fin du 13ème siècle,
compte tenu du dogme de la Transsubstantiation promulgué
en 1215 par le 4ème Concile de Latran. Indiscutablement
, le dieu semble mort ; toutefois , il se dégage
du corps suspendu une harmonie, une grâce
telle que l' on peut s'attendre à le voir
revivre à tout instant; grâce accentuée
par le rendu féminin de la partie inférieure
du corps . Ce n'est pas un cadavre décomposé,
mais en quelque sorte
une absence momentanée de vie, soulignée
par l'égouttement d'un peu de sang aux mains,
qui rappelle la fonction essentielle
du dieu chrétien, c'est à dire
de Sauveur, de Fécondateur.
.L'artiste nous fait franchir un niveau de plus
dans la dramatisation de la représentation
de son dieu . |
Des esprits avisés ne
tardèrent pas à s'interroger sur les circonstances de
cette mort sur la croix. La collusion d'intérêts de
toute sorte, l'envie, la crainte, la haine éprouvée
pour les Juifs devenus trop puissants et déclarés Infidèles
par le Pape lui-même, c'est-à-dire ennemis du Dieu chrétien,
forgèrent cette conclusion que les pogroms de 1096 sanctionnaient
le crime commis autrefois par les Juifs sur la personne
du Christ-Roi.
Depuis que Constantin
au IVème siècle avait édifié les "Lieux Saints"
du christianisme et ouvert la route des pèlerinages,
la vie du Sauveur et de ses disciples avait été localisée
en Palestine, alors Patrie des Juifs. Eux, seuls, avaient
pu faire souffrir puis mourir le Dieu des Chrétiens.
A la fin du XIème siècle. les Juifs étaient devenus
collectivement le peuple déicide du Sauveur chrétien.
Non pas qu'ils aient eu la possibilité autrefois, sous
Tibère ou un autre Empereur romain, peu importe, de
faire mourir, historiquement parlant, ce Sauveur, puisque
celui-ci était un pur symbole, le nouveau Mithra décrit
par les Evangiles dits de Matthieu et de Luc. Mais les
Chrétiens, des paysans en très grande majorité, avaient
constaté, du fait " des grandes faims " et de leurs
folles conséquences,la mort de leur Dieu. Il fallait
bien une cause à celle-ci; la peur des Juifs fit le
reste. Le pape Urbain II, ancien moine de Cluny, les
déclara infidèles et prêcha ,contre eux et les Musulmans,
la guerre Sainte. L'amour du Christ-Roi pouvait se manifester
par la mort d'un juif. L'anti judaïsme chrétien naquit
d'un acte de guerre et de la volonté de puissance de
l'Etat pontifical. R. Simon, en son temps, l'avait fort
justement exprimé: Les Juifs étaient devenus si puissants
:<< ..... qu' on fut
enfin obligé de les détruire ...>>
.
F) L'INVENTION DU JUDEO-CHRISTIANISME
Comment donc
expliquer la naissance, en France, du Judéo-christianisme
?
A la fin du XVIIème siècle,
un tel fossé s'élargissait entre les deux religions que
R.Simon sentit la nécessité de présenter les Juifs aux
Chrétiens, dans un ouvrage de 1681 où il traduisait Léon
de Modène, en le complétant par des remarques sur les
cérémonies des Juifs. Un siècle plus tard, la Révolution
Française éclatait; les Droits de l'homme et du Citoyen
étaient promulgués et condamnés par Pie VI dans son Bref
du 10 Mars 1791 " Quod aliquantumt "; la Constitution
civile du clergé obligeat les prêtres à prêter serment;
plusieurs insoumis furent exécutés, d'autres s'exilèrent;
tel A.Garnier qui partit aux Etats-Unis collaborer à la
fondation du Séminaire de Baltimore. Revenu en 1803, il
enseigna l'Ecriture Sainte au Séminaire de Saint-Sulpice,
dont il devint Supérieur Général en 1836. Ses cours, manuscrits,
forment deux séries, la plus tardive allant de 1835 à
1839, soit un total de plus de 5.000 feuillets conservés
aux archives de Saint-Sulpice. Garnier est le premier
à hébraïser Jésus le Galiléen; il est l'inventeur de l'évangile
en hébreu dit de Matthieu auquel il donna comme date d'écriture
l'année 41 de notre ère; cet évangile, entièrement supposé,
aurait été le premier composé.
Ce Supérieur Général
de Saint-Sulpice reflétait précisément une pensée de
Restauration de l'ancien Ordre ecclésiastico-monarchique,
anti révolutionnaire, anti rationaliste; Restauration
bien illustrée par la Grande Mission de Besançon en
1825. Le séminaire de Saint-Sulpice est le lieu de formation
des futurs responsables de l'enseignement et de l'administration
de l'Eglise française; l'influence d'A.Garnier fut considérable;
à tel point que récemment le livre de Tresmontant sur
" Le Christ hébreu ", directement inspiré par Garnier,
connut un succès de librairie honorable, qui dévoila
" l'inspiration divine" de cet ouvrage.
Mais le véritable inventeur
du Judéo-Christianisme fut le savant théologien alsacien
E.Reuss, professeur au séminaire protestant de Strasbourg
de 1828 à 1838, puis professeur ordinaire à la Faculté
de théologie protestante de Strasbourg à partir de 1838,
titulaire de la chaire d'Exégèse en 1864. Il fut notamment
l'auteur d'une " Histoire de la théologie chrétienne
au siècle apostolique ". Le problème de Reuss est de
concilier l'inspiration " divine " des Ecritures et
les résultats, en son temps, des enquêtes historiques
sur la Bible, compte tenu que, dit-il, l'enseignement
même du Sauveur " dans l'évangile primitif " constitue
l'origine de la doctrine chrétienne. A l'autorité non
discutable des Ecritures s'ajoute le témoignage
intérieur du Saint-Esprit; ceci permet de
découvrir l'originalité de la religion chrétienne en
ce qu'elle contient de plus profondément juif. (3)
Maurice Vernes premier
directeur de la " Revue de l' histoire des religions
" disait à propos de Reuss: " la théologie protestante
étudie rarement le passé sans quelque préoccupation
d'y retrouver ses idées favorites..."
Paradoxalement, E.Reuss
reconnaissait que les évangélistes n'avaient pas écrit
une biographie de Jésus; pour lui, Jésus faisait de
la " pure foi en Lui " la condition d'accès au royaume
de Dieu; c'est ce qui caractériserait la conception
judéo-chrétienne, teintée d'une forte connotation apocalyptique.
L'origine du Judéo-Christianisme, instituant comme une
antériorité dans l'exécution d'un plan divin, restait,
certes, confuse, hors de toute référence historique
et critique mais le concept fut officialisé en notre
langue par Littré, en 1867.
En fait, pour Reuss,
les découvertes scientifiques se juxtaposaient au texte
de la Bible ( lequel?)
sans pouvoir modifier en quoi que ce soit son caractère
" sacré ". Il lui était impossible, compte tenu de son
éducation et de sa formation intellectuelle , de se
poser la question de la validité de ce caractère
" sacré ", de sa relativité, c'est-à-dire de sa subjectivité.
Il lui était impossible, malgré sa connaissance parfaite
de la langue allemande, d'admettre les démonstrations
de Kant sur les intuitions, et que, lui, Reuss, confondait
avec une voix intérieure de l'Esprit-Saint le surgissement
numineux d'un tréfonds psychique inconscient. Son erreur
était d'exclure toute notion d'interprétation, alors
que, de tous temps et en tous lieux, toute perception
visuelle, auditive ou autre a été et reste une interprétation.
Il est aussi faux de transformer les auditeurs supposés
de Jésus en machines à enregistrer, que de voir dans
les copistes du Moyen Âge des machines à photocopier.
Oublier que les textes
" sacrés " ont été nécessairement glosés au Xllème siècle
principalement parce qu'ils étaient devenus difficilement
compréhensibles, du fait, entre autres, de la révolution
technique introduite par l'écriture minuscule; oublier
que les copistes ont fréquemment incorporé tout ou partie
des gloses interlinéaires dans le contenu des livres
d'origine; oublier que ces livres ont été imprimés au
XVlème siècle d'après le dernier état des manuscrits
et non l'état d'origine; oublier tout cela, c'est prendre
pour "évangile primitif " ce qui correspond à " la croyance
" du lecteur E. Reuss, et non pas découvrir la reproduction
exacte des paroles de Jésus. Dans " l'évangile primitif
" les paroles de Jésus restent ce que les auteurs-copistes
successifs ont jugé bon de lui faire dire.
Les Chrétiens ont fabriqué eux-mêmes leurs livres "
sacrés ".
E.Reuss, travailleur infatigable,
écrivain prolifique, apôtre de l'enseignement théologique,
était pratiquement conditionné, comme A.Garnier, par
son affection profonde pour la langue hébraïque devenue
comme une langue maternelle, et l'histoire du peuple
juif. La langue hébraïque, non parlée par les
Juifs , incarnait pour lui celle de la révélation divine;
l'histoire juive devenait réellement celle du peuple
élu. Toute référence au Judaïsme apportait dans une
comparaison une dignité de pensée qu'il fallait absolument
rechercher; il parlait bien de Judéo-Christianisme et
non deChristo-Judaïsme
L'on peut aussi imaginer
que l'anti judaïsme certain du pape Pie IX, illustré
par l'affaire Mortara, fut un élément important dans
le choix que fit E.Reuss de sa judéophilie.
G) DIFFUSION DU CONCEPT
Finalement, pour
des personnes étroitement déterminées par leur éducation
et leurs croyances religieuses, qui " objectivent " à
tout instant, comme A.Garnier et E.Reuss, la parole divine
dans l'Ecriture ou la voix intérieure de l'Esprit-Saint,
la formulation du concept judéo-chrétien marquait, dans
le plan du Salut dont on ne pouvait douter, la primauté
incontestable, c'est-à-dire historiquement supposée, de
la religion juive, dont le Christianisme ne pouvait que
découler:; nonobstant le fait que l'Ancien Testament chrétien,
la Septante, n'est pas la Bible juive. Aussi bien, la
notion s'en répandit-elle jusqu'à nos jours d'autant plus
facilement que chez les Chrétiens, tant Réformés que Romains
dits catholiques, ce retour aux sources constituait une
démarche contre-révolutionnaire, anti-rationaliste, qui
voulait restaurer
" une pure foi dans le Sauveur ", après les horreurs de
la Révolution Française et la promulgation des Droits
de l'homme donnant à ce dernier la liberté de ne plus
obéir aux Commandements divins
dictés par les Eglises chrétiennes.
Chez les Chrétiens romains,
la diffusion se fit naturellement par le canal sulpicien
de l'enseignement dans les séminaires, où de surcroît
quelques individus choisis furent conduits par des filières
universitaires à étudier l'hébreu, voire même le sanscrit.
Le développement de la connaissance approfondie de la
langue hébraïque, uniquement écrite , fut une
des conditions fondamentales du succès du Judéo-Christianisme
.
Chez les Chrétiens réformés,
E.Reuss eut de très nombreux élèves devenus de très
nombreux successeurs, qui ne purent surmonter les contradictions
internes de son enseignement qu'en s'enfermant dans
des interprétations allégoriques ou spirituelles de
textes , dont la lettre était de plus en plus ridiculisée
par les découvertes scientifiques. Comment pouvait-on
fixer, comme les Juifs de nos jours, la création de
la Terre à un peu plus de 7 mille ans, alors que les
astrophysiciens font remonter son apparition à plus
de 3 milliards d'années ? Que les préhistoriens décrivent
un néolithique âgé de 7 mille ans ? Comment concilier
l'évolution scientifique avec la fixité de la création
juive ? Comment insérer le géocentrisme du dogme chrétien
de l'Incarnation dans le ciel de notre galaxie riche
à lui seul de cent milliards d'étoiles ? Comment nier
la réalité de fortes influences littéraires, égypto-babyloniennes,
dans ce que l'on continue d'appeler l'Ecriture Sainte
?
En bref, les séminaristes
romains et les étudiants ou étudiantes en théologie
protestante sont formés dans des conditions très analogues.
Sauf dans le domaine de l'allégorisation, ils ne font
que répéter les enseignements de leurs Maîtres. La vérité
"divine" leur est donnée une fois pour toutes,
inviolable, non discutable; à tel point que les lumières
projetées accidentellement par E. Reuss sur l' anhistoricité
des évangiles et le caractère purement humain de la
Bible ne provoquent aucune réaction dans ces milieux
religieux et ne conduisent jamais personne à oser poser
la question de l'existence historique de Jésus Christ.
Le caractère " divin " de l'Ecriture Sainte manifeste
finalement, à l'égard de leurs Maîtres,un lien que ces
étudiants et séminaristes ne veulent pas rompre.
H) ROLE DES INSTITUTIONS UNIVERSITAIRES
Les deux courants de
pensée chrétienne, le Romain et le Réformé, se retrouvent
à travailler ensemble dans un site universitaire renommé
: - L'Ecole Pratique des Hautes Etudes à la Sorbonne
- , plus précisément dans la 5ème Section dite des Sciences
religieuses de l'E.PH.E. et la Direction d'Etude des
Origines du Christianisme.
La création de cette
5ème Section vers 1880, avait soulevé une vive opposition
de la part d'E.Renan; celui-ci se méfiait beaucoup de
l'emprise des Eglises sur ces" Sciences religieuses
"," qui attribuent à la Religion une objectivité qu'elle
n'a pas" . Selon E.Renan, l'évolution de l'esprit
humain produisait nécessairement des strates religieuses;
ainsi disait-il " les lois qui ont produit Jésus
sont les lois permanentes de la conscience humaine ".
Renan s'appuyait notamment sur les travaux de psychologie
clinique de P. Janet et autres pour interpréter l'histoire
de Jésus et de ses Apôtres.
A l'E.P.H.E. -5ème Section,
la Direction d'étude des Origines du Christianisme n'a
pas été assurée
" dans un esprit laïc et profane par des personnes étrangères
à toute théologie; qui ne songent ni à édifier, ni à
défendre les dogmes, ni à les réviser ". Les enseignants
ont été en effet des Chrétiens, Réformés ou Romains,
pour lesquels les présupposés de leur religion ne sont
pas discutables. Ils proposent certes à leurs auditoires
l'étude approfondie de livres dits apocryphes, des Pères
de l'Eglise, des gnostiques, hérétiques etc... pour
en quelque sorte meubler le temps et éviter d' avoir
à justifier les Eglises dans " les vérités " qu'elles
exposent. On a continué à présenter les écrits canoniques
chrétiens comme des textes du premier siècle de notre
ère, alors qu'ils ont été imprimés pour la première
fois en 1592, dans ce qu'on appelle habituellement la
"sixto-clémentine" préparée par Rome après
une décision du Concile de Trente de 1546. Peu importe
qu'un texte de ce 1er siècle, " sacré " ou non, ait
été écrit en lettres majuscules et en continu, sans
ponctuation, sans paragraphe ni chapitre; peu importe
que la mise en page ou en chapitre ait été progressivement
créée au XIIème et XIIIème siècle, on se conforme à
la Tradition.
Malgré les travaux sur
le mirage des sources littéraires, les variantes inévitables
dans la copie manuelle des manuscrits, l'insertion de
gloses dans les textes évangéliques pour leur donner
un sens, on fait comme si tout copiste du Moyen Âge,
lettré ou non, avait opéré avec une photocopieuse machinalement
et sans fatigue. On a commenté, jusqu'à l'écoeurement
des auditoires, les épîtres dites pauliniennes en oubliant
le contexte des débuts de notre ère, la censure impériale
sourcilleuse, l'inexistence d'une action contre les
écrits chrétiens avant les persécutions de Dioclétien,
dont on a volontairement ignoré les résultats pour "
couver" cette pure irréalité d'une littérature chrétienne
authentique et conforme à une Tradition apostolique
fondée en définitive sur les fantasmagories
du " Liber pontificalis ".
Renan avait bien raison
de se méfier de cette création universitaire, où, du
fait de la cooptation des directeurs d'étude, voisinent
confraternellement des universitaires chrétiens de toute
tendance qui se partagent en outre directions de revues,
enseignements à l'Institut catholique ou à la Faculté
de Théologie protestante de Paris, rédaction de livres,
d'articles, traductions diverses etc... Publier, certes,
reste un impératif pour des universitaires; toutefois
le souci de la science ne prime plus, mais celui de
la carrière à parcourir.
Actuellement, la question
du Judéo-Christianisme a pris un tour tragique suite
aux événements de 1940/1945, qui ont abouti au drame
indicible de la Shoah. Sous couvert de respecter l'autorité
des Ecritures et la primauté du peuple juif, le débat
tente maintenant d'éviter le discrédit de l'Etat Pontifical,
dont la passivité à l'époque a pu laisser se développer
les moyens d'extermination. Les années considérées ont
vu également se créer, à l'échelon familial ou individuel,
des situations d'adoption
ou de garde d'enfants juifs par des Chrétiens qui ne
sont pas sans rappeler l'affaire Mortara. La formule:
" Tout Chrétien est un Juif, tout Juif est un Chrétien
" a été particulièrement utilisée après la guerre par
un aumônier d'origine juive, malgré un changement de
patronyme, devenu par la suite un prince de l'Etat Pontifical;
il y avait, dans cette occasion, tout intérêt à essayer
de donner la même origine aux deux religions pour éviter
toute dénonciation pour abjuration. L'Etat Pontifical
a pour sa part développé un discours ambigu.
prônant l'amour de Dieu et du prochain, qui lui permettait
non seulement de se ranger du côté des victimes mais
aussi de s'approprier leur douleur et leur drame; il
tenta même de s'approprier les lieux typiques du génocide
par l'implantation d'un Carmel, de croix pontificales
etc...à Auschwitz.
Après cette période de
la deuxième guerre mondiale, on vit parallèlement la
5ème Section de l'E.P.H.E. accueillir plusieurs universitaires
juifs, certains de grande valeur, et choisir parmi eux
des directeurs d'étude. Ce fut le cas tout dernièrement
pour la Direction d'étude des" Origines du Christianisme
". La cooptation à sa tête d'une personnalité d'origine
juive marquait symboliquement le triomphe du concept
de Judéo-Christianisme, et la primauté de la religion
juive; si bien que l'intéressé publia très rapidement
après sa nomination un ouvrage voulant prouver que le
Judéo-Christianisme relevait de l'Antiquité, et que
la secte des Ebionites constituait une matrice de la
religion chrétienne.
Mais comme il cite tout au début de son livre l'Archevêque
de sa ville pour appuyer sa thèse, et que
celui-ci n'est en aucune manière un historien, sauf
à réécrire le passé en fonction de ses besoins identitaires,
sa démonstration sombre dans le courant des oeuvres
de complaisance. La collusion d'intérêts, sous le couvert
des Ecritures divines, favorise un carriérisme dont
la fin souhaitée conduirait
au Collège de France.
E.Renan avait donc bien
raison de s'élever contre la création de cette Section
dite des " Sciences religieuses ", qui se dota de la
Direction d' Etude des Origines du Christianisme; ce
fut un échec pour la laïcité : on présenta comme données
"scientifiques " des éléments de croyance, qui ne faisaient
que concrétiser des phénomènes psycho-sociologiques,
manifestant des images jusque là inconscientes.
Quoi qu'il en soit, le
judéo-christianisme demeure pour les Chrétiens romains
un non-sens, puisque leur Ancien Testament, la Septante
Alexandrine, n'apparaît pas dans la liste des livres
saints de la religion juive; outre le fait que matériellement
la Septante présente au moins trois mille variantes
par comparaison avec le texte des livres juifs correspondants;
en particulier, le fondement du monothéisme n'existe
pas dans la Septante (Exode XX -5), par l'absence formelle
d'un article devant le mot Kurios, même si les traductions
conventionnelles en ajoutent un faussement, par " pieuse
" fraude. Il n' y a ni communauté d ' Ecritures, ni
communauté de religion. La religion chrétienne reste
une religion impérialiste, d'origine romaine, quoi qu'on
veuille.
Pour les Chrétiens protestants,
à cause de leur propension à transformer le flux de
leurs intuitions en voix de l'Esprit-Saint, à cause
de leur conviction première de la " sacralité " de la
Bible tenant à leur éducation familiale, le concept
de judéo-christianisme mesure leur asservissement à
une Tradition irrationnelle, certains cherchent à s'en
libérer par la profession d'une philosophie agnostique
Ces dernières années,
la question s'est un peu déplacée par la création au
C.N.R.S. d'une Unité de Recherche sur les religions
du Livre. La dénomination de cette entreprise laisserait
entendre que ces Religions ont un seul et même livre
en partage, ce qui est faux. Par contre, on ne saurait
mieux dire que ces religions sont à la fois idolâtriques
et anthropomorphiques. On a beau vouloir confondre monothéisme
et monolâtrie, il n'y a pas de fait surnaturel à l'origine
de la religion juive ou chrétienne. La religion est
un langage inventé par les hommes pour apaiser leurs
peurs innées dues à leur environnement naturel,
leur milieu de vie culturel historico-politique, économique
etc....La peur de l'autre, du différent devenu un ennemi,
a fait surgir le concept d'un dieu national, tout puissant,
guide du Chef des Armées, dont celui-ci n'est que la
représentation; ainsi, le pouvoir naît de la" divinité."
Les peurs engendreront en outre le recours aux pratiques
de la magie, favoriseront les superstitions, peupleront
le proche Univers de personnalités célestes, dieux ou
démons, anges de diverses catégories, héros, saints.,etc.
Quelques siècles devraient
sans doute s'écouler avant que des hommes plus nombreux
réfléchissent à l'inanité de ces sornettes et à la nécessité
pour l'homme de grandir en conscience pour se réaliser,
d'acquérir plus d'être, de fonder sa religion sur la
raison pour devenir à travers de nombreuses transformations
le Tout-Conscience; Tout-Conscience qui dans son évolution
a engendré les existants visibles et invisibles, des
univers en nombre indéterminé, et, autour d'une étoile
parmi les milliards de notre galaxie, la minusculissime
Terre et les nano-poussières humaines.
Le judéo-christianisme
au milieu du XIXème siècle s'est fondé en France sans
aucune preuve historique, mais sur le besoin d'affirmer
une identité reconstruite en opposition aux libertés
de la Révolution Française, et à partir de la quête
d'une servitude se voulant " pure foi en Jésus ". Finalement,
comme le concept de Dieu est " objectivé
", comme les " fidèles " décrivent des "images
premières dynamiques " (G.Bachelard) issues de leur
inconscient, ces " fidèles" s'agenouillent devant leurs
propres créations; ils s'idolâtrent.
L'homme n'est pas la création
d'un dieu , mais tout dieu est la créature d'un
homme .
N.B. Que
pensent les Juifs des Chrétiens?
Le concept de judéo-christianisme
est à double sens. Comme l'a si bien exprimé
Mgr. Lustiger,
si tout chrétien est un juif, tout juif est un
chrétien. Qu'en pensent les juifs?
<< Dès lors que le christianisme affirmait
être le vrai Israël, héritier de la
tradition biblique,
les Juifs l'ont naturellement perçu comme un
usurpateur illégitime.
Les croyances chrétiennes en la Trinité
et en l'Incarnation, ainsi que la vénétation
des images,
furent souvent considérées comme la preuve
que le christianisme était une variante de l'idolâtrie
>>
( "Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme"
- page 243 )
(1) Cf. "Prions en Eglise" -Revue mensuelle
n° 1 07 -Novembre 1995 pages 10 et 11
2) Le mot de crucifix apparaît en français
sous la forme de crocefis en 1170 crecefis fin du XIIème
siècle, crucifit en 1223
(DHLF "Le Robert" Paris 1995 tome 1 -page
538) Le crucifix s'élève -comme un cri de vengeance
en un appel au meurtre.
(3) C.F. F.LAPLANCHE " La bible en france
entre mythe et critique - 16 ème au 19 ème siècle.
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