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I - Origine et Nature du Mouvement chrétien
II -
Naissance des écrits " sacrés " chrétiens
III - Développement et Fin du Mouvement chrétien
IV - Références bibliographiques


Spartacus en campagne ( 73 / 71 )
Il fut , de son vivant , vénéré
comme l'incarnation de Sabazios ,
dieu thrace ,
frère jumeau de Dionysos .

I - Origine et Nature du mouvement Chrétien

L ' erreur commise conventionnellement est de confondre le Mouvement chrétien avec le Christianisme catholique romain . Or , le mouvement chrétien ne constituait pas une religion à proprement parler ;
dans cette hypothèse , il aurait été admis par la Société romaine , comme tous les autres cultes
" étrangers " : grecs , égyptiens , carthaginois , phéniciens , juif , asiates ... etc . ; surtout s'il avait été
d' origine hébraïque , selon ce qui est prétendu habituellement , puisque le culte juif représentait ,
à Rome , une religio licita .Les Romains étaient si "religieux", c'est à dire si superstitieux , que les chefs de leurs armées , en campagne , s'efforçaient généralement de passer une sorte de contrat , l'evocatio , avec les dieux des cités "ennemies" qu'ils assiégeaient ; ces généraux , tel Scipion l'Africain devant Carthage , demandaient à ces divinités d'abandonner leurs villes, de ne plus les protéger ,
et leur promettaient de les accueillir à Rome dans des temples mieux construits et ornés que ceux
dans lesquels ils étaient, jusqu'alors , vénérés. De surcroît, le développement des relations commerciales, des transactions de toute sorte , dont l'esclavagisme , entraînait des déplacements de population si importants qu ' il en résultait inévitablement un brassage des croyances et un mélange des divers cultes pratiqués dans l'Empire tout entier ; situation décrite par Juvénal , dans ses Satires ( III - 62 ) ,
lorsqu'il s'est écrié :

<< Il y a beau temps que l'Oronte syrien
s'est déversé dans le Tibre >> ( 1)

Les principaux cultes répandus dans l'Empire étaient pratiqués à Rome et dans les ports importants
de l'Italie : Aquilae ( Trieste ) , Naples , Ostie , ....etc . Leurs dieux y trônaient , dont plusieurs portaient des croix ; d'autres , annuellement , mouraient et ressuscitaient après trois jours pour marquer le retour du Printemps ; tous opéraient des miracles , certains se spécialisaient en transformant l'eau en vin ; tous gestes et actions que reprendra , beaucoup plus tard , le dieu du christianisme romain , après avoir endossé une forme trinitaire inaugurée trois millénaires auparavant par le dieu de la Lune , le très vieux SIN , le grand dieu père de tous les dieux de l'antique pays de Sumer , où, dit - on ,
l'histoire commença ( 2 ) .
Plus précisément, s'il avait existé, au 1er siècle de notre ère, une religion chrétienne adorant un dieu
mis en croix puis enseveli, et ressuscité trois jours après, le jour du solstice vernal, ce culte serait
apparu aux Romains comme un culte cousin du culte métroaque vénérant Cybèle et son parèdre
Attis, dont la mort et la résurrection occupaient la "semaine sainte" précédant le solstice printanier,
la mort du dieu se situant trois jours avant sa résurrection qui déclenchait les "hilaries", une liesse
débordante dans Rome. Ce rite pascal était pratiqué depuis l'an 204 avant notre ère; les Romains
le célèbraient chaque année avec d'autant plus de ferveur qu'il était rattaché au souvenir des victoires que l'Urbs avait remportées sur sa rivale Carthage. La seule différence entre les deux cultes aurait été
la mise en croix du dieu , dans le culte chrétien, dont les "fidèles", illettrés pour la plupart,
avaient besoin de "voir pour croire" et être assurés que le sang du dieu coulait bien sur leur terre
pour la fertiliser. On ne distingue pas pour quelles raisons ce culte chrétien, s'il eut existé,
aurait été persécuté par les Autorités impériales.
Si donc des chrétiens ont été poursuivis et condamnés par les Autorités au cours des deux premiers siècles de notre ère , ce ne fut pas en raison d' une "persécution religieuse " mais parcequ ' ils constituaient pour la Société romaine d'alors un péril "intérieur" , une cause de désordres publics menaçant les structures de l'Empire . Le mouvement chrétien s'opposait fondamentalement à l'Etat impérial parcequ'il était composé des tranches de la population opprimées à outrance par les aristocrates romains , c'est à dire les esclaves sans aucun droit réduits à l'état de simples meubles , et les citoyens prolétaires , habituellement d'anciens paysans ruinés par l'extension des latifundia , dont la situation matérielle était si précaire qu'elle les poussait, parfois, à se vendre comme esclaves pour s'assurer le vivre et le couvert . Chez les esclaves , à proprement parler , l'espoir si vivace d'une libération totale
qui les avait soulevés, avec Spartacus leur chef, en 73 avant notre ère, cet espoir avait fait place à la plus profonde désillusion après la défaite de 71, et la "crucifixion" de milliers de prisonniers le long de la Voie Appienne dans des conditions de cruauté qui manifestaient la peur extrême des Romains, dont cinq armées avaient été battues par Spartacus, honoré par les siens à l'égal de Sabazios, dieu thrace,
frère jumeau de Dionysos.
Le désespoir engendré par la victoire finale de Crassus sur Spartacus fut si puissant que les besoins de revanche éprouvés par les esclaves ne purent s'atténuer dans le temps, tout au moins chez ceux logés dans l'Urbs, où ils avaient la capacité, avec l'aide de quelques citoyens prolétaires, de se rassembler occasionnellement en un groupement légalement autorisé, ou Collegium, ce qui constitua une amorce d'organisation pour leur mouvement .
Rome était la ville la plus peuplée de l' Empire; on estime généralement que celui-ci a compté,
suivant les époques, de 60 à 55 millions d'habitants. Rome regroupait 1.200.000 personnes sous Trajan
( 98 / 117 ), dont au moins 300.000 esclaves et environ 300.000 prolétaires recevant une aide alimentaire; au moins 60% de la population étaient tenaillés par un vif ressentiment contre l'Etat romain, ce qui constituait une source potentielle de graves désordres publics , dont l'Administration impériale
avait bien conscience, informée par sa police, les agentes in rebus .Cependant, cette dernière ne pouvait tout prévoir et des "tumultes", plus ou moins bruyants , éclataient sporadiquement , portant les revendications des humiliores totalement négligés , alorsque l'Economie générale dépendait de leur travail .


Des manifestations significatives eurent lieu sous le règne de l'Empereur Claude ( 41 / 54 ) , dont l'historien Suétone s'est fait l'écho dans ses " Vies des Douze Césars " au chapitre consacré à cet Empereur

SUETONE
Judaeos impulsore Chresto assidue tumultuantes Roma expulit
( Divus Claudius - XXV )
( 3 ) .
Notons immédiatement que ce Chrestus, désigné comme l'instigateur des mouvements , ne peut être confondu , malgré les conventions établies , avec le dieu-homme des évangiles; Chrestus n'est pas Christus. Ce dernier , en effet , serait mort "crucifié" entre l'an 37 de notre ère, au plus tôt,
et l'an 39, au plus tard, suivant que l'on accorde à sa "vie publique"
une durée de une ou trois années . Claude ne fut désigné Empereur qu'en 41, après l'assassinat de Caligula ( 37 / 41 ) . La description de Suétone indique clairement, par l'emploi de " assidue " , que ces "tumultes" furent fréquents. Si Chrestus avait été personnellement à leur tête , il aurait été arrêté, ce qui ne s'est pas produit; s'il avait été vivant , ailleurs qu'à Rome, un mandat d'arrestation aurait été lancé contre lui , mais ce ne fut pas
le cas . Tout donne à penser que Chrestus était mort, depuis un certain temps, et que par son charisme il avait créé, organisé et insufflé au mouvement de contestation des opprimés ( esclaves et prolétaires ) une force reconnue par eux tous, qui employaient son nom tel un talisman susceptible de renouveler leurs énergies revendicatrices jusqu'à ce qu'ils obtiennent satisfaction. Chrestus était la "pierre" du mouvement.
Toutefois, le Liber Pontificalis, histoire légendaire des Papes, écrite au début du 6ème siècle, paraît assimiler Chrestus à "Pierre", anachroniquement
premier évêque de Rome de 42 à 67.

Certes , le Christ des évangiles aurait pu venir à Rome pour enrégimenter les esclaves de l'Urbs ; toutefois , aucun écrit " sacré "chrétien ne le montre accomplissant un tel aller et retour,
Palestine / Rome ; de surcroît , il avait prêché l'obéissance à César par le paiement de l'impôt !!
En tout état de cause, il avait été , dit - on , " crucifié " à l'instigation du peuple juif représenté par
le Grand-Prêtre et le Sanhédrin, ce qui rend totalement invraisemblable l'existence, à Rome,
à cette époque , d'une "secte" juive se recommandant de lui pour contester l'Etat impérial ;
en outre , selon les " Actes d'Apôtres " , aucun disciple de Christ ne s'est rendu dans la capitale de l'Empire, à l'exception de Paul, en 65, durant le règne de Néron ( 54 / 68 ), qui l' aurait fait décapiter
en 67 .
La répétition des troubles signalés par Suétone et leur importance relative, suffisant à alerter l'Empereur Claude personnellement, désignaient un mouvement bien organisé et sûr de lui ; donc , compte tenu de l'illettrisme généralisé dans la masse servile, un mouvement déjà ancien, vieux sans doute de quelques dizaines d'années. Aussi bien , peut-on estimer que Chrestus l'instigateur , au nom duquel les esclaves
se soulevaient, vivait à Rome, ou dans les proches environs , à la fin du dernier siècle avant notre ère , soit une cinquantaine d'années après la défaite de Spartacus et sa disparition du champ de la dernière bataille. Chrestus était certainement un esclave qui possédait, outre un charisme exceptionnel, une culture approfondie, ayant bénéficié, peut-être , d'un retour sur sa personne de l'affection, rare ,
du patron de sa mère pour cette dernière . L ' on verra plus loin comment Chrestus fut "divinisé" par les "chrétiens" à la fin du second siècle , mais il faut rappeler ici que le Concile de Chalcédoine déclarera,
en 451 , que le dieu du christianisme, devenu la religion des "chrétiens", avait pris la forme d'un esclave en venant sur cette terre .
Au surplus, on ne saurait confondre Chrestus et Christus pour la simple raison que les deux mots n'ont pas la même signification. Chrestus est en latin un nom de personne, employé notamment par Cicéron qui, assurément , n'avait aucune prescience du Jésus-Christ des évangiles. Chrestus se traduit par Bon ou Lebon ; ce peut être aussi un sobriquet accolé à un esclave.
Christus est un adjectif grec, christos , latinisé, utilisé déjà par Euripide, signifiant "oint d'huile"
et finalement "béni de dieu", appliqué naturellement à un roi, puisque celui-ci était conçu d'origine "divine" , comme l' a chanté Homère dans l'Iliade . Cette bénédiction "divine" se laissait deviner par les victoires de ce roi, qui constataient cette onction par la chance heureuse dont il était gratifié . Tous les rois étaient de naissance "sacrée"; tous les Empereurs romains se déclarèrent divi . Cependant , le qualificatif de Christus ne fut employé à dessein que par Constantin ( 307 / 337 ) et Licinius ( 308 / 324 ),
son adversaire dans l'Orient de l'Empire . La lutte entre les deux Empereurs prit le caractère d'une
ordalie , d'un jugement de dieu , dont Constantin sortit vainqueur, en faisant éclater sa " déité " .
Le court extrait de Suétone ne donne aucune raison à l'animosité de l'Empereur Claude à l'encontre des Juifs de Rome . Sans doute , y avait-il , dans la Ville , après les campagnes de Pompée en Syrie et Palestine , en 64 et 62 avant notre ère , des milliers d'esclaves juifs , reconnaissables à la particularité de leurs habitudes ancestrales ; profondément déçus du fait de la vanité , constatée par leur situation,
des promesses rapportées à leur dieu par les prêtres de leur religion ; persuadés qu'une amélioration de leur sort présent dépendait directement d'eux-seuls ; et membres actifs , pour un certain nombre , du mouvement initié et organisé par Chrestus , des dizaines d'années auparavant . Toutefois , ce ne sont pas ces esclaves qui ont été expulsés de la Ville par l'Empereur Claude , puisqu'ils étaient la propriété de quelques aristocrates romains , mais des citoyens libres de leurs personnes ; mesure finalement sans grand effet : ces juifs sont revenus plus ou moins vite dans la Capitale ; au temps de Vespasien,
20 ans plus tard , certains ont fait partie de la Cour impériale , tel l'écrivain Flavius Josèphe .
Il faut rappeler ici qu'au temps de Caligula et de Claude le nom de juif était associé au portrait d'une personne jamais satisfaite de son sort , toujours prête à s'élever contre l'Autorité impériale , comme on l'avait vu à Alexandrie en Egypte , ville à peine moins peuplée que Rome , dans les années 37 et suivantes de notre ère .Ces judéo-alexandrins bénéficiaient , certes , de nombreux droits , mais en voulaient davantage et désiraient devenir les égaux , en tout , des gréco-alexandrins , les maîtres de la Cité depuis Alexandre . Ils s'estimaient trop à l'étroit dans leur politeuma , et, en 37 , se sentirent assez sûrs de leurs forces pour revendiquer bruyament dans la rue, manu militari , et même envoyer une ambassade à Rome , auprès de l'Empereur , Caligula , dirigée par un écrivain célèbre : Philon .
Caligula n'eut pas le temps nécessaire à l'examen de leurs demandes , et Claude hérita d' un dossier litigieux , qu'il régla ,croyait-il , par une lettre de l'année 41,dans laquelle il décrétait le statu quo .
Finalement , les manifestations répétées des esclaves "chrétiens" , dont des juifs avérés , rappelèrent à l'Empereur les événements fâcheux d'Alexandrie, assez récents , et l'incitèrent à exiler de Rome les juifs libres , pour prévenir le retour des "troubles" qui ensanglantèrent l'Egypte ; c'était une mesure prise
dans le souci de protéger, à Rome , l'ordre public , et non une forme de persécution, "religieuse",
d'une secte judéo-chrétienne inexistante .

L' Empereur Claude ( 41 / 54 ) .

Le caractère urbain du mouvement de Chrestus était , donc , très affirmé ; cependant , il existait aussi une contestation analogue dans les agglomérations rurales , mais celle-ci était plus individualisée et brutale . Les esclaves chargés de faire paître les troupeaux se trouvaient , en définitive , assez libres de leurs déplacements ; beaucoup en profitaient pour abandonner leurs tâches , et rejoindre d'autres fuyards avec lesquels ils formaient des groupes d'insoumis vivant du brigandage , armés par d'anciens soldats , des vétérans au terme de leur contrat , qui refusaient de cultiver les lots de terre attribués dans les colonies , par l'Administration . Cette insoumission armée fut plus importante qu'il n'est dit généralement , et constitua une forme de contre-pouvoir , dont Apulée, dans la deuxième partie du second siècle de notre ère, dressa dans ses Métamorphoses une description saisissante,
en montrant un groupe de brigands assiéger véritablement une ville . Le butin était réparti entre les membres des troupes , et les habitants miséreux des agglomérations rurales ; à tel point qu' en la deuxième partie du 4ème siècle, Martin , évêque de Tours , fit abattre le mausolée érigé à la mémoire d'un de ces "bandits" , vénéré par la population concernée à l'égal d'un "Saint" . Au temps du premier Empire , la tête d'un célèbre brigand espagnol avait été mise à prix ; l'intéressé se rendit
de lui-même aux autorités locales pour encaisser la somme convenue , et fut nommé sénateur par Auguste .

 

II - Naissance des écrits " sacrés "chrétiens

Le développement de l'organisation créée par Chrestus fut étroitement conditionné par l'évolution même de l'Empire romain , et particulièrement par l'assimilation de l'Egypte en l'année 30 avant notre ère,
suite à la bataille navale d'Actium gagnée le 2 septembre 31 par Agrippa pour le compte d'Octavien, contre Antoine et Cléopâtre qui disparurent peu après . L' Egypte devint la propriété d'Octavien ;
il se rendit à Alexandrie le 1er août de l'année 30 pour installer l'échelon administratif nécessaire
à l'exploitation de ce vaste pays : la Basse et Haute Egypte. Octavien devint , donc , le propriétaire
du Musée alexandrin et de sa fameuse Bibliothèque, créés par Ptolémée Sôter, dès la fin du 4ème siècle avant notre ère ; dans le but d' élever Alexandrie au rang de capitale intellectuelle de son temps , Ptolémée avait imaginé de réunir dans sa Bibliothèque un exemplaire de tous les livres existants
( et ceux à venir ) ; son fils Ptolémée Philadelphe poursuivit son dessein, et fit notamment traduire
la Torah juive, non seulement pour augmenter sa collection d'ouvrages mais aussi, à l'exemple des rois Perses, pour juger ses sujets juifs, très nombreux à Alexandrie , selon la loi dont ils se réclamaient . C'est ainsi que, vers 275 avant notre ère, naquit la Septante , oeuvre gréco-alexandrine ;
contenant primitivement le Pentateuque, elle fut ensuite complétée par les traductions des livres juifs composés postérieurement . Toutefois , la Septante ne fut jamais considérée par les juifs comme
faisant partie de leurs " écritures sacrées "; elle ne fut jamais lue dans le Temple de Jérusalem
ni dans les synagogues de la Palestine ou de la Diaspora, sauf vraisemblablement dans quelques colonies juives de l'Egypte du sud, puisque les judéo-égyptiens ne parlaient que le grec . La Septante demeura
un livre gréco-alexandrin ignoré du peuple juif. Lorsque, au début du 2ème siècle de notre ère,
des rabbis juifs voulurent traduire leur Bible en langue grecque, ils dédaignèrent totalement la Septante ,
dont le texte présentait de multiples variations en comparaison de celui, lu en hébreu, dans les synagogues .
Comme toute l'Administration impériale, l'échelon détaché à Alexandrie comprenait des chefs de service et des directeurs issus de l'aristocratie romaine ( chevaliers , sénateurs ... ) , travaillant sous l'autorité
du Préfet de l'Empereur, mais surtout des " employés aux écritures " : scribes, copistes, traducteurs, archivistes, comptables, hommes de peine, choisis par chance et instruits dans les écoles ou paedagogia impériaux. Parmi ces esclaves " lettrés ", beaucoup étaient "chrétiens", très conscients de leur situation de "meubles", d'objets sans aucun droit , alorsqu'ils ne voyaient pas de différence intrinsèque entre leurs chefs et eux .
Comme les autres Etats, l'Empire romain n' existait que par son armée et son Administration civile, et donc ces milliers d'esclaves ( 4 ) , " petits fonctionnaires, employés aux écritures ", dont l'Empereur reconnaîssait la nécessité dans le fonctionnement des Services, en leur octroyant une rémunération exceptionnelle alimentée par une taxe perçue sur le sel ( d'où son nom de salaire ); mais cette "gratification" avivait encore plus les ressentiments de ces "petits" fonctionnaires serviles à l'encontre de la Société qui les exploitait. Certainement, beaucoup d'entre eux, à Alexandrie, étaient "chrétiens", et , parmi eux , plusieurs avaient une ascendance juive.
Dans sa méconnaissance initiale des richesses de la Bibliothèque, la section administrative romaine chargée des questions juridiques et judiciaires ne découvrit la Septante que d'une façon pragmatique , progressive, en fonction des besoins du service, au fur et à mesure que des problème se posaient
dans le cadre des relations entre gréco-alexandrins et judéo-alexandrins. La volonté de ces derniers
de ne pas admettre l'existence des dieux autres que le leur, la certitude de former son "peuple élu" rendaient plus vif leur sentiment d'être indignement "persécutés", du fait de ne pas jouir de tous les
droits civiques accordés aux gréco-alexandrins. Comme ces juifs ne manquaient pas de moyens,
leurs revendications revêtirent des allures de plus en plus hostiles, jusqu'aux crises véritables des années 37 et surtout 115; ces crises aboutirent à des affrontements sanglants et à la disparition d'un nombre important d'égyptiens d'ascendance hébraïque; en fait, ces tragiques événements annoncèrent,
en Palestine , d'une part la guerre de 66/70, d'autre part la révolte de 133/135, entraînant l'interdiction faite aux juifs de séjourner dans les environs de Jérusalem et dans la ville même; celle-ci perdit son appellation ancestrale et devint une colonie romaine sous le nom d'Aelia Capitolina.
Dans l'obligation où ils se trouvèrent de se référer au texte de la Torah, les esclaves "lettrés" romains concernés, poussés par la curiosité, découvrirent les livres autres que le Pentateuque et constatèrent,
les uns avec étonnement, les autres ( d'origine juive ) avec délectation, que ces volumina, en racontant l'histoire d'un peuple opprimé, décrivaient leur propre situation, leurs propres sentiments de déréliction, leurs propres souhaits de vengeance à l'encontre de leurs propriétaires. Aussi bien, considérèrent-ils,
peu à peu , que ces livres avaient été écrits pour eux, par anticipation, qu'ils leur appartenaient.
La surprise passée, certains estimèrent bon de traduire en latin les pages leur paraîssant les plus caractéristiques, et de les faire parvenir à leurs communautés respectives de Rome, où, avec le temps, le nombre de Collegia légalement autorisés s'était accru. Chacun d'entre eux finit par posséder une traduction, en tout ou partie, de la Septante , traductions de qualité inégale puisque provenant de "lettrés" différents; elles formèrent ce que les spécialistes ont appelé les veteres latinae ,
ou vieilles latines
, dont aucune n'a subsisté .

Marcion de Sinope

Le développement du mouvement "chrétien" par la multiplication des Collegia à Rome constitura un élément des plus importants dans le proche avenir , du fait que le sentiment identitaire de chaque "chrétien" se créera par son adhésion à tel Collegium déterminé , et non par son admission dans une " église catholique ", qui ne verra le jour qu'en 325 .
Il faut souligner qu' au cours du 2ème siècle de notre ère , de nouveaux membres, originaires de classes sociales inattendues, s'étaient agrégés
au mouvement "chrétien" de contestation; il s'agissait de personnes issues de la bourgeoisie ou même de la noblesse des Provinces, qui persistaient à voir dans les Romains les envahisseurs de leurs anciennes Patries, des prédateurs opprimant les populations des pays conquis; leur profonde amertume rejoignait la déréliction des foules asservies. L'une de ces personnes devenue "chrétienne" est restée célèbre :
Marcion, riche armateur de Sinope sur la Mer Noire, né vers 110 d'un père déjà "chrétien", semble-t-il ( 5 ) .

Marcion quitta sa ville pour un long voyage et arriva à Rome en 139; il adhéra au Collegium le plus important et le plus ancien dans l' Urbs, auquel il abandonna sa fortune, soit 200.000 sesterces;
il renouvelait ainsi la philosophie des Cyniques grecs ( Antisthène , Diogène ...etc. ), perpétuait leur attitude fraternelle envers tous les hommes, et leur mépris de la fortune, répartie entre les miséreux. Pour Marcion, les espèces monétaires n'étaient qu'un moyen, sans valeur intrinsèque, pour faciliter les échanges commerciaux .
Toutefois, les intentions, les sentiments, les raisonnements de Marcion, fruits de son éducation et de sa culture, étaient trop différents du psychisme collectif des membres ordinaires du Collegium pour qu' un dialogue fructueux s'installât entre eux. Le fait même de l'abandon de sa fortune,passé l'effet immédiat
d' une très heureuse surprise, conduisait ces membres à se poser des questions relatives à leur état.
L 'esclavage présupposait l'existence d'un patronat puissant et riche,qui pouvait assurer, hic et nunc, l'entretien de son "matériel" de production. Qu'arriverait -il si les patrons, suivant l'exemple de Marcion, abandonnaient leurs patrimoines pour devenir de nouveaux prolétaires ? Qui prendrait en charge la subsistance des esclaves ? Pourrait - on continuer à haïr ces anciens propriétaires ? A la limite,
y aurait - il besoin d'un " Jugement dernier " pour venger les opprimés ? ...etc .
Malgré tout , Marcion essaya pendant cinq ans, de 139 à 144, de convaincre ses confrères d'adoption
de l'impossibilité de référer l'origine de leur mouvement au texte d'une vetus latina traduisant la vieille Septante gréco - alexandrine, que plusieurs " lettrés " étaient tentés de considérer comme appartenant aux " chrétiens " contestataires.
La question fut très longuement débattue, durant ces cinq années, avec, certainement, beaucoup
d'âpreté de la part de ces "lettrés", traducteurs ou copistes, qui avaient introduit le "livre" dans leur Collegium. Certes, depuis au moins un siècle qu'existait, dans le Collegium, la traduction de tout ou partie de la Septante, ils avaient pu l'analyser; le dieu du livre gréco-alexandrin ne correspondait pas à leurs attentes. Peu leur importait qu'il se targuât d'être jaloux ( des autres dieux - Exode XX / 5 ), qu'il fût vindicatif, coléreux et cruel , aimant faire couler le sang!; les dieux n'étaient que des images d'hommes projetées dans l' infini des extrêmes. Mais ce dieu gréco-alexandrin n'exerçait son pouvoir que dans un seul pays, le pays de Canaan, la Palestine, qu'il se vantait de conquérir par les armées de son " peuple élu ", les Hébreux. Il était donc trop confiné pour apporter à des humains venus de toutes les régions de l'Empire romain, ou les habitant, l'aide dont ils avaient besoin pour se venger de leurs exploitants;
il leur fallait un dieu pouvant agir dans toute l'étendue de l'Empire, c'est à dire un dieu non pas " hébreu " mais " catholique ".
Quoi qu'il en fût , outre ses récits historiques, sa loi, sa théologie discutée, la Septante contenait d'autres livres, celui des Psaumes particulièrement, qui suscitaient, chez les "lettrés", un véritable attachement ; ils n'étaient pas insensibles à toute poésie ou indifférents à des écrits composites provoquant leur réflexion, excitant leur intelligence; ils étaient fiers, en quelque sorte, de posséder une telle bibliothèque. Finalement, le poids des habitudes centenaires pesa plus fortement que les démonstrations de Marcion, dont le Collegium romain se sépara en 144 .
Cette rupture marqua l'adoption définitive du " Livre "par des "chrétiens" romains, qui donnaient ainsi
à leur mouvement une présentation intellectualisée les rapprochant du niveau de culture des Honestiores,malgré ceux-ci ; ils pensaient,ce faisant,forcer la considération de leurs propriétaires
et franchir un obstacle dans leur contestation .

La SEPTANTE Version française .

 

 


L'expulsion de Marcion, car expulsion véritable il y eut, produisit des conséquences
tout à fait inattendues :
  • d'une part , Marcion était un citoyen romain; il créa, donc, un Collegium, auquel s'agrégèrent de nombreux autres "chrétiens" romains, convertis à ses pensées sur l'opposition entre le dieu
    " Bon "ou Chrestus , et le dieu de la création dans la Septante , qui voulait faire de l'homme un simple animal, sans intelligence, sans distinction du bien et du mal, sans liberté; Chrestus,
    le dieu " Bon " , était étranger à la création. Il résultait de cette constatation un mépris du monde, un mépris de la chair, qui devait favoriser une connaissance personnelle et immédiate du vrai dieu, sans aucune nécessité de structures contraignantes. Marcion écrivit vraisemblablement plusieurs ouvrages, détruits par la suite, dont un titre reste connu " Antithèses " ; il mourut vers 160, mais le "marcionisme " se manifesta jusqu'au 5ème siècle, dans l'Empire tout entier . Par la suite ,
    de nombreuses personnes continuèrent à se nourrir des pensées "marcionites", si bien qu'au 16ème siècle, après l'affichage des thèses de Luther à Wittenberg, en 1517, Marcion devint pour beaucoup le premier "protestant" de l'histoire du christianisme romain .
    Cette vigueur de la pensée "marcionite" fournit la preuve évidente que dans la deuxième partie du second siècle, tout au moins, il n' y avait pas de doctrine "chrétienne" unique ; d'autant moins que depuis le 1er siècle se développait un courant tout à fait comparable, le Gnosticisme.
    Celui-ci s'incarna en diverses communautés ( nous dirions aujourd'hui : des sectes ), animées
    par des personnages dont le nom est parvenu jusqu'en notre temps : Simon le Mage , Ménandre , Cérinthe , Carpocrate , Satornil , Basilide , Valentin ...etc. ( 6 ) . Ces gnostiques écrivirent beaucoup , et , par chance , une véritable bibliothèque fut découverte en Haute Egypte, à Nag Hamadi, dans les années 1945 / 46 ; auparavant , on connaîssait exclusivement la pensée gnostique par des écrivains de " l'opposition " : Irénée , Tertullien et Origène principalement , hommes du 3ème siècle qui défendaient les structures "disciplinaires" mises en place après 212 avec l'invention légale du poste d'episcopus, ou évêque, chef d'un Collegium, agréé par l'Administration impériale . C'est à partir de ce 3ème siècle que la notion d'orthodoxie fut créée par appétit de puissance,
    suscité par les lois romaines d'Ulpien et de Marcien .
  • d'autre part, la multiplication anarchisante des groupements se disant "chrétiens", légalement constitués dans Rome et les ports italiens, avivait l'animosité des "Septantistes" à l'encontre des autres ( marcionites et gnostiques divers ), mais aussi les dressait les uns contre les autres, tant l'identité de chaque membre dépendait étroitement de sa communauté. Cette animosité devint une véritable haine qui se manifesta par des rixes fréquentes; à tel point qu'un philosophe gréco-romain du nom de Celse décrivit dans un " Discours vrai ", vers les années 180, l'esprit factieux des "chrétiens" en termes virulents ( 7 ) :
    << ... Cet esprit de faction est encore tel aujourd'hui chez les Chrétiens que, si tous les hommes voulaient se faire chrétiens, ceux-ci ne le tolèreraient pas. A l'origine, quand ils n'étaient qu'un petit nombre, ils étaient tous animés des mêmes sentiments;depuis qu'ils sont devenus multitude, ils se sont divisés en sectes dont chacune prétend faire bande à part, comme ils le firent primitivement . Ils s'isolent de nouveau du grand nombre, s'anathématisent les uns les autres , n'ayant plus de commun , pour ainsi dire , que le nom , si tant est qu'ils l'aient encore .......
    L'esprit de parti , la force qu'on peut y puiser pour soi et la crainte des autres,
    c'est là le fondement de leur communauté .......>>

Au siècle suivant, Origène, un exégète "chrétien" renommé, tenta d'adoucir les critiques de Celse ( 8 ) , mais l'Empereur Marc-Aurèle lui-même, dans ses " Pensées pour moi-même " stigmatisa cet appétit obstiné des "chrétiens" pour les confrontations extrêmes, qui les conduisaient à adopter des attitudes
niant totalement la " Bonté " de leur fondateur : Chrestus ( 9 ) .

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Illustrations d'ouvrages d' Alchimie du Moyen-Âge;
héritiers lointains de livres de la Gnose .


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Ainsi donc , l'adoption définitive de la Septante par des"lettrés" romains, entraînant un nombre important de "chrétiens" dans leur opposition à Marcion, fit apparaître cet esprit de " guerre de religions ", qui devait devenir la caractéristique typique de leur mouvement puis du christianisme, auquel ils se convertirent
au cours des vingt -cinq premières années du 4ème siècle. L' orthodoxie allait naître suscitant, dans la suite des siècles à venir, l'éclosion d' une myriade d'hérésies ( 10 ) , que les bûchers de l'Inquisition, en son temps, ne purent faire disparaître. Les violences dépersonnalisantes appliquées à ces "lettrés" et à leurs compagnons étaient trop fortes pour qu'ils pussent admettre la relativité de leurs opinions, alors que celles-ci imprégnaient totalement leurs esprits de victimes et brillaient en eux comme des vérités absolues. L'orthodoxie, amplifiée fréquemment par la volonté de puissance de quelques uns, constituait la réaction conditionnée par le régime inhumain réservé aux prolétaires et esclaves, dans l'Antiquité.
Elle allait dogmatiser la voix des Collegia romains, les plus nombreux, élevant l'Urbs au rang
de ville-mère du mouvement chrétien, puis du christianisme .
A vrai dire, les leçons de Marcion n'avaient pas été entièrement oubliées, car l'appropriation définitive de la Septante n'allait pas sans poser plusieurs problèmes touchant principalement la personne du dieu Vengeur attendu par les "chrétiens". Leur mouvement s'étendait dans tout l'Empire compte tenu de l'implantation universelle de l'esclavage; quels que fussent leurs lieux de travail, tous les "chrétiens" devaient être sauvés; il fallait donc abandonner le dieu juif de la Septante, qui promettait à ses fidèles de leur donner le pays de Canaan, uniquement .
Nonobstant les erreurs inhérentes à la copie manuelle, il était inimaginable de corriger le " Livre "
( sinon , pour quelles raisons aurait-on chassé Marcion ? ); force était de lui donner les prolongements nécessaires pour rétablir, par l'écriture, ce qui constituait alors la pensée "chrétienne".
Ces nouveaux écrits présenteraient deux caractéristiques principales :
- d'une part, ils s'inspireraient des récits répétés verbalement depuis bientôt deux siècles dans les réunions des Collegia romains sur les origines du mouvement, les figures magnifiées de Spartacus,
le dieu vengeur disparu mystérieusement du champ de la dernière bataille, et de Chrestus, le Bon, l'organisateur - animateur qui sut donner aux "chrétiens" le souffle de longue durée nécessaire à leur contestation . De cette tradition orale véhiculée "religieusement" par des "lettrés" inspirés, allaient naître ces écrits nouveaux pour fixer la double figure du Vengeur, attendu à la fin des temps, seulement, puisque, dans les temps présents, rien ne pouvait subvertir la force romaine; cette évidence,
aux origines, figerait définitivement la pensée "chrétienne" puis "christianiste" dans l' espoir d' une fin du Monde prochaine, et de la résurrection des morts, car ceux-là aussi avaient besoin d'être vengés.
- d'autre part, ils apparaîtraient comme la suite des "anciens" livres formant la Septante, devenue
de ce fait l'Ancien Testament. Les liens entre les deux Testaments seraient constitués par des citations nombreuses de l'Ancien dans le Nouveau Testament, de telle sorte que ce dernier pût être jugé comme une réalisation du précédent. Cette succession obligée de l'Ancien au Nouveau, succession unanimement reconnue et admise, conduit inévitablement à cette constatation qu'aucun Nouveau Testament n'a été écrit avant que l'Ancien n'existât définitivement pour les "chrétiens", c'est à dire avant 144,
année de l'expulsion de Marcion; étant rappelé qué les discussions de ce dernier avec les "lettrés" chrétiens, à Rome, durèrent cinq ans. En d'autres termes, c'est seulement dans la seconde moitié du deuxième siècle que commença à s'organiser

<<.... un ensemble cohérent de croyances chrétiennes .... >> ( 11 )

La conséquence immédiate en est qu'aucun évangile ou autre "livre" du N.T. n'a pu être composé durant le 1er siècle de notre ère, comme l'affirme conventionnellement l'Eglise romaine après avoir transformé les traditions orales des Collegia romains, aux origines, en "tradition apostolique" . La première liste, datée des débuts du 6ème siècle, des "livres sacrés" dits chrétiens est incluse dans un ouvrage apocryphe de Gélase 1er, évêque de Rome de 492 à 496, attribuant à Damase 1er, évêque de Rome
de 366 à 384, une énumération des volumina à recevoir ou à exclure
( Decretum de libris recipiendis et non recipiendis )
L' histoire de l'écriture de l'Ancien et du Nouveau Testament par Dieu " auteur unique de l'un
et de l'autre " a été, directement et totalement, conditionnée par les décisions doctrinales de l'Eglise romaine, exprimées par divers Conciles oecuméniques, notamment le Concile de Trente ( 1545 / 1563 )
" légitimement réuni dans l'Esprit Saint " . ( 12 )
Pour faire face à la Réforme protestante de 1517, et à la parution de très nombreuses traductions de la Bible en langues vernaculaires, ce Concile s'est préoccupé dès 1546 de la réception des "livres saints"
et de l'édition de la Vulgate .
Il prit les deux principales décisions suivantes :

  • d'une part , seule , la Vulgate, latine, devait être tenue et déclarée texte authentique ;
    or , cette Vulgate latine a été initiée, au début du 5ème siècle seulemnt,
    par Jérôme, philologue réputé en son temps pour sa connaissance des trois langues :
    latine , grecque , et hébraïque.
    Jérôme utilisa certainement des passages de Veteres latinae recomposées après 313 .
    De plus, l'enquête scientifique conduite à l' E.N.S. de Paris, par le chef de sa bibliothèque,
    a démontré que les plus anciens manuscrits, ou morceaux de manuscrits, concernant
    les "livres sacrés" chrétiens, en langue latine, écrits en onciale ou semi-onciale, au nombre de 93, étaient tous datés des 5ème 6ème 7ème siècles, sauf deux situés à la limite des 4ème
    et 5ème siècles; notamment, le Codex Fuldensis, le 1er ensemble complet du N.T. ,
    daterait des années 546 / 547 ( 13 ) ;
    ces chronologies situent très loin du 1er siècle le travail d'écriture de la Bible latine .
  • d'autre part, le Concile décréta, par le deuxième Décret de la Session du 8 Avril 1546,
    que cette Vulgate "authentique" devrait être imprimée " le plus correctement possible ";
    or , avant l'imprimerie, du fait des erreurs inhérentes à la copie manuelle des textes,
    il existait pratiquement autant de Bibles différentes que de manuscrits divers ;
    le Concile avait, donc, déclaré que la Vulgate "authentique" serait le texte futur, publié
    à une date indéterminée par le Pontife romain;texte dont dieu serait " l'auteur unique ",
    du fait de la magie développée par le clergé chrétien, habitué à obliger son dieu, chaque jour,
    dans chaque chapelle ou temple, à se transformer en pain et vin pour ses fidèles
    depuis la dogmatisation de la transsubstantiation par le 4ème Concile du Latran, en 1215 .
    Le nouveau texte fut imprimé en 1592, puis corrigé et définitivement arrêté en 1598 :
    il fut appelé la Vulgate " Sixto - Clémentine " ;il avait été préparé par deux Commissions successives, réunissant quelques experts en langues, qui, inspirés par "l'Esprit Saint" ,
    délaissèrent les manuscrits les plus anciennement connus, tel le Codex Amiatinus du 8ème siècle ,
    et travaillèrent à partir de la Bible de Louvain éditée par Plantin, en 1583. Ce fut , en définitive :
    << .... un texte artificiel désigné par l'autorité ecclésiastique comme texte de référence ....>> ( 14 )
---( 15 )
Selon toute vraisemblance, la "religiosité" des paléo-chrétiens était , alors , construite à partir de l'image rêvée d'un dieu Vengeur , à la fin des temps, qui se caractérisait par :

une double figure , celle d' un Guerrier vainqueur des Romains , magnifiant le souvenir de Spartacus vénéré de son vivant tel Sabazios , dieu thrace frère de Dionysos ; et celle du dieu Bon , Secourable , sublimant les traits de Chrestus , créateur , organisateur et animateur du mouvement .
l'unicité de sa personne , opposée à la conception trinitaire , millénaire, des dieux indo-méditerranéens .
une vie sans fin ; sa mort , même épisodique , était inconcevable ; on souhaitait ardemment la fin de ce monde d'oppression , dominé par les Romains , pour que le Vengeur se manifestât le plus vite possible . Comment aurait-il pu mourir ? et , pis encore , mourir crucifié ?

Dans son ouvrage " Tradition orale et Ecriture " ( 16 ) , W . Kelber a bien mis en lumière non seulement cette impossibilité de la mort du Sauveur, mais aussi l'extrême ambiguïté d'un salut accordé aux humains par la crucifixion d' un homme-dieu, alors que l'Eglise romaine n'a introduit qu'en 451, par le Concile de Chalcédoine, dans sa doctrine, le signe de la croix, symbole, à l' époque, non d'une mort
mais du culte de la Fécondité .
Il faut ,ici , insister sur le fait qu' il n'y eut, dans l'histoire du 1er siècle de notre ère, aucune crucifixion d'un homme-dieu nommé Jésus du fait des Juifs. Dans la suite de ses Conciles oecuméniques , l'Eglise romaine n' a jamais condamné les Juifs pour cause de déicide; les deux principaux motifs de son attitude très hostile à leur égard ont été leur Infidélité ( ils osaient refuser obstinément la seule vraie religion ! ) , et surtout leurs activités financières de banquiers ou prêteurs sur gages, par lesquelles ils s'appropriaient les richesses des chrétiens, et ruinaient les Ordres monastiques .

<< .... Les grandes usures qu'on leur permettait d'exercer ....... les avaient rendus si puissants ,
qu'on fut enfin obligé de les détruire .... >>
( 17 ) .

Cette imagination primordialae s'affina et se précisa progressivement , au fil des réunions des Collegia romains et italiens . Ces réunions,fréquentes sans doute , servaient d'abord à résoudre les problèmes d'entr'aide mutuelle pour les vivants et pour les morts ( le souci d'une sépulture convenable était une préoccupation majeure dans la perspective de la résurrection à la fin des temps ); on lisait ensuite et commentait quelques passages de la vetus latina en possession d'un Collegium déterminé ;
puis , l'animateur de la Communauté devait rappeler la légende des origines du Mouvement,
les personnages magnifiés de Spartacus et de Chrestus, redire les discours de ce dernier transmis à la Communauté par tel ou tel compagnon disparu, dont la dépouille reposait quelquefois sous un trophée ; comme celui décrit par un certain Gaïus, à la fin de ce second siècle , sous lequel gisaient les reliques de " l'apôtre ", qui devait servir de "pierre" à la fondation de la basilique du Vatican en 323, par Constantin . Finalement , ces réunions agissaient en ferment de l'identité individuelle et collective des " chrétiens "
et renforçaient leur opposition à la Socièté romaine . Comme, dans l'Antiquité, toute action politique présentait un caractère religieux, l'opposition chrétienne se manifesta par un rejet formel des cultes pratiqués par les citoyens romains, non pas au nom d'un dieu trinitaire : Père Fils Esprit , inventé en 325 à Nicée , mais par affirmation lapidaire d'une forme révolutionnaire de Société. Ce fut le cas, en 167
à Rome , lorsque, pour arrêter une épidémie virulente de peste , les Autorités décidèrent d'organiser un lectisterne, sorte de banquet auquel étaient invitées les divinités principales de l'Urbs , représentées par leurs statues réunies autour d'une table magnifiquement décorée. Les citoyens devaient participer à la cérémonie, pour que celle-ci eut la plus grande efficacité possible . Un citoyen "chrétien", nommé Justin , pédagogue et philosophe auteur de quelques ouvrages, refusa d'y assister et fut "martyrisé" .

Justin " Martyr "
La personnalité de Justin conduit inévitablement à évoquer les auteurs "chrétiens", non canoniques, de ce deuxième siècle , dont les oeuvres sont pratiquement toutes supposées, puisque, actuellement, l'on ne connaît que des copies de copies, imprimées à partir du 16ème siècle, c'est à dire
ce que dans la suite de 14 siècles de copie manuelle les scribes ont compris et reproduit de textes d'origine à jamais disparus. Toutefois , c'est avec une certaine émotion que l' on citera , outre Marcion et Justin :
Hermas ( sobriquet donné à un esclave, dérivé de Hermès ),
les deux Clément, Papias, Athénagore, Polycarpe, Ignace d'Antioche , Théophile d'Antioche ; les deux principaux : Tertullien et Irénée
( Contre les Hérésies! ) moururent au 3ème siècle . Une grande prudence dans la lecture de leurs ouvrages s'impose, bien que , selon certains ,
une douzaine d'évangiles non canoniques auraient pu être connus des "chrétiens" de la fin du deuxième siècle ( 18 ) .

Comment ces "chrétiens" pouvaient-ils juger nécessaire de faire naître et vivre sur terre leur Sauveur
alors que Spartacus avait mystérieusement disparu du champ de sa dernière bataille
pour pouvoir, selon eux , revenir en vainqueur , à la fin des temps ?
La naissance du Sauveur fut célébrée , pour la première fois , le 25 Décembre 335 .

Il importe, donc ,de ne pas surestimer l'importance des auteurs cités , ni leur influence sur la doctrine "religieuse " du Mouvement chrétien de l'époque ; leurs textes véritables , interpolés par les copistes successifs , demeurent inconnus , et n'ont été lus que par leurs destinataires directs ; ces textes répondaient à des situations particulières et ne pouvaient pas bénéficier, alors, de moyens de grande diffusion. La tendance est forte chez les universitaires de notre temps, historiens ou autres, de ne juger un phénomène comme le Mouvement chrétien ( confondu avec le christianisme ) qu'en fonction des écrits le concernant, sans véritable attention au contexte qui devrait les expliquer.
Il apparaît tout à fait erroné d'affirmer :

<< ... La plus grande réussite du christianisme ( confondu avec le Mouvement chrétien ) , c'est sa littérature.Il s'est construit en construisant sa littérature .......>> ( 19 ) .

Comment peut - on estimer avoir été écrits "aux origines" les récits , étiquetés canoniques ou non , évangiles ou épîtres , décrivant l'homme-dieu en train de distribuer du pain et du vin et disant à ses disciples : << Mangez .. ceci est mon corps ; buvez ... ceci est mon sang .. >> , alors que le dogme de la transsubstantiation a été introduit dans la doctrine de l'Eglise romaine au 13ème siècle ,seulement , par le 4ème Concile oecuménique du Latran , en 1215 , durant la "croisade" contre les Albigeois,
après l'indescriptible génocide de Béziers en 1209 . ???? .(20)
La littérature fut, à la disposition des Pontifes romains, un moyen efficace pour protéger leurs intérets
et exercer leur volonté de puissance à l'égard de foules illettrées et de gens apeurés ; ce fut non pas
un élément constructif, en soi, mais un moyen de propagande habile et d'affabulation criante .

Il reste , à vrai dire , que l'on peut interpréter différemment la phrase incriminée .
L'auteur aurait pu vouloir signifier que , dieu étant absent de toute littérature ,
le christianisme et ses écrits , déclarés canoniques ou non ,
représentaient une construction purement humaine au service de l'Etat pontifical romain .
L'homme - dieu n'aurait été , dès les origines , qu'un héros littéraire .

Même si les communautés "chrétiennes" n'étaient alors autorisées qu'à Rome , puis en Italie à partir d'Auguste , sous la forme de groupements d'entraide ou Collegia, la " catholicité "du Mouvement
n'en demeurait pas moins très réelle; de la Mer Noire à l'Asie , l'Egypte , l'Afrique du Nord , la Gaule , toutes les Provinces de l'Empire étaient agitées par des groupements clandestins, dont les actions de contestation obligeaient les Autorités à sévir durement . Sous Trajan , Pline , gouverneur de Bithynie , demandait à l'Empereur quelle attitude adopter face aux "chrétiens" dénoncés souvent anonymement . Outre le martyre de Justin , l'histoire a retenu celui de Polycarpe , de Perpétue et Félicité, des Scillitains , et celui emblématique de Blandine , en 177 à Lyon , qui voulut mourir avec les membres de son entourage, bien qu'esclave, c'est à dire échappant à toute loi. Par ailleurs , selon le témoignage d'Apulée , dans les " Métamorphoses "( 21 ) , les campagnes restaient menacées par des bandes de brigands , formées en partie d'esclaves en fuite; ces bandes s'enhardissaient parfois à investir des villes entières.


Blandine,l'esclave "martyrisée"


Bref , l'image qui demeure de ce 2ème siècle, finissant avec la dynastie des Antonins ( 96 / 192 ) , montre un Empire bousculé très sérieusement par des Barbares pressés sur les rives du Danube , obligeant Marc - Aurèle à s'établir près du fleuve , loin de Rome , pour mourir en mars 180 dans les environs de Vienne ; son fils et successeur, Commode , finira étranglé dans l'Urbs, le 31 Décembre 192 . La sécurité dans la Capitale était , selon Celse , fortement troublée par les affrontements sanglants des sectes "chrétiennes", dressées les unes contre les autres . Malgré la richesse artistique de ses monuments , ce siècle finissait avec des épidémies ravageant les populations , et les menaces d'un sombre avenir .

III - Développement et Fin du Mouvement chrétien

La dynastie des Sévère ( 193 / 235 ) donna involontairement au Mouvement chrétien les moyens d'un développement à l'échelle de l'Empire. En premier lieu, Septime Sévère ( 193 / 211 ) étendit à toutes les Provinces la règlementation concernant les Collegia. En second lieu , son fils Caracalla ( 211 / 217 ) accorda, en 212 , la citoyenneté romaine à toutes les personnes libres dans l'Empire.
En conséquence, il se créa des associations d'entr'aide chrétiennes dans la plupart des villes de Province, et même dans quelques bourgades du Sud tunisien.
Cependant, l'Administration, instruite par les débordements des chrétiens romains, signalés par Celse, érigea, sous la direction de deux juristes éminents : Ulpien et Marcien, une législation rigoureuse pour éviter tout heurt entre les communautés. Chacune dut désigner un "episcopus", chargé de regarder
dans toutes les directions, responsable sur sa tête de la discipline de son groupe.

Le terme grec d'episcopos, d'où est tiré le mot latin episcopus et plus tard
(2ème moitié du Xème siècle) le français
évesque, n'a fondamentalement aucune
connation religieuse. Il désignait le
surveillant , c'est à dire
le magistrat, le chef,
chargé d'assurer la discipline d'une organisation. Il existait des
épiscopes pratiquement
dans toutes les Communautés créées selon la loi impériale; par exemple, les Institutions
villageoises dans la Syrie des 3ème siècle et suivants.
( cf. M.Sartre " D'Alexandre à Zénobie"- édité par Fayard, en 2001; page 773 ).



Chaque réunion devait se terminer par des souhaits de salut pour l'Etat romain, et de bonne santé
pour l'Empereur ! On pensait ainsi exorciser toute tentation de contestation; moyennant quoi , à l'intérieur d'une même Province, les associations, sous surveillance, étaient libres de se réunir
et de coordonner leurs activités.
L'institution par l'Administration romaine du poste "d'episcopus" dans les communautés chrétiennes, au cours des vingt premières années du 3ème siècle, devait fournir au Mouvement chrétien durant ce siècle, et bien plus encore au christianisme romain à partir de 325, un élément d'organisation primordial, intangible,indispensable,à jamais perpétué jusqu'à nos jours .
Ce personnage devint l'intermédiaire obligatoire entre les communautés et l'Administration; il devait, donc, parler le même langage que les chefs de bureau ou de service concernés; il devait posséder
une culture de même niveau que ces fonctionnaires, ce qui ramenait les canditatures possibles à quelques rares personnes. Il en résulta immédiatement un rassemblement des divers groupements dans une même ville, si bien que l'on compta un seul évêque par cité importante, Rome , Alexandrie , Carthage ...etc. ; une autre conséquence advint en ce qu'il n'y eut aucun évêque choisi parmi les esclaves"lettrés" ; exceptionnellement, Rome se dota, dans les années 212, d'un évêque pris parmi les affranchis ,
mais Callixte, tel était son nom, possédait une fortune considérable, qu'il dépensa dans l'achat de terrains pour assurer à tous ses compagnons une sépulture convenable. La richesse personnelle des candidats constituait un élément décisif dans le choix d'un évêque par les membres des communautés, car la masse des esclaves attendait de lui qu'il donna un ferme exemple de partage des biens.
Les risques de l'emploi étaient bien réels , illustrés tragiquement par l'affaire de la Massa candida d'Utique et la décapitation de Quadratus évêque par interim de la ville. C'est aussi pour éviter une telle cruauté que Cyprien, en 249, nommé depuis peu évêque de Carthage malgré l'opposition de plusieurs prêtres
( les Anciens , presbuteroï ), quitta son poste, craignant que les chahuts sonores organisés de nuit par ses adversaires chrétiens, pour troubler l'ordre public, ne finissent par provoquer une réaction punitive
de l'Administration impériale , dont il aurait été la victime .
Cependant, le poste permettait d'exercer un pouvoir effectif et flattait la volonté de puissance de quelques membres des classes aisées, qui, à un moment donné, pouvaient se trouver en délicatesse avec un des Empereurs successifs; ce 3ème siècle, de 235 à 284, supporta les effets d'une véritable anarchie militaire ( 20 Empereurs se succédèrent en 50 ans ! ), laissant à des personnages riches et habiles
la possibilité de manifester leurs capacités à diriger des groupements importants;
nous en verrons un exemple avec Cyprien , après son retour à Carthage .
L'anarchie eut d'autres conséquences dont pâtirent les chrétiens. Deux Empereurs , inquiets de la fragilité de leur situation, éprouvèrent la nécessité de renforcer l'union des citoyens romains autour de leurs personnes; ils décrétèrent, à cette fin, dans le cadre du culte impérial institué depuis Auguste, que tous les citoyens devaient participer, à date fixe, en présence de magistrats, à une cérémonie officielle célébrant leur "divinité" et leur rendant les hommages dûs par des "fidèles" reconnaissants et soumis.
Ce fut la période dite des "grandes persécutions", puisque les chrétiens, depuis au moins le martyre de Justin en 167, avaient montré leur ferme opposition à de telles manifestations des cultes romains.
Le premier Empereur concerné, Dèce, monta sur le trône impérial à la fin de 249 et périt
en Juin 251 dans une bataille contre les Goths. Plusieurs chrétiens, à Rome et Alexandrie, refusèrent de prêter ce serment d'allégeance à l'Empereur et à l'Etat romain;ils furent, donc, exécutés; parmi eux
se trouvait l' évêque de Rome, Etienne. A Carthage, privée de son évêque,Cyprien, les citoyens chrétiens , dans leur très grande majorité, se plièrent aux ordres; quelques uns furent exilés pour une durée
de un an; très peu furent emprisonnés et exécutés. D'où la grande désolation de Cyprien, dans sa retraite, exprimée par plusieurs lettres,devant l' acceptation par ses ouailles des rites "religieux"imposés à la Société romaine, lui qui, très vraisemblablement, avait participé à la révolte fomentée, au début de 238, dans la Proconsulaire tunisienne contre l'Empereur Maximin le Thrace !
La deuxième "grande persécution" fut ordonnée par l'Empereur Valérien ( 253 / 260 ). Celui-ci publia en 257 et 258 deux décrets visant spécifiquement les chrétiens et particulièrement la hiérarchie des Collegia. Cyprien, revenu à Carthage en 252, fut assigné à résidence par le Proconsul, en 257, et décapité
le 14 Septembre 258; son "martyre", mis en scène par lui-même, transforma cette peine capitale
en triomphe personnel .

Statue de Cyprien , décapité , dans le jardin du Musée de Carthage . Cyprien est considéré comme le premier des Pères de l'Eglise romaine

Le personnage de Cyprien,désigné chronologiquement premier des Pères de l'Eglise romaine, frappe l'attention par l'activité débordante qu'il déploya durant les cinq années de son épiscopat, avant son assignation à résidence . Non seulement il s'ingénia à normaliser l'organisation des Collegia partagée entre prêtres, diacres, lecteurs, vierges, veuves, simples membres ... , mais il intervint vigoureusement, par des Conciles régionnaux réunis à son initiative, pour régler quelques conduites menées dans diverses communautés par des "fidèles" insuffisamment assagis.
La mise en pratique des décisions prises fut confirmée par nombre de lettres et de traités, qui conferrèrent à Cyprien la renommée d'un écrivain fécond, influencé dans certaines pages par Tertullien ; même si, on peut le regretter , il se contenta, parfois, des simples apparences, sans fustiger l'hypocrisie de certaines attitudes . La force de son action lui permit d'imposer à Carthage un Service d'action sanitaire durant la peste de 254 / 255, palliant ainsi l'incurie des Autorités administratives ; si bien que, à juste titre, on a pu
le qualifier non seulement d'évêque de Carthage
mais de "pape " d'Afrique ( 22 )

Assurément, Cyprien ne fut pas le seul écrivain de ce 3ème siècle à être catégorisé de "chrétien". Outre Irénée de Lyon et Tertullien déjà cités, il y eut Clément d'Alexandrie, le maître d' Origène; ce dernier , grand exégète devant la postérité, rayonna, à partir de sa personne, une telle autorité que beaucoup furent tentés de "caviarder " ses oeuvres, et d'insérer sous son nom, pour leur donner plus de poids, des conceptions "théologiques" anathématisées plus tard par le 2ème Concile oecuménique de Constantinople en 553, qui condamna non pas les faussaires anonymes mais Origène lui-même, auteur supposé de
ces " hérésies impies"; une semblable mésaventure interviendra, dans la dernière partie du siècle suivant , au détriment de l'évêque de Laodicée en Syrie , Apollinaire, dont les écrits, modifiés par des scribes inconnus, lui valurent d'être condamné également par le même Concile. Ces faits avérés montrent avec quelle circonspection il convient de lire toute cette littérature, dont on ne peut plus estimer connaître les textes originaux.
Il y eut aussi un écrivain romain, du nom de Minucius Felix, auteur de l'Octavius, dialogue entre deux chrétiens et un "païen" cultivé, dans lequel la personne du Christ n'apparaît pas . Remarquons, en outre, que dans le traité de Cyprien, dédié à son ami Donat , par lequel l'évêque de Carthage exhorte celui-ci à se convertir à sa religion, le mot même de christianisme est totalement absent ( 23 ) .
La question se pose, donc, de connaître le contenu de la "religion" diffusée dans le Mouvement chrétien ; sa "catholicité" consistait en ce que l'image du dieu, unique, Vengeur des opprimés, à la fin des temps, futur vainqueur des Romains propriétaires d'esclaves, et conquérants insatiables des pays les plus divers ,dans toutes les directions géographiques, cette image hantait les esprits de tous les chrétiens, et créait en eux l'espoir d'une vie meilleure, même si celle-ci devait être vécue après le jugement dernier,
par lequel le Vengeur condamnerait définitivement les possédants. Ce dieu, toujours vivant, dont on attendait la venue dans le plus proche avenir, n'était susceptible ni de naître ni de mourir.
A cet égard, il est tout à fait remarquable qu' avant le 25 Décembre 335 aucune fête religieuse "chrétienne" n'a jamais célébré une naissance divine ; pour sa part , l'idée de la mort du dieu "christianisé" ne devint effective qu'à la fin du 11ème siècle, pour des raisons historiques tenant à l'apparition du cannibalisme en Occident du fait des "grandes faims". L'intrusion, en 451, de la croix
dans la doctrine du christianisme, par le Concile de Chalcédoine, figura, alors, non le supplice d'un dieu, mais symbolisa les vertus du sang divin fertilisant la terre des humains .

Finalement , il est patent que le dieu des chrétiens n'est pas plus né à Bethléem au temps d'un Hérode quelconque, que crucifié à Jérusalem à la demande des Juifs . Les évangiles que nous lisons actuellement constituent un tissu d'anachronismes, de contre-vérités, dont la rédaction effective se situa
très longtemps après les événements décrits .
Ces écrits forment une série d'hagiographies et non d'histoires, nourries des mythologies les plus anciennes du monde indo-méditerranéen, concernant les hommes - dieux sur terre, c'est à dire
les Princes , Rois , ou Empereurs détenant un pouvoir d'origine divine.
Comme cela a été démontré par l'enquête scientifique de l'E.N.S. de Paris,rapportée ci-dessus,
les évangiles lus de notre temps ont été composés après le 4ème siècle .

Les chrétiens n'ont donc jamais célébré ( avant le 25 Décembre 335 , au temps du christianisme ) la naissance de leur dieu; par contre , toutes les communautés ont fêté, à chaque Printemps, la Pâque . Cette fête, illustrée dans la Septante par la fuite des Hébreux d' Egypte pharaonique dont ils étaient
les esclaves, incarnait pour tous les chrétiens l'espoir-même de leur libération rêvée, espoir renforcé
par l'effet du renouveau vernal de la Nature. Avec le développement, dans toutes les villes de l'Empire , des Collegia chrétiens, des divergences séparèrent les divers groupements, notamment en ce qui concerne la date de la célébration pascale, qui devint, au fil des années, la pratique "religieuse" la plus importante des chrétiens. Particulièrement , ces différences opposèrent longtemps les Collegia de Rome et d'Alexandrie, dont la rivalité sur ce point ne cessa qu' aprè