< retour au sommaire


 

Deuxième Version

Qui est Jésus -Christ?

L'Etat Pontifical romain


I - L'Eglise romaine après la dynastie constantinienne ( 337/754 )
II - Les Premiers siècles de l'Etat Pontifical ( 754 / 1085 )
III - Les Temps Modernes

L'Eglise romaine après la dynastie constantinienne (337-754 )

 

 

a) L'Evolution géopolitique
b) L'Evolution de L'Institution
c) Ambroise
d) Léon 1er
e) Grégoire 1er


Son fondateur mort le 22 Mai 337, la dynastie constantinienne s'éteignit assez rapidement après 27 années de conflits familiaux entraînant de nombreux assassinats.

Le dernier représentant, Julien dit l'Apostat, voulut, après 359, rétablir comme seul culte public autorisé le régime religieux polythéiste ancestral, compte tenu de son aversion profonde pour le christianisme qui acceptait et pardonnait les crimes les plus odieux ; il mourut à l'été 363 sur le champ de bataille au cours d'une Campagne contre les Perses, tué vraisemblablement par des soldats "chrétiens:" de son propre camp: "l'amour chrétien" manifestait déjà une prédilection pour les exécutions sommaires.

La période qui s'ouvrit en 364 conduisit à l'instauration du Royaume Pontifical Romain en 754,
à travers les principaux événements suivants:


a ) L'évolution Géopolitique :

L ' EMPIRE ROMAIN


La disparition de l'Empire Romain d'Occident (476).

Depuis les premières années du IVème siècle, Rome n'était plus la Capitale de l'Empire, remplacée en Occident par Milan pour un siècle , et en Orient par Nicomédie puis Constantinople. Les Visigoths envahirent l'Italie dès 408, saccageant Rome en 410 puis en 412; on leur concéda un royaume en Aquitaine en 418. Après avoir échappé à une invasion des Huns en 453, Rome fut victime des Vandales en 455, puis de Ricimer en 472. L'Empereur d'Occident Romulus Augustule , qui n'avait pas reçu l'agrément de Constantinople, fut dépossédé de ses titres et fonctions en 476 par Odoacre; celui-ci créa le premier Royaume d'Italie, dont la Capitale devint Ravenne.
L'Antiquité dite Tardive fut alors remplacée par le Haut Moyen Age.


L'implantation des Barbares

Outre les Visigoths, installés en Aquitaine dès 418, les Francs Mérovingiens s'installèrent en Gaule dès la seconde moitié du Vème siècle; Clovis devint chrétien vers 498 pour se donner une Administration qui lui permît d'organiser son Royaume; en 507, Clovis chassa d'Aquitaine les Visigoths qui s'installèrent en Espagne, faisant de Tolède leur Capitale.
En Italie, les Ostrogoths intervinrent en 488 pour battre Odoacre à Ravenne en 493; leur Royaume se maintint jusqu'aux environs de 550.Les Lombards très actifs envahirent le Nord de l'Italie en 568 et établirent leur Capitale à Pavie; leur Royaume dura jusque sous Charlemagne en 774.
En définitive, toute l'Europe Occidentale, y compris la (Grande) Bretagne et l'Allemagne se délivra complètement du passé politico-militaire romain.

Les fluctuations de l'Empire Romain d'Orient

Justinien (527-563) tenta d'établir son autorité sur l'Afrique du Nord, puis l'Italie dès 537. Le Royaume italien des Ostrogoths de Ravenne, affaibli par la mort de son Roi Théodoric en 526, tomba définitivement vers 550, et Justinien plaça un Vice-roi à Ravenne, poste appelé à durer deux siècles. Cependant, ces extensions de territoires furent d'assez courte durée, compte tenu de l'apparition de l'Islam en 622.

 

Les guerres de conquêtes islamiques

Dès 632, les armées islamiques se mirent en mouvement, et prirent Jérusalem et la Syrie en 638, Alexandrie en 642, puis l'Afrique du Nord et l'Espagne; des raids conduisirent les "infidèles" jusqu'en France (Poitiers en 732), sans omettre les conquêtes islamiques orientales. L'Empire Romain d'Orient se réduisit à l'Anatolie, la Grèce, les Balkans et la Vice-royauté de Ravenne qui disparut en 750.Les Turcs Seldjoukides islamisés infligèrent à l'Empereur d'Orient, Romain Diogène, la terrible défaite de Manzikert le 19 Août 1071, qui ouvrit l'Empire à leurs invasions. La lutte dura 4 siècles; Constantinople fut d'abord saccagée par les Barons de la quatrième croisade en 1204. Finalement, l'Empire d'Orient sombra
le 29 Mai 1453. On considère que cette date marque la fin du Moyen Age, fin qui se signale aussi par l'invention de l'imprimerie vers 1450 et les premières éditions de la Bible en langues vernaculaires.
L'Empire Romain avait globalement duré 15 siècles .


Rome Ville Musée

Depuis les débuts du IVème siècle et les dévastations multiples qui suivirent, Rome, simultanément, se dépeupla très vite et tomba en ruines.
Diverses catastrophes naturelles, dont plusieurs inondations du Tibre et des épidémies récurrentes de peste et de choléra, accentuèrent ces mouvements, si bien qu'au début du Vllème siècle la Ville comptait environ 90.000 habitants au lieu de 1.200.00 sous Trajan, au début du IIème siècle.
Les habitants restants étaient essentiellement des personnes n'ayant pas assez de moyens pour s'enfuir. Ces Romains cultivèrent avec le souvenir de l'Urbs Caput Mundi, leurs rancunes, regrets et une faim de vengeance; ils se trouvaient en définitive dans une situation psycho-sociologique analogue à celle des chrétiens des trois premiers siècles, ou des Juifs après leur exil à Babylone (537 avant notre ère).

L'inefficacité totale de l'autorité byzantine installée à Ravenne renforçait d'une part l'espérance d'une "résurrection" de la ville , et d'autre part l'autorité de fait de l'évêque de Rome. Rome devint la Ville de Pierre porteur des clés du Ciel, et le centre spirituel ou mieux le "centre magique" de l'Occident.
Ces Romains cultivèrent avec le souvenir de l'Urbs Caput Mundi, leurs rancunes, regrets et une faim de vengeance; ils se trouvaient en définitive dans une situation psycho-sociologique analogue à celle des chrétiens des trois premiers siècles, ou des Juifs après leur exil à Babylone (537 avant notre ère).


b ) L'évolution de l'Institution et la pratique religieuse

Au cours des quatre siècles considérés, la pratique religieuse se manifesta d'abord, au nom du nouveau Dieu unique , hypostase de l'Empereur Constantin, par la persécution sanglante des Romains attachés encore à leurs cultes ancestraux, qui les détournaient momentanément du culte impérial unique . Certes, l'Evêque de Rome, ni aucun autre évêque en Occident, n'eut à sa disposition comme le Patriarche d'Alexandrie une armée d'environ 70.000 cénobites, ou moines, terrés habituellement dans les déserts égyptiens, mais prêts à se lancer sur ordre du Patriarche contre les temples "païens", et à martyriser nobles ou citoyens ordinaires perdus dans leurs anciennes habitudes. Cette "révolution culturelle", en Occident et en Orient, fut beaucoup plus importante et sanglante que les trois "grandes" (?) persécutions anti-chrétiennes de Dèce, Valérien et Dioclétien .
L'assassinat d'Hypatie en 415, à Alexandrie, condensa l'horreur de cette manifestation de la foi chrétienne éclairée des feux d'incendies de bibliothèques ou d'habitations, ponctuée de meurtres encouragés par les évêques, quelques Pères de l'Eglise!. Ces débordements sans nom entraînèrent un obscurcissement des esprits, une haine de la raison, à tel point que la célèbre Académie d'Athènes, fondée par Platon au IVème siècle avant notre ère, fut fermée par Justinien en 529; les philosophes néo-platoniciens durent se réfugier en Perse pour rester en vie .Le christianisme se montrait dans la nudité de la religion du Pouvoir, balayant tout ce qui pouvait entraver l'exercice entier de celui-ci.
Dieu était à son origine, tout Pouvoir venait de lui, chaque Chrétien gagnait son Ciel en obéissant fidèlement à ses Maîtres, y compris les évêques et prêtres que Dieu avait investis de son autorité suprême.
Cette folie augmentait les terreurs provoquées par les raids sanglants des barbares gothiques, les guerres de reconquête italienne de Justinien après la disparition de l'Empire occidental, les coups portés par les Lombards à partir de 568 ...etc.. .
Qui savait à qui se fier? Les pratiques religieuses chrétiennes marquèrent en compensation le triomphe de la superstition, incarnée dans le commerce des reliques de martyrs, et celui des reliques de la "vraie Croix", rapportée par la légende, tout à fait faussement, à la mère de Constantin, l'Impératrice Hélène. Cette "vraie Croix", détaillée à prix d'or, que personne ne vit jamais, inventée par des moines falsificateurs abusant outrageusement de la crédulité publique, possédait le pouvoir miraculeux de se renouveler d'elle-même, après chaque prélèvement. Les orfèvres créèrent les reliquaires les plus surchargés d'or et de pierreries pour abriter un copeau de cette croix, premier élément du "trésor" des églises, abbayes et chapelles où l'on conservait aussi, suivant les circonstances, outre les os de martyrs ou des Rois Mages, le prépuce de Jésus Christ, son cordon ombilical, la cire de la chandelle allumée à sa naissance, un peu d'eau du Jourdain utilisée pour son baptême... !
Les peurs des foules, leur besoin d'une sécurité d'autant plus forte que ces peurs étaient plus vives, les "fidélisaient" toujours davantage, et les conduisaient en troupeaux moutonniers non seulement dans les églises pour l'exercice de leurs rites cultuels, mais dans la vie quotidienne placée par la magie de la confession sous le regard curieux et avide des prêtres. Ceux-ci disposaient du pouvoir fabuleux d'obliger leur Dieu, le "tout puissant", à pardonner à ses enfants adoptifs leurs manquements graves ou légers à ses commandements , tels que lus et commentés par son clergé. La religion chrétienne augmentait les besoins de sécurité du peuple, et, simultanément, semblait apporter les remèdes à ses détresses, fabriquait les barrières par lesquelles elle réglementait le cours de la vie de chacun, pour le plus grand bien matériel des institutions ecclésiales; celles-ci capitalisaient une part importante de la richesse de l'Occident, en contrepartie de leurs prières. L'Eglise chrétienne occidentale possédait de fait, à l'époque, un pouvoir totalitaire et théocratique, dont la seule justification résidait dans les réponses apportées par l'Institution aux peurs innées des hommes, à leurs désespoirs, à la crainte perpétuelle de perdre la vie.
En fait les rituels du christianisme consistaient pour l'essentiel dans un syncrétisme des rituels des anciens cultes, ceux de :
- Cybèle Attis, pour la résurrection du Sauveur le troisième jour, adoptée dès le premier Concile de Nicée en 325; puis, la mise en croix après 451, afin de répondre aux besoins des populations vivant essentiellement de l'agriculture, par le maintien du culte de la Fécondité; au moins jusqu'à la fin du Xème siècle.
- Isis et Osiris, pour le culte de la Mère du dieu ressuscitant chaque année avec les crues fécondantes; Isis avait été, bien longtemps avant Marie, la Déesse aux mille noms et la "Bonne Mère".
Ce syncrétisme était rendu nécessaire du fait de l'obligation de pratiquer le seul culte du christianisme; sans syncrétisme, les populations traditionalistes n'auraient pu accepter un unique culte impérial.

L'Eglise romaine était devenue un propriétaire foncier de plus en plus important du fait de donations diverses, dont Constantin avait été le promoteur. Tous les "Puissants" ayant des fautes à faire oublier - il y en avait beaucoup!- pensaient se concilier les faveurs de Pierre "portier du Ciel" en couvrant des dons les plus divers l'Eglise de Rome où se situait son reliquaire, Rome administrée autoritairement par son Evêque. La Ville s'était véritablement transformée en "Centre magique" de l'Occident.
Avec les prétendues reliques de l'Apôtre "portier du Ciel", l'Eglise s'était définitivement approprié le bonheur céleste promis à ses seuls fidèles. Les peurs développées dans la vie quotidienne étaient telles que même un Roi comme Pépin le Bref, en 756, se conforma strictement à une pseudo-lettre de
Saint Pierre adressée à lui personnellement et explicitée par les Mandataires du Pape, intermédiaire entre l'Apôtre et le Roi. Les faux en écritures fondaient leur autorité sur la naïveté et les superstitions du peuple christianisé, tout comme le culte des fausses reliques.A l'époque, il est vrai, la rareté du livre établissait l'écriture comme un monument d'Autorité, pour des foules illettrées; l'écrit était la manifestation d'un Pouvoir auquel il convenait d'obéir sans hésitation, surtout si son origine était "sacrée"; ce qui était écrit , était vrai. Pépin le Bref dut croire, ou faire croire pour des raisons diverses d'opportunité, qu'il recevait bien une lettre dictée par Pierre, le portier du Ciel, à l'évêque de Rome Etienne II pour lui être remise personnellement au début de l'année 756; il se conforma donc aux souhaits de l'Apôtre contre la promesse de son admission au Ciel, le moment venu.
L'écriture fut de 555, date de la fondation du premier scriptorium dans le Vivarium de Cassiodore en Italie du Sud, jusqu'au début du XIIIème siècle l'exclusive propriété des scribes moines dans leurs scriptoria, à peine disputée par les écoles épiscopales créées sous Charlemagne. Ces moines usèrent de leur pouvoir de scribes pour se servir de l'écriture comme d'une arme afin de s'opposer victorieusement,
le moment venu, aux ambitions armées des seigneurs féodaux ou des évêques nommés par les rois,
à leurs convoitises attisées par les richesses accumulées dans les monastères; ils se fabriquèrent de fausses "donations", telle"la donation de Dagobert"à Saint-Denis. La fausse "donation de Constantin" à l'évêque de Rome Sylvestre 1er. constitue un modèle du genre. Comme de surcroît la notion d'auteur, et de droits d'auteur, était inconcevable à l'époque, des copistes inconnus profitèrent de leur travail pour "caviarder" des ouvrages d'auteurs renommés, par exemple Origène au IIIème siècle. Au IVème siècle, Jérôme, le traducteur de la Vulgate, s'en prit violemment à Rufin d'Aquilae qu'il accusait de "fausser" les oeuvres d'Eusèbe de Césarée. Le même Rufin se plaignait amèrement des erreurs, volontaires ou non, commises par les scribes. Au même siècle, Apollinaire de Laodicée en Syrie connut la même mésaventure qu'Origène etc.....
Les textes dits sacrés étaient diffusés dans les mêmes conditions que les textes dits profanes; leurs copies étaient soumises aux mêmes aléas; leurs reproductions dépendaient directement des conditions de travail très pénibles, dans les scriptoria, de scribes attachés à un labeur très lent - quelques années parfois pour copier un seul livre -, usant - on écrivait avec trois doigts mais c'est tout le corps qui travaillait - nonobstant les déformations des mains dues aux engelures et aux rhumatismes, de la vue etc Si bien que, sous Charlemagne, le clergé disposait, suivant sa situation géographique , d'ouvrages les plus divers aux sens divergents.L'Empereur chargea Alcuin, Supérieur de Saint-Martin de Tours, d'un travail de révision qui aboutit en 804, mais n'eut aucun effet pratique. La confusion se propagea notamment du fait de la révolution technique dans l'écriture et l'apparition de la minuscule caroline et de la bénéventine , qui rendirent presque illisibles les anciens manuscrits en onciale ou semi onciale. Les écritures "sacrées" devinrent difficilement compréhensibles et exigèrent d'être explicitées par des commentaires ou gloses; celles-ci s'incorporèrent finalement, au moins pour partie,dans les textes eux-mêmes .Jusqu'à l'apparition de l'imprimerie vers 1450, les écritures "sacrées" continuèrent à varier comme toute la littérature du Moyen Âge.

Mais, outre cette exclusivité culturelle, il faut souligner l'influence grandissante du monachisme occidental comme un élément déterminant de la pratique religieuse christianiste à compter du IVème siècle. Son rêve d'instaurer une vie "angélique"sur terre par une continence absolue conduisit un moine à guerroyer sans cesse contre lui-même, et lui rendit impossible l'acceptation d'autrui dans sa différence tant il était persuadé de sa supériorité (angélique), élément de sa volonté de puissance. La sévérité exagérée des pratiques monastiques, particulièrement une ascèse excessive et dangereuse pour l'équilibre humain, conférait à leurs discours un caractère normatif, qui faisait d'eux les intermédiaires de choix entre la Surréalité imaginée dans l'Absolu et le commun des mortels. Les monastères, heureux possesseurs de reliques authentifiées par la naïveté et la crédulité populaires, devenaient des centres d'attraction pour les foules fidèles. Nobles, manants et esclaves, éloignés de Rome, vinrent y chercher remèdes à leurs souffrances et à leurs peurs par le truchement de donations et offrandes diverses dont l'accumulation établissait ces institutions, à l'instar des établissements romains, en coffres-forts de l'Occident. Ces dons accumulés soulignaient la nature de fécondateur du Christ néo-chrétien et rétablissaient la pratique millénaire du contrat païen: "Je donne pour que tu donnes". Plusieurs moines devinrent membres éminents de l'Administration pontificale. Plusieurs moines devinrent évêques de Rome, comme Grégoire 1er. Leur action encadra l'épanouissement de la religiosité et des superstitions populaires, nées des peurs antiques devant le déroulement de la vie.
La religion néo-chrétienne n'avait pas été divinement révélée mais humainement fabriquée.
Un des événement les plus significatifs survenus dans cette longue période de quatre siècles fut l'établissement progressif de la prééminence de l'Evêque de Rome, à travers parfois des situations tragiques, non seulement à l'encontre des évêques italiens, mais, au-delà, des évêques de la Gaule, de la (Grande) Bretagne, de l'Allemagne et de l'Espagne non musulmane. Certes, les controverses doctrinales continuèrent à agiter les communautés en de tumultueux débats, à Rome comme à Constantinople; ces crises provoquèrent quelquefois de véritables guérillas entraînant la mort de plusieurs centaines de chrétiens, car le pouvoir religieux pouvait conduire au pouvoir politique. La prise de conscience par l'Evêque de Rome de son pouvoir grandissant le conduisit à organiser des Missions vers l'Angleterre puis vers l'Allemagne, pour diffuser le culte romain, sa théologie et ses rites. Cette action s'étendit sous le Pontificat de Grégoire 1er et signala clairement la volonté du Pape romain d'étendre son influence et celle de son Eglise bien au-delà des limites de ses propriétés. Il y avait là une manière non déguisée de "ressusciter" , sous une forme nouvelle, l'antique Empire Occidental. L'Eglise romaine avait été fondée pour répandre le culte du Christ Empereur jusqu'aux limites de l'Empire. L'Orient se détachant, il incombait aux évêques de Rome, issus souvent de l'ancienne aristocratie romaine, de rétablir grâce au nouveau culte l'Empire d'Occident.
Cette longue période de quatre siècles a été particulièrement illustrée par les trois personnalités marquantes d'Ambroise, Léon 1er et Grégoire 1er.


c) Ambroise

Ambroise (Ambrosios, le divin) fut en son temps un être d'exception.
Il était né en 339 dans une famille clarissime, très ancienne, de la noblesse sénatoriale romaine, les Aurelii, liée aux castes les plus importantes, d'où avait surgi en son temps l'Empereur Aurélien.
Il était petit, chétif, maladif, ce qui l'obligea, dans son orgueil d'aristocrate, à surmonter ces handicaps par une formation intellectuelle rarement aussi complète; sa volonté de domination, son appétit de popularité se manifestaient dans son regard et sa voix,qui lui conféraient une autorité d'autant plus respectée qu'il était malingre.
Gouverneur de l'Italie du Nord à 30 ans, chrétien disait-on, mais non baptisé, il fut confronté à Milan, son chef- lieu, mais aussi capitale de l'Empire occidental, aux désordres causés encore par la querelle arienne malgré le Concile de Nicée; à l'occasion du remplacement d'Auxence, évêque décédé de la ville, qui avait été arien. Après des péripéties multiples, Ambroise fut proclamé évêque de Milan , par le peuple, subjugué par sa maîtrise ; l'élection fut confirmée par la commission épiscopale, seule compétente, et officialisée après le baptême de l'intéressé, le 1er. Décembre 373.
Ambroise s'imposa rapidement comme le représentant des églises italiennes et devint l'évêque de la Cour impériale, un conseiller particulièrement influent du fait de sa culture et de son autorité incontestée. Ses antécédents familiaux, son orgueil de caste, son éducation le poussaient à considérer comme des "parvenus" ces Empereurs d'Occident et d'Orient, bien que généraux habiles, favorisés de la Victoire. La mort de Valentinien 1er. en 375, lui donna la possibilité d'exercer sur son fils et successeur, Gratien, un adolescent, une influence considérable, par laquelle il obtint de lui en 382 l'abandon du titre de Pontifex Maximus, c'est-à-dire la désacralisation de l'Empereur. Ambroise eut l'habileté de ne pas reprendre le titre lui-même, mais il plaçait directement Gratien sous sa direction; cela constituait une manière de rappel à l'ordre: dans l'Empire romain, la suprématie appartenait toujours, non pas aux militaires "parvenus", mais aux membres des anciennes familles nobles sénatoriales.
Cette sorte de revanche sur le destin se renouvela avec Théodose 1er (379-395), que Gratien avait nommé Empereur d'Orient en 379, après la mort de son oncle Valens dans la déroute d'Andrinople en 378. Théodose était un général non seulement victorieux, mais dont l'autorité à Constantinople n'était pas contestée. Durant ses séjours à Milan, Théodose resta généralement sourd aux instances d'Ambroise, qui se drapait dans les vêtements du "prophète" de Dieu, menaçant de s'adresser à l'Empereur, non pas dans son palais, mais en public dans l'église. Toutefois, son impérieuse passion de domination, l'envie de plier à sa volonté le Maître du Monde, le poussèrent à commettre des imprudences, à manifester une maladroite intransigeance, qui lui fermèrent l'accès à l'amitié de Théodose.Il fallut l'affaire du génocide de Thessalonique en 390 pour obliger l'Empereur, revenu à Milan, à faire publiquement pénitence aux fêtes de Noël, à s'agenouiller en public devant Ambroise, et reconnaître ainsi que la loi "divine" dictée par l'évêque s'appliquait à chacun, fut-il le Maître de l'Empire.
Cette deuxième victoire d'Ambroise préfigurait clairement les exigences de Grégoire VII à Canossa, en 1077, se présentant comme le seul vicaire du Christ, désigné pour nommer princes, rois et empereurs, du fait de son autorité "sacrée" et de son infaillibilité. Quelques auteurs ont vu dans Ambroise le premier théoricien du Saint Empire romain;
Grégoire VII, fréquemment, a invoqué l'exemple de l'ancien évêque de Milan, qui fut , en quelque sorte ,
le deuxième "inventeur" du christianisme, devenu par son intervention le seul culte public dans l'Empire.
Vraisemblablement, la "pénitence" infligée par Ambroise à Théodose relevait de raisons purement administratives et nationalistes, sinon l'Empereur n'aurait pas obéi à l'évêque de Milan.


d) Léon 1er

Nous avons déjà consacré à Léon 1er, évêque de Rome de 440 à 461, quelques développements.
Il nous faut insister sur le fait que Léon 1er. fut, certes, le Chef véritable de la Ville à laquelle il épargna une invasion des Huns en 453; mais surtout, le premier évêque à s'intituler Pontifex Maximus, titre impérial abandonné par Gratien en 382. Ce titre ne fut jamais réclamé par l'évêque d'une autre ville.
Léon 1er.avait obtenu une déclaration formelle de la suprématie de Rome à l'encontre de Constantinople et de ce fait à l'encontre d'Antioche, Jérusalem, Alexandrie, sièges de Patriarcats. L'Urbs,
avait-il démontré, l'Urbs, ville chrétienne, était la première et glorieuse capitale de l'Empire et devait son existence de ville chrétienne non seulement aux reliques de Pierre, Paul et autres martyrs, mais d'abord aux héros mythiques Romulus et Remus, sans lesquels elle ne serait pas.
C'est Léon 1er. qui, par son attitude de très grande fermeté, et son souci de conserver un passé glorieux, contribua, plus que Denys le Petit au siècle suivant, à fonder la chrétienté de la Ville dans l'illustre passé romain, transformant l'Histoire du christianisme en un chapitre de l'Histoire romaine.

A partir donc de Léon 1er, Rome devint la capitale de la chrétienté occidentale et son Evêque succéda aux "divins" Empereurs du temps jadis dans le rôle d'intermédiaire entre le Dieu unique, origine du pouvoir,
et son peuple élu.


e) Grégoire le Grand

Grégoire fut évêque de Rome de 590 à 604. Mgr. Duchesne lui consacra les ultima verba de son
"Eglise au Vlème siècle" (pour saluer "son éclatante vertu, sa rare intelligence, son profond bon sens"). Comme Ambroise, auquel Grégoire fait beaucoup penser, il était issu d'une famille noble romaine, très riche, et qui avait, dit-on, déjà fourni un évêque à Rome.
Comme Ambroise, il faisait carrière dans la haute Administration impériale, et campait un jeune Préfet de la Ville très remarqué. La mort de son père, Gordien, le plongea dans une grande détresse morale et le conduisit à se consacrer entièrement au service divin en se retirant du monde.
Grégoire donna ses domaines en Sicile pour y fonder six monastères; il en créa un septième à Rome en s'enfermant dans sa maison natale avec quelques compagnons. Tant de renoncement devait attirer sur lui l'attention de son évêque. Pélage II (579-590), auquel il succéda, l'envoya à Constantinople en qualité d'apocrisiaire pour représenter le Siège romain.
Dans l'exercice de ses fonctions épiscopales, à la plus haute charge religieuse dans tout l'Occident, Grégoire connut des débuts prometteurs avec la conversion, de l'arianisme, de Recarède, roi des Wisigoths, à Tolède en 587; conversion connue à Rome en 591. En outre, les rois mérovingiens en Gaule dotaient richement les églises, etc...
En tant qu' Evêque de Rome, Grégoire, comme tout évêque de la Ville depuis la fin du Vème siècle, était responsable de l'Administration municipale et son Trésorier. Il participa avec les généraux à la défense de la Ville contre les Lombards et signa une trêve avec ceux-ci en 595. Pour faire face à ces diverses activités civiles, le Siège épiscopal de Rome disposait alors de revenus importants provenant d'un patrimoine très étendu, en Sicile, Sardaigne, Afrique du Nord, et même en Gaule.

Outre sa gestion rigoureuse des patrimoines de son évêché, deux faits principaux caractérisèrent l'action de Grégoire:

  • Il fit siennes les prétentions antérieures de Léon 1er. à une primauté sans conteste de Rome, une primauté d'honneur à l'encontre notamment du Patriarche de Constantinople, qui voulait être nommé, par l'Empereur d'Orient, Patriarche oecuménique.

  • Grégoire se désigna comme le "Consul de Dieu".Ce titre s'ajouta à celui de Pontifex Maximus accaparé par Léon 1er; il confirmait le droit de regard de Rome sur toutes les Eglises d'Occident, mais bien plus, il théorisait le "gouvernement universel des âmes", que tout Pape romain, après le schisme de 1054, voulut réaliser.

En conclusion, l'on peut présenter les remarques suivantes:

  • Les évêques de Rome, issus fréquemment de l'ancienne aristocratie romaine, agirent en vue de "ressusciter" l'ancien Imperium de leur Ville sur le Monde occidental; puisque l'ancien Empire Romain se réduisait aux possessions byzantines. Ils s'opposeront de plus en plus vivement à l'Empire d'Orient jusqu'au schisme de 1054 et aux croisades, notamment à la quatrième de 1204 qui s'illustra par le sac désastreux de Constantinople.
  • Cet Imperium reposait essentiellement sur la possession pratiquement exclusive du savoir de l'écriture par les milieux ecclésiastiques et spécialement les milieux monastiques, inventeurs des scriptoria dès le milieu du Vlème siècle.

  • Plusieurs évêques de Rome furent des moines et parmi ces derniers on distingue les plus grandes figures de l'Eglise, tel Augustin au IVème et Vème siècle.

  • L'influence du monachisme fut déterminante; la poursuite d'un idéal de vie "angélique" donnait, d'une part, aux cénobites et ermites divers le sentiment très vif de leur supériorité, et les maintenait, d'autre part, dans un état de guerre permanente contre eux-mêmes en leur rendant impossible une sincère acceptation des autres tels qu'ils étaient en leur "état de péché". Cette rigueur extrême s'énonçait en la règle fixée par Augustin: "Compelle intrare - force-les à entrer", qui contenait en germe toutes les manifestations monstrueuses ultérieures des Croisades et de l'Inquisition.

  • Cette possession quasi exclusive du savoir de l'écriture a permis à l'Eglise romaine d'assujettir l'inconscient collectif des fidèles, totalement illettrés, inconscient progressivement manipulé par des illustrations iconographiques de plus en plus nombreuses et des hagiographies diverses tel le "Liber Pontificalis.Les peurs collectives exacerbées par les fléaux naturels et les guerres incessantes développèrent , au-delà d'une naïveté naturelle, les superstitions les plus débridées.

  • L'Eglise de Rome s'appropria ainsi les "clés du Ciel", c'est-à-dire les clés du bonheur après la vie terrestre, par le culte des reliques de Saint-Pierre, statufié en "portier du Ciel", vénérées dans la Basilique du Vatican construite par Constantin. Rome devint le "Centre magique" de l'Occident, que l'on devait visiter pour se concilier les bonnes grâces de Pierre et ne pas être refoulé à la porte du Ciel. Pour ceux qui ne pouvaient se rendre à Rome, il y avait les centres de pèlerinages salutaires constitués par les églises et monastères où l'on priait sur des reliques authentifiées par la crédulité populaire, pour obtenir une guérison par exemple, et de toute façon pour s'assurer le bonheur éternel que l'Institution promettait à ses fidèles.

  • Ce commerce a généré l'afflux des dons les plus divers qui donnèrent aux organisations ecclésiales les moyens de développer les oeuvres d'assistance, tels que les hospices, et ainsi d'augmenter la soumission du peuple.

  • Les Ordres monastiques en particulier s'établirent peu à peu en coffres-forts de l'Occident, jusqu'à la crise de trésorerie du XIIème siècle, illustrée par "l'Adversus Judaeos" de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, en 1146.

  • L'Evêque de Rome plus précisément se mua en propriétaire foncier le plus important de toute l'Italie, jusqu'à obtenir avec l'appui décisif de Pépin le Bref la pleine souveraineté sur ses Etats. De Vicaire ou représentant de Pierre, il se transforma en Vicaire du Christ, c'est-à-dire en successeur de Constantin.

Reste la question essentielle, éludée conventionnellement: pour quelle raison Constantin a-t-il érigé le reliquaire de Pierre au Vatican et non à Jérusalem?

C'est certainement par concession aux archéo-chrétiens qu'il transforma l'Aelia Capitolina d'Hadrien en la Capitale spirituelle désignée par leur Ancien Testament, la Septante alexandrine traduite en diverses veteres latinae, dont il devait avoir eu connaissance; ainsi que leur Nouveau Testament puisque celui-ci aurait été rédigé, selon les conventions admises, dès la fin du Ier.siècle de notre ère. Constantin savait donc que Pierre, selon les "Actes d'Apôtres", n'était jamais allé à Rome, que sa vie et son apostolat s'étaient déroulés en Palestine, tout comme la vie et l'apostolat de son Maître Jésus. Il devait s'imposer à l'Empereur d'établir logiquement à Jérusalem, non pas un ou deux lieux de culte, mais le siège de la nouvelle Eglise bâtie sur le corps de Pierre, à défaut de celui de Jésus ressuscité et monté au Ciel. D'autant plus que Constantin, "divinisé" , créait dans l'Orient sa nouvelle Capitale à Constantinople, et définissait le Credo de la nouvelle religion à Nicée, en Asie Mineure.
L'on notera toutefois que le Credo des 318 Pères conciliaires ne contient aucune indication relative à la naissance du Fils de Dieu, ni le nom de sa Mère, ni le nom du lieu ni la date de cette naissance; le Fils de Dieu incarné en un homme aurait pu apparaître subitement sous les traits d'un individu adulte, comme dans l'évangile dit de Marc.

La question prend d'autant plus de relief que Constantin, par l'édification de la Basilique du Vatican, semblait accréditer les légendes chrétiennes concernant Pierre, qui, pour partie, serviront à la rédaction du "Liber Pontificalis au début du VIème siècle, occasionnée par la querelle entre Laurent et Symmaque, soit près de cinq siècles après les écritures supposées du Nouveau Testament et des "Actes d'Apôtres". Nous sommes pratiquement conduits à déduire que ces supposées écritures n'existaient pas au temps de Constantin; leurs auteurs les ont effectivement rédigées ultérieurement pour reconstituer le passé de l'Eglise romaine en fonction des situations de leurs époques, et ont crédité d'une antiquité lointaine ce qu'ils voyaient et pensaient; c'est le lot de toute reconstitution historique exécutée sans référence au contexte du passé considéré. Or, il faut s'en souvenir, dès 307, Constantin s'était proclamé Pontifex Maximus; dès ce moment, il s'était proclamé le grand intermédiaire entre les hommes et la divinité; il s'était statufié en quelque sorte en un personnage humano-divin, dont le culte, à lui rendu, lui permettait d'assurer au mieux l'union des populations dans ses territoires. Il eut cinq ans pour parfaire sa politique de "conversion" des archéo-chrétiens : ceux-ci représentaient à ses yeux le parti potentiellement le plus apte, du fait du nombre et de son organisation, à répandre son culte; pour parfaire sa personnalité de Christ du Sol Invictus, qui l'avait vu être conçu ou naître en 272-273, dans les environs d'Emèse en Syrie.
Quelles étaient les légendes chrétiennes, notamment celles relatives à Pierre ?
Qui avait été Pierre?
Vraisemblablement un "prophète" marquant de l'antiquité chrétienne à Rome.
Par l'adoption apparente de ces légendes, Constantin s'attachait la fidélité des chrétiens en paraîssant partager leurs croyances, et, mieux, en pérennisant ces dernières par la construction d'un lieu de culte sur la dépouille supposée de l'Apôtre.

En fait, ce sont les chrétiens romains qui d'abord se christianisèrent en célébrant en Constantin la seconde apparition de leur Sauveur. Jésus, leur premier Sauveur nommé d'après la Septante, fut assimilé au Christ Constantin, Empereur d'Occident, avant l'année 312. Jésus-Christ naquit avant le Concile de Nicée qui statufia le Dieu Unique en Dieu Lumière, comme le Sol Invictus. La doctrine nicéenne fut un aboutissement de la christianisation romaine. L'apothéose doctrinale intervint avec le Noël du 25 Décembre 335, fête traditionnelle du Sol Invictus désormais constantinisé.

Après Constantin, nul Roi ou Empereur ne se qualifia de Christ ; après 382, nul Roi ou Empereur ne se déclara Pontifex Maximus ; le titre fut accaparé au Vème siècle par l'Evêque de Rome,
qui se manifesta ainsi comme le véritable Vicaire du Christ Constantin.

 

( Suite - 2ème partie )