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SECONDE VERSION

QUI EST JESUS-CHRIST?


L'Etat pontifical romain

 

 

 

LES TEMPS MODERNES (1870- 2005)

a) Introduction
b) La Prison du Vatican ( 1870 )

c) L'Etat de la Cité du Vatican ( 1929 )

d) Après la deuxième guerre mondiale ( 1939 )
e) Références Bibliographiques

a) introduction

  A partir de l' unification de l' Italie en 1870 et de la déclaration de Rome capitale du Pays , les Papes : Pie IX , Léon XIII , Pie X , Benoit XV , se considérèrent successivement prisonniers du Royaume italien , malgré la loi dite des Garanties du 13 Mai 1871 . Leur réaction à la disparition des Etats pontificaux se manifesta par la promulgation du "Non expedit", texte par lequel ils interdisaient aux catholiques italiens de participer à la vie politique de leur Pays; le texte précisait "Ni électeur , ni élu".
Toutefois, le Vatican constituait une véritable " prison dorée ", dont les bâtiments séculaires , dessinés par les plus grands artistes, croulaient sous les décorations les plus recherchées : statues, fresques, icones, objets en métaux précieux, riches tissus, matériaux les plus rares ...etc. En outre , les Papes compensèrent la perte de leur Pouvoir temporel par la proclamation dogmatique de leur "Infaillibilité ", et accentuèrent jusqu'à la caricature leur personnalité de Vicaire du Christ , d' héritier de Constantin , bien que les milieux ecclésiastiques eussent reconnu la fausseté de la " Donation de Constantin " au milieu du 19ème siècle.
La prétention au gouvernement universel des âmes , pour dicter leur conduite aux hommes, s'affichait, plus que jamais, par la représentation du dieu "unique", au nom duquel les Pontifes disaient s' exprimer; ce dieu était symbolisé par le Soleil resplendissant au sommet de la Chaire de Saint Pierre .
La Chaire de Saint Pierre

b ) La Prison du Vatican .(1870)

L'année 1870 marqua la fin des Etats pontificaux, réduits alors au Latium et à Rome. Le retrait du corps expéditionnaire français du fait de la guerre franco-allemande permit à l'armée italienne de pénétrer dans la ville, définitivement, le 20 Septembre 1870. Rome et le Latium s'unirent à l'Italie par un plébiscite du 2 Octobre; Rome fut déclarée capitale de l'Italie en Décembre 1870.

Le pape Pie IX avait réuni à partir du 8 Décembre 1869 le Concile de Vatican l, qui, poursuivant l'oeuvre du Syllabus, publié le 8 Décembre 1864, avait proclamé l'infaillibilité ex cathedra du pontife en ce qui concerne la foi et la morale; non sans provoquer de graves remous dans l'Eglise, notamment le schisme dit des "vieux catholiques". En France plus précisément, cette vive opposition fut soulignée par la démission du célèbre prédicateur de NOTRE-DAME de Paris,
le Père Hyacinthe Loyson, supérieur depuis dix ans du Carmel parisien; il défroqua, quitta l'Eglise et se maria.
Fort de sa nouvelle qualification dogmatique, Pie IX s'estima d'autant plus outragé par les événements, que le gouvernement italien était à la fois laïc, anti-clérical et socio-libéral. Pie IX s'enferma dans le Vatican et se considéra prisonnier de l'Etat italien. Cette situation devait durer environ soixante ans jusqu'en 1929, malgré le vote par le Parlement italien de la loi
des Garanties, le 13 Mai 1871, que le pontife voulut ignorer .La réaction immédiate de Pie IX (à son emprisonnement) fut double:
- d'une part, il excommunia le Roi d'Italie es-qualité, installé à Rome au Palais du Quirinal;
- d'autre part, il demanda aux catholiques italiens de s'abstenir de toute participation à la vie politique de leur pays par un texte dit "non expedit", annulé seulement en 1919 par Benoît XV à l'occasion de la création du parti populaire italien (PPI) par Dom Luigi Sturzo. Le mot d'ordre lancé par la papauté précisait: "ni électeur, ni élu".

Il convient de rappeler les principaux événements qui conduisirent à cette situation de rupture entre la papauté et l'Etat italien:
La cause éloignée mais effective fut la Révolution Française de 1789; elle représentait elle-même une conséquence du changement profond opéré dans les esprits, depuis la Renaissance jusqu'à l'Encyclopédie, par les travaux des humanistes, savants et autres érudits, à l'égard de la religion prônée par l'Eglise romaine et ses membres, dont Voltaire disait:

<< notre crédulité fait toute leur science et leur richesse >>.

La Révolution Française s'illustra immédiatement par la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen; celle-ci effaçait subitement la doctrine romaine du pouvoir issu de dieu; et niait la validité de tout gouvernement non désigné par la volonté de ses citoyens. Aussi bien, dès le 10 Mars 1791, Pie VI par le Bref "Quod aliquantum" condamna-t-il ces Droits de l'homme et du citoyen stipulés contraires, selon lui, aux droits de dieu. Le pape transformait l'homme et le citoyen en adversaires du dieu tout puissant qui manifestait une singulière faiblesse en permettant l'instauration d'un régime politique démocratique, entérinant la constitution civile du clergé. Sous le Directoire, le pape Pie VI fut emprisonné, déchu de son pouvoir temporel; la première République romaine fut proclamée. A partir de 1805, Napoléon procéda depuis la République Cisalpine de Milan, devenue le royaume d' Italie, à une série d'annexions, dont celle des Etats pontificaux en 1809, réunis à l'Empire français en 1810; Pie VII fut emprisonné, Rome devint le chef-lieu du département du Tibre.
Le fils de Napoléon, né en Mars 1811, fut appelé le "Roi de Rome".

Malgré la Restauration décidée par le Congrès de Vienne (1814 -1815), la population italienne resta profondément attachée à l'idée de l'unification de son pays. Les mouvements des Carbonari et autres Garibaldiens animèrent le Risorgimento qui se concrétisa par trois guerres d'indépendance, obligeant le pape Pie IX à s'enfuir à Gaète le 24 Novembre 1848;
le 9 Février 1849 la République fut proclamée à Rome, et le pape fit appel aux puissances catholiques pour rétablir son trône. L'aide effective la plus importante vint du Prince Président Louis Napoléon. Pie IX revint à Rome le 12 Avril 1849, plus persuadé que jamais de la nécessité de son pouvoir temporel, en tant que garantie indispensable de l'indépendance du Chef de l'Eglise. Par la suite, en 1859 -1860, des révolutions se succédèrent dans la presque totalité des Etats Pontificaux. La défaite des partisans du pape à Castelfidardo, en Septembre 1860, déclencha une tempête d'excommunications qui frappèrent des millions d'Italiens. Le royaume d'Italie fut proclamé à Milan le 18 Mars 1861. Cavour, grand adversaire de Pie IX, précisa en deux discours , des 25 et 27 Mars de cette année , les objectifs restant à atteindre: Rome devait devenir la capitale de l'Italie; le pape devait renoncer à tout pouvoir temporel en échange de la liberté que le gouvernement italien lui promettait. L'unification italienne devenait un processus irréversible, mais les discours de Cavour contribuèrent à rendre plus ferme 1'intransigeance du pontife.
En 1864, sortirent simultanément l'Encyclique "Quanta cura", et le Syllabus; celui-ci contenait une liste de 80 propositions, jugées erronées et condamnées de ce fait par l'Eglise; dont , la pleine liberté de la presse et de la pensée. La publication du Syllabus donna à Pie IX l'idée de convoquer un concile oecuménique: qui fut inauguré le 8 Décembre 1869. La Constitution "Pastor aeternus" sur la primauté universelle de juridiction du pape et son infaillibilité personnelle (ex cathedra) fut votée le 8 Juillet 1870; on ne pouvait imaginer une incompréhension plus forte à l'égard du monde et de la culture modernes.
Concrètement, l'on en revenait au Xlème siècle, à l'époque où Grégoire VII prétendait non seulement à l'infaillibilité, mais à la désignation exclusive des rois et empereurs, du fait de sa qualité de Vicaire du Christ. Toutefois, en ces temps , comme les rois eux-mêmes étaient proclamés de droit divin, ils s'opposèrent naturellement à cette prétention abusive du pontife, c'est-à-dire de la Curie romaine. Au 17ème siècle, Bossuet démontra que le roi était de droit divin par sa charge même et non par son sacre. Mais cet obstacle tomba sous l'effet de la Révolution Française, et de l'extension plus ou moins rapide de ses principes à toute l'Europe occidentale. La disparition progressive de la royauté d'origine divine permit au pape de réitérer son infaillibilité; celle-ci lui permettait de rétablir son titre de Pasteur universel, c'est-à-dire de compenser la perte de son pouvoir temporel par l'exercice de sa vocation (supposée) à organiser le gouvernement universel des âmes, comme le déclarait au début du VIlème siècle, Grégoire 1er. le "Consul de Dieu".
La perte des Etats pontificaux obligeait l'administration du Siège dit apostolique à revenir à un passé vieux de 13 siècles pour trouver une justification à l'exercice de l'autorité dite spirituelle du pape qui l'incarnait; l'autorité de celui-ci trouvait son origine effective et exclusive dans sa volonté de puissance personnelle et celle de cette administration.

PIE IX mourut en 1878 et fut remplacé par LEON XIII jusqu'en 1903. L'attitude du nouveau pape quant à la question romaine confirma l'intransigeance du pontife défunt; l'hostilité à l'égard du gouvernement italien fut tout aussi vive, mais Léon XIII développa une action tendant à démontrer que l'Eglise n'avait pas besoin d'un Etat pour être considérée. Profitant de la centralisation administrative opérée par son prédécesseur, il envoya hors d'Italie, dans toute l'Europe et même en Amérique du Nord, des nonces pour le représenter auprès des Pouvoirs publics, de la hiérarchie catholique, et des fidèles; il acquit ainsi une autorité morale certaine; 19 pays étaient représentés par des ambassadeurs auprès du Saint Siège à la mort de Léon XIII qui conclut des concordats et accords avec divers Etats dont le Pérou, l'Equateur, l'Autriche-Hongrie, Monaco et la France; sans omettre les arbitrages internationaux rendus, notamment dans le conflit de frontières entre l'Argentine et le Chili en 1900 -1903.

Les deux faits principaux du pontificat résident:

  • d'une part, en contradiction avec le "non expedit" toujours en vigueur,dans la politique de ralliement à la République Française, proposée par le Cardinal Lavigerie dans un toast de fin de banquet prononcé le 12 Novembre 1890; le mot d'ordre du ralliement s'énonçait: "Accepter la constitution pour changer la législation". Mgr. Lavigerie d'origine légitimiste obéissait aux ordres de Léon XIII, qui confirma cette acceptation, "du bout des lèvres" (c'est bien le cas de le dire!), de la démocratie française, par l'encyclique "Au milieu des sollicitudes" du 16 Février 1892. Toutefois, le fameux Bref "Quod aliquantum" de Pie VI n'était pas dénoncé et cette action suscita la méfiance des républicains français. Les droits de l'homme et du citoyen restaient toujours contraires aux droits de dieu; la diplomatie du Vatican utilisait, comme trop souvent, un double langage.


  • d'autre part, dans la promulgation de l'encyclique "Rerum novarum" du 15 Mai 1891, en réaction à la croissance du socialisme; texte sous influence traditionaliste par sa condamnation du socialisme, de la lutte des classes, et la réaffirmation de la vigueur de la famille comme base de la Société; texte novateur par les encouragements aux catholiques sociaux et la défense de l'action syndicale. Léon XIII, pour la première fois, faisait entendre la voix de l'Eglise à propos des questions extérieures à la foi romaine comme le juste salaire, les conditions de travail, le droit syndical, le devoir des patrons à écouter les représentants syndicaux etc...; cependant, "la question ouvrière" restait un problème de morale. La publication de l'encyclique connut un énorme retentissement, si bien que l'Association internationale du travail demanda au pape d'envoyer des représentants au Congrès de Cologne en 1902; c'était, en quelque sorte, une compensation au veto émis par le gouvernement italien à une présence du Vatican à la réunion de l'Association internationale pour la paix de 1899.

  •   La fin du pontificat conduisit Léon XIII à durcir ses réflexions en deux encycliques négatives quant à l'insertion des catholiques dans la société moderne: "Testem benevolentiae" de 1899, et "Graves de communi" de 1901; cette dernière présentait des réserves nettes à l'égard de la démocratie.

    Léon XIII fut aussi le pape qui remit à l'honneur la philosophie aristotélicienne de Thomas d'Aquin; l'Eglise n'avait selon lui rien à craindre d'une confrontation avec l'Histoire; elle devait remonter aux sources "divines" de son origine puisque "Dieu n'a pas besoin de mensonges"; ces mensonges étant constitués par le positivisme, le scientisme, et le rationalisme sous toutes ses formes.

    PIE X succéda à LEON XIII de 1903 à 1914.
    LEON XIII

    Son activité s'exerça principalement dans le domaine dit de la pastorale, par l'introduction de nouveaux programmes d'études et de vie dans les séminaires, par la publication d'un nouveau catéchisme, l'opposition au rigorisme janséniste (fréquence de la communion, âge de la première communion) et par la "résurrection" du chant grégorien lors des offices.
    Ses positions d'ordre politique n'innovèrent en rien quant au gouvernement italien. Il condamna vigoureusement la loi française de séparation de l'Eglise et de l'Etat, votée en 1905; son intransigeance provoqua de nombreuses critiques y compris d'évêques français. Son pontificat resta essentiellement marqué par sa condamnation du modernisme qu'il qualifia de synthèse de toutes les hérésies, en opposition totale à la doctrine romaine. Cette condamnation frappa d'anciens ecclésiastiques comme A.Loisy, et suscita la création d'un véritable organisme d'espionnage sous la direction de Mgr.U.Benigni; cette condamnation illustrait en définitive cette pensée que la foi n'est sûre d'elle-même qu'à condition de ne point s'interroger.
    En face des risques de guerre en 1914, le sentiment de son impuissance emporta le Pontife le 20 Août de cette année.

    BENOIT XV , son successeur, fut élu le 3 Septembre 1914 et régna presque 8 ans. Ce fut le pape de la"Grande guerre"; il parlait de l'Europe telle "un champ de morts" et faisait du matérialisme la cause des affrontements. Il prônait une restauration des droits de dieu; il oubliait totalement les tortures et bûchers de l'Inquisition, les croisades et leurs cortèges de carnage, les pogroms anti-juifs, ordonnés par les anciens pontifes pour la plus grande gloire de l'Eglise romaine et de son dieu! Comment aurait-on pu croire Benoît XV lorsqu'il présentait cette Eglise "Mater et Magistra" comme le guide accompagnant l'homme durant toute sa vie personnelle et collective?
    En fait, la neutralité constante et revendiquée du Vatican fut stigmatisée par les deux camps opposés comme un manque de courage politique. Le pape se préoccupa uniquement du sort des blessés et prisonniers de guerre, et confia à E.Pacelli, le futur Pie XII, la direction du Service d'assistance pontificale, qui devint une sorte de "seconde Croix rouge". Mais dès Avril 1915, par les accords signés à Londres entre les cobelligérants alliés, l'Italie avait obtenu que le Vatican ne fut pas représenté dans les Instances internationales qui décideraient de la paix à la fin du conflit; malgré tout, la Conférence de la Paix à Versailles accepta, en 1919, la présence auprès d'elle de Mgr.Ceretti; le Vatican fut par contre tenu à l'écart de la nouvelle Société des Nations.

    Benoît XV précisa dans son allocution du 21 Novembre 1921 la ligne de conduite du Vatican dans les questions relatives à l'ancien empire austro-hongrois, et aux droits autrefois accordés à son Empereur dans la désignation des évêques. En ce qui concerne l'affaire du "non expedit", l'élément positif consista dans l'acceptation de la formation du Parti Populaire Italien (P.P.I.) de Luigi Sturzo, ce qui supprimait les interdictions de vote faites auparavant aux catholiques italiens, qui, à vrai dire, n'en tenaient aucun compte. Une fois encore, le Vatican soulignait l'inefficacité de ses diktats politiques, et le triomphe des droits de l'homme et du citoyen sur les droits de dieu.
    Son intransigeance personnelle se manifesta particulièrement dans le domaine de l'exégèse biblique, et un décret d' Avril 1920 dénonça les opinions, pourtant très nuancées, du Sulpicien français J.Touzard à qui l'on reprochait son audace décapante dans sa critique de l'authenticité mosaïque du Pentateuque. Le Vatican ne connaissait pas encore l' " Histoire critique du Vieux Testament" de R.Simon publiée en 1678! Le Pape affirmait encore que l'inerrance de la Bible concernait non seulement les vérités religieuses mais aussi les faits profanes; l'homme n'était pas le produit d'une évolution universelle, apparu environ 3 millions et demi d'années auparavant; l'homme avait été créé par dieu 7 mille années seulement avant la mort du pontife.

    Vouloir passionnément confondre l'idée a- priori de l'inerrance biblique, non prouvée et improuvable, avec une croyance religieuse, relève littéralement d'une sorte d'aliénation mentale. Faire de Moïse l'auteur de récits d'événements très postérieurs à sa mort, et d'écrits rédigés plusieurs siècles après sa disparition, prouve surabondamment que le Vatican enfermait dans ses murs, non seulement les corps des quatre Pontifes considérés, mais aussi bornait étroitement leurs esprits. La dépossession du pouvoir temporel provoquait chez ces pontifes des phénomènes de régression intellectuelle caractérisée.


    c ) L' Etat de la Cité du Vatican ( 1929 ) .

      ACHILLE RATTI fut élu pape le 6 Février 1922 sous le nom
    de PIE XI , au quatorzième tour de scrutin. En Italie, l'anarchie et la violence s'étaient installées l'année précédente du fait de l'affaiblissement du parti socialiste par la scission des communistes.

    Les désillusions de la paix, l'agitation des anciens combattants avaient conduit Mussolini à créer les "Faisceaux italiens de combat" dès le 23 Mars 1919. En 1921, il reprit à son compte les revendications sociales et se présenta en défenseur de l'ordre; le 27 Octobre 1922, il organisa la marche sur Rome de 40.000 "Chemises noires".

    Le roi Victor Emmanuel III refusa de signer la loi martiale;le 30 Octobre,il demanda à Mussolini de former le gouvernement; le 16 Novembre 1922, la Chambre donna les pleins pouvoirs à Mussolini.
    C'est donc dans un contexte complètement nouveau que les deux anciens ennemis se trouvèrent, et se découvrirent unis par la même détestation de la démocratie. Après le discours d'orientation prononcé par le Duce le 3 Janvier 1925, des négociations s'engagèrent en 1926. Le discours de Mussolini avait été précédé en 1924 par l'élimination des syndicats catholiques, approuvée par le Vatican, à l'encontre des leçons de l'encyclique "Rerum novarum" de Léon XIII; cette élimination fut accompagnée de la dissolution du Parti Populaire Italien (P.P.I.), et de l'exil du père Luigi Sturzo, parti devenu la cible privilégiée des fascistes. Pie XI avait ainsi renoncé à poursuivre la politique défendue par Benoît XV.

    La hiérarchie ecclésiastique, comme la vieille classe dirigeante italienne, soutint dans le fascisme les groupes plus spécifiquement conservateurs, qui permirent , entre 1923 et 1925 , une réforme législative nettement favorable à l'Eglise. La religion romaine redevint progressivement la religion de l'Etat italien, et Mussolini fit réapparaître les symboles chrétiens dans les édifices publics, notamment les locaux de la Justice et les écoles. On s'achemina vers "une restauration politique" parachevée par les accords du Latran le 11 Février 1929, réalisés pour la défense de l'ordre social existant et de la société capitaliste italienne. La signature officielle des Protocoles par Mussolini et le Cardinal Gaspari permit à Pie XI de célébrer la double restitution "de dieu à l'Italie, et de l'Italie à dieu" et de condamner à nouveau les gouvernements libéraux: " obéissants et soumis aux ennemis de l'Eglise". C'était en quelque sorte une "sacralisation" du fascisme et l'aveu d'une volonté de le soumettre à la puissance pontificale en restaurant un Etat catholique; tout comme Mussolini espérait "fasciser" l'Eglise et les organisations de l'Action catholique.

    Les accords du 11 Février 1929 comprenaient trois conventions:

  • un traité à proprement parler qui créait l'Etat de la Cité du Vatican, et réglait définitivement la question romaine. Le pape renonçait à toute restauration des Etats Pontificaux, et reconnaissait le Royaume d'Italie sous la dynastie de Savoie avec Rome pour capitale.

  • un accord financier destiné à régler les relations entre l'Etat italien et le Vatican, à la suite notamment des événements de 1870.

  • un Concordat faisant de la religion catholique romaine la religion officielle de l'Etat italien.

    Le Concordat attestait le caractère "sacré" de la Cité du Vatican, et instituait l'enseignement obligatoire de la religion catholique à tous les niveaux de la scolarité. L'Etat se réservait le contrôle des nominations d'évêques et de curés. L'Action Catholique italienne s'interdisait toute activité politique, et des dispositions étaient prises pour éviter la création nouvelle d'un parti populaire chrétien. En 1931, des accords complémentaires furent signés concernant l'Action catholique et son étroite subordination à la hiérarchie ecclésiastique. Mais, à la fin des années 30, Mussolini dut se résigner à ne plus pouvoir utiliser l'Eglise comme pilier de son régime, et à ne voir en elle qu'une ennemie idéologique. Il usa de manoeuvres insidieuses d'intimidation, qui lui valurent en Janvier 1938 une menace d'excommunication du fascisme. En Juin Juillet 1939 , une nouvelle réforme des statuts de l'Action catholique lui donna en partie satisfaction.
    L'Etat du Vatican créé le 11 Février 1929 n'avait qu'un caractère instrumental de support du Saint Siège; il manifestait, en droit international, la souveraineté du Siège dit apostolique et son indépendance par rapport à tout autre Etat. La constitution du Vatican fut promulguée par Pie XI le 7 Juin 1929. Le pontife romain, élu à vie, était le monarque absolu de l'Etat; durant l'interrègne, le pouvoir monarchique devenait oligarchique puisqu'il passait au Collège des Cardinaux, dont la capacité de légiférer était restreinte aux cas d'urgence et à titre provisoire. L'Etat du Vatican était représenté, diplomatiquement, par la Secrétairerie d'Etat du Saint Siège; il y avait donc entre les deux institutions une union réelle et personnelle puisque le pontife en était le seul maître. Certes, l'Etat du Vatican est minuscule, d'une superficie de 44 hectares, toutefois, s'ajoutent:

  • à Rome, des immeubles, propriété du Saint Siège, exterritorialisés
  • les domaines de Castel Gandolfo, de Santa Maria di Galeria, et de Castel Romano,
  • et d'autre immeubles, non exterritorialisés, mais seulement exempts d'expropriation et d'imposition.

      Se pose évidemment la question de l'indépendance réelle de la Cité du Vatican à l'égard de l'Etat italien dont matériellement elle dépend pour tout; malgré son drapeau, internationalement reconnu, à deux bandes verticales jaune et blanche; aux couleurs du soleil, avec au milieu les clés de Saint Pierre entrecroisées surmontées de la tiare.

    En fait, l'Etat du Vatican a été constitué dès l'origine comme un territoire neutre et inviolable "étranger aux compétitions temporelles entre les autres Etats.".. .

    Mais la souveraineté appartient au Saint Siège; c'est auprès du Saint Siège et non auprès du Vatican qu'ont été officiellement accrédités les diplomates des pays étrangers.

    La spécificité de cet Etat porteur d'une souveraineté particulière fit l'objet d'une longue explication de Pie XI en 1929 : "Une certaine souveraineté territoriale est une condition universellement reconnue comme indispensable à toute vraie souveraineté juridictionnelle".

    Plus tard, dans un discours du 10 Décembre 1974, Mgr.Casarolli concèdera que cette assise territoriale constituait:

    "une condition psychologique plus que juridique". Léon XIII avait montré tout au long de son pontificat que l'Eglise, sans support territorial, pouvait exercer une autorité non discutée et influencer le cours des événements politiques; le Siège apostolique pouvait se manifester souverainement sans être obligé de posséder, de facto, un territoire. Mais, Achille Ratti raisonnait comme Enéa Piccolomini (Pie II) au XVème siècle, c'est-à-dire par référence à un passé moyenâgeux, sans omettre sa profonde admiration pour Ambroise, évêque de Milan, capitale de l'Empire romain d'Occident, qui du très lointain IVème siècle lui insufflait son obsessionnelle volonté de puissance et son besoin de commander à tous et à tout.

    Comment fut gouvernée la Cité du Vatican à partir de 1929? La loi fondamentale du 7 Juin 1929 prévoyait que le Souverain pontife pouvait déléguer l'exercice du gouvernement effectif à un "Gouverneur Général". Ce dernier était chargé de l'exécutif et d'une partie du législatif: il était nommé et éventuellement révoqué par le pape; il était personnellement, directement et exclusivement responsable devant ce dernier. Ce poste n'a eu qu'un seul titulaire de 1929 à 1952; il fut alors supplanté par une Commission pontificale de trois cardinaux, instituée par Pie XII; elle présidait en son nom et à sa place le gouvernement de l'Etat du Vatican. La loi avait aussi prévu un poste de "Conseiller Général" de l'Etat du Vatican, chargé de donner son avis sur toutes les questions déférées à lui par le pape. Ce poste connut deux titulaires :

  • De 1929 à 1935, le Marquis F.Pacelli, frère du Secrétaire d'Etat, le Cardinal Pacelli, futur Pie XII,

  • De 1938 à 1969, le neveu de Pie XII, le Prince C.Pacelli.

  • On sourit de voir avec quelle facilité l'Etat pontifical, même réduit au minuscule Vatican, redécouvrit les antiques ornières
    du népotisme!

    Le gouvernement de la Cité du Vatican s'organisa de manière assez différente après la deuxième guerre mondiale. Toutefois, il ne s'occupa que des problèmes internes. Les intérêts de l'Etat du Vatican à l'échelon international ont toujours été représentés et défendus par le Saint Siège. L'Etat de la Cité du Vatican n'a été créé que pour donner un territoire à la papauté. Cette localisation, reconnue par plusieurs Etats, renforçait aux yeux de Pie XI l'indépendance du gouvernement de l'Eglise et la puissance de celle-ci.
    La Cité du Vatican n'existait que pour assurer au Saint Siège une indépendance absolue et visible, pour lui garantir une souveraineté indiscutable dans le domaine international. Le Saint Siège exerçait ainsi sur l'Etat de la Cité du Vatican une propriété pleine, exclusive , et absolue, qui lui conférait une personnalité juridique internationale, nécessaire à l'exercice d'une "primauté spirituelle universelle", en tant qu'Institution suprême de l'Eglise catholique. Peu importait que l'on distinguât, en droit pur, deux personnalités internationales. En fait, il existait entre l'Etat du Vatican et le Saint Siège une union spécifique puisque l'un et l'autre étaient dirigés par une seule et même personne, le pape,
    souverain élu par ses pairs, primus inter pares.

    Le Saint Siège constituait un gouvernement totalitaire et sans aucun contrôle, rassemblant entre ses mains toutes les prérogatives étatiques, sauf celle de la Défense, puisque le Siège pontifical affichait sa totale neutralité à l'égard des autres Etats ; "Il (le Saint Siège) veut rester étranger aux compétitions temporelles entre les autres Etats …etc...
    à moins que l'on ne fasse appel à sa mission de paix" ( ?).
    Le Saint Siège possédait à la fois le pouvoir législatif, exécutif, et judiciaire sur l'Eglise toute entière; il détenait ces pouvoirs de lui-même, et renouvelait les membres de ses services par cooptations internes, suivant les opportunités.

    On aurait pu escompter que les accords du Latran auraient conduit le pape et son administration à une certaine humilité, compte tenu de la fragilité manifeste de leur Institution. Ils les ont au contraire amenés à considérer les événements comme une revanche sur les " impies", et à proclamer leur "sainteté", assurés, disaient-ils, de l'origine "divine" de leur Eglise. L'Eglise constitue une réalité sociologique rassemblant la totalité des fidèles répartis en divers Etats du Monde. Il est peu compréhensible à la raison humaine, qu'au bout de 20 siècles, si le dieu des chrétiens est bien le dieu unique descendu sur terre pour le salut de tous les hommes, il est peu compréhensible que les 5/6èmes de la population terrestre ne soient pas chrétiens.
    Combien de temps faudra-t-il encore à ce dieu tout- puissant pour convertir à son salut une humanité qui ne fait que croître?

    Cette "sainteté" doit être jugée pour ce qu'elle est, une prétention sans fondement, même si répétée depuis plus de 15 siècles. En effet, l'Eglise n'a été créée que par un homme. L'Histoire a enregistré trois christs: Constantin, Licinius, et le Christ des évangiles. L'évangile dit de Matthieu (XVI - 13, 19) nous renseigne précisément sur la "christianisation" de Jésus par Pierre, à Césarée de Philippe, autre nom de la ville de Panion (ou Panée ou Panias) au nord de la Galilée près des sources du Jourdain, emplacement d'un temple de Pan, pasteur universel, symbole de la royauté; un roi étant reconnu dans l'Antiquité comme le berger de son peuple; ce temple était la destination de fréquents pèlerinages. C'est en ce lieu très représentatif que Pierre donna à Jésus pour la première fois le titre de christ, c'est-à-dire roi, prince ou empereur, oint de Dieu, puisque tout roi pour les Anciens, jusqu'à la Révolution Française, était considéré comme dieu et homme unissant en une seule personne, du fait de sa charge, une nature divine et une nature humaine .Le Concile de Chalcédoine en 451 n'a fait que "christianiser" les considérations théologiques duelles de l' "Hermès Trismégiste".
    C'est donc en tant que roi, fils d'un dieu vivant, que Jésus s'adresse à Pierre : "Tu es pierre et sur ce roc je bâtirai mon Eglise"
    L'établissement de cette Eglise future est renvoyé dans un avenir indéterminé ce qui nous conduit aux constatations suivantes :

  • d'une part, jusqu'à ce jour Jésus ne s'était jamais préoccupé de bâtir une Eglise

  • d'autre part, sachant ,en tant que dieu "omniscient et prescient", que sa vie terrestre allait bientôt se terminer il aurait dû dès ce moment se hâter de construire une Institution religieuse, chargée d'établir le culte de sa personne et de le propager jusqu'aux "limites de la Terre"; entendons par là les limites de l'Empire romain. Pour ce faire, il eut été nécessaire d'enseigner une doctrine précise explicitant le culte de sa personne, de former le personnel requis, et d'édifier un ou plusieurs temples pour rassembler les premiers fidèles. C'est ce que le Jésus des évangiles, même désigné comme christ fils du dieu vivant, n'a jamais réalisé.

    On notera que l'évangile dit de Matthieu est le seul à parler de l'institution d'une future Eglise; ni l'évangile dit de Marc (VIII - 29) ni celui dit de Luc (IX - 20) ne contient une telle allusion. Dans l'évangile dit de Jean (VII - 40, 42) la foule rassemblée autour de Jésus se montre incertaine à son sujet: "Est-ce bien de Galilée que le Christ doit venir? L'Ecriture n'a-t-elle pas dit que c'est de la descendance de David et de Bethléem que doit venir le Christ?"

    Ces hésitations suscitent les remarques suivantes :

  • Malgré la renommée de Jésus, la foule ignorait totalement qu'il était né à Bethléem.

  • D'autre part, Matthieu et Luc ont fait naître Jésus à Bethléem, pour, suivant la formule , accomplir l'Ecriture et non par respect d'une situation historiquement vraie.

    Dire que le Jésus-Christ des évangiles ne s'est jamais préoccupé d'institutionnaliser le culte de sa personne apparaît, en quelque sorte, comme une lapalissade.

    L'Histoire nous ramène ainsi aux deux autres christs, les deux rivaux : Constantin Empereur d'Occident, et Licinius, Empereur d'Orient. Chacun d'eux se proclamait par ses bannières et oriflammes, christos, le béni d' un dieu. Licinius fut vaincu en 324 et assassiné en 325. Dieu avait jugé et proclamé Constantin son seul fils. C'est après la mort de Licinius, que, à Nicée en 325, Constantin organisa son Eglise, définit sa doctrine, et construisit des basiliques, des maisons de l'Empereur, pour propager le culte de sa personne à double nature humano-divine. Les chrétiens, favorisés par Constantin compte tenu de leur importance sociologique, l'assimilèrent à leur Sauveur et considérèrent son règne comme l'avènement du Royaume des cieux sur terre. La doctrine politico-religieuse de Constantin contenait cette disposition révolutionnaire selon laquelle il n'était pas seulement fils d'un dieu vivant, mais fils du Dieu unique.

    Le christianisme naquit comme le culte de l'Empereur, la religion du pouvoir sacralisé: Omnis potestas a deo. Après sa mort, Constantin sera hypostasié en "Empereur céleste et Seigneur de Majesté". Son culte apparaît aujourd'hui totalement idolâtrique et son enfant, très éloigné, le Siège pontifical, semble d'une irréelle immodestie en se proclamant "saint". Cette "sainteté" illusoire veut cacher des épisodes sordides de son existence et un persistant appétit de puissance,
    qui corrompt tout, a dit le philosophe Alain.

    En définitive, Constantin a créé l'Eglise annoncée par Jésus dans l'évangile matthéen, ce qui montre également, que ce passage de l'Ecriture est une interpolation justificative.

    Du fait d'un autocontrôle qui tourne aisément à des guérillas intestines entre chefs de services, la papauté constitue, plus que toute autre administration dans un Etat démocratique, un chaudron où se cultivent les compromissions les plus "religieuses" ad majorem dei gloriam. Mais, de nos jours, ni l'or et blanc pontifical, ni le rouge cardinalice, ni le violet épiscopal, ni le gris presbytéral, n'arrivent à cacher l'inanité intrinsèque de l'Institution qui n'existe que par l'acquiescement d'autres Etats. Pour reprendre une expression d'H. Ghéon, disons que l'Empereur Pape est nu; ses ardentes prières pour la paix n'ont pu protéger les peuples des ravages de la deuxième guerre mondiale; le sentiment de son impuissance emporta Pie XI en 1939, comme Pie X en 1914.
    Les hommes d'Etat sont, comme les autres hommes, des sujets superstitieux. Les désastres impensables de la guerre de 1914 - 1918, les millions de victimes sacrifiées à la vanité de quelques individus ont avivé les peurs ancestrales et le besoin de sécurité éprouvé par de nombreuses populations en Europe occidentale; d'où un "retour du religieux" dénoncé par A.Loisy en 1917.
    Les hommes d'Etat en régime démocratique sont particulièrement sensibles au poids des opinions publiques, et ne peuvent se permettre d'aller à l'encontre des sentiments ressentis par une partie relativement importante de leur électorat Très vraisemblablement, ce "retour du religieux" a joué un rôle déterminant dans la "conciliation" réussie par les accords du Latran, et l'acquiescement de nombreux pays à la nouvelle situation diplomatique. En outre, dans un contexte d'après-guerre très complexe, le conservatisme passif des administrations étatiques a conduit les gouvernements respectifs à renouveler, sans grand-peine et peut-être même avec satisfaction, des relations avec le Siège pontifical qui existaient
    depuis plus d'un millénaire. Cela semble suffisant pour supporter les prétentions réaffirmées de cette Eglise à la primauté spirituelle universelle, et, en outre, à se présenter comme la meilleure garantie des droits de la personne, alors qu'elle ne conçoit l'individu humain qu'en fidèle obéissant à ses commandements, infantilisé par cette Mère Maîtresse :
    Ecclesia mater et magistra..

    Sans doute aussi, les Etats même laïcs qui acceptèrent la création de l'Etat de la Cité du Vatican agirent-ils par intérêt direct de gouvernements en quête perpétuelle de l'obéissance de leurs citoyens, obéissance que le culte de la religion romaine devait favoriser puisque cette religion incarne l'adoration du Pouvoir. A preuve, le "Second Ralliement" que l'on constata en France avec l'avènement de Pie XI. Certes, aucun Concordat ne fut signé, mais les relations diplomatiques furent reprises et permirent un bon fonctionnement de la Séparation par application des accords Brilland-Ceretti conclus sous Benoît XV. Plus même, l'Action française fut condamnée le 20 Décembre 1926. Il est vrai, cette condamnation avait été envisagée déjà par Pie X, comme une compensation à celle du 25 Août 1910 du "Sillon" de Marc Sangnier, mouvement catholico-social, auquel on reprochait de vouloir échapper à l'autorité ecclésiastique par démocratisme. Pie XI, cependant, resta très méfiant à l'égard des gouvernements de Front Populaire, qui réagirent mal à sa politique espagnole. Le Parlement français, toutefois, lui rendit hommage à son décès le 10 Février 1939. Il saluait principalement l'homme qui voulait la paix et priait pour elle, sérieusement menacée en Europe depuis l'Anschluss d'Hitler en 1938.

    Des observateurs vigilants avaient découvert en Pie XI une véritable phobie du communisme, qui le conduisit à s'opposer vivement à la politique anti-cléricale du Mexique par trois encycliques, de 1926 à 1937; il croyait déceler en elle une forte influence sovieto-marxiste. Son anti-bolchevisme se manifesta dès le début de 1930 pour aboutir à une condamnation solennelle par l'encyclique "Divini Redemptoris" de 1937. Le pape montra également son hostilité à la République espagnole en 1936; il lui fallut cependant deux ans avant de soutenir Franco en 1938, bien que allié de Hitler. C'est le 14 Mars 1937 qu'il publia en allemand l'encyclique contre le régime hitlérien; durant l'été 1938, il prononça trois discours contre l'étatisme mussolinien pour défendre l'Action catholique italienne, dont les Autorités fascistes se plaignaient beaucoup voyant en elle l'amorce d'une opposition à leur régime. Pie XI prononça le 6 Septembre 1938 un discours contre le racisme et eut cette phrase célèbre : "Nous sommes spirituellement des Sémites"

    Cette phrase, détournée de son sens d'origine, devait servir après la deuxième guerre mondiale aux tenants du judéo-christianisme pour justifier leur postulat quant à une origine juive de la religion chrétienne.

    Deux éléments importants de ce pontificat doivent, finalement, retenir l'attention:

  • Il y eut d'abord l'encyclique "Quadragesimo anno" du 15 Mai 1931; celle-ci, dans la lignée de "Rerum Novarum" , voulait fixer un nouvel ordre social, reposant sur une organisation d'ordre professionnel, que devait esquisser en France le régime dit de Vichy. Toutefois, lorsque le pape s'adressait en 1929 à des ouvriers français chrétiens pour soutenir leur lutte contre des patrons chrétiens, pouvait-on oublier son attitude de 1924 à l'encontre des syndicats catholiques italiens?

  • Il y eut surtout le développement international de l'Action catholique, vaste entreprise de rechristianisation des divers milieux sociologiques par ces milieux eux-mêmes: les ouvriers par les ouvriers, les agriculteurs par les agriculteurs etc.. Les efforts déployés furent pratiquement annihilés par la guerre mondiale de 1939 - 1945. Qui se souvient en France des manifestations de la J.O.C.? ou de la J.A.C.? Celle-ci devait après- guerre materner la création des syndicats agricoles productivistes et alimenter un lobby demandeur perpétuel de subventions et d'aides publiques.

    Certes, le pontificat de Pie XI marqua son époque et la personnalité de cet alpiniste passionné ne fut pas étrangère à sa renommée. Il faut, cependant, prendre ses discours les plus importants pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire des paroles de circonstance. A la réflexion, qui pouvait croire à l'anti-racisme du Pape, alors qu'il dirigeait une Institution intrinsèquement raciste et sectaire du fait de ses prétentions :

  • à constituer la seule religion vraie adorant l'unique vrai dieu


  • à la primauté spirituelle universelle
    rejetant ainsi les Juifs, Musulmans, Hindouistes et autres, dans une erreur fondamentale, sauf à se convertir au catholicisme, et abandonner leur spécificité d'hommes issus de milieux géo-historiques déterminés.

    Pour le pape Pie XI, une seule race d'hommes comptait: celle des chrétiens, ses fidèles, répartis dans un certain nombre de pays dans le Monde. Son anti-racisme était une défense de son Institution et de ses membres; il s'exprimait dans un langage emprunté à l'opinion universelle, mais c'était un double langage biaisé par les déceptions politiques causées par l'évolution de l'Allemagne malgré le Concordat du 20 Juillet 1933, et de l'Italie mussolinienne malgré le Concordat du Latran

     

    Durant le Moyen Âge, la Papauté-Etat défendait ses intérêts par l'écriture et recourait en cas de besoin à la fabrication de faux. A l'époque contemporaine, elle rédige encycliques et discours en employant un langage sous-tendu par une volonté de puissance "divine".
    La recherche du règne universel de l'Eglise sur les consciences, et, par là, sur la conduite des hommes transforme les chrétiens en individus possédant, en quelque sorte, deux nationalités, celle de leur pays d'origine et celle de la papauté. Le cas échéant, ils obéiraient à cette dernière à l'encontre des législations de leurs propres pays.

    Le recours à des discours de paix et d'amour est l'habillage habituel d'une volonté de tout dominer, qui s'exprime par l'antique discours d'Augustin au V ème siècle:

    << Force - les à entrer >>

    d ) Après la deuxième guerre mondiale ( 1939 ).

    Beaucoup pensèrent que les accords du Latran ne survivraient pas à la chute du fascisme et du royaume d'Italie
    (1945 -1946), puisque ces accords avaient été fréquemment présentés comme une des "gloires" de l'Italie mussolinienne; d'autant que pendant la guerre , en Occident , la faillite de la diplomatie vaticane avait été patente. Le Saint Siège reçut des informations précises et fréquentes sur les crimes commis par les nazis, notamment de la part du gouvernement polonais en exil et des évêques de ce pays, qui demandèrent une intervention publique de Pie XII. Le Saint Siège répondit par une abstention entêtée justifiée, disait-on, par la nécessité de respecter une neutralité absolue à l'égard des belligérants; on craignait aussi qu'en cas de condamnation officielle le gouvernement allemand n'accrût ses persécutions. C'est seulement après la signature de l'armistice de juillet 1943, entre le royaume d'Italie et les Alliés, par Badoglio, et l'emprisonnement de Mussolini, que le pape, PIE XII , permit aux Institutions ecclésiastiques d'offrir un asile aux Juifs et autres persécutés. Rome fut occupée par les Allemands jusqu'en Juin 1944, le pape ne condamna jamais publiquement les crimes des nazis.
    En fait, la grave crise morale que traversait l'humanité, principalement l'Occident, rendait le " retour du religieux" beaucoup plus oppressant, compte tenu des peurs extrêmes que la guerre et les crimes avaient réveillées. Ce "retour" allait jusqu'à s'exprimer dans des fondamentalismes nouveaux touchant toutes les pratiques religieuse.
    L'opinion publique se montrait donc très sensible aux discours et entretiens que Pie XII avait abondamment diffusés par radio, durant le conflit. Dès la libération de Rome, le Vatican reçut de nombreux visiteurs venus entendre le pontife.

    Celui-ci avait précisé, semble-t-il, sa pensée sur la démocratie en deux radio- messages de Noël 1942 et Noël 1944. La démocratie paraîssait acceptée par l'Eglise, mais sous réserve d'être inspirée par les principes évangéliques (?), et populaire. L'Action catholique resterait l'élément essentiel pour conquérir la Société au Christ; malheureusement, la guerre allait faucher les jeunes de l'Action catholique. Par contre, les militants de la Démocratie chrétienne, dans les principaux pays de l'Europe occidentale, s'organisèrent d'abord en mouvements de résistance au totalitarisme, puis en partis de gouvernement des pays libérés. En Italie, le Comité National de Libération comprenait six partis principaux, dont la D.C.I. Le 2 juin 1946, la République fut proclamée par référendum; une nouvelle Constitution, largement inspirée par la D.C.I., fut promulguée le 22 décembre 1947, et entra en application le 1er. janvier 1948. Elle entérina le Traité du Latran créant l'Etat de la Cité du Vatican. Des discussions s'engagèrent par la suite pour préciser le contenu d'un nouveau Concordat; ces discussions aboutirent tardivement le18 février 1984, supprimant le principe de la religion d'Etat; donnant en outre aux parents et étudiants la liberté de profiter ou non de l'instruction catholique dans les écoles de l'Etat, en s'absentant le cas échéant.
    De plus, comment le gouvernement de la République italienne aurait-il pu rester insensible au fait que le Saint Siège avait conservé des rapports assez étroits, pendant tout le conflit, avec les U.S.A., malgré l'absence de relations diplomatiques? Le Président Roosevelt avait nommé, en 1939, un représentant personnel auprès du Vatican, en la personne de Myron Taylor. La Cité du Vatican et le Saint-siège furent donc confirmés dans leur double statut d'Etats reconnus par un grand nombre de gouvernements. Par la suite, la Cité du Vatican fut inscrite en tant qu'Etat-Lieu culturel au registre international de l'U.N.E.S.C.O. le 18 juin 1960. L'Assemblée générale tenue à Buenos-Aires, le 31 Octobre 1984, déclara tout le Vatican appartenir au patrimoine artistique de l'humanité.

    Cela représentait-il des modifications dans les doctrines pontificales? Principalement à l'égard des droits de l'homme et du citoyen, ciment des régimes démocratiques? Dans ses discours, jamais Pie XII ne fit allusion au Bref "Quod Aliquantum" de Pie VI, pour le condamner ou le réformer. Les droits de l'homme et du citoyen restaient contraires aux droits de dieu; tout pouvoir procède de celui-ci, et non d'une collectivité humaine. A la limite, démocratie et christianisme constituaient un couple antinomique, et lorsque Pie XII parlait de "démocratie chrétienne", il s'agissait pour lui d'un régime populaire soumis aux directives de la hiérarchie ecclésiastique. Sur ce point, il dut se résigner à voir les partis de la D.C. dans les divers pays européens évoluer en fonction d'objectifs purement politiques, de prise du pouvoir et de conservation de celui-ci, tels que la D.C.I. opta finalement pour une "ouverture à gauche" tout à fait contraire aux souhaits du Vatican. Il y eut aussi de la part de ces mouvements politiques, constitués par des chrétiens, la recherche d'une autonomie dans l'action, qui s'imposa au pape comme un fait accompli. La Démocratie chrétienne en Europe occidentale se libéra totalement de la puissance pontificale. Dans les années 1965, le pape Paul VI, disciple de Sturzo et du français J.Maritain, dressa le principe de l'autonomie du politique par rapport au religieux.
    L'on est apparemment assez loin des déclarations de Pie XII: "Si l'avenir appartient à la démocratie, une part essentielle de son accomplissement devra concerner la religion du Christ et de l'Eglise" (message radio de Noël 1944)

    L'Eglise n'avait-elle pas une longue expérience d'éducation des peuples?
    Sa supranationalité, n'était-elle pas un modèle pour l'ordre international?
    Très conscient de l'importance du processus d'unification européenne, le journal du Vatican du 27 mars 1957 saluait les traités de Rome comme "l'événement politique le plus important et le plus significatif de l'histoire de la Ville éternelle". C'était, pour Pie XII, un pas vers la réalisation de l'ordre chrétien qu'il souhaitait, d'autant qu'il y avait là de quoi faire oublier son inaction fatale de la période de guerre. Comme si la création de l'Union Européenne résultait d'une initiative du pape!
    La "Civilisation chrétienne" incarnée par le Vatican constituait une exhortation perpétuelle à l'apostolat des laïcs, qui s'opposait à ce que l'Eglise fût confinée dans les questions dites "spirituelles". Pie XII voyait dans cette nouvelle forme d'Action catholique un remède à la sécularisation grandissante des Sociétés occidentales, et à leur déchristianisation. Les conséquences du conflit mondial furent en effet très contrastées. Le retour du "religieux", d'autant plus accentué que la deuxième guerre mondiale ouvrit une très longue période, d'au moins un demi siècle, de conflits de toutes sortes, y compris le terrorisme, ce"retour" était contrebalancé par une perte de la foi en Jésus. Cette perte de la foi gagna des couches importantes des populations occidentales, et contribua à une désertification des temples, églises et chapelles. La guerre mondiale, par l'ampleur inimaginable des pertes en vies humaines, avait crûment posé le problème de l'existence d'un dieu venu, disait-on, vingt siècles auparavant pour sauver l'humanité, et qui ne pouvait, malgré sa toute puissance, empêcher des millions d'hommes, dont beaucoup étaient ses fidèles, de s'entre-tuer. En outre, de nombreux édifices dits sacrés, dans lesquels ce dieu exposait réellement, et non symboliquement, sa présence dans des ciboires et tabernacles, n'avaient pu résister aux bombes ou obus tirés par les armées affrontées, et avaient servi de cercueil à ce dieu qui n'avait jamais plus ressuscité.
    Les superstitions fondatrices de la religion chrétienne romaine étaient apparues dans leurs structures" de peurs transformées".

    Or, le formidable travail d'instruction publique réalisé après guerre en Occident, et le développement des sciences dans tous les domaines avaient permis à l'humanité de mieux comprendre et connaître son univers, c'est-à-dire d'être moins apeurée, de ressentir une plus grande responsabilité dans la conduite des destinées individuelles.
    En outre, la diversification considérable des activités économiques libéra les populations des contraintes agricoles;
    elles étaient beaucoup moins directement conditionnées par la fertilité des sols, la climatologie et tout ce qui conduisait auparavant les foules à prier un dieu de la Fécondité. Il s'en suivit, dans ces pays occidentaux, une amélioration générale des conditions de vie, qui apportait à chacun la possibilité de réfléchir à son destin, hors des gangues d'illusions emprisonnant autrefois les imaginations. Ce renversement de situation se traduisit par une raréfaction des vocations sacerdotales qui obligea les autorités ecclésiastiques à faire appel à un clergé étranger, venu d'Afrique noire ou d'Amérique latine par exemple; cependant que des évêques, le cardinal archevêque de Paris , entre autres, se préoccupèrent essentiellement de "communication", de créer des émissions de télévision, voire une station émettrice, espérant compenser par la magie des "ondes" et la starisation de leurs "humbles.' ( ? ) personnes, les pertes dans leurs troupeaux.

    Une des actions les plus importantes de l'après- guerre fut la convocation et la tenue du concile oecuménique Vatican II du 11 octobre 1962 au 8 décembre 1965 ; il mobilisa environ 2.500 pères conciliaires venus du Monde entier. Il constitua une référence ecclésiologique dans l'histoire du christianisme, mais provoqua une crise dans l'Eglise, crise annoncée, disait-on, par le dernier "secret de Fatima", avant les déclarations de Jean-Paul Il concernant l'attentat dont il fut victime à Rome. Le précédent Concile de Vatican 1 avait été suspendu et non clos, le 20 octobre 1870, par Pie IX, après l'occupation de Rome un mois auparavant par les troupes nationalistes italiennes. Aussi bien, Pie XI en 1923 et Pie XII en 1948, pensèrent-ils à le reconvoquer, mais un concile oecuménique constitue dans tous les cas une épreuve redoutable pour le Magister Suprême dans les mains duquel se sont concentrés depuis la fin du XVIlIème siècle les instruments de direction de l'Eglise. Ces projets restèrent sans suite, puis la longue maladie de Pie XII (1954 -1958) laissa pendant quatre ans la chrétienté déconcertée par l'incapacité du Saint-Siège à régler la succession d'un pape visiblement incapable de la diriger, et qui s'enfermait dans une solitude muette, autant qu'aristocratique.

    Son successeur, le débonnaire pape JEAN XXIII , malgré son grand âge de 77 ans, relança la question le 18 juin 1959. Il s'agissait de convoquer un concile oecuménique non pour condamner mouvements ou individus, mais pour cimenter l'union de la chrétienté, et transformer les fidèles en participants actifs aux mystères de l'Eglise, au lieu de constituer
    la "clientèle" du clergé. Qu'advint-il de ces intentions de manifester la collégialité chrétienne? Certes, on invita au concile des observateurs venus d'Eglises séparées, bien qu'ils eussent le sentiment "d'aller à Canossa" . On invita également la religion juive à déléguer des représentants, mais l'Etat d'Israël s'abstint totalement. Il y eut aussi des "hôtes" dont ne parlait pas le règlement, tel Frère Schütz de la Communauté de Taizé, qui ne représentaient qu'eux-mêmes et dont le statut était calqué sur celui des observateurs en tant que "voix consultatives réservées".
    La séance solennelle d'ouverture eut lieu le11octobre 1962; elle s'ouvrit dans l'enthousiasme et se conclut dans une certaine inquiétude. Le schéma sur la liturgie provoqua de farouches oppositions de la part du courant conservateur
    "d'une rigidité curialiste post- tridentine". Le 3 juin 1963, Jean XXIII mourut, le concile fut suspendu.

    Mgr.Montini fut élu pape le 21 juin 1963 sous le nom de PAUL VI . Le 27 juin, le pontife fixait la reprise des travaux au 12 septembre suivant La Constitution sur la liturgie fut promulguée le 18 novembre. La quatrième et dernière session fut triomphale. La séance de clôture du 8 décembre 1965 avait été précédée par le voyage de Paul VI à l'O.N.U.le 5 octobre, où il avait prononcé un discours signifiant "l'entrée du Saint Siège dans le concert des Nations" Le cardinal Liénart remercia le pontife d'avoir associé le Concile à son voyage et souhaita que ce discours devant l'O.N.U. fut inséré dans les Actes conciliaires. La courtoisie montinienne, le ton de grande liberté donné à ses entretiens avec les journalistes, son affabilité à se laisser photographier en compagnie de ses visiteurs, bref, la popularité de Paul VI rendit par contrecoup, après le Concile, l'opinion publique très sensible à la perception d'une crise générale de l'Eglise catholique romaine, résultant de la crise des vocations sacerdotales en Europe occidentale, de la crise des mouvements de Démocratie chrétienne, de la crise de l'Eglise des Pays Bas etc...

    En 1970, Mgr. Lefèvre publia des critiques systématiques de l'oeuvre de Vatican II , formulées dès 1965 .Certains écrivirent que l'esprit de la République Française avait inspiré les travaux du Concile: collégialité signifiant égalité, liberté religieuse égalant liberté, et oecuménisme, fraternité. Mgr. Lefèvre fut suspendu a- divinis en juillet 1976; il répondit que Vatican II était un concile schismatique. Par contre, les jeunes Eglises, notamment les Eglises africaines, le comparèrent au Concile fondateur de Nicée en 325. D'autres, enfin, remarquèrent que loin d'avoir transformé l'autoritarisme de la Curie romaine, le Concile l'avait renforcé. Paul VI ne maîtrisait plus