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I - La naissance de l'homme-dieu
II - La mort de l'homme-dieu
III - Les représentations de la croix
IV - Conclusion : Jésus , héros littéraire


1ère partie :
LA NAISSANCE DE L' HOMME DIEU

INTRODUCTION: Pourquoi faire naître un dieu ?

a ) Selon l'évangile dit de Matthieu :
Mais qui est né ? - A quelle date ? - L'adoration des Mages - Le massacre des Innocents - Le retour d'Egypte - La naissance de Jésus-Christ

b ) Selon l'évangile dit de Luc :
Préambule - Jean le Précurseur - L'annonce à Marie - L' effet Quirinius - La visite des bergers - L'apparition du Fils de l' Homme - La naissance de Jésus-Christ - c ) Questions de Chronologie :   Noël ! Noël ! Chantons Noël ! - L'invention de l'ère chrétienne .

c) Références bibliographiques


INTRODUCTION: Pourquoi faire naître un dieu ?

La question, bien que naïve, ne peut pas ne pas se poser si l'on considère les évangiles qualifiés de synoptiques et attribués à Matthieu, Marc et Luc( 1 ). Le récit dit de Marc campe, dès son entrée, un Jésus adulte venant de Nazareth pour être baptisé dans le Jourdain par Jean (Marc l, 9). Ce récit ne comporte aucune allusion à une naissance et, finalement, rappelle que Dieu est tout puissant. S'il veut s'incarner en un homme, il peut apparaître, où et quand il le veut, sous les traits humains adaptés à ses intentions, ce qui donne tout son sens à cette notation sur la parenté de Jésus: "Voici ta mère et tes frères et tes soeurs, dehors, qui te cherchent". Jésus répondit :"Qui est ma mère et mes frères ? quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma soeur, et ma mère " (Marc III, 31,35) . En d'autres termes: "Je ne suis ni Juif, ni Romain, ni Egyptien, ni Grec ni Perse Je suis un homme qui adore un Dieu universel". On trouve des réponses équivalentes dans les deux autres évangiles (Matthieu XII - 46 à 50)( Luc VIII - 19 à 41). Ces déclarations forment un écho certain aux affirmations, datant déjà de plusieurs siècles, des Cyniques grecs quant à une citoyenneté du Monde; et, de même, les discours ultérieurs de Jésus sur la nécessité d'abandonner toute richesse, que les Cyniques distribuaient à leur entourage,
suivant l'exemple d'Antisthène.
En bref, il n'est pas nécessaire à Dieu de naître pour s'incarner en un homme. Cela n'est même pas souhaitable!
Dans son omniscience prescience, Dieu savait bien quelles difficultés très sérieuses une telle naissance entraînerait, tel le Massacre des Innocents; et quelles définitions dogmatiques tortueuses tenteraient de préciser le statut ontologique de la mère de son fils, née hors le péché originel mais ne pouvant échapper à un inceste puisque son fils serait personnellement son amant : l'Esprit qui la couvrirait de son ombre agirait en effet pour la Trinité toute entière, selon la doctrine du quatrième Concile oecuménique de Latran, tenu en 1215.
Les naissances décrites par les évangiles dits de Matthieu et de Luc apparaîssent immédiatement comme des concessions faites à une mentalité primitive incapable de concevoir Dieu dans sa toute puissance, et ne pouvant penser que par l'intermédiaire d'anthropomorphismes aboutissant à l'éclosion de mythologies diverses. Nous sommes avertis dès le départ du caractère hagiographique de ces deux naissances,
que notre analyse va continuer à dévoiler.

a) Selon l'évangile dit de Matthieu .

§ - Mais qui est né ?

Le premier chapitre de l'évangile matthéen comporte deux parties d'inégales longueurs. La première comprend 17 versets qui dressent la généalogie de Jésus ( Christ ) "fils de David, fils d'Abraham" par son père Joseph époux de Marie. Une généalogie établit une succession et se rédige généralement pour faire valoir des droits d'héritage après un décès. Ici, l'intention du généalogiste est claire: il veut prouver définitivement, par le recours aux écritures de la Septante( 2 ) , Ancien Testament des Chrétiens, que Jésus( Christ) représente bien, à l'époque où il rédige son travail, l'héritier des rois des Juifs issus de la race de David. Ce Jésus est déjà né; l'évangile, dit matthéen, ne nous informe en rien sur sa naissance , et nous ne connaîssons sa vie que par les récits évangéliques; il parle et accomplit beaucoup de miracles, mais jamais il n'intervient comme un roi, jamais il ne se présente comme tel, jamais ne revendique la possession de la Judée ou autres parties de la Palestine, jamais ne reçoit d'un prêtre ou d'un prophète l'onction qui l'établirait en tant que roi des Juifs. En bref, cette généalogie veut décrire une filiation royale mais non la naissance du fils de Joseph, dernier membre désigné de la lignée davidique, qui serait l'époux de Marie, mère de Jésus.
Mais, du verset 18 au verset 25 de ce chapitre, l'évangéliste nous raconte une histoire différente. Le dénommé Joseph ne serait plus l'époux de Marie, mais seulement le fiancé d'une jeune fille portant ce nom, qu'il décida de répudier après avoir constaté qu'elle était enceinte. Au moment où ce Joseph "un homme juste" allait se séparer de Marie, "l'Ange du Seigneur" lui apparut en songe et l'informa que l'Esprit Saint était le père de l'enfant porté par Marie; ce serait un fils que Joseph garderait auprès de lui et appellerait du nom de Jésus.
Le récit place donc le lecteur ou auditeur en présence de deux Jésus; car s'il s'agissait de la même personne, à l'évidence, la généalogie, par Joseph et la lignée davidique, disparaîtrait puisqu'un enfant ne peut avoir qu'un seul géniteur. La paternité divine, dévoilée et rendue publique par l'évangile en dernier ressort, même si l'A.D.N. de Dieu ne peut pas être analysé,aurait rendu totalement caduque la succession par Abraham et David, qui seraient renvoyés en simples acteurs d'un glorieux passé. Or, les deux généalogies se sont maintenues à travers les siècles, signifiant clairement que le récit concerne deux personnes différentes, même si elles portent le même nom de Jésus. La première représente l'ultime rejeton de la lignée royale juive; la seconde, le fils d un Dieu trinitaire, né du "mariage sacré" de Marie, fiancée de Joseph, et de l'Esprit Saint, engageant la Trinité toute entière. Il y a là en effet une hiérogamie sans aucun précédent ni dans la Septante ni dans les écritures juives, mais répétant, une énième fois,
les nombreuses hiérogamies des mythologies les plus diverses dans le Monde indo- méditerranéen, décrivant la naissance d'un prince, roi ou empereur, et lui attribuant de ce fait même une nature humano divine; depuis l'Illiade, relayée par toutes les littératures de l'Antiquité; sauf juives. C'était une vérité admise communément, illustrée par un célèbre bas-relief du temple d'Edfou en Egypte, et. la théologie royale exprimée par "l'Hermes Trismégiste"à la fin du IIème siècle de notre ère ( 3 ) . Selon la mentalité de ces temps passés, le fils de Marie et de l'Esprit Saint était un prince, reconnu et honoré comme tel, qui, à l'époque des faits supposés, ne pouvait être qu'un empereur romain, roi des Juifs, puisque la Palestine fut une possession romaine durant 7 siècles entiers, de 62 avant notre ère à 638 après.On s'en souvient, Auguste, fondateur de l'Empire, descendant de Vénus puisque membre de la Gens Julia du fait de son adoption par Jules César, avait pour mère Atia ; celle - ci,''visitée '' par le dieu Apollon-Esculape alors qu'elle s'était endormie dans son temple de l'île Tiberine, avait été marquée du signe symbolique divin,
le serpent, qui rappelait ce ''mariage sacré''.
Constantin, pour sa part, avait été conçu (ou était né), disait-il, à l'ombre du Sol Invictus lors de la Campagne d'Aurélien en 272 - 273 contre Zénobie reine de Palmyre; cette dernière, après une première défaite, s'était retirée au sud d'Emèse, où se situait le temple du Soleil Invincible dont le culte était alors très répandu dans les provinces orientales de l'Empire et les armées romaines.
La présentation de la hiérogamie mariale dans l'évangile matthéen nous conduit aux observations suivantes:

  • Généralement, la mère de l'Homme-Dieu qui naîssait était une princesse, une personne de statut royal, femme ou fille de roi, empereur ou pharaon. En l'occurrence, .Joseph son fiancé, s'il appartenait bien à la lignée davidique, n'aurait pu se lier qu'avec une femme de son rang, même si la modestie naturelle de cette dernière ne la portait pas aux manifestations outrancières d'une Hérodiade ou de sa fille Salomé. Toutefois, le Dieu Agent n'appartenait plus à un panthéon dit païen; le Dieu Agent était un nouveau Dieu Trinitaire. L'Esprit Saint engageait dans cette union la Trinité toute entière, Père Fils Esprit, si bien que, du fait de l'inceste divin commis, le Fils devenu l'amant de sa mère, celle-ci se substituait de fait aux divinités anciennes du Monde indo-méditerranéen qualifiées de Mères des dieux, comme Isis , Cybèle ou Atargatis
    Le christianisme apparaît ici en héritier direct des cultes ancestraux, dits païens, sans qu'il y ait une rupture véritable dans les croyances, mais seulement une adaptation à une situation nouvelle.

  • Le fait important à souligner réside dans la désignation de Jésus par le qualificatif de Christ, donné non pas par " l'Ange du Seigneur "ou en songe, mais par les gens de son entourage. Christos, faut-il le rappeler, n'est pas un terme hébraïque mais un adjectif de la langue grecque, dont l'emploi par Euripide, par exemple, est ancien; il signifie: "frotté d'huile", et ultérieurement "qui a reçu une onction sainte"; il caractérise le prince, roi ou empereur, fruit d'un mariage sacré, béni d'un dieu dont il partage la nature tout en restant homme; au sein du Monde divin, un roi se place au dernier rang des dieux; au sein du Monde humain, il est le premier des hommes; il constitue le grand intermédiaire entre les deux Mondes. Christos n'est pas Deus, le bénisseur, mais Divus, le béni.

    Historiquement parlant , nous connaissons trois Christs: celui de l'évangile, Constantin et Licinius. Les deux empereurs romains ont l'un et l'autre peint le chrisme c'est-à-dire l'abréviatif de Christos sur les bannières de leurs armées; leurs victoires respectives, sur Maxence le 28 Octobre 312 pour Constantin, et sur Maximin Daïa à l'été 313 pour Licinius, ont manifesté les soutiens divins dont ils bénéficiaient, sans oublier les visions prémonitoires de 309 et 312 dont Constantin aurait été gratifié. Les deux empereurs, d'Occident: Constantin, et d'Orient: Licinius, se livrèrent finalement à une lutte d'extermination, qui aboutit , à Chrysopolis en 324, comme par un jugement du dieu devenu unique, à la victoire de Constantin. Celui-ci devint ainsi le Christ Unique du Dieu Unique, Licinius ayant été assassiné au début de l'année 325. Le culte de Constantin développé à partir du culte impérial traditionnel s'éleva en Christianisme, religion officielle du Christ Constantin, par la création en 325 de l'Eglise catholique apostolique et romaine issue du premier Concile de Nicée.

Le Christ de l'évangile ne se manifeste guère que dans la scène où Jésus est appelé Christ par Pierre et ses proches (Matthieu XVI- 16), scène sur laquelle nous devrons revenir, bien que Jésus ait interdit à ses disciples de lui donner cette qualification.
Nos réflexions aboutissent aux deux remarques suivantes :

  • Si le chrisme abréviatif , ou l'appellation de Christos, datait réellement du 1er. siècle de notre ère, les chrétiens l'auraient assurément employé pour saluer leur dieu et se mettre sous sa protection. Or, les fouilles archéologiques à Rome, spécialement celles effectuées de 1939 à 1949, à partir desquelles J.Carcopino a élaboré ses "Etudes d'Histoire chrétienne" (Les Fouilles de Saint-pierre - page 191 - Op.cit.) n'ont découvert de traces de chrisme qu'à partir du début du IVE siècle. Mgr.Duchesne, pour sa part, avait déjà signalé qu'avant cette date il n'y avait dans les Catacombes aucune représentation christique sous forme de graffiti ou autre ( 4 ).

  • En outre, la définition du Dieu Unique trinitaire date, à n'en pas douter, du Concile de Nicée en 325 ; une définition dogmatique des croyances s'imposait après la crise arienne à Alexandrie, et, vraisemblablement, le Credo de Nicée avait été préparé par les travaux, antérieurs de quelques années, de telle ou telle communauté chrétienne en Orient ou Occident. Mais le Concile de Nicée, convoqué et dirigé personnellement par Constantin, engageait par son oecuménisme l'Eglise toute entière qui s'était constituée par le fait même en une Institution unique, attachée au développement de la religion du Christ, aboutissement du culte impérial, puisque l'empereur Constantin-Christ s'était manifesté comme le Sauveur réincarné des paléo-chrétiens.

  • En définitive, nonobstant les destructions des bibliothèques "sacrées" du fait de la très longue persécution dite de Dioclétien provoquant un très grand nombre de traditeurs, nous ne pouvons plus admettre que les écritures "saintes" chrétiennes, en notre possession, dateraient des trois premiers siècles de notre ère.

    § - A quelle date ?

    Le deuxième chapitre de l'évangile dit de Matthieu indique dans son premier verset: "Jésus étant né à Bethléem de Judée aux jours du roi Hérode "
    Sans aucune autre précision historique, malgré les indications du chapitre II - verset 19, comment dater la naissance de Jésus? Il y eut en effet sept Hérodiens formant successivement une dynastie s'étendant sur 160 ans, depuis l'ancêtre Iduméen Antipater (71 à 41 avant notre ère) auquel succédèrent son fils Hérode dit Le Grand (41 à 4), puis les trois fils de ce dernier: Archélaos, Antipas et Philippe, enfin Agrippa 1er. (38 à 44 de notre ère) et Agrippa II, décédé vers 93/94. Deux furent autorisés à porter le titre de Roi des Juifs, Hérode Le Grand et Agrippa 1er. Ce titre concédé par Octavien à Hérode le Grand en 30 avant notre ère, puis par Caligula à son ami Agrippa 1er. en 38, qualification maintenue par Claude en 41, était une distinction personnelle non héréditaire; il s'agissait d'une concession honorifique. Hérode le Grand restait un Rex datus.
    Où se situerait la naissance de Jésus dans cet espace de temps? La convention admise est de la placer sous Hérode le Grand parce qu'il représente l'Hérodien le plus connu, sans qu'un seul élément puisse conduire à déterminer une période précise de son règne. On la situe habituellement à la fin de l'année 5 avant notre ère, mais rien n'autorise une telle datation: la naissance de Jésus aurait pu tout aussi bien intervenir en 40, 25, 10 etc.… avant notre ère.
    Nous sommes ainsi amenés à considérer cette introduction de la dynastie hérodienne comme un simple "effet de réel". La mention de la mort d'Hérode et du règne de son fils Archélaos en Judée
    (Matthieu II - verset 19) n'est pas de nature à nous fournir une autre opinion. Pour considérer comme historique cette datation conventionnelle, il faudrait pour le moins que l'autre évangile dit de Luc se situât dans la même période, mais il fait naître Jésus dans une Judée devenue province romaine, soit à 11 ans d'écart, pour le moins .

    § - L'adoration des Mages .

    Les Mages , Prêtres de Mithra .

    Il serait assez puéril de qualifier d'historique l'intervention des Mages , puis des bergers , lors de la naissance de Jésus . Ce sont des récits légendaires ; ils ont pris des développements magnifiques grâce à leur force émotionnelle , du fait des milliers de représentations peintes ou sculptées qu'ils ont suscitées; ces représentations ont convaincu
    les " fidèles " de la réalité des narrations. Il faut le souligner,
    celles-ci démontrent absolument que les origines du christianisme, particulièrement la naissance du Sauveur, doivent être recherchées non pas dans la religion juive mais dans les civilisations de l'Inde, de la Perse, et du Monde indo-méditerranéen .

    Les premiers Mages figurés dans l'art apparaîssent sur un relief sculpté au 5ème siècle avant notre ère, au Nord d'Ephèse ; les emprunts faits par le christianisme aux civilisations indo-méditerranénnes sont aussi indiscutables que les correspondances entre Mithra et le Sauveur Christ ( * ).
    L'étoile des Mages semble un souvenir lointain de l'apparition dans le ciel de Rome, en Juillet 44 avant notre ère, d'une comète baptisée par Octave sidus Iulium, étoile de la Gens Julia , qui annonçait aux habitants de l'Urbs la naissance d'un Prince ;
    toutefois, l'étoile des Mages n'était "sidérante " que pour eux .

    (*) Cf " L' Adoration et le Cycle des Mages dans l'art chrétien primitif " par Gilberte Vézin - édité par P.U.F. Paris 1950 .

    Notre opinion sort renforcée par la lecture des versets du chapitre II de l'évangile dit matthéen, notamment le verset 1 relatif à la visite inattendue de Mages "venus du Levant", qui se présentèrent à Jérusalem pour demander:" Où est le Roi des Juifs qui vient de naître? Nous sommes venus nous prosterner devant lui" (Matthieu II - ,1/2) .
    Est-il utile de s'interroger sur ces Mages, après les nombreux travaux à eux consacrés (Cf. R. Turcan - in "Mithra et le Mithriacisme" - Revue Atlantis n° du Cinquantenaire - Mithra et ses mystères initiatiques).
    Il s'agit de façon certaine de prêtres de Mithra, membres de cette Confrérie qui établit en Perse au VIII ème siècle avant notre ère le culte d'une divinité importante de l'Inde voisine: Mitra , devenue en Perse Mithra, dieu de la lumière, mais aussi dieu de la vérité et du courage. Les Mages, successeurs du prêtre iranien Zoroastre, propagèrent son culte; celui-ci connut au Proche Orient un succès extraordinaire et pénétra dans l'Empire Romain par les Armées, à partir des Campagnes de Pompée en Asie Mineure notamment en Cilicie. Le culte mithriaque fut célébré jusqu'à la fin du IVE siècle de notre ère.

    Les Mages étaient des prêtres, c'est-à-dire appartenaient aux classes de la noblesse persane; ils étaient très instruits, astrologues, magiciens et alchimistes. Ils étaient donc parfaitement informés, à l'époque des faits supposés, de la situation politique de la Syro- Palestine, région très proche de la Perse; d'autant que leur propre pays était fréquemment en guerre avec l'Empire Romain.
    En franchissant la frontière transeuphratène, vraisemblablement au milieu de caravanes venues de l'Inde ou de la Chine pour commercer, ils savaient qu'ils pénétraient en territoire romain, qu'ils allaient traverser des régions érigées en Provinces romaines ou en Etats-Clients, et que le Roi des Juifs se trouvait à Rome. Un nouveau Roi des Juifs ne pouvait naître qu'à Rome ou à proximité et non à Jérusalem, ville soumise aux Romains. Leur langage était donc tout à fait inadapté à la situation géopolitique de la région, et incompréhensible dans la bouche de personnes aussi instruites. La conclusion s'affiche clairement: ils n'ont pas parlé d'un Roi des Juifs à Jérusalem, s'ils s'y sont rendus. Cette mention vient des rédacteurs du récit pour illustrer une démonstration qui soustend leur évangile ; le but de ce dernier n'étant pas de raconter "l'Histoire" mais "une histoire" destinée à des foules illettrées apeurées et superstitieuses, subjuguées par l'autorité accordée à l'écriture.
    Le voyage des Mages a pour finalité "d'adorer le Roi des Juifs" qui vient de naître. Ce "Roi" est, expressément, assimilé à un dieu et plus précisément à leur dieu, le dieu de la lumière, le Soleil. Mais il s'agit de la dernière apparition cultuelle du Soleil, c'est-à-dire du Sol Invictus, dont Aurélien a fixé en 274 la fête annuelle au solstice d'hiver, naissance du nouveau Soleil, Noël. La fête fut célébrée sans discontinuité chaque année suivante, au 25 Décembre, bien que le calendrier romain ramenât le solstice d'hiver au 21 Décembre à partir de 325. La fête traditionnelle de la naissance du Sol Invictus devint,
    le 25 Décembre 335, celle de la naissance symbolique du Christ-Constantin.

    Finalement , ce déplacement des Mages est décrit par l'évangile dit de Matthieu pour rappeler symboliquement la nature humano divine de Constantin, Roi des Juifs incontesté depuis 324, et Christ du Sol Invictus , dont les monnaies d'or impériales accolaient les deux bustes pour bien montrer que Constantin, lumière de lumière, incarnait le Dieu Soleil son père, déclaré Dieu Unique , bien que Trine , par le Concile de Nicée en 325.

    Mais le récit évangélique continue. Compte tenu de l'importance des personnages, les Mages sont reçus par Hérode, troublé, et toute la ville de Jérusalem avec lui. Les auteurs ne précisent pas la cause de ce trouble, et chaque lecteur ou auditeur pense à la naissance de ce nouveau Roi des Juifs, qui pourrait renverser Hérode. Comme ce dernier, Rex datus, sait pertinemment dans quelles conditions il peut se désigner et être désigné Roi des Juifs, il ne peut qu'être frappé par l'irréalisme de la proposition des Mages; celle-ci les décrédibilise et fait douter assurément de la validité de leurs déclarations. Les envoyer à Bethléem peut sembler un moyen diplomatique pour les éloigner, d'autant qu'informé du but poursuivi Hérode ne prend ni mesure conservatoire ni précaution quant au déroulement du cheminement des Mages entre Jérusalem et Bethléem.

    Finalement, après avoir offert à leur dieu-roi, le Soleil, les trésors dont leurs caravanes étaient chargées (quels en furent les bénéficiaires réels? où est passé l'or ?), les Mages rentrèrent dans leur pays
    "avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode" (Matthieu II - 12).

    Nous ne savons donc rien de concret sur ces personnages, ni leur nom, ni leurs lieux d'origine et de retour, ni leur nombre, ni leur existence terrestre après leur voyage. Il fallut toute la finesse de jugement et l'acharnement d'archéologues anonymes, inspirés par l'Esprit, pour découvrir les tombes de ces inconnus dans des lieux innomés, s'approprier leurs reliques authentifiées, les promener en Europe Occidentale principalement entre Rhône et Rhin, de sorte que la piété populaire pût créer en de nombreuses églises ou monastères des chapelles magnifiques consacrées à la gloire de Balthazar et de ses compagnons. A l'Abbaye de Montbenoit sur le Doubs, on présentait encore en 1990, à la vénération du public, les reliques des trois rois Mages.

    En définitive, ce voyage imaginaire de Mages fictifs renforce le caractère mythique de la hiérogamie mariale. L'enfant issu de ce mariage sacré, prince humano-divin, à l'époque empereur romain, est identifié formellement au fils du dieu solaire Mithra, dans sa dernière figuration de Sol Invictus. Ainsi se précise l'allusion à la personnalité historique de Constantin, seul empereur à s'être proclamé par ses monnaies et bannières, ses constructions et sa statuaire, Soleil né de son Père Soleil, lumière de lumière, éclairant de ses rayons lumineux l'immensité de son Empire.

    § - Le Massacre des Innocents .

    Le Massacre des Innocents par BRUEGEL .

    Dans sa brièveté, la scène du Massacre des Innocents est, de loin, le passage le plus monstrueux de tout l'évangile, y compris les chapitres relatant la crucifixion de Jésus. Sa cruauté inouïe n'a d'égale que le défi lancé à la raison des lecteurs ou auditeurs par les rédacteurs.
    Quelle qu'ait pu être l'opinion de Hérode sur le bon sens des Mages, il avait l'habitude du gouvernement et se devait d'agir avec prudence. A partir du moment où les prêtres et scribes lui précisèrent que le Messie devait naître à Bethléem de Judée, à environ 20 kilomètres de Jérusalem, il aurait dû envoyer aussitôt quelques agents de renseignement pour être informé de ce qu'il s'y passait, avant de réunir à nouveau les Mages pour répondre à leur question: où est le roi des Juifs qui vient de naître? Il aurait dû également les faire accompagner, voire les accompagner lui-même compte tenu de l'importance des personnages, et ainsi compléter ses connaissances, se faire une opinion définitive avant de prendre une décision.

    Le récit évangélique montre au contraire Hérode sans aucune attention réelle à la situation, et attendant passivement un retour des Mages, qui l'auraient instruit de ce qu'ils auraient vu et fait à Bethléem .Cette passivité, toutefois, n'annonce en rien la folie meurtrière qui va le dévorer, d'après le texte, dès qu'il comprend, au bout de combien de temps? , que les Mages ne retourneront pas à Jérusalem, puisque manipulés en songe par un être surnaturel (Mt II-12). La grande fureur, qui aveugla totalement Hérode et le rendit fou (MtII-16), fut donc directement causée par ce songe, à la suite duquel les Mages retournèrent dans leur pays par un autre chemin. Finalement, le dieu des évangiles se sert de Hérode comme d'un instrument pour que s'accomplissent les paroles prêtées au prophète Jérémie:" Une voix a été entendue dans Rama….Rachel pleure ses enfants... parce qu'ils ne sont plus "(Mt II -18) .
    Il fallait assurément beaucoup d'innocentes victimes pour peser le poids de ces paroles essentielles, sans lesquelles notre Monde n'existerait pas ( ! ? ). Certains auteurs du Moyen Âge, s'appuyant sur l'Apocalypse, ont estimé à 140.000 le nombre des enfants de moins de 2 ans assassinés pour la plus grande gloire des écritures "sacrées" chrétiennes, qui , en l'occurence , ont menti .

    Hérode n'était qu'un Rex datus ; il restait sous le contrôle des Autorités romaines et ne pouvait agir, comme il l'aurait voulu, dans tous les domaines, notamment celui de la justice, et particulièrement de l'application de la peine de mort; sauf cas d'émeutes ou soulèvements divers (mais on imagine mal un mouvement séditieux fomenté par des enfants de 2 ans au plus, langés encore pour la plupart et ne marchant pas) ! La peine de mort n'était applicable qu'en fin d'une longue procédure comprenant interrogatoires, aveux (aveux d'enfants ne parlant pas encore !), examen des preuves, plaidoiries, jugement ..etc. La folie meurtrière de Hérode eut provoqué dans les délais les plus brefs une réaction des Autorités impériales, informées par leurs "agentes in rebus" ; elles l'auraient pour le moins destitué et exilé, comme elles le firent en 6 de notre ère à l'encontre de son fils aîné Archélaos , responsable sans raison suffisante de la mort de nombreux juifs. Les Autorités romaines auraient frappé vigoureusement, d'autant plus rapidement que, dans une période de démographie affaiblie par suite d'un état sanitaire mauvais de la population et particulièrement d'une très forte mortalité infantile, la vie de jeunes enfants représentait pour l'Empire une promesse de sécurité et de prospérité. Cette réaction punitive ne s'est pas historiquement produite.

    Nous pouvons donc conclure assurément à la non- réalité du Massacre des Innocents. D'ailleurs, l'autre évangile, dit de Luc, l'ignore totalement, et de même tous les historiens profanes de ce temps: Flavius Josèphe, Tacite ...etc. . Comment un écrivain comme Philon d'Alexandrie, témoin irremplaçable de cette époque, contemporain virtuel de Jésus, aurait pu passer sous silence une telle monstruosité?
    Le Massacre des Innocents constitue un non- événement historique, malgré l'institution de la fête des Saints Innocents par l'Eglise romaine, qui illustra, par là, non pas l'inerrance de la Bible mais sa volonté d'infantiliser ses fidèles.

    Le Massacre des Innocents constitue par contre un événement littéraire dont il convient de chercher les justifications. Pierre Saintyves, dans une communication au Congrès d'histoire du Christianisme célébrant le jubilé d' A.Loisy, éditée en 1928 par les Editions Rieder de Paris et Van Holkema d'Amsterdam( 5 ) a démontré que le récit de l'évangile dit matthéen est une greffe mythique, dont les origines seraient très antérieures d'environ 2 millénaires au règne de Hérode le Grand; il s'agit du thème récurrent de la persécution de l'enfant prédestiné à la royauté humano-divine, thème repris par les panégyristes d'Auguste lui-même. L'histoire de Sargon serait la racine ou la souche primitive, donnant naissance à 4 tiges principales: assyro - babylonienne, romaine par Pelée puis Romulus et Remus, juive par Abraham, hindoue par Krishna. Cette analyse a été confortée et une connaissance meilleure de la pensée mythique réalisée grâce à la publication en 1951 de l'ouvrage de C.G.Jung et Ch.Kerenyi -" L'essence de la Mythologie "( 6 ) .Le thème de la persécution de l'enfant prédestiné à la royauté est une des manifestations maintenant bien établies de l'inconscient collectif ; il aurait suscité les récits concernant Dionysos, le dieu élevé par les Nymphes sur le Mont Nysa. La nature "royale" de l'enfant était d'autant plus apparante que l'hostilité manifestée à son encontre était plus vive!

    § - Le retour d'Egypte .

     

    Sur l' ordre de l' Ange du Seigneur, Joseph s'était retiré en Egypte avec l'enfant, supposé roi des Juifs, et sa mère ; puis, après la mort de Hérode, l' Ange lui serait apparu de nouveau pour lui ordonner de rentrer en Israël( Mt II- 19 et 20 ).
    Mais cet Ange ne va pas jusqu'à préciser la date de cette mort, ni ses circonstances.
    Le décès de Hérode semble être ainsi intervenu paisiblement , sans que le monstrueux Massacre des Innocents, pourtant assez récent, ait pesé d'un poids quelconque sur ses derniers instants de vie ; ni cauchemars , ni remords exprimés ; comme si rien de tel ne s'était déroulé ! Par contre, la phrase :" ils sont morts ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant " rappelle clairement le thème mythique de la persécution de l'enfant prédestiné à la royauté humano-divine et conforte notre opinion quant au caractère mythologique du récit de ce Massacre, adapté à une fin évangélique : démontrer la nature humano-divine de l'enfant né de la hiérogamie mariale .

    Vitrail de Chartres

    Les nombreuses interventions de l'Ange du Seigneur transforment Joseph en un personnage passif, sans volonté propre; cet Ange constituerait une sorte de conscience et une volonté extérieures à Joseph, en un dualisme corps/âme outrancier; erreur de l'écriture sacrée ? ; l'homme est un être spirituel dont une partie est concrétée temporairement en matière vivante; le créateur divin l'aurait- il oublié ?
    D'autres omissions font douter sérieusement de la fiabilité des informations de l'évangéliste. Archélaos, fils aîné de Hérode le Grand, régnait, après le décès de son père, sur la Samarie la Judée et l'Idumée; le texte le classe parmi ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant et l'Ange ordonne à Joseph de se retirer en Galilée, dans une agglomération appelée Nazareth, afin que s'accomplit ce qui avait été annoncé par les prophètes : il (l'enfant ) sera appelé nazoréen.
    Mais, d'une par , nazoréen ne signifie pas: habitant de Nazareth; d'autre part, le nom de Nazareth est , selon certains auteurs, un mot forgé résultant d'un certain travail exégétique ; Nazareth serait une ville fantôme des évangiles ( cf. B.Dubourg - in L'Invention de Jésus - tome I page 260 - chez Gallimard - 1987 ) . Nazoréen est un surnom donné aux chrétiens par la littérature rabbinique, donc très postérieurement aux événements ( supposés ) décrits.
    Dans la religion juive, le naziréen est une personne consacrée à son dieu pour une période de trente jours minimum, durant laquelle elle doit rester en état de pureté; ce vœu est généralement prononcé en remerciement pour un rétablissement de santé ou la naissance d'un enfant. Pour être naziréen , il n'était pas nécessaire d'habiter Nazareth, si cette agglomération existait bien en Galilée .
    L'omission la plus importante réside dans la méconnaissance, à cet endroit du récit, de la succession de Hérode le Grand. Son deuxième fils, Antipas , régnait en Galilée comme Archélaos, l'aîné, en Judée. L'un et l'autre, élevés auprès de leur père, auraient été témoins de la venue des Mages et du Massacre des Innocents; tous les deux, ils auraient appartenu au clan de ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant, représentant un danger pour leur dynastie, comme le suppose l'évangile. Pour des raisons anhistoriques, l'évangéliste oublie l'existence d'Antipas et la menace mortelle qu'il représentait pour l'enfant, aussi bien qu'Archélaos, car les deux frères auraient estimé que celui-ci,vivant, supposé roi des Juifs d'après les Mages, constituait une réelle menace pour la famille de Hérode le Grand .
    Finalement , cet enfant n'aurait pas été plus en sécurité à Nazareth qu'à Bethléem et Jérusalem, où son statut royal supposé l'aurait naturellement conduit: un roi vit dans la capitale de son royaume. L'Ange du Seigneur aurait-il trahi ?
    En fait, les auteurs du récit en notre possession ont écrit l'épisode d'après leurs propres connaissances de la Palestine. Or, après la destruction quasi totale de Jérusalem en l'an 70 par Titus, et surtout après l'échec de la révolte de Bar Kochba en 133, Hadrien ayant interdit aux Juifs de séjourner à Jérusalem ou dans les environs, la Judée s'était dépeuplée et vidée de toute activité significative.La Galilée accueillit les groupes de Rabbis qui travaillaient à l'institution d'une nouvelle religion, sans temple et sans sacrifices. C'est en Galilée, et plus précisément à Tibériade, que s'établirent les écoles massorétiques, à partir du 6ème siècle Jérusalem était devenus Aelia Capitolina, une agglomération romaine, où l'on célébrait dans des temples païens le culte de divinités gréco-romaines. Cette situation dura jusqu'au règne de Constantin, qui transforma Aelia Capitolina, renommée Jérusalem, en capitale spirituelle des chrétiens christianisés.

    Mais, à la fin, il faut bien stigmatiser le caractère purement artificiel de ces scènes évangéliques dont la justification réside non pas dans des événements historiquement prouvés mais dans des références à des extraits de la Septante, choisis par les rédacteurs selon leurs humeurs. Ce procédé littéraire est particulièrement développé dans l'évangile dit de Matthieu, et fait fi totalement de la capacité de raisonnement des lecteurs ou auditeurs. Si Joseph avait dû fuir de Bethléem pour échapper à la folie meurtrière de Hérode, il aurait choisi de traverser le Jourdain pour se réfugier au plus vite au-delà de la Pérée, au lieu de s'obliger à un voyage d'au moins 300 kilomètres. L'aller-retour Palestine - Egypte ne survient que par référence à cette parole dite prophétique :"d'Egypte, j'ai appelé mon fils ".
    La citation du prophète Osée rappelle précisément l'histoire des fils de Jacob et la sortie d'Egypte de leurs descendants. Ce rapprochement littéraire semble suffisant aux scribes chrétiens pour justifier la célébration de leur première fête, celle de la Pâque, fête de l'équinoxe du Printemps célébrée dans tous les cultes indo-européens de la Fertilité. La fixation de sa date opposera , au troisième siècle , l'Eglise d'Alexandrie à celle de Rome ; un accord théorique devait être trouvé au Concile de Nicée , en 325 , mais l'affrontement perdura jusqu'en 525 , année qui vit le triomphe des calculs alexandrins grâce aux travaux de Denys le Petit .

    § - La naissance de Jésus - Christ .

    Pratiquement, la vie publique de Jésus s'est tout entière déroulée en Galilée, à l'exception de l'acte final de la Passion qu'il annonce clairement en trois fois, ce qui confère à celle-ci une allure certaine de suicide. Parlant et multipliant les miracles en Galilée, Jésus manifesta indirectement que la Judée était vide de toute activité humaine significative, inscrivant ainsi son action dans une période historique très postérieure à la chronologie évangélique conventionnelle, c'est à dire dans une Palestine où Jérusalem et son territoire étaient devenus, après l'an 133 de notre ère, l'Aelia Capitolina de l'Empereur Hadrien.
    Jésus a réservé les fruits de son ministère à la Galilée sauf en deux occasions :

    • lorsqu'il se retira dans la région de Tyr et Sidon ( Mt XV-21 ), où il s'entretint avec une phénicienne dans la langue grecque commune, la koïnè .

    • lorsqu'il se rendit dans la région de Césarée de Philippe (MtXVI-13/20 ).

    Le récit "sacré" ne contient aucune indication sur le lieu ni sur les raisons de ce déplacement hors de la Palestine: la ville de Césarée de Philippe se situait au-delà de la Galilée, au Nord, pratiquement aux sources du Jourdain. La cité s'appelait autrefois Panias ou Panion ou Panée; Philippe, troisième fils de Hérode le Grand, en fit sa capitale sous le nom de Césarée pour s'attirer les bonnes grâces des Autorités impériales dont il était le "client". Le site était très connu à cause du temple magnifique de Pan qu'il contenait, orné de deux statues colossales rappelant la victoire remportée ici même par Antiochus le Grand, en l'an 200 avant notre ère, sur les Egyptiens qu'il chassa de Palestine, prenant sa revanche sur la défaite qu'il avait subie à Raphia, en 217, face à ces mêmes ennemis. Le temple était voué symboliquement à l'origine divine du pouvoir royal puisque le dieu Pan, le dieu berger, représentait traditionnellement un roi, berger de son troupeau , c'est à dire de son peuple .
    Il est surprenant, pour le moins, de voir Jésus conduire ses proches disciples en un lieu aussi significativement "païen et royal" pour poser la question: "Aux dires des gens, qui est le fils de l'homme? " (MtXVI-13 ).
    Cette expression de l'évangile servait à désigner Jésus, depuis qu'il avait procédé aux guérisons d'un lépreux, du serviteur d'un centurion, de la belle-mère de Pierre et de beaucoup d'autres personnes non désignées (MtVIII-20 ). Elle fut utilisée par l'évangéliste en plusieurs autres occasions (MtIX-6;X-23; XI-18; XIII-37 ).Elle préfigure la généalogie que nous trouvons dans l'évangile dit de Luc, faisant d'Adam , créé par dieu, l'ancêtre de Jésus, faiseur de miracles, tels les multiplications des pains. C'est bien ainsi que ses disciples, montés dans une barque sur la mer de Galilée, et le voyant marcher sur les flots , comprirent son origine divine: "Vraiment, tu es le fils de dieu" (MtXIV-33 ), et se prosternèrent devant lui .
    A la question posée par Jésus, on s'attendrait donc à une réponse simple comme "Le Fils de l'Homme, c'est toi"; mais, après quelques bavardages, Simon Pierre prenant la parole dit : "C'est toi, le Christ,
    le Fils du dieu vivant."(MtXVI-16 ) .

    Par ce raccourci inopiné et véritablement " divin ", l'évangéliste nous ramène à des réalités tout à fait historiques, puisque ce Christ s'inscrit chronologiquement dans l'histoire de l'Empire romain et se nomme Constantin , fils de Constance Chlore , seul maître de l'immense Empire depuis 324, dont la nature humano-divine n'était contestée par personne. Licinius ayant été assassiné en Mars 325, Constantin représentait le seul Christ du Sol Invictus, son "Père", dernière figuration du dieu solaire, dont l'Empereur Aurélien avait fixé la fête célébrant rituellement sa naissance au 25 Décembre de chaque année, Noël , fête du Nouveau Soleil .

    L' "apôtre " Simon Pierre, directement inspiré par son dieu , faisant une assimilation totale entre Jésus , Fils de l' Homme, sauveur lointain des chrétiens, et le Christ Constantin, fils l'un et l'autre du dieu vivant, nous assistons ici à la naissance de Jésus - Christ et à celle du Christianisme, religion du pouvoir dans les mains de Constantin , aboutissement inattendu de l'antique culte impérial .
    Pour les "lettrés" chrétiens , l'assimilation faite par Pierre est une réalité historique. Constantin Christ , fils unique du dieu vivant unique , constituait la seconde incarnation de leur Sauveur Jésus , fils de l'Homme et fils unique du dieu vivant unique . Ils le prouvaient par leurs écritures " sacrées " , conditionnés par la générosité active de Constantin à l'égard du mouvement chrétien .

    Si Jésus était né par Adam du Dieu-Père chrétien, et non plus de HYWH juif , et tenait directement de lui ses pouvoirs miraculeux, Constantin, lui,comme tout Prince: roi ou empereur, était né d'une hiérogamie , tenait directement du dieu son père, le dieu unique, son pouvoir politique, par l'exercice duquel il avait sauvé les chrétiens des risques mortels liés à la persécution dite de Dioclétien, et les avait comblés de bienfaits.
    Mais l'évangile continue à dérouler son récit . Jésus ( Christ ) dans sa réponse à Pierre le qualifie
    de "bienheureux" et ajoute: "Je te dis que tu es Pierre ( Roc ) et sur ce roc je bâtirai mon Eglise"
    (MtXVI-18 ).

    Par ses propres paroles, Jésus confirme l'assimilation faite précédemment par Pierre entre le Fils de l'Homme et le Christ Constantin. Le Fils de l'Homme n'avait jamais fondé de religion ou d'institution ecclésiale. En annonçant la construction future d'une Eglise, il laissait en fait à Constantin la charge d'édifier, en 323, avec la basilique ( maison de l'Empereur ) Saint Pierre au Vatican, la première église monumentale du christianisme, qui allait faire de Rome le "centre magique " de l'Europe occidentale,
    puis du monde occidentalisé. En ordonnant en 336 le transport, des Catacombes à la basilique, de ce qui était vénéré comme les restes supposés de l'"Apôtre " Pierre, Constantin allait exécuter à la lettre la leçon de l'évangile en faisant de ce bâtiment un reliquaire édifié sur le corps de Pierre, sur le roc soutenant la construction de son Eglise. Par cette cérémonie grandiose de transfert, Constantin parachevait ses manœuvres de manipulation, de séduction des chrétiens occidentaux, aux yeux desquels il apparaîssait comme ayant fait siennes les légendes romaines circulant depuis deux ou trois siècles sur les prophètes ou apôtres du Sauveur, dont on conservait la glorieuse mémoire en vénérant leurs reliques de martyrs, victimes de l' ancien Ordre romain . Ce transfert signifiait, pour les chrétiens du quatrième siècle et leurs "lettrés ", la " conversion " de Constantin , alors qu'en fait l'Empereur les transformait , par des donations de toute nature , en agents zélés de son propre culte , ce qui lui semblait le seul moyen d'assurer l'unité de son immense Empire.

    On notera donc :

    • d'une part, la prééminence des éléments romains ou occidentaux sur un contenu oriental, même si les évangiles et la Septante sont écrits en langue grecque. Constantin était trop soucieux de plaire aux chrétiens pour ne pas édifier la basilique reliquaire de Pierre à Jérusalem au lieu de Rome, si la légende de Pierre, bien antérieure au N.T., en avait fait un Palestinien.
    • d'autre part, la construction future, et non conditionnelle, de l'Eglise annoncée par Jésus - Christ à Pierre. Les évangélistes n'étaient dotés d'aucun pouvoir divinatoire ; ils décrivaient, en fait, ce qu'ils voyaient au moment où ils écrivaient.Ils étaient d'autant moins informés des paroles de Jésus que celui-ci avait interdit à ses disciples de le qualifier de Christ, mais c'est bien le Christ et non le Fils de l'Homme qui construira la magnifique basilique du Vatican.
    • enfin, le don à Pierre des clefs du Royaume des Cieux (MtXVI-19 ).L'apôtre est , là , "divinement", c'est à dire pour l'éternité, qualifié de portier du Ciel.Cette désignation pose quelques problèmes de datation. Les reliques de Pierre étaient signalées, à la fin du second siècle, dans l'antique cimetière du Vatican, par un " trophée " décrit par un certain Gaius, mais celui-ci n'a jamais parlé de Pierre comme du portier du Ciel. Les témoignages littéraires certains sont d'une période beaucoup plus tardive , telles les paroles du roi Oswy rapportées par Bède le Vénérable ( mort en 735 ) dans son "Histoire ecclésiastique du peuple anglais "; et surtout la lettre autographe de Pierre qu'Etienne II fit transmettre à Pépin le Bref au début de 756.
      Sans doute, on peut estimer que " le portier du Ciel " est apparu avec le " Liber pontificalis " écrit à Rome au début du sixième siècle.

    En toute hypothèse,on ne peut plus prétendre que le N.T.en notre possession aurait été rédigé au premier siècle de notre ère. Le récit de la naissance de Jésus - Christ et de l'institution de l'Eglise romaine apparaît comme le modèle même d'un récit hagiographique , mêlant intimement des faits d'histoire vécue à des éléments merveilleux suscitant presque à chaque ligne l'intervention d'un personnage divin ou humano-divin inspirant les hommes simples que sont les disciples de Jésus.Mais comment , en définitive , des gens sans culture et totalement illettrés pourraient-ils entretenir des relations, longues ou brèves , avec des êtres supra humains, omniscients et prescients ? Une incompréhension réciproque devait se manifester immédiatement après l'intronisation de Pierre en tant que portier du Ciel .

    Jésus annonça , alors , sa Passion , pour la première fois (MtXVI-21/23 ) , ce qui provoqua la colère de Pierre.S'il fallait que le Fils de l'Homme mit fin à ses jours pour retourner vers son Père céleste, était-il nécessaire qu'il se rendît à Jérusalem, la ville maudite, pour y être tué ?. Son retour au Ciel exigeait une transfiguration , certes (MtXVII-1/9 ) , mais non une mort ignominieuse , qui prenait après son annonce une allure de suicide. Pourquoi vouloir ressusciter le troisième jour après cette mort , comme quelques autres divinités l'avaient déjà accompli ? ( 7 ) .Qu'ajouterai cette mort à la mission du Fils de l'Homme sur terre, puisque, avec Jésus - Christ , le christianisme était institué, sa religion protégée et développée dans tout l'Empire romain ?

    La scène jouée à Césarée de Philippe, dans le temple de Pan, constituait assurément une conclusion naturelle à la venue du Fils de l'Homme sur terre Il serait adoré pendant des siècles dans l'Occident du Monde, comme le fils unique d'un dieu unique; ce Monde serait dirigé par son Eglise,"mater et magistra" . Il n'était nul besoin, pour sa gloire et le salut de l'humanité, de rejouer à Jérusalem la crucifixion de Carthalon( 8 )déjà vue à Carthage sous le règne de son père- dieu Malchus. Cette passion n'ajouterait rien à sa mission qu'accomplirait la construction de lieux de culte nombreux et magnifiquement ornés .

    Cette scène effectivement marque l'inutilité de la mort annoncée et conduit le lecteur ou auditeur à douter de son existence même. L'évangile aurait dû se terminer par la glorification du Fils de l'Homme totalement assimilé à l'Empereur humano-divin Constantin, dans lequel il était incarné une seconde fois. L'institution d'une Eglise romaine catholique et forcément apostolique garantissait l'avenir du culte de " l'Empereur céleste , Seigneur de Majesté ". De fait , comme nous le développerons à propos de la mort du Fils de l'Homme, les causes réelles de cet ajout dans l'évangile sont le fruit de la haine éprouvée , au onzième et douzième siècles , par des moines appauvris , à l'égard de Juifs déjà persécutés en 1096 ; il était aisé de les rendre responsables d'une mort constatée, au moins par les paysans d' Europe occidentale, à la suite des "grandes faims " qui les obligeaient à pratiquer un monstrueux cannibalisme .

    b ) - Selon l'évangile dit de Luc.

    § - Préambule ( Lc-I- 1/4 ) .

    L'évangile dit lucanien est le seul à présenter un préambule général, par lequel l'auteur veut assurer un certain Théophile de la solidité des enseignements reçus par ce correspondant; pour cela , il lui envoie cet exposé complet, après s'être informé de tout, exactement, depuis le début, par l'utilisation des témoignages oculaires de ceux qui sont devenus, par la suite, "serviteurs de la Parole ". Cette courte préface semble répondre aux exigences d'un travail de véritable historien, sauf que cet auteur ne s'appuie sur aucune référence extérieure à son récit pour confirmer tel ou tel passage, et, de plus, ne se rapporte à aucun disciple de Jésus dénommé.
    Ce recours exclusif aux "témoins oculaires "crée un doute sérieux quant à la véracité de l'évangile, lorsque le rédacteur montre, par exemple, dans la scène du Mont des Oliviers, les disciples de Jésus
    "endormis de tristesse" (LcXXII- 40/45).Qui , parmi ces disciples endormis , aurait pu voir Jésus "entrer en agonie", pour le rapporter ensuite à l'auteur? Quel est son nom?
    Le rédacteur, en outre, écrit un évangile nourri de la Septante, c'est à dire, au plus tôt, dans la deuxième partie du second siècle de notre ère, compte tenu de la crise marcionite à Rome de 139 à 144. Se référer dans ces conditions à des témoins oculaires des commencements supposés, plus de 150 ans auparavant , choque pour le moins la vraisemblance, en faisant de ces " serviteurs de la Parole " des surhommes à la durée de vie outrancièrement exagérée; la légende de Pierre, principal " témoin oculaire ", fixe sa mort en l'an 67 de notre ère.
    Ce préambule nous avertit donc de la nature hagiographique de cet évangile.Le rédacteur est suffisamment sûr de lui et de son autorité pour se dispenser, croit-il, de fournir des preuves vérifiables de ce qu'il avance; ces preuves seraient, pourtant, nécessaires, compte tenu des assertions divergentes des autres récits évangéliques, ayant cependant un seul et même auteur:Dieu , prétend-on .

    § - Jean le Précurseur

    Le premier chapitre de l'évangile dit lucanien réserve au lecteur la surprise d'un texte consacré non pas au Sauveur des chrétiens, quel que soit son nom, mais à un prêtre juif appelé Zacharie,
    vivant "aux jours de Hérode, roi de Judée" (LcI-5), de la classe d'Abia, et dont la femme:Elisabeth descendait d'Aaron frère de Moïse.
    De quel Hérode s'agissait-il ?Rien ne permet de désigner Hérode le Grand, plutôt que son fils Archélaos, avant qu'il ne soit destitué par les Romains, ou son petit-fils Agrippa Ier, nommé roi des Juifs par Caligula en l'an 38 de notre ère.
    Zacharie et son épouse, très avancés en âge, n'avaient pas d'enfant, du fait de la stérilité d'Elisabeth.
    Or il advint qu'au cours d'une cérémonie où Zacharie officiait, l'Ange du Seigneur lui apparut pour lui annoncer que son épouse aurait un enfant; il faudrait l'appeler Jean. Le prêtre manifesta une certaine hésitation dans sa réponse, ce qui conduisit Gabriel, l'Ange du Seigneur chargé des messages, à le frapper de mutisme "jusqu'au jour où ces choses arriveraient", pour punir son incrédulité.
    Son service sacerdotal terminé, Zacharie revint chez lui; Elisabeth conçut "après ces jours là" et resta cachée cinq mois. Le sixième mois, elle reçut la visite d'une parente, du nom de Marie, avertie par Gabriel de la grossesse surprenante d'Elisabeth. Cette visite dura trois mois. Quand le temps fut révolu , Elisabeth enfanta et son entourage se réjouit. On circoncit le garçon le huitième jour en lui donnant le nom de Jean prescrit par l'Ange, et Zacharie retrouva immédiatement la parole; il prophétisa "rempli de l'Esprit Saint" : "Et toi, enfant, tu marcheras devant le Seigneur pour préparer ses chemins; grâce aux sentiments de miséricorde de notre dieu, par lesquels va nous visiter l'Astre Levant d'en haut …pour diriger nos pas vers un chemin de paix".
    L'enfant grandit dans des endroits déserts jusqu'au jour où il se présenta devant Israël, l'an 15 du Principat de Tibère César, soit l'an 29 de notre ère.Il vint dans la contrée du Jourdain, proclamant un baptême de repentir pour la rémission des péchés. Il annonça au peuple la bonne nouvelle du salut
    jusqu'à ce que Hérode Antipas le mit en prison (LcIII-20 ), puis le fit décapiter ( LcIX -9 ).
    L'histoire du précurseur Jean le Baptiseur est courte et se révèle comme une énigme. Quel intérêt présente- elle dans le Salut par Jésus - Christ Sauveur des chrétiens, même si celui-ci s'est fait baptiser par Jean, après beaucoup d'autres ? Le baptême dans l'eau courante d' une rivière est aussi ancien que la pratique de l'hydrothérapie, et sa valeur religieuse de purification morale remonte au moins à l'Empire Hittite, à la fin du deuxième millénaire avant notre ère.
    Il est frappant de constater que le premier chapitre de l'évangile dit de Luc réédite en fait l'épisode principal de la vie d'Abraham, celui de la naissance miraculeuse d'Isaac, malgré le grand âge de ses parents. La venue de Jean, racontée dans ce premier chapitre, apparaît être une intrusion pure et simple de la Septante dans ce qui deviendra le N.T. , mais, en définitive, tout se passe comme si les évangélistes ,après avoir renouvelé le miracle d'Isaac, se rendirent compte que celui-ci et Jean restaient des fils d'hommes, alors que le Sauveur devait revêtir une nature humano-divine et se dire Fils de dieu. D'où la disparition rapide du nouvel Elie, sous un prétexte peu convaincant, même en admettant qu'Antipas vivait adultèrement avec sa belle-sœur. Jean meurt pour laisser la place à Jésus-Christ, dont il constituait une ébauche inachevée; c'est en ce sens que l'on peut le désigner comme un précurseur.
    On relèvera cette particularité d'écriture qui consiste à faire prier un prêtre juif en termes chrétiens . Le cantique d'actions de grâce de Zacharie célèbre HYWH après que "l'Esprit Saint l'ait rempli"( Lc I-67 ), un Esprit dogmatisé par le Concile de Nicée en 325!!. Ce benedictus, ce chant de remerciements prône la rémission des péchés "grâce aux sentiments de miséricorde de notre dieu, par lesquels va nous visiter l'Astre levant d'en haut …… pour diriger nos pas vers un chemin de paix …" ( LcI-78/79 ). On ne saurait annoncer plus nettement l'arrivée du Fils de dieu "lumière de lumière", Fils du Soleil Invincible.


    § - L'annonce à Marie.

      Pourquoi commencer cette scène de la dramaturgie évangélique en laissant dieu commettre une telle erreur ?
    Ce n'est pas à Marie qu'il fallait annoncer sa prochaine grossesse, mais à Joseph, son fiancé, pour qu'il accepte, comme dans le récit précédent dit de Matthieu, de garder une fiancée enceinte des œuvres d'un autre. .Joseph, à vrai dire, ne joue qu'un rôle insignifiant, celui de conducteur de la mule portant Marie "sa fiancée qui était enceinte" pour se rendre de Nazareth à Bethléem de Judée, afin de se faire recenser ( Lc II - 5 ).

    En l'occurrence, le terme de fiancée est tout à fait conventionnel, puisque