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I - La naissance de l'homme-dieu
II - La mort de l'homme-dieu
III - Les représentations de la croix
IV - Conclusion : Jésus , héro littéraire


II - LA MORT DE L' HOMME DIEU

PREAMBULE : Le Dilemme        
La Justification théologique  
       
Le Dilemme judeo-chrétien

a) - Les Acteurs principaux du drame :
Jésus-Christ - Ponce Pilate - Le Grand Prêtre Caïphe - Hérode Antipas.

b ) - Les Scènes principales du drame :
L'accueil triomphal à Jérusalem - La Cène - Le Jardin des Oliviers -
L'Arrestation de Jésus - La Séance du Sanhédrin - Chez Pilate .
c )-Références Bibliographiques


Préambule : Le Dilemme

  Les deux évangiles dits de Matthieu et de Luc, par leurs divergences relatives à la naissance du Sauveur, l'anhistoricité des événements décrits et surtout la mise en scène de la mythique hiérogamie mariale, nous ont dévoilé le caractère imaginaire de la venue sur Terre de Jésus.
D'ailleurs, les deux auteurs n'avaient pas pour but de faire oeuvre d'historiens; ils voulaient démontrer, par leur recours à leurs "écritures saintes", la Septante gréco alexandrine leur Ancien Testament, que Constantin, vénéré par les chrétiens comme la réincarnation de leur Sauveur rêvé, figure magnifiée de Spartacus, Constantin à la nature humano-divine, fils du Sol Invictus, Empereur des Romains et Roi des nouveaux Juifs les Chrétiens, se situait dans la descendance directe de David, et appartenait à leur Famille. Ici, le registre est tout autre. Chacun des quatre évangiles décrit la Crucifixion de Jésus.
Cette unanimité nous inciterait à penser à la réalité du drame, si nous étions convaincus de la justification théologique de cet assassinat , et s'il n'existait pas de dilemme judéo-chrétien.

§ - La Justification théologique

Les théologiens catholiques romains ont depuis longtemps estimé que l'appellation "Roi des Juifs" attribuée à Jésus n'était utilisée que pour tromper Pilate. La vraie justification du drame résidait dans le Salut de l'humanité : Seul, le sang du Fils de Dieu pouvait effacer la faute originelle des hommes, blessant mortellement (?) la sensibilité divine, par leur désobéissance, en s'appropriant malgré l'ordre divin le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Sans doute, peut-on renvoyer de suite ces savants théologiens à la lecture de leur Ancien Testament pour y découvrir qu'il n' y existe pas de faute collective; une faute n' est attribuée qu'à l'individu qui la commet.
L'on s'étonne surtout que des personnes aussi savantes, mises fréquemment en relation avec Dieu lui-même dont elles parlent d'abondance, s'obstinent à le présenter sous les traits d'un homme aussi borné et vindicatif. Au lieu de se réjouir à la vue de sa créature quittant définitivement l'animalité et le royaume des seuls instincts en acquérant plus d'être, c'est-à-dire plus de conscience lui permettant d'agir pour le mieux, d'après ses jugements, au lieu de cela cet homme brutal chasse le premier couple humain de son domaine et le condamne à des maux divers dont la mort n'est pas le moindre. On voit de suite l'inanité de la Crucifixion de Jésus puisque ces peines subsistent toujours malgré son sacrifice; les hommes s'échinent encore à de durs travaux, les femmes accouchent encore dans la douleur et la mort clôt toujours leurs paupières.
Quel message les évangélistes ont-ils donc caché dans leurs récits pour que les théologiens puissent en fabriquer leurs sermons? Tout semble se résumer au seul mot d'obéissance. Le contenu du message à destination des lecteurs ou auditeurs s'exprime comme suit: "Dieu a obéi jusqu'à la mort, vous devez obéir à vos maîtres (rois et prêtres) institués par Dieu et vous serez sauvés; vous vivrez éternellement en enfants adoptifs de Dieu".
Il convient toutefois de relativiser ces propos puisque la mort de Jésus n'a pas été réellement une mort d'homme. Non seulement il est ressuscité comme d'autres dieux avant lui, mais sa mort n'a jamais revêtu qu'une apparence: attaché à un poteau pour y mourir d'une lente asphyxie, supplice qui habituellement durait au moins un jour entier, Jésus est décédé au bout de trois heures seulement, sans avoir les jambes brisées pour accélérer le processus mortel et respecter ainsi l'obligation sabbatique. Les soldats, mobilisés pour l'assister, s'étonnèrent d'un dénouement aussi exceptionnellement rapide. Dieu aurait donc subversivement modifié l'évolution naturelle de l'exécution pour éviter à son Fils de souffrir comme un homme (?). Il faut bien en outre constater que la définition du Salut, par exemple pour les 318 Pères conciliaires de Nicée en 325, s'entendait concrètement non pas d'une gloire dans les cieux, éternelle autant qu'hypothétique, mais de la cessation définitive de la persécution de Dioclétien, et de l'acquisition d'une bonne santé grâce aux dons multiples et généreux de Constantin à leurs communautés. Bref, les théologiens de nos temps, fonctionnaires du "divin", ont transformé progressivement en propos sécurisants mais non fondés, en une sorte d'assurance-vie post mortem mais sous condition, ce qui à l'origine signifiait la vie sauve pour les hommes dans leur existence quotidienne.
Nous devons enfin réexaminer cette interdiction faite à l'homme,par Dieu, de devenir conscient du bien et du mal, c'est-à-dire de se connaître lui-même. Cette interdiction manifeste une volonté très ferme d'empêcher l'homme de raisonner de peur qu'il n'aboutisse, malgré l'Eden,à la conclusion logique de l'inexistence de ce Dieu. Quelqu'un, sans doute, savait au moment de la première écriture de la Genèse, au cours du Vème siècle avant notre ère à Jérusalem, que des Grecs, dont Xénophane de Colophon( 16 ), démontraient depuis au moins un siècle cette inexistence. Or la Grèce n'est pas très éloignée de la Judée. Si l'on voulait obtenir une obéissance aveugle de la population juive, il fallait jeter l'anathème sur la "raison", et sur le serpent, agent de la prise de conscience par le premier couple humain. Fondamentalement, toute religion actuelle apparaît comme une interdiction de raisonner, comme le triomphed'une illusion, destinée à calmer les peurs , innées ou induites, des humains, sur leur faculté de jugement, obscurcie à dessein par des superstitions dévorantes. Le christianisme romain pour sa part exprime la religion du pouvoir incarnée dans l'Eglise-Etat créée en 754, en tant qu'héritière de Constantin. Il a soumis l'Occident à sa Loi dite divine jusqu'en 1517, date de la Réforme luthérienne. Il maintient une volonté de puissance sans égale, s'étant approprié le Chemin du Ciel avec les clés de son entrée, et développé sans cesse la magie de ses rites. La crédulité des fidèles "caporalisés" fait toute la science de ses fonctionnaires et la richesse de son Etat.
Finalement, si l'on ose réfléchir à la nature de cette interdiction dite divine, on distingue en elle-même la preuve de l'inexistence de Dieu et de l'irréalité de la Crucifixion de Jésus. La religion devrait être un moyen naturel pour les humains d'acquérir plus d'être, plus de conscience; la vraie religion devrait être une religion sans dieu. Il faut en outre attirer l'attention sur le fait que le Dieu de l'interdiction n'a pas de Fils; il est seul dans son jardin et crée le Monde puis l'homme pour rompre en quelque sorte sa solitude et son ennui. Le Dieu tué est d'une toute autre nature. Il est membre d'une Trinité et engage celle-ci tout entière. Jésus sur sa croix serait l'image de la divinité une et trine. Il devient dès lors incompréhensible qu'il lui faille se suicider pour pardonner une faute jamais commise à son égard, puisqu'il n'existait pas dans les "écritures saintes" à la création du Monde, et qu'aucune de ces "écritures" n'a expliqué comment le Dieu solitaire de l'Eden s'était transformé en la Trinité nicéenne.

  Cette " crucifixion "illustre la prétention universaliste du Christianisme romain , voulant dicter sa loi" divine"à tous les humains .

Au 4ème siècle de notre ère , il y avait environ sur Terre trois cent millions d' hommes , dont moins de 20% peuplaient l' Empire romain.

Aujourd'hui , après 17 siècles , l' Eglise romaine regroupe moins de 20% de la population du Globe.

Ces chiffres démontrent l'impuissance de son Christ à sauver l'humanité entière , bien qu'il soit le dieu unique et tout - puissant , dit-on .

§ - Le Dilemme judéo - chrétien

Y a-t-il eu , ou non , crucifixion de Jésus sous Ponce - Pilate , à l'instigation des Juifs ?
Les Juifs sont-ils , ou non , déicides ? Si les mots ont encore une signification , le déicide de Jésus devrait constituer le crime absolu , même s' il est annihilé de fait par sa résurrection qui a manifesté sa puissance et sa gloire ; résurrection déjà célébrée dans d'autres cultes plus anciens comme celui d'Attis , d'Osiris et de diverses divinités indo - méditerranéennes . Le déicide manifesterait une telle haine à l'égard du Créateur qu'il n' y a pas sur terre de châtiment suffisant pour l'expier. Cependant, les criminels devraient être poursuivis et punis selon les lois humaines les plus rigoureuses. En l'occurence, il s'agirait d'un crime collectif commis par des Juifs tout à fait conscients, au point de réclamer que le sang de Jésus retombât sur eux et sur leurs enfants ( Mt. XXVII - 25).
Durant les trois premiers siècles de notre ère, les chrétiens ne disposaient d'aucun pouvoir répressif à l'encontre des Juifs. D'ailleurs, après la guerre des Juifs de 66/70, la destruction de Jérusalem, les mouvements insurrectionnels de 115/117 en Egypte et Cyrénaique, la révolte de 133 fomentée par le Messie Bar Kochba, le peuple juif n'existait plus en tant que réalité socio-politique, et Jérusalem était devenue Aelia Capitolina.
Depuis les conquêtes de Pompée en Syro-Palestine, le nombre d'esclaves juifs à Rome s'élevait à un chiffre imposant de dizaines de milliers d'individus; ceux-ci s'inséraient fréquemment dans les rassemblements suscités au nom de Chrestus, le " Bon " prophète de la légende de Spartacus.Les "chrétiens ", esclaves et prolétaires révoltés contre l'ordre impérial romain, créèrent progressivement , à partir de leurs ressentiments et de leur besoin d'espérer en un futur meilleur pour vivre, un mouvement religieux; celui-ci se dota de croyances cohérentes à la fin du second siècle( 17 ).
A cette époque, l'écriture l'emporta sur l'oralité triomphante des âges précédents, et normalisa l'existence d' un Sauveur toujours vivant,soutien perpétuel des affidés, dans les difficultés quotidiennes de leur existence de simples outils de production, et leur Vengeur eschatologique.
En définitive, la présentation d'un dieu torturé et crucificié était à cette époque tout à fait contraire à la pensée "chrétienne", comme l'a démontré vigoureusement W.Kelber( 18 ).Aussi bien , voit - on , aux second et troisième siècles de notre ère , un philologue et savant " chrétien " , tel Origène , développer des relations d' étude avec des rabbis juifs, manifestation d' une réelle estime réciproque signifiant clairement l'inexistence du déicide dont furent accusés, par la suite, les Juifs .
Plus encore, le " Credo " des 318 Pères de Nicée en 325 ne contient aucune allusion à une crucifixion de Jésus, que personne ne semblait connaître(19).
Puis , l'Empire devint chrétien, et à partir du règne de Théodose une véritable " révolution culturelle " alimenta une guerre de religion conduite par les troupes christianisées à l' encontre des cultes ancestraux Or, les "paiens", en dehors des relations de maîtres à esclaves maintenues sinon renforcées par les chefs chrétiens, n'avaient pas manifesté d' animosité véritable à l'égard de leur mouvement. Certes, à la fin du second siècle, Celse avait dénoncé leurs luttes fratricides; au cours du troisième siècle, Plotin, célèbre philosophe néo-platonicien, avait moqué leurs pensées religieuses assez frustes dans un ouvrage tôt disparu, mais dont il reste un écho chez son élève Porphyre.
Tout cela ne justifiait pas des persécutions qui durèrent au moins trois siècles ( 20 ) , à la lueur des incendies et destructions de temples immeubles ou bibliothèques, de vols, de crimes dont l'horreur se condensa dans l'étripage d' Hypathie à Alexandrie en 415. Les bataillons de moines surexcités semèrent la terreur au nom de l'amour du prochain et de la gloire de leur Christ, pour assurer la prédominance de leurs évêques dans la marche de l'Empire, et celle des royaumes " barbares " christianisés. La raison s'obscurcissait, les philosophes "paiens" étaient chassés, les superstitions engendrées par les peurs et l'ignorance dictaient la conduite des individus et des peuples, l'humanité romanisée régressait .
Les Juifs, eux aussi, étaient, alors, à l'entière merci des chrétiens dont ils auraient tué le dieu, selon les conventions actuelles;dès lors, ils pouvaient craindre les pires exactions conduisant à l'extermination de leur race dans les territoires impériaux. Or, rien de tel ne se produisit. Les citoyens d'origine juive choisirent ou de s'exiler ou de se convertir au nouveau culte; ces derniers furent accueillis dans les églises par des chrétiens qui n'avaient apparemment rien à leur reprocher, sinon la pratique antérieure de coutumes ancestrales comme le repos sabbatique.
La première mesure anti-juive fut promulguée par le deuxième Concile oecuménique de Nicée en 787
( 21 ). Elle consistait en l'interdiction pour les Juifs de posséder des esclaves, qui étaient pratiquement tous chrétiens. En conséquence, il leur devint impossible d'exercer des professions exigeant beaucoup de main d'oeuvre comme l'agriculture ou une industrie balbutiante avec les moulins à eau. Ils durent se résigner à pratiquer des activités classées de nos jours activités de service, utilisant une main d'oeuvre familiale,ou peu développée, dans le commerce et la finance. Ce Concile leur reprochait leur hypocrisie religieuse; les Juifs feignaient d'être chrétiens, mais observaient en cachette le sabbat et autres coutumes ancestrales. Bref , ils jugeaient bon: " de se moquer du Christ " , et devaient être sanctionnés. Le texte canonique indiquait donc clairement qu'aucun déicide n' était retenu contre les Juifs, punis uniquement pour leur attachement atavique à leurs anciennes pratiques religieuses, en contradiction avec l'exercice du culte impérial unique pratiqué sous le nom de christianisme.
Le quatrième Concile oecuménique du Latran en 1215 renforça cette action coercitive en condamnant les Juifs pour pratique d'une usure " perfide " qui "épuisait les richesses des chrétiens"; ils furent déclarés inaptes aux emplois publics et obligés de se distinguer des chrétiens par leur habillement ( un précédent au port de l'étoile jaune ! ). Il faut toutefois le souligner, ce Concile de 1215 parlait pour la première fois de la Passion du Sauveur, non pour imputer aux Juifs la responsabilité du drame mais pour leur interdire de sortir de leurs demeures le dimanche de la Passion, de peur qu'ils n'outragent le Rédempteur par leurs moqueries ou leurs dances. La question de l'usure préoccupa plusieurs Conciles, et l'interdiction de posséder des esclaves chrétiens fut renouvelée; jusqu'à ce que le Concile de Bâle, ouvert en fin 1431, prit un décret consacré aux Juifs et aux néophytes ( 22 ). Outre l' interdiction de commercer avec les chrétiens, les Juifs ne pouvaient, sous peine de graves châtiments, avoir des domestiques et serviteurs chrétiens, acheter des livres d'églises et autres ornements (calices , croix ...); ils devaient se distinguer par leur habillement et habiter des quarters réservés ( les ghettos ); ils pouvaient certes, se convertir,
et le Concile prévoyait à cette fin l' enseignement de la langue hébraïque ( laquelle?). En définitive, le comportement des chrétiens à l'égard des juifs manifesta une hostilité grandissante, pour des motifs essentiellement économiques "l'épuisement des richesses des chrétiens"; cette hostilité ne constituait pas l'extermination qu'exigerait la mort du Rédempteur sur une croix; le Concile de Florence en 1439 stipule simplement que le Fils de Dieu est véritablement mort, comme si l' on pouvait en douter ! Sans doute, ne faut - il pas omettre les tueries de 1096, mais ce furent des actions isolées dans les hautes vallées du Rhin et du Danube commises par des bandes de soudards entraînées par Pierre l'Ermite à l'occasion de la premiére croisade.
L' on remarquera, enfin, que le Concile de Trente "légitimement réuni dans l' Esprit Saint" a, dans sa session du 4 Février 1546, donné une nouvelle version du Credo de Nicée, dans laquelle il est précisé que Jésus - Christ a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate ( 23 ); sans aucune mention d'agissements juifs. Il ne fait aucun doute qu' au 16ème siècle les textes évangéliques contenaient tous un récit complet de la Passion du Sauveur. Sa mort fut reconnue au 11ème siècle; il fallut ensuite au moins quatre siècles, comme nous l'indiquerons dans les représentations du drame, pour bâtir les narrations que nous connaîssons actuellement, à la suite de la publication de la Sixto-Clémentine, en 1592. Les chemins de croix, illustrant la Passion, entreront dans les églises au 15ème siècle, sous l'effet de la piété doloriste franciscaine ou dominicaine.
Pour résumer, la religion ne peut se réduire à un moyen mis en oeuvre par une Institution pour exercer sa volonté de puissance et " caporaliser " ses fidèles en leur imposant sa loi dite "divine ", et la magie de ses rites , afin de leur ouvrir la porte du bonheur éternel au ciel , dont elle possèderait les clés .La vraie religion constitue un moyen naturel, sans dieu - soleil, pour que les humains s'épanouissent en acquérant plus d'être, c'est à dire plus de conscience et de raison.
C' est pourquoi nous ne pouvons croire, malgré les théologiens, à la crucifixion rédemptrice du Jésus des évangiles. Cette incrédulité sort renforcée de l'examen critique des relations historiques entre juifs et chrétiens, et de l'analyse du travail de plusieurs historiens et universitaires de notre temps cherchant à démontrer, vainement, l'existence d'un judéo-christianisme antique .
Outre le fait que le christianisme a été fondé par Constantin en 325 , il paraît pour le moins abusif de confondre le mouvement chrétien des trois premiers siècles de notre ère avec cette religion, aboutissement du culte impérial romain. Il faut le répéter, le mouvement chrétien est né des bouleversements créés par la répression d'une brutalité sans égale de la révolte de Spartacus; il a sombré dans la tempétueuse persécution initiée par Dioclétien en 303 et qui dura globalement vingt ans,
en Orient. Ce n'est, en outre, qu' à la fin du second siècle que ce mouvement se dota d' un ensemble cohérent de croyances religieuses. Quelle religion juive aurait- il pu, d'ailleurs, assimiler ?
Le judaïsme s'éteignit avec la perte du deuxième Temple, sa destruction en 70 par les Romains, la disparition du corps des prêtres et grands - prêtres, la cessation des sacrifices. Les rabbis s'acharnèrent à élaborer un nouveau culte, celui de la Lecture et du Dieu - Livre. Toutefois, ce n'est qu'au 10ème siècle que fut écrit le Livre de l'école massorétique d'Aaron ben Ascher, à Tibériade.Les communautés juives l'adoptèrent unanimement au 13ème sur les instructions de Maimonide dont l'autorité n'était pas discutée.
Le peuple juif, conditionné par sa psychose collective de peuple élu, espère religieusement la venue du Messie, du Roi, qui lui redonnera le pays promis par son Livre, la Palestine. Pour les chrétiens, le Messie reste un Sauveur eschatologique. Pour les juifs, ce fut Bar Kochba en 133; c'est Sharon , de nos jours. Comment aurait pu exister un judéo - christianisme antique , que l'on veut préexistant dans des sectes très peu nombreuses dites les Ebionites ? même si le Jésus des évangiles n'a pas été historiquement crucifié! Certes, ces savants historiens et universitaires exploitent à l' appui de leurs thèses des citations d'auteurs du second siècle, tel Celse ou Justin. Ils paraîssent croire que ces textex imprimés au plus tôt au 16ème siècle, après corrections par des Humanistes, reproduisent ne varietur les textes d'origine, comme si les copistes des temps précédents travaillaient tels des machines à photocopier. A l'époque de la reproduction manuelle, chaque copie nouvelle apportait au texte reproduit des variations, volontaires ou non, si bien que nous ne possédons actuellement que les commentaires exprimés par des scribes anonymes, dont les écrits ont été attribués aux auteurs d'origine; c'est ce que J.Hardouin, un jésuite, déclarait déjà au 17ème siècle, en remarquant que les oeuvres dites, par exemple, d' Ambroise ou d' Augustin étaient pratiquement toutes supposées( 24 ).La reproduction des textes qualifiés de" sacrés " ne s'est jamais différenciée de celle des textes"profanes " ; chaque copie manuelle apportait , peu ou prou, des variations qui modifiaient les textes d'origine. Le judéo - christianisme naquit après la Restauration contre-révolutionnaire de 1815, à la suite des travaux de A.Garnier chez les catholiques , et de E.Reuss chez les protestants ( 25 ). Le terme de judéo-christianisme entra officiellement dans la langue française en 1867 grâce à Littré . L'origine du christianisme est supposée juive par le fait que la Septante gréco-alexandrine, l' A.T. chrétien, serait une traduction de la Loi juive , la Torah . Mais ce livre égyptien , commandé vers 275 avant notre ère par le Pharaon régnant en ces temps , n' a jamais été inséré par les Juifs dans leurs écritures " saintes "; on ne le lisait pas dans les synanogues puisqu'il n'était pas écrit en hébreu ; si bien qu' au début du second siècle des rabbis voulant traduire en langue grecque leurs écritures rédigèrent des textes nouveaux, en dehors de la Septante qui contenait au moins 3.000 variantes par rapport à la bible dite hébraïque.
L'on voudra bien , aussi, reconnaître que le Dieu - Livre des Juifs n'a rien de commun avec le Dieu trinitaire des chrétiens, absent également de la Septante.
Quoi qu'il en soit , il reste impossible de désigner comme apparentées, à l'origine, deux religions, dont l'une, le christianisme, adore un dieu torturé et tué, dit -on de nos jours, à l'instigation des prêtres et des fidèles de l'autre, le judaïsme. Assurément, cette tentative de collusion flatte la vanité des théologiens hébraïques en les transformant en initiateurs de notre civilisation. Elle ne s'explique, toutefois, que par des circonstances occasionnelles, notamment le souhait très vif de l'Eglise romaine de faire oublier les fautes commises lors de la deuxième guerre mondiale par Pie XII, et de s'approprier la douleur juive consécutive à la Shoah, comme si cette douleur pouvait être la sienne. Faire de chaque juif un chrétien , et de chaque chrétien un juif est aussi le souhait manifeste de dignitaires catholiques français d'origine juive, devenus chrétiens à l'occasion de la deuxième guerre mondiale, puis prêtres et Seigneurs,
de telle sorte que les membres de leurs familles naturelles ne puissent les traiter de renégats.
Que ne ferait - on pas pour préserver avec son rang social les avantages matériels et l'autorité qu'il génère ?
L' on ne saurait dénoncer trop vigoureusement la tromperie des " écritures sacrées " , quelles qu'elles soient . Il faut espérer finalement l' instauration d'une religion sans dieu , surtout si l'on s'obstine à proclamer la mort et la résurrection par lesquelles la divinité du christianisme assimile concrètement les mythologies millénaires du monde indo - méditerranéen.
Dans ces mythologies, la divinité habitait fréquemment un arbre "sacré", schématisé par une croix symbole de la vie éternelle. Suspendre un dieu à une croix n' avait pour but que de manifester sa présence de dieu de la Fécondité.
Marie , en son temps , fut fécondée par " l'ombre " de l'arbre qui abritait la Trinité nicéenne .

 

Après les " grandes faims " des 9ème 10ème 11ème siècles et leurs terribles conséquences pour les populations d'Occident , celles - ci se persuadèrent que leur dieu était mort , puisqu'il n' arrosait plus de son sang leurs champs devenus de ce fait tout à fait stériles.

La terre s'ouvrait sous la croix laissant voir une dépouille cadavérique ; la lune noire soulignait la tristesse des personnages présents ; les rayons du soleil étaient impuissants à ranimer le dieu sans vie .

La croix triomphale de jadis , comme dans l'évangéliaire de Rabula , laissait la place au crucifix, que la piété doloriste franciscaine allait imposer..

Apparition du Crucifix

a ) - Les Acteurs principaux du drame

§ - Jésus - Christ


 

Chacun des quatre évangélistes a consacré de longs chapitres à la crucifixion du Sauveur, et l'a instituée en événement le plus important de sa vie terrestre, conditionnant sa résurrection; mais aucun d'entre eux n'a jugé bon de la dater de façon certaine, semblant penser qu'il suffisait de rapporter une "histoire sainte" pour être cru. Cependant, deux évangiles contiennent des indications relatives à l'âge de Jésus:

  • le premier, celui dit de Jean, à propos d'une discussion entre Jésus et des Juifs au sujet d'Abraham, reproduit les propos exacerbés de ces derniers:
    "tu n'as pas encore 50 ans, et tu as vu Abraham!" (Jean VIII - 57)

  • Qui est Jésus ?

    - le second, celui dit de Luc apporte cette annotation: "et Jésus, lors de ses débuts, avait environ 30 ans" (Luc III - 23)

    Irénée, évêque de Lyon à la fin du second siècle et auteur d'un livre " Contre les hérésies" aurait conclu de ces deux passages:
    "Tout le monde en conviendra, l'âge de trente ans est celui d'un homme encore jeune, et cette jeunesse s'étend jusqu'à la quarantième année; ce n'est qu'à partir de la quarantième, voire de la cinquantième année , qu'on descend vers la vieillesse. C'est précisément cet âge-là qu'avait Notre Seigneur lorsqu'il enseigna ."Tu n'as pas encore cinquante ans " Une telle parole s'adresse à un homme qui a dépassé déjà la quarantaine et qui, sans avoir encore atteint la cinquantaine, n'en est cependant pas très loin"( 26 ) .L'on ne manquera pas de s'étonner de ces propos peu en rapport avec la démographie de l'Antiquité, enregistrant une durée de vie assez faible (35 ans?), compte tenu entre autres causes des épidémies décimant fréquemment les populations de l'Empire Romain, des disettes ou famines, des guerres etc. Pline a,certes,parlé de quelques rarissimes centenaires, mais la tradition chrétienne n'a pas finalement retenu la remarque de Jean et a fixé un âge d'environ 30 ans à Jésus, comme dit l'évangile lucanien, beaucoup plus vraisemblable pour l'époque. Ce récit ouvre pour sa part deux hypothèses quant au calcul de ces 30 ans. Les spécialistes en "écritures divines ", dans leur grande majorité, prennent en considération les deux premiers versets du chapitre III de cet évangile qui fixent "en l'an 15 du Principat de Tibère César" le début de la mission de Jean-Baptiste; cette 15ème année du règne de Tibère correspond à l'an 29 de notre ère, ce qui conduit ces spécialistes à confondre la date d'origine des deux missions, celle de Jean et celle de Jésus. Les remarques concernant ce dernier n'interviennent qu'à partir du verset 23 à propos de sa généalogie , et constituent en quelque sorte un chapitre III bis, la première partie étant réservée uniquement à Jean Baptiste, sa vie et son emprisonnement par Hérode Antipas.
    Quoi qu'il en soit, si l'on donnait à Jésus un âge d'environ 30 ans lors de la quinzième année du règne de Tibère, on le ferait naître dans l'année de référence ouvrant, conventionellement, l'ère dite chrétienne.
    Celle-ci n'aurait été calculée pour la première fois qu'en 525 par Denys le Petit ( 27 ) , et oubliée pratiquement jusqu'au début du VIII ème'siècle. L'on en conclurait logiquement que ce chapitre III attribué à Luc aurait été rédigé à partir de ce VIII ème siècle, beaucoup trop tardivement pour des professionnels du "divin" fixant au premier siècle de notre ère l'écriture des quatre évangiles;
    l'on soulèverait ainsi une difficulté insurmontable.
    Il faut en revenir à la naissance de Jésus rapportée par l'évangile lucanien à l'occasion de l'exécution du recensement fiscal ordonné par Quirinius dans les années 6/7 de notre ère; Jésus aurait eu 30 ans en l'année 37 très vraisemblablement.Le texte précise: "environ"; c'est-à-dire que le Sauveur pouvait être âgé aussi bien de 31 ans (en l'année 38) que de 29 (en l'année 36). L'on retiendra le chiffre le plus bas pour être certain, malgré l'incertitude! ,de ne pas commettre d'erreur. Il reste encore à déterminer la durée de sa vie publique, pour l'ajouter à son âge du début. Deux traditions s'opposent à ce sujet:
    - la première retient une durée de 3 ans faisant de Jésus un deuxième Alexandre, le prototype du roi-dieu dans l'Antiquité, mort à 33 ans.
    - la seconde calcule une durée de 1 an; c'est ce chiffre que l'on conservera pour déterminer l'âge minimal du Sauveur au moment de sa mort, soit 29 + 1 = 30 années atteintes à Pâques de l' an 37 de notre ère.

    § - Ponce Pilate

      Pilate fut de 26 à 36, préfet-procurateur de la Province de Judée Samarie Idumée, rattachée à celle de Syrie en l'an 6 de notre ère, par Quirinius.
    Ce fut certainement un fonctionnaire Romain très apprécié de ses Supérieurs et de l'Empereur Tibère, qui le maintinrent à son poste durant 10 ans.
    De suite après son arrivée à Césarée-Maritime siège de son Administration, il se rendit à Jérusalem où il provoqua deux révoltes des Juifs en tentant d'introduire dans le Temple une représentation peinte de l'Empereur Tibère, puis de détourner les sommes conservées dans ce lieu ( 28 ) .
    Ultérieurement, il se garda bien de se manifester à nouveau dans la ville, dont il n'aurait approché, manu militari, qu'en cas de nouvelle insurrection pour prendre en tenaille les émeutiers, compte tenu de l'intervention de la garnison de la tour Antonia, au nord des remparts. Pilate se trouvait donc habituellement à Césarée, au bord de la Méditerranée, à environ 120 kilomètres au nord-ouest de Jérusalem.

    La fête de Pâques et l'afflux des pélerins venus de la Diaspora créaient du fait de la surpopulation une situation délicate pouvant susciter des mouvements subversifs armés. Des dispositions particulières étaient prises par les Romains, mais aussi par les Autorités juives représentées par le Grand Prêtre Caïphe (Mat.XXVI - 5; Mc XIV -2; Lc XXII-2 ).Généralement,il suffisait de renforcer les effectifs de l'Antonia et de contrôler plus étroitement les passants aux portes de la ville durant la journée, puisqu'elles étaient naturellement fermées à la tombée de la nuit.
    Pilate quitta Césarée-Maritime en 36, pour revenir à Rome; son voyage de retour se situa donc au plus tard dans la dernière partie de la période annuelle d'ouverture à la navigation, soit en Octobre 36. Une première constatation s'impose:
    - d'une part, si nous retenons pour la biographie de Jésus les dates les plus rapprochées de l'année de référence dionysienne sa crucifixion se placerait au plus tôt à Pâques de l'année 37.
    - d'autre part, Pilate, quittant Césarée au plus tard au mois d'Octobre 36, ne pouvait ordonner ce châtiment.

    § - Le grand prêtre Caïphe

     

    Caïphe fut le grand prêtre nommé par le préfet-procurateur Valerius Gratus, en l'an 18; il resta en place jusqu'en l'année 37.Déjà du temps d'Hérode le Grand, les grands prêtres n'étaient plus que des instruments à la disposition du pouvoir politique, et n'avaient plus de prestige aux regards de la population. Leur situation s'aggrava sous l'autorité directe des Romains, dont les chefs gardaient par devers eux leurs vêtements sacerdotaux. Les grands prêtres dirigeaient le Temple, et leur .autorité restait confinée aux. questions: de nature religieuse; autorité reconnue par tous les Juifs y compris ceux de la Diaspora.( 29 ).
    Il existait à Jérusalem pour la seule Judée, une Assemblée formée essentiellement de pharisiens: le Sanhédrin, Conseil aristocratique chargé des questions religieuses et de certaines affaires judiciaires. Le Sanhédrin était semble-t-il convoqué par le représentant de l'Autorité romaine, soit de sa propre initiative, soit à la demande du grand prêtre et des Juifs; du moins c'est ce que les "Actes d'Apôtres" donnent à lire au sujet des tribulations de Paul et de sa demande à être jugé à Rome en tant que citoyen romain (Actes XXII - 30 et XXIII).

    Une deuxième constatation s'impose: Caïphe n'était plus grand prêtre en l'année 37 de notre ère au cours de laquelle Jésus aurait été exécuté; mais on ne sait si son départ a eu lieu avant la fête de Pâques.

    § - Hérode Antipas

     

    Antipas, tétrarque de Galilée et deuxième fils d'Hérode le Grand, apparaît dans le scénario de la crucifixion tel qu'établi par le récit dit lucanien (Luc XXIII - 5/11).

    Il se trouvait, dit-on, à Jérusalem à l'occasion de la fête de Pâques, et, selon l'évangile, Pilate ne sachant trop quoi faire lui aurait envoyé, pour connaître son avis, Jésus en tant que sujet galiléen.( 30 ).

    L'on était au plus tôt en l'an 37 de notre ère, et Antipas sera destitué et exilé en l'an 38 par Caligula successeur de Tibère, auquel il réclamait le titre de "Roi des Juifs". Le nouvel Empereur avait déjà concédé ce titre à son ami Hérode Agrippa Ier. L'Etat-client de Galilée disparut au profit d'une Palestine réunifiée sous le gouvernement du nouveau Roi, successeur de son grand-père Hérode le Grand; Agrippa Ier devait mourir en l'an 44.

    Jésus devant Antipas ( Lc 23 / 7 )

    Même si le rôle d'Antipas apparaît mineur il convient de noter qu'au moins un évangéliste associa la dynastie hérodienne à la mort de Jésus.
    Cependant, si la vie publique de Jésus commencée, au plus tôt ,en l'an 36 de notre ère avait bien duré 3 ans,sa crucifixion se placerait en l'année 39; auquel cas, ni Pilate, ni Caïphe, ni Antipas n'aurait été là pour tenir les rôles décrits par les évangiles. A plus forte raison , si sa vie publique avait débuté en 37 ou 38 .

    b ) - Les Scènes principales du drame


    § L'accueil triomphal à Jérusalem

     

    Chacun des quatre évangiles s'est attaché à développer la scène initiale de l'arrivée triomphale à Jérusalem. Ils ont décrit la foule très nombreuse :
    "étendant ses manteaux sur le chemin; d'autres coupaient des branches aux arbres et les étendaient sur le chemin. Les foules qui le précédaient et celles qui le suivaient criaient: Hosanna .........et quand il entra à Jérusalem, toute la ville fut secouée"(Mat.XXI-8/10).
    Le drame commence donc par un véritable séisme, dont le caractère parodique est souligné par la monture du Sauveur, un ânon "sur lequel aucun homme ne s'est assis" (Marc XI - 2), parce que trop jeune, trop petit, trop frêle, pouvant difficilement supporter le poids d'un homme fait d'environ 30 ans, devant peser au moins une cinquantaine de kilos, et dont les pieds traîneraient au sol; c'est pourquoi les foules auraient étendu à terre leurs manteaux et des palmes pour qu'il ne se blessât pas.

    Vitrail de Chartres

    Mais certains professionnels du divin prétendent que, dans l'Ancien Testament, l'ânon incarnerait le péché des hommes,écrasé par Jésus !
    Les évangélistes auraient pu remplacer cet animal par un coursier vigoureux, une sorte de Bucéphale, qui aurait transformé le Sauveur en " Roi des Juifs". On se souviendra toutefois que cette appellation n'est qu'un leurre littéraire; en effet, peu après son arrivée à Jérusalem, Jésus fit acte d'allégeance à l'Empereur de Rome en poussant ses auditeurs à lui payer tribut,
    en rendant à César ce qui était à César ; on pouvait être le Sauveur de l'humanité, et se conduire en fidèle sujet du Prince.
    Ces descriptions dessinent une sorte de caricature d'un drame humain, puisque tout est prévu, puisque Jésus a annoncé par trois fois sa mort et sa résurrection. Le lecteur ou auditeur se trouve comme propulsé sur le devant d'une scène théâtrale, où va se dérouler une histoire écrite à son intention, histoire qui va accumuler les situations destinées à faire surgir les plus vives émotions, de telle sorte que, fasciné, il croit successivement à la réalité de chacune en oubliant celle qui l'a précédée.
    Certes, Jésus aurait pu arriver à Jérusalem sous l'anonymat d'un simple pèlerin. Son triomphe "capitolin" tend à rendre plus déchirante la roche "tarpéienne" que va figurer bientôt l'arbre du supplice. Son triomphe sismique rendra sa mort plus injuste, plus atroce, plus bouleversante pour les lecteurs ou auditeurs des évangiles.

    § La Cène

     

    La relation du dernier repas pris par Jésus avec ses disciples ne fait pas précisément partie des scènes de la Passion.
    Cette description aurait pu logiquement se situer juste avant son Ascension.
    L'intérêt de ce récit est de montrer clairement comment les évangiles ont été construits progressivement au fil des siècles, en fonction des besoins des populations christianisées.
    C'est l'évangile dit de Matthieu qui présente la relation la plus précise (Mat.XXVI - 20,29) :
    Le soir venu , tandis qu'ils mangeaient, Jésus, ayant pris du pain et dit la bénédiction, le rompit et le donnant aux disciples il dit:
    "prenez, mangez ceci est mon corps."
    Et ayant pris une coupe et rendu grâce, il la leur donna en disant:
    " buvez-en tous, car ceci est mon sang, celui de l'Alliance qui est répandu pour beaucoup en rémission des péchés".


    L'évangile dit de Marc contient l'essentiel du récit baptisé "Institution de l'Eucharistie". Mais cet évangile a montré précédemment (Marc VII - 18) les mêmes disciples non seulement illettrés, mais sans faculté de compréhension, à tel point que Jésus , excédé, s'exclame:
    "Etes-vous, vous aussi, totalement sans intelligence?"
    Comment auraient-ils pu comprendre, par ce langage de théologien, que Jésus voulait signifier son état de Dieu de la Fécondité? puisque:

    • d'une part, des dieux de la Fécondité existaient depuis des siècles, notamment Osiris en Egypte proche de la Judée, qui annuellement par la crue du Nil apportait à son pays de riches moissons.

    • d'autre part, le Sauveur des archéochrétiens figurait essentiellement un dieu eschatologique, le Vengeur des opprimés,dans un avenir aussi glorieux qu'incertain , dieu toujours vivant, indifférent aux variations saisonnières de la Terre.

    Certes, tous les chrétiens, y compris un lettré comme Cyprien de Carthage, croyaient que la fin du Monde allait intervenir bientôt. Il faudra toutefois attendre le règne de Constantin pour connaître et apprécier cette revanche, qui garantissait à ces chrétiens la vie sauve, et transforma plus tard leur état servile en état divin. Le mot "d'Alliance" rappelle nécessairement les livres de la Septante, et l'Alliance du Dieu avec son peuple élu devenu le peuple christianisé. Or la Septante ne s'est imposée comme "écriture sacrée" des anciens chrétiens qu'à la fin du second siècle de notre ère. De plus, incarner le "Salut" dans la rémission des péchés relève d'un long travail séculaire sur la nature de la religion, de la loi divine à appliquer, et des fautes peccamineuses, causées par la désobéissance à l'Eglise, Mère et Maîtresse, Mater et Magistra; notions précisées à la suite de la création de l'Eglise-Etat en 754.
    C'est le quatrième Concile du Latran en 1215 qui procéda dans sa première Constitution à une nouvelle définition de la Foi catholique, où apparaît pour la première fois le terme de transsubstantiation.

    On relève ainsi ( 31 ):

    " Il y a une seule Eglise universelle des fidèles, en dehors de laquelle absolument personne n'est sauvé, et dans laquelle le Christ est lui-même à la fois le prêtre et le sacrifice, Lui dont le corps et le sang, dans le sacrement de l'autel, sont vraiment contenus sous les espèces du pain et du vin, le pain étant transsubstantié au corps et le vin au sang par la puissance divine".

    Cette définition ne comporte aucune citation ni rappel des évangiles ayant, dit-on, rapporté l'institution de l'Eucharistie par Jésus avant la dernière Pâque et sa Passion.
    D'où l'interrogation: existaient-ils ou non , en 1215 ? S'ils avaient été écrits depuis le premier siècle de notre ère, selon les conventions actuelles, l'on s'étonnerait, pour le moins, du fait qu'il fallût douze siècles pour qu'une profession de Foi parlât de transsubstantiation; et que les Conciles précédents, notamment celui de la fondation du christianisme en 325, se fussent tus complètement à ce sujet, pourtant essentiel.
    Assurément, les archéochrétiens, dans leurs réunions communautaires, partageaient de la nourriture, à l'instar des mystes mithriaques et des fidèles des cultes " païens"; toutefois, au lieu de manger les viandes grillées des sacrifices trop coûteuses pour des assemblées d'esclaves et de prolétaires, on se contentait frugalement du pain et du vin, éléments de base de toute nourriture, le pain pouvant contenir des olives ou autres denrées. Les cultes ancestraux de la Fécondité cessèrent en 415, avec l'interdiction du culte métroaque d'Attis/Cybèle. Il suffisait ensuite de quelques disettes trop fréquentes à l'époque, du fait entre autres causes de la mauvaise circulation des grains, pour rappeler aux Autorités civiles et religieuses la nécessité de transposer ces anciennes pratiques dans le nouveau culte unique du Christianisme, en faisant du Sauveur Christ, en 451, la nouvelle divinité féconde, sur une croix symbole de la vie éternelle, d'où coulait son sang fertilisant la Terre.
    Ce dieu apparut comme mort au XIème siècle. On s'ingénia à rejeter les causes de cette mort sur les Juifs, pour trouver notamment une justification religieuse aux croisades. Cependant, compte tenu,

    • d'une part, de la primordialité absolue des activités agricoles,

    • d'autre part, de l'impossibilité de maintenir par le culte l'adoration d'un dieu définitivement mort,

    l'Eglise dut rappeler que son Christ restait le Dieu de la Fécondité malgré les apparences. L'on fit du simple pain et du vin, son corps et son sang, non pas symboliquement comme dans l'antique culte d'Attis, mais réellement par transsubstantiation. Cette définition causa une grande difficulté aux théologiens du XIIIème siècle, essentiellement des franciscains ( 32 ), dont plusieurs se demandèrent comment leur Dieu pouvait être totalement et réellement présent dans plusieurs endroits à la fois.
    Il ne suffisait pas en effet d'expliquer que le Dieu chrétien était réellement présent dans un ciboire, par exemple; il fallait affirmer que chaque hostie de ce ciboire s'était effectivement transformée en corps et sang du Dieu, par le ministère "sacré" des prêtres romains exerçant à cette occasion une véritable magie

    Une référence aux "écritures divines" s'imposait. Des moines spécialisés en faux multiples, dont la Donation de Constantin à Silvestre 1er., rédigèrent les textes convenables dans le style de leur époque. Les fidèles "caporalisés" projetèrent dans le passé ce qui venait d'être écrit. La Foi reste sûre d'elle-même, à condition de ne point s'interroger.L'image du Dieu du christianisme s'est dessinée dans le temps, en fonction des besoins des populations occidentales , d' un Concile à l'autre jusqu' à Vatican II .

    § - Le Jardin des Oliviers

     

    L ' image traduit bien la solitude extrême de Jésus dans la désolation de son "agonie" au Jardin des Oliviers.

    Seu , un ange l 'assiste; tous les disciples sont endormis Les rédacteurs des évangiles n' ont pu être directement inspirés que par ce messager divin, puisqu' il n' y avait pas de témoin oculaire.

    Toutefois , ces rédacteurs n'ont pu transcrire que ce qu'ils ont cru entendre et comprendre ;
    toute perception n' est en effet qu'une interprétation .

    L'heure à laquelle Jésus partagea le repas du soir des Azymes constitue un élément particulièrement important pour l'interprétation de la scène connue sous le nom d'Agonie au Jardin des oliviers. Les deux évangélistes dits Matthieu et Marc précisent d'un commun accord (Mat.XXVI - 20 - Marc. XIV - 17) :
    "Le soir venu, il se mit à table " ou "et le soir venu, il vient avec les douze.."
    Il s'agit incontestablement de la première nuit de la Pâque, celle du sacrifice pascal, consistant à raviver par l'agneau rôti le souvenir de la sortie d'Egypte des Juifs sous la direction de Moïse. Or, Jérusalem était une ville fortifiée, dont les portes étaient fermées, la nuit, ce que les évangiles veulent ignorer absolument. Toutefois, les "Actes d'Apôtres" (IX - 23, 25) nous rapportent comment Saül, le futur Paul, se trouvant à Damas, suscita la colère des Juifs de la ville;ces derniers se concertèrent pour le tuer "on gardait même les portes le jour et la nuit afin de le tuer"; les amis de Saül le feront fuir" (ils) le descendirent par la muraille en le laissant glisser dans une corbeille".
    La province de Syrie, sous l'autorité romaine depuis environ un siècle, ne se signalait pas par des mouvements insurrectionnels et paraîssait avoir accepté le régime impérial. Au contraire de Jérusalem, où la population juive s'estimant opprimée se rebellait facilement, assurée de l'aide de son Dieu. Les mesures de sécurité prises par la police de l'Antonia étaient naturellement plus strictes, et renforcées à l'occasion de la fête de la Pâque, enserrant dans les murs une surpopulation formée par les pèlerins venus de toute la Diaspora. Les portes des remparts devaient être non seulement gardées jour et nuit par les militaires romains, mais complètement fermées dès la nuit tombée pour éviter tout risque d'une attaque surprise, dans l'obscurité complice.
    Les évangiles ignorent totalement ce contexte de ville asservie, et démontrent par là qu'ils ont été écrits loin dans le temps et loin de Jérusalem, où ils auraient pu apercevoir les restes des remparts démolis en Août 70 par Titus; écrits à une époque où il fallait présenter aux fidèles illettrés des raisons de croire à la mort de leur Dieu, du fait des Juifs. Les auteurs, instruits par les "Actes d'Apôtres" , des aventures de Saül- Paul à Damas,auraient pu inventer un stratagème permettant à Jésus accompagné des onze apôtres, soit malgré la nuit tombée de passer à travers les murailles, ou de sauter au-dessus d'elles, soit de se déplacer avant la tombée de la nuit.
    Dans la négative, il leur était matériellement impossible de sortir de la ville et de se rendre à Gethsémani, le pressoir à olives.
    Toutefois, comme les écritures "sacrées" ne tiennent aucun compte de cette impossibilité matérielle qu'elles reprochent,en quelque sorte, à notre raison de faire apparaître, nous suivrons le petit groupe se dirigeant vers le Mont des Oliviers et s'arrêtant à Gethsémani. Là, Jésus divise les onze apôtres en deux groupes:

    • d'une part, il en fait asseoir huit en un point indéterminé

    • d'autre part, il avance plus loin ,accompagné de Pierre, Jacques et Jean.
      Il arrête ces trois derniers en leur demandant de prier et s'éloigne encore plus loin. C'est alors qu'il tombe à terre "sur la face" (Mat XXVI-35 ) en disant à son Père:

    "mais non ce que moi je veux, mais ce que Toi tu veux"

    Il revient vers ses disciples et les trouve endormis; "Simon, tu dors!" (Marc XIV - 30); il repart une deuxième et troisième fois, et, au retour, trouve toujours les apôtres endormis "leurs yeux étaient alourdis et ils ne savaient quoi lui répondre".

    Si les apôtres étaient endormis, qui a bien pu témoigner de "l'Agonie" de Jésus? Qui a pu le voir, à terre, sur sa face? Qui a pu l'entendre, dans cette posture, dire à son Père:
    "non pas ce que moi je veux, mais ce que Toi tu veux"?
    Dans cette attitude, face à terre, et non joue à terre, n'importe qui aurait avalé la poussière du sol et n'aurait pu répéter en trois fois les mêmes paroles.
    Le récit, pour être crédible,aurait dû citer le nom d'au moins un témoin oculaire ; comme il n'en existe pas, puisque les onze disciples étaient tous endormis, force est de conclure que le récit a été dicté par le SAINT-ESPRIT aux rédacteurs des évangiles. Ceux-ci toutefois n'étaient pas des magnétophones, ils auraient retranscrit ce qu'ils auraient cru entendre et comprendre puisque toute perception est une interprétation.
    En définitive, nous sommes en présence d'un récit purement imaginé par des évangélistes déroulant leur " Histoire sainte " comme un scénario destiné à forcer la croyance des fidèles, sans aucune relation avec une réalité attestée par des témoins crédibles. L'imagination mise en oeuvre est d'une telle puissance, suscitant de si vives émotions de pitié, que la scène décrite a inspiré des milliers de représentations ; celles-ci, à leur tour, ont contribué à renforcer la croyance "des fidèles",
    pour lesquels la réalité d'une situation se mesure à la vigueur des sentiments engendrés.

    § L'arrestation de Jésus

    La scène de l'arrestation de Jésus apparaît d'abord comme en contradiction avec le contenu du début du chapitre consacré à la Passion; Jésus y fait observer que la Pâque arrive dans deux jours, alors que les Juifs se rassemblent chez Caïphe pour se concerter afin de l'arrêter "par ruse et le tuer". Mais ils disaient :"pas pendant la fête, pour qu'il ne se produise pas de tumulte dans le peuple"(MatXXVI-1/5).
    C'est donc l'inverse qui arriva à la nuit des Azymes;
    "une foule nombreuse avec des glaives et des bâtons envoyée par les Grands Prêtres et les Anciens du peuple" surgit avec le traître Judas (Mat.XXVI - 47).
    Ce revirement total d'attitude ne reçoit aucune explication, sinon celle-ci; "tout cela arriva pour que s'accomplissent les écrits des prophètes" (M.t.XXVI - 56). Apparemment, le récit de la Passion n'a d'autre objectif que de présenter la mort du Sauveur, non plus comme la réparation par son sang de l'outrage subi par son Père du fait de la désobéissance de l'homme après sa création, mais comme l'accomplissement des écritures de l'Ancien Testament.
    On voit ainsi la volonté absolue de forger une autorité "divine" à la Septante, que les esclaves "lettrés" chrétiens se sont totalement appropriée à partir de la fin du second siècle de notre ère.
    Toutefois, les gardiens des portes des remparts de Jérusalem, s'ils avaient pour une raison inconnue laissé Jésus et ses onze apôtres se rendre à Gethsémani, se seraient opposés par la force, si besoin, à cette manifestation d'une foule nombreuse et armée.
    Ce tumulte constituait à l'évidence un risque considérable pour la sécurité de la ville, véritable chaudron d'émeutiers, même si Judas avait décrit l'homme que cette foule allait arrêter, sans aucun mandat. Pouvait-on faire crédit à une parole de Juif cherchant la moindre occasion pour manifester sa haine des Autorités romaines? Le "tumulte" avait été organisé par les Grands Prêtres et Caïphe, à l'insu du chef de l'Antonia, et devait être immédiatement contrecarré et annihilé.
    Bref, cette scène est tout aussi irréaliste que celle du Jardin des Oliviers. Non seulement elle n'a aucun repère historique, aucune possibilité d'existence dans le contexte mis en oeuvre, mais elle ne trouve de justification que dans l'accomplissement du scénario imaginé pour instruire les "fidèles" des causes de la mort du Sauveur, constatée du fait des "grandes faims" des IXe, Xème et Xlème siècle de notre ère, à savoir les agissements des Juifs , devenus ainsi les ennemis de leur Eglise Etat,
    ennemis qu' il fallait combattre par tous les moyens .

    § - La séance du Sanhédrin

     

    " Alors , tous les disciples , l'ayant laissé,
    s'enfuirent ...." ( MtXXVI / 56 ) , sauf Pierre qui suit de loin Jésus " jusqu'à la cour du grand prêtre ; et, entré à l'intérieur,
    il s'assit avec les gardes pour voir comment cela finirait " ( MtXXVI/58 ).
    L'on remarque qu' aucun des disciples de Jésus n'est à l'intérieur du palais de Caïphe où se sont rassemblés les scribes et les Anciens , pour accabler Jésus
    de faux témiognages .
    Il s'ensuit des dialogues, des interpellations notamment de la part de Caïphe adjurant Jésus de dire qui il est ..etc ., aboutissant à la constatation d'un blasphème demandant réparation par la mort du blasphémateur ; d'où immédiatement crachats , soufflets , coups .Mais cette séance du Sanhédrin , présidée par Caïphe, n'est pas autorisée par les Autorités romaines totalement absentes des débats, et ne saurait prendre des décisions exécutables ; elle est donc sans effet .

    J'accuse !

    La diversion opérée par le reniement de Pierre au chant du coq souligne la solitude de Jésus ; cet isolement total nous conduit à chercher qui , parmi ses ennemis , après avoir entendu ces discours , aurait immédiatement dressé un procès-verbal de la séance clandestine,et en aurait instruit plus tard les évangélistes , dont Luc se réclamant d' un témoin oculaire .
    Y - a -t -il eu un Juif, scribe ou Ancien ou grand prêtre, qui, après avoir reconnu dans sa conscience la divinité de Jésus, se serait d'une certaine façon confessé auprès d'un évangéliste en décrivant dans tous ses détails cette réunion, fixée par une note rédigée sur le champ ? Pure supposition !
    En l'occurence, à la fin du 1er siècle selon la tradition, le nom de ce témoin oculaire aurait été sur toutes les lèvres chrétiennes, alors qu'aucun autre acte écrit n'atteste la tenue de l'assemblée.Le résultat eut été meilleur que celui obtenu par l'interpolation d'un texte de Flavius Josèphe !
    D' autre part, se pose la question de la langue utilisée par Caïphe et les autres assistants .
    Ce sont des Aristocrates juifs; par fierté nationnale, ils parlent entre eux, non pas la koïné hellénistique, mais l'araméen, langue sémitique; d'où la nécessité d'une traduction en langue grecque littéraire, la langue des évangiles, introduisant nécessairement des adaptations langagières et non un strict mot à mot devenu inconnaissable.
    Bref , trop est trop ! La réunion du Sanhédrin est un leurre incorporé dans la légende pour rendre plus pesante la culpabilité des Juifs, établie par une série de scènes de plus en plus émouvantes jusqu'à la mise en croix .

    § - Chez Pilate

     

    Le geste légendaire de Pilate constitue la preuve même de la fausse identité du Pilate des évangiles. Aucun fonctionnaire romain, en Judée, chargé d'exercer l'autorité impériale, n'aurait obéi à une foule juive surexcitée, quel que fût le moment.
    Le vrai Pilate n'habitait pas Jérusalem, mais Césarée-Maritime, siège de son Adm