< retour au portail  < retour au sommaire


 

 

 

I - Les origines chrétiennes
II - Constantin et l'Avènement du Christianisme

II - Constantin et l'Avènement du Christianisme

a) L'évolution du Mouvement chrétien 
b) La Persécution dite de Dioclétien-
c) Constantin Imperator divin -
d) Le Chrisme
e) L'Invention du Christianisme Romain
f)Constantin et l'évangile
g) REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

  L' on ne connait pas précisément la date de naissance de Constantin . Son père , Constance , guerrier valeureux , suivit Aurélien , en 272 , dans sa Campagne contre Zénobie , reine de Palmyre . La bataille décisive s'engagea au Sud d'Emèse , où trônait le Sol Invictus , la divinité introduite à Rome de 219 à 222 par Héliogabal .

Aurélien fut gratifié , en songe , d'une " révélation" de ce dieu solaire , qui lui valut de l'emporter définitivement sur Zénobie . Constantin fut conçu , ou naquit, au cours des deux années de la Campagne ; sa naissance , toutefois , se situa , au plus tard , en 273 .

Sa mère , Hélène , une Bithynienne , concubine de son père , devait être statufiée , parfois , en Mère de dieu , par le christianisme , qui la déclara " sainte " .

Cette conception , ou naissance ," à l'ombre du Sol Invictus " devait conditionner étroitement l'attitude de Constantin .
Le culte impérial lui parut d'autant plus nécessaire pour assurer l'unité de son Empire immense , que celui-ci sortait d'une longue période d'anarchie militaire ; Dioclétien avait su habilement l'effacer en réorganisant l'Administration impériale .

Cependant , Constantin avait fait disparaitre , dès 324 , la tétrarchie dioclétienne , et était devenu le seul maître de l'Empire

Le culte unique de l' Empereur unique s'imposait , plus que jamais , comme l'outil politico-religieux de nature à lui permettre de diriger ses peuples, sans accrocs . Il s'appuya , à cette fin , sur le Mouvement , largement répandu dans son Administration , des Chrétiens , qu'il sauva des affres de la persécution dite de Dioclétien , et combla de donations importantes .
Il se conduisit en chef du Mouvement , et le transforma en véritable Institution religieuse par le Concile de Nicée en 325 , qui créa l'Eglise romaine catholique et apostolique , attachée au développement de l'unique culte de l'Empereur , tant Constantin apparut comme une réincarnation du Sauveur des Chrétiens .
Le culte impérial traditionnel se mua en Christianisme , religion de l'Empereur Constantin , Christ , Fils unique de son Père le Sol Invictus-Mithra .
Sa nature humano-divine , " lumière de lumière " , inspira sa statuaire , la fabrication de ses monnaies , la construction d'églises , basiliques ou maisons de l'Empereur .
A sa mort , ses fidèles , dirigés par leurs évêques , agents d'unification de l'Empire , l'hypostasièrent en " Empereur céleste et Seigneur de Majesté ". Le Pouvoir pontifical romain s'est établi en 754 , non par référence à une écriture dite " sacrée ", mais sur présentation d'un faux en écriture intitulé " Donation de Constantin ".

a) L'Evolution du Mouvement Chrétien

La transformation du mouvement chrétien au IIIème siècle fut un élément déterminant de l'avènement du Christianisme. Jusqu'à la fin du IIème siècle, il constitua une aspiration collective de la masse des opprimés, essentiellement des esclaves et des prolétaires mais aussi de quelques honestiores dans les provinces, à une vie d'hommes libres dotés de droits, qui ne seraient plus seulement traités comme des meubles, ou outils de production.
Le mouvement apparaîssait comme un essaim de groupements urbains spontanés d'individus, liés entre eux par les mêmes besoins d'identité et une religiosité diffuse incarnant l'espoir final d'une revanche complète sur leurs exploitants par le retour d'un Sauveur justicier, dont la figure estompée rappelait les traits magnifiés de Spartacus et de Chrestus .
La création des Collegia chrétiens, après l'Edit de Caracalla de 212, coïncida avec le triomphe de l'écriture, c'est-à-dire les traductions de la Septante alexandrine diffusées dans les principales communautés, sur l'oralité des deux siècles précédents; ce triomphe signifia la prédominance des "lettrés" sur les "prophètes", et l'assujettissement du plus grand nombre des affidés de Chrestus, incultes, à la volonté de puissance de quelques fonctionnaires-esclaves, instruits dans les paedagogia des Empereurs.
Cette première transformation interne s'accompagna de l'application des lois d'Ulpien et de Marcien sur les Collegia, prises peu après 212, et qui obligèrent ceux-ci à mettre à leur tête un épiscope (évêque) responsable devant l'Administration impériale de la discipline collégiale; si bien que, de la liberté créée par la parole des "prophètes", le mouvement chrétien finit par rassembler des unités d'ordre, strictement hiérarchisées, obéissant religieusement à leurs chefs, définitivement caporalisées, afin de garantir l'exercice d'une mutualité efficace, et surtout l'obtention d'une sépulture digne d'un être humain appelé à une autre forme de vie, après sa vie terrestre.

La désignation de son épiscope (évêque) par un Collegium revêtait la plus grande importance du fait:

  • d'une part, des relations à établir avec l'Administration représentée par un chef de service, le plus fréquemment par un membre de la petite noblesse, de l'ordre des Chevaliers (Equites). Il fallait une personne susceptible d'être écoutée par ce dernier, parlant donc le même langage, c'est à dire issue au moins de la même classe sociale;
  • d'autre part, de l'exemple à donner aux membres les plus aisés du Collège, en vue d'une certaine répartition des biens couvrant les besoins vitaux des plus démunis. Le montant de la fortune personnelle du futur chef représentait un élément prédominant d'appréciation. L'on désigna quelques fois de riches affranchis, comme Callixte à Rome vers 212, dont la fortune servit à l'acquisition de catacombes pour assurer la sépulture des membres de son Association; mais on ne désigna jamais
    d'esclave.
  • enfin, de la hiérarchie à faire respecter et de l'organisation du culte. L'épiscope-évêque devait s'imposer à l'intérieur de son Collège, structuré de manière rigoureuse en plusieurs catégories: les prêtres choisis parmi les "Anciens" (presbuteroï), les diacres chargés de la gestion des biens du Collège, les lecteurs, les veuves, les vierges (parfois scandaleuses du fait de leurs relations sexuelles avec des diacres) etc… Le culte, en assemblée, consistait essentiellement en la lecture des "livres saints", les veteres latinae traductions diverses de la Septante, et de quelques nouvelles écritures, soit des récits de la vie du Sauveur rappelant les discours anciens de quelques "prophètes" soit des instructions sous forme de lettres attribuées à "un apôtre" disait-on. Ces lectures s'accompagnaient de divers rituels plus ou moins copiés sur les cultes publics existants, principalement les cultes de Mithra, Cybèle ou Isis; toutefois, le baptême par le sang d'un boeuf ou taureau était remplacé par un baptême d'eau beaucoup moins cher, et l'on se partageait, au lieu de viandes grillées, le simple pain et du vin; ce qui correspondait aux capacités financières des groupements.

Nonobstant l'hostilité souvent vive que ces épiscopes-évêques éprouvaient les uns pour les autres et les rixes sanglantes engendrées entre Collèges voisins, ces chefs constituaient une éventualité de parti politico-religieux, unique, universel, à la disposition d'un Empereur manipulateur d'hommes et prêt à tout pour exercer un pouvoir unique; ce que saura réaliser Constantin, en son temps. De culte privé autorisé, le culte chrétien deviendra en 313 un culte public parmi d'autres cultes publics,
puis à partir de 392 le seul culte public autorisé.

b) La persécution dite de Dioclétien

Sans revenir sur les déclarations de Suétone ou les châtiments infligés par Néron ou la lettre de Pline à Trajan en l'année 112, les deux manifestations anti-chrétiennes sous le règne de Marc-Aurèle nous permettent de bien les caractériser comme des mesures de répression de troubles de l'ordre public:

  • la première, en 167, à l'occasion d'une épidémie de peste à Rome, entraîna le "martyre" de Justin, philosophe et pédagogue connu, jugé criminel pour avoir refusé de participer au lectisterne organisé par les Autorités de l'Urbs, afin de conjurer le sort.

  • la seconde, en 177, à Lyon, causa le "martyre" de Pothin, et surtout de l'esclave Blandine, d'autant plus célèbre qu'elle aurait été la seule esclave reconnue "martyrisée", par solidarité avec ses patrons jugés pour un crime de lèse-Autorités

Ces événements nous permettent de mieux apprécier les deux "grandes" persécutions consécutives aux décrets de Dèce en 250, et de Valérien en 257. Ces deux Empereurs, en pleine période d'anarchie militaire, ressentirent vivement le besoin d'unifier l'Empire en ordonnant de leur rendre un culte qui renforcerait, de facto, les liens de citoyenneté autour d'eux. Ces décrets ne concernaient donc que les sujets de droit, les citoyens romains, mais en aucune façon les esclaves.Très peu de citoyens "chrétiens" refusèrent d'obéir; l'on voulait vivre, au-delà des convictions religieuses. Cyprien, Pape de Carthage, exilé volontaire, en 249 , pour diverses raisons , a rempli postérieurement ses lettres de lamentations devant le nombre des apostats dans son Eglise.

La "persécution" , dite de Dioclétien, en 303, voulut faire respecter l'ordre public, troublé trop fréquemment par les rixes entre chrétiens se déchirant pour des interprétations divergentes de leurs livres, dont leurs Collèges n'avaient pas la même traduction. La querelle arienne faisait rage à Alexandrie, mais l'on compta bientôt des soldats chrétiens qui, au nom de leur Foi c'est-à-dire au nom de leurs écritures, refusaient de combattre.
L'Administration vit dans ces écritures la cause des maux, et Dioclétien ordonna en 303 et 305, leur destruction et la mort de tous ceux, citoyens ou esclaves, qui refuseraient de remettre les ouvrages incriminés en leur possession. L'exécution de la mesure dura 10 ans en Occident de 303 à 313 et 20 ans en Orient de 303 à 324.
La répression fut d'autant plus efficace que les Collèges chrétiens étaient sous surveillance depuis presque un siècle. Dans les grandes villes, les bibliothèques chrétiennes furent anéanties. Seules, furent épargnées celles de petites agglomérations très éloignées, au Sud de la Tunisie par exemple, dans lesquelles des liens étroits unissaient les représentants du Pouvoir impérial et les chrétiens.

Pour "Le Monde latin antique", Mr.P.Petitmengin de l'Ecole Normale Supérieure de Paris a étudié 93 manuscrits représentant "Les plus anciens manuscrit de la Bible latine" (17).De ces manuscrits, soit entiers soit mutilés soit palimpsestes, un seulement daterait du IVème siècle: le Codex dit de Verceil comptant 317 feuillets écrits en onciale; trois seraient des IVème - Vème siècle; tous les autres appartiendraient aux Vème - Vlème ou Vllème siècle; on juge par là des effets de la répression anti-chrétienne.

Pour "Le Monde grec antique", nous ne disposons que de "L'Histoire de la littérature grecque chrétienne" d'A.Puech (18). L'auteur s'appuie sur une étude de Von Dobschütz pour faire état de 2.500 manuscrits, dont 32 fragments de papyrus; seuls 170 sont écrits en onciale, c'est-à-dire avant le IXème siècle, et appartiennent au Monde antique. L'auteur insiste sur l'extrême variété des textes et conclut que "nous n'avons aucune chance de remonter aux originaux".

Notons, toutefois, que la répression anti-chrétienne en Orient, à Alexandrie particulièrement, laissa du fait de sa durée, 20 ans, des souvenirs cuisants; ces derniers ont conduit les Alexandrins à dénommer cette période "d'ère des martyrs", et à situer tous les événements postérieurs à partir de cette "ère". Cette datation joua un rôle important dans les calculs de Denys le Petit, moine scythe, théologien et mathématicien renommé, lorsque celui-ci, en 525, fixera artificiellement la naissance de son Dieu au 25 Décembre de l'année 753 de la création de Rome, Ab Urbe condita.

La persécution aurait eu pour initiateur le César Galère, un des Tétrarques nommé par Dioclétien, avec Maximien Auguste d'Occident siégeant à Milan, et Constance Chlore, César, père de Constantin. Elle comportait non seulement la destruction des "livres saints" chrétiens, mais aussi l'obligation de sacrifier aux dieux romains. En Orient, ces dispositions furent appliquées sévèrement.
Cependant, si l'on veut apprécier objectivement le nombre de chrétiens martyrisés "pour leur Foi", il convient de se reporter aux travaux d'érudition publiés en 1689 et qui n'ont pas été surpassés, de Dom Thierry Ruinart, bénédictin de Saint-Maur à Paris, sous le titre "Acta primorum martyrum sincera" ( 19 ) .
Dom Ruinart tria la masse énorme d'hagiographies pour ne retenir que 120 Actes qui lui parurent authentiques.
Tillemont avait déjà rejeté un grand nombre de récits de martyres et signalé des fautes grossières contre l'Histoire. Gélase, évêque de Rome, avait déclaré en 496 que ces récits n'avaient pas d'auteurs connus et que "des mains infidèles ou ignorantes les ont surchargés de détails inutiles ou suspects".

Cette citation de G.Boissier dans son livre "La fin du paganisme" (Tome l - pages 386 à 394) marque la désillusion de cet auteur célèbre devant la rareté des textes authentiques exploitables; il trouva une explication dans la persécution dite de Dioclétien, dont les agents se seraient acharnés sur les récits de martyres. Mais les Acta martyrum étaient des procès-verbaux de l'Administration impériale, non susceptibles d'être détruits du fait de la répression anti-chrétienne puisqu'ils n'étaient pas archivés dans les bibliothèques des Collegia. Il convient donc de conclure avec G.Boissier :
"Sous la forme où nous les avons, la plupart des Actes méritent peu de confiance..., il n'y a guère de moyens de s'en servir pour avoir quelque idée du nombre de victimes".

Enfin, remarquons-le, cette longue persécution, si elle a bien été engagée par Dioclétien, s'est poursuivie sans lui; il a, en effet, abandonné son poste et son titre en 305, moment qu'il jugea propice à une retraite méritée par 20 ans d'une remise en ordre efficace de l'Empire, suite à 50 ans d'anarchie militaire. Il entraîna Maximien, Auguste d'Occident, dans son abdication; il fut le seul Empereur à agir ainsi. Aussi bien, compte tenu des services rendus, les Romains instituèrent une ère de Dioclétien débutant en 284, année de son arrivée au Principat. Cette datation fut utilisée pendant au moins 247 années.

c) Constantin Imperator divin

 

L'on ne connaît pas précisément la date de naissance de Constantin. Son père, Constance, était un guerrier valeureux qui accompagna Aurélien en 272 dans sa Campagne contre Zénobie, Reine de Palmyre. On sait à quelle "révélation" du dieu d'Emèse, le Sol invictus d'Héliogabal, les armées romaines durent la victoire.

C'est peut-être sous la même influence "divine" que Constance eut alors d'Hélène un fils nommé Constantin, né au plus tard en 273.
Il ne semble pas, toutefois, que Constance eut épousé Hélène, une Bitynienne servante dans une taverne, sans doute une esclave, contrairement à la légende chrétienne.

Hélène ne fut vraisemblablement qu'une concubine dont Constance n'eut que ce seul enfant; il épousa, après 280, Théodora, fille de Maximien co-Empereur de Dioclétien, qui lui donna 6 enfants.

Mais, assurément, cette conception de Constantin à l'ombre du Sol invictus devait orienter sa vie entière et le conduire à se prétendre l'incarnation du dieu Soleil, ou tout au moins son Christ; d'autant que sa naissance très obscure aiguisait à l'extrême ses ambitions .

L'histoire de Constantin commence réellement en 305, après l'abdication de Dioclétien et de Maximien qu'il fallait remplacer afin de continuer la tétrarchie.
La tâche incomba à Galère successeur de Dioclétien; il nomma Constance Auguste d'Occident; Galère désigna son ami Sévère, César siégeant à Milan, poste auquel Constantin espérait être affecté.

Déçu dans son ambition, il demanda et obtint de rejoindre son père à Boulogne, où se préparait une opération contre les Pictes de (Grande) Bretagne.

Constantin, couronné,
dans la gloire de sa personnalité humano divine


L'action militaire remporta un succès complet, mais Constance, malade, mourut à York le 25 Juillet 306, d'une leucémie pense-t-on. Constantin, fort de l'appui de l'entourage de son père du fait de ses qualités personnelles de valeureux guerrier, accapara la succession de ce dernier et déclara qu'il avait été nommé Auguste d'Occident par Constance, peu de temps avant sa mort. La situation s'imposa à Galère qui accepta de reconnaître Constantin comme César et non Auguste, titre accordé finalement à Sévère. Mais Constantin afficha ses prétentions dès 307, en sa Capitale de Trèves où il s'intitula Pontifex Maximus, annonçant ainsi qu'il était à la fois "le dernier (né) des dieux et le premier des hommes", suivant la définition"d'Hermès Trismégiste". Ces prétentions se trouvèrent d'ailleurs justifiées par la "révélation", dont il fut gratifié en 309 à l'occasion d'une Campagne contre les Francs, du dieu Soleil "Apollon - Sol invictus", "révélation" qui lui apporta la victoire sur les Barbares.

Entre-temps, l'horizon politique s'était, d'une certaine façon, éclairci. Maxence, fils de Maximien, furieux d'avoir été négligé par Galère en 305, s'était proclamé Empereur à Rome le 28 Octobre 306, puis Auguste en Avril 307. Galère ordonna à Sévère de réprimer la révolte. Malheureusement, celui-ci fut tué le 16 Septembre 307. La situation de Maxence semblait se stabiliser, d'autant que son père, Maximien, abandonna sa retraite en 307 et rejoignit son fils. Ensemble, ils reconnurent le titre d'Auguste de Constantin, qui épousa en secondes noces Fausta, soeur de Maxence.
Maximien mourut à Marseille en 310, après avoir obtenu de Dioclétien en Novembre 308 qu'il participa à une conférence organisée à Carnuntum près de Vienne pour désigner une nouvelle tétrarchie officielle. Constantin fut reconnu comme César en Occident et, Licinius, un ami de Galère, remplaça Sévère avec le titre d'Auguste. Maxence restait en place à Rome. Galère, très affaibli par un cancer, mourut le 30 Avril 311; il fut remplacé par Maximin Daia. Licinius, hésitant à provoquer Maxence, affronta Maximin Daia pour le contrôle de l'Orient, puis conclut avec ce dernier un accord qui laissait à Maximin Daia l'Asie Mineure et les Provinces Orientales.

Constantin disposa donc de 5 ans avant d'entreprendre la conquête définitive de l'Occident, 5 ans durant lesquels il eut la possibilité de régler le problème posé par les décrets de répression anti-chrétienne, de 303 et 305. Son père, Constance, n'avait pas manifesté une volonté déterminée de les appliquer; la raison en était qu'en ses territoires, la situation n'avait rien de commun avec la situation en Orient: les chrétiens ne créaient pas de troubles significatifs dans les armées, et ne manifestaient pas un attachement mortel à leurs livres "sacrés". Il restait cependant la question très épineuse du donatisme qui sévissait en Tunisie. Après le décès de Constance, il apparut clairement à Constantin qu'aucun Etat ne pouvait subsister sans Administration, et que celle-ci ne pouvait pas compter que des chefs de service. Il lui fallait, s'il voulait assouvir ses ambitions et devenir le seul Empereur, au moins en Occident, s'appuyer sur un corps administratif dévoué à sa personne, c'est-à-dire un corps administratif non seulement honoré efficacement par un salaire suffisant, mais délivré de la peur de la mort brutale, conséquence éventuelle des décrets de Dioclétien.

Une stricte exécution de ceux-ci aurait d'ailleurs conduit à la disparition d'un nombre important "d'employés aux écritures", sans lesquels il était impossible d'assurer l'efficacité du travail administratif, puisque l'on n'aurait pu les remplacer immédiatement. La question posée s'exprimait finalement en termes simples: comment s'attacher les "lettrés" chrétiens, qui exerçaient une influence déterminante sur les membres de leurs Collèges, y compris les épiscopes-évêques? La "machine impériale" dépendait de fait du service de ces esclaves, chrétiens pour la plupart; Constantin le comprit.

Il ne s'agissait en aucune façon de se "convertir" à la "religion" chrétienne, puisque l'Empereur aurait perdu de ce fait son pouvoir de commandement suprême et serait devenu un simple instrument aux mains de prêtres ou d'épiscopes; aucun de ceux-ci ne disposait d'ailleurs d'une autorité suffisante; les rivalités entre Collèges se situaient à un niveau tel que le mouvement chrétien se trouvait uni seulement dans son opposition aux Autorités romaines persécutrices, attendant pour un proche avenir la fin du Monde et la seconde venue de son Sauveur. La figure de celui-ci était trop floue pour s'imposer au Christ du dieu Soleil, qui avait manifesté par de nombreuses victoires la puissance de son soutien. L'autorité de Constantin était incontestable; elle fut incontestée par les membres des Collèges, dans la mesure où il abandonna de lui-même, définitivement, la répression anti-chrétienne, pour des motifs purement politiques et non religieux.En définitive, ce sont les chrétiens qui se convertirent au culte de Constantin.

Ne plus tenir compte des décrets pris en 303 et 305 était d'autant plus aisé que l'initiateur réel de la persécution avait été Galère, pour lequel Constantin éprouvait la plus profonde détestation. Assurer la vie sauve des chrétiens, leur permettre d'écrire de nouveaux livres traduits de la Septante, ramenait ceux-ci aux périodes de "petite paix" déjà parcourues au siècle précédent. Ce n'était pas suffisant pour les transformer en zélateurs de son Pouvoir. Il fallait leur donner le sentiment de partager leur faim de vengeance, et admettre officiellement leur "religion", même embryonnaire, au rang des cultes publics ancestraux du peuple romain; c'est-à-dire, pratiquement, les doter de biens assez fournis en espèces, immeubles et terres, pour tenir un rang équivalent à celui des religions les plus suivies: Mythra, Cibèle ou Isis par exemple. Constantin devint donc le père "nourricier" des Collèges chrétiens et, par là, le chef unique dont les épiscopes-évêques louaient la générosité. Par cette politique délibérée de donations importantes, il rassembla les divers Collèges chrétiens en un parti unique de soutien à son action; en gratifiant les évêques issus souvent de la petite noblesse, il les transforma en agents actifs de son culte personnel. Bref, Constantin apparut dans ses territoires comme une incarnation du Sauveur attendu, lui qui se prétendait le Christ du Sol invictus d'Emèse, et cherchait par le culte rendu à sa personne à cimenter l'unité des peuples dans ses domaines.

On le vit bien dès qu'il décida en 312 de pénétrer en Italie, pour renverser Maxence, et devenir, par sa victoire du Pont Milvius le 28 Octobre de cette année, le seul Empereur d'Occident. Il signa en 313 avec Licinius le "décret de Milan" officialisant le culte chrétien et restituant aux Collèges orientaux les biens dont ils avaient été expropriés; surtout, en 314, il convoqua à Arles plusieurs évêques pour tenter de trouver une solution à la crise donatiste. Ce Concile ne trouva malheureusement aucun remède efficace, mais signifia parfaitement la place capitale que Constantin occupait désormais dans la nébuleuse chrétienne, intégrée totalement à sa politique. Sur un plan plus général après la victoire de Licinius sur Maximin Daia et la mort de celui-ci à Tarse durant l'été 313, la scène impériale fut occupée finalement par deux seules personnes: Constantin en Occident et Licinius en Orient. Ils développèrent d'abord des actions amicales et Licinius épousa Constantia, demi-soeur de Constantin. Mais, dès 316, celui-ci prit l'initiative de la rupture et envahit les Balkans; la Campagne se termina par le Traité de Serdique, signé le 1er.Mars 317, par lequel Constantin se voyait attribuer la majeure partie des Provinces balkaniques.

Licinius eut à se plaindre des évêques chrétiens d'Orient, qui se comportaient en agents de Constantin. Il organisa contre eux une nouvelle"persécution", chassa les chrétiens de son Administration et de l'Armée, en fit exécuter un certain nombre et détruisit les immeubles de réunions des Collèges.La compétition trouva sa fin le 18 Septembre 324 à Chrysopolis; Constantin battit finalement Licinius qui abdiqua et se réfugia à Thessalonique, où il vécut en simple citoyen, jusqu'au début de l'année 325. Il fut assassiné par strangulation, laissant Constantin seul maître de l'immense Empire romain.

Pendant les douze années suivantes, précédant sa mort le 22 Mai 337, Constantin manifesta pleinement ses capacités d'Imperator divin. Il créa véritablement le Christianisme en 325 par le Concile de Nicée, en se faisant désigner, de fait, comme le Christ Unique du Dieu Unique, consacrant ainsi la double nature humaine et divine reconnue traditionnellement à un prince, roi ou empereur. Il frappa longtemps des monnaies d'or présentant son buste accolé à celui du Sol invictus, auquel il s'assimilait totalement. Mais rien n'est plus frappant que les monuments édifiés vers 330 dans sa nouvelle capitale Constantinople. Les plus représentatifs consistaient en :

  • d'une part, la haute colonne de pierres rouges portant une statue immortalisant Constantin en Dieu solaire, éclairant de ses rayons jusqu'aux limites de l'Empire

  • d'autre part, le Mausolée connu par la suite sous le nom d'église des Saints Apôtres. Là, fut déposée la dépouille de Constantin dans une tombe surélevée, au milieu de douze monuments constituant les douze (fausses) tombes des Apôtres assimilés aux douze divinités zodiacales; recevant directement de Constantin la lumière qu'elles réfléchissaient.

Le culte impérial n'avait jamais connu un tel développement, ni reçu une telle adhésion populaire grâce aux chrétiens qui ne s'y opposèrent jamais et, bien plus, s'en firent les zélateurs. Quarante cinq ans après le décès de Constantin, l'Empereur Théodose, sous l'injonction d'Ambroise évêque de Milan, l'érigera en unique culte de l'Empire romain; pour faire face, sans doute, aux situations désastreuses causées par les invasions des Barbares; maiq déclenchant une persécution féroce contre les antiques religions désormais interdites.

 

Constantin, de fait, avait été l'Empereur-Dieu vénéré par tous les Romains dans tout l'Empire et non seulement par les chrétiens. La preuve en fut fournie par le Sénat qui, à sa mort, le divinisa, comme avait été divinisé tout Empereur excellent.

Les chrétiens ne manifesteront aucune opposition à cette transfiguration toute traditionnelle; le drame survint quand, plus tard, par volonté de puissance, les évêques ,affamés de pouvoir, réussirent à imposer leur Christianisme comme le culte exclusivement autorisé dans l'Empire.

"Compelle intrare : force-les à entrer"; ce fut la règle édictée au Vème siècle par Augustin Evêque d'Hippone.
L'ensemble de la population fut ainsi caporalisée, devenue insoucieuse de ses libertés individuelles. Ce fut une régression.

Monnaie d'or de Constantin ; bustes accolés de Constantin
et du Sol Invictus son "Comes" ou gouverneur.

d) Le Chrisme


Le Chrisme est la roue solaire à six rayons que Constantin fit dessiner, en 312, sur les étendards et bannières de son Armée peu de temps avant la bataille du Pont Milvius.
Assurément, Maxence n'était pas un guerrier très valeureux; ses victoires antérieures, notamment sur Sévère, avaient été le fruit de magouillages tendant à soudoyer l'armée adverse, de sorte qu'un nombre élevé d'unités avait pris la fuite pour protéger leur butin, abandonnant l'Auguste d'Occident à la vindicte de son compétiteur.
Cependant, s'agissant d'un proche affrontement entre deux armées romaines, équipées et vêtues de la même manière, une confusion au cours de la bataille restait toujours possible. Constantin devait trouver un moyen simple pour assurer le regroupement de ses troupes, de telle sorte qu'elles demeurassent solidement unies pour culbuter plus aisément un adversaire d'ailleurs peu aguerri. Il aurait conçu ce dispositif pictural à la suite d'une "révélation" divine, semblable à celle dont il avait été gratifié en 309, révélation attestant à nouveau sa qualité de Prince humano-divin conformément à la théologie royale développée dans "l'Hermès Trismégiste" ( 20 ) .
La singularité de cette roue solaire résidait en ce que ses rayons dessinaient les deux lettres "CHI: X" et "RHO : P" abréviatif de Christos.
Les chrétiens affirmèrent plus tard que ce Christos était leur Dieu, sans prendre garde au sens de ce qualificatif. Christos "oint" ou "oint de Dieu" ne peut pas être le Dieu-Trine de leur Credo. Dieu ne peut pas être simultanément le bénisseur et le béni; se bénir soi-même n'aurait aucune signification, même si l'on imagine comme Christos, le Fils Unique, puisque ce dernier partage la même nature que le Père, et ne forme, partout et toujours, qu'une seule personne avec Lui. Christos ne peut être qu'inférieur au Dieu Unique dont il reçoit l'onction ; il se situe, selon l'Hermès Trismégiste, au dernier rang des divinités par sa naissance et au premier rang des hommes. Christos ne peut pas être Deus, même s'il est divus, qualité consacrée par la divinisation d'un Empereur défunt.

De fait, Constantin n'était pas le seul à se prétendre Christos. Licinius, de son côté, avait doté de ce Chrisme son Armée, avant la bataille décisive contre Maximin Daia à l'été 313. Il en avait été vainqueur, comme Constantin en 312. Ainsi, Licinius manifestait publiquement que ce signe n'était pas "chrétien" puisqu'il poursuivit la persécution anti-chrétienne en Orient, jusqu'en 324. Mais, Constantin, l'ayant vaincu à Chrysopolis,ne supporta pas la présence d'un autre Christos que lui-même; aussi bien, fit-il assassiner Licinius à Thessalonique en 325, juste avant la réunion du Concile de Nicée.

Finalement, les chrétiens, en se "christianisant", acceptèrent de vénérer Constantin comme leur seul Dieu sur Terre, image du Soleil son véritable père; ils reconnurent en lui leur Sauveur revenu en ce Monde pour les justifier et les combler de bienfaits. Après sa mort, ils l'hypostasièrent en "Empereur céleste et Seigneur de majesté", selon les déclarations du IVème Concile de Constantinople en 869 - 870. Les empereurs d'alors devinrent les "Saints amis" du Christ Roi.
Des fouilles archéologiques nombreuses et importantes, notamment entre 1939 et 1949, eurent lieu au Vatican, et ont permis d'interroger des inscriptions sous forme de graffiti sur les murs du cimetière primitif d'avant la construction de la Basilique Saint-Pierre. Des statistiques ont été notamment établies par Dölger, et compilées par J. Carcopino dans ses "Etudes d' Histoire Chrétienne"( 21 ) .L'auteur établit que le Chrisme abréviatif n'apparaît selon la plus grande probabilité qu'entre 298 et 313. Dans les Catacombes, des centaines de graffiti ont été découverts sur les murs, mais aucun ne renferme le Chrisme. Constantin a commencé de frapper des monnaies de cet abréviatif, entre 317 et 320. Compte tenu des monnaies d'or sur lesquelles son buste apparaît accolé à celui du Sol invictus, l'affirmation de sa filiation divine est patente.

Mgr.Duchesne, de son côté, a compté qu'au Vatican il y avait plus de 200 graffiti antérieurs à la fin du IIIème siècle; aucun ne porte le monogramme du Chrisme. Une question se pose alors quant à l'inscription du nom de Christ dans les évangiles; si cette dernière était effectivement du Ier siècle, selon les conventions admises, les "chrétiens" auraient évidemment invoqué leur Sauveur sous cette appellation d'une manière abréviative ou non, dès la fin du 1er siècle ou le début du second. Comme il n'en est rien, selon l'Archéologie et donc l'Histoire, force est de conclure que cette dénomination dans les évangiles date seulement, comme les graffiti, du IVème siècle, c'est-à-dire au plus tôt du règne de Constantin

e) L' invention du Christianisme

Une religion est constituée grosso modo des quatre éléments suivants: des lieux de cultes divers; un personnel comprenant plusieurs catégories hiérarchisées de desservants; des rituels adaptés à un ordo ou à un calendrier liturgique ; enfin, une doctrine en fonction de laquelle tout est organisé, doctrine évolutive signifiant immédiatement son origine humaine et non divine.Il apparaît ainsi, clairement, que 1e Christianisme n'a pas été fondé par le Jésus des évangiles qui:

  • ne s'est jamais présenté comme Christ, et enjoignit à Pierre de ne pas lui attribuer ce qualificatif (Marc - VIII - 29,30);
  • n'a jamais construit de lieu de culte;
  • n'a jamais formé de personnel pour célébrer un culte quelconque;
  • n'a jamais appris à ses "disciples" un rite religieux quelconque;
  • ne s'est jamais présenté comme le Dieu Unique que l'on devait adorer.

    Certes, selon l'évangile dit de Matthieu, Pierre a bien reconnu Jésus comme "le Christ, le Fils du Dieu vivant" (Matthieu - XVI - 16,25), mais à nouveau, Jésus enjoignit à ses disciples de ne dire à personne qu'il était Christ. Par contre, il déclara à Pierre qu'il bâtirait son Eglise sur cette pierre.
    Cette construction, envisagée dans le futur, a effectivement été engagée par Constantin, lorsqu'il commença, vers 323, les travaux d'édification de la Basilique dite de Saint-Pierre au Vatican, sur l'emplacement d'un ancien cimetière.
    La Basilique, littéralement le palais impérial, était le lieu où les "fidèles" se réunissaient pour présenter à ce dernier, par un rituel adapté, leurs hommages, et leurs voeux de bonne santé, tout en l'assurant de leur dévouement à sa personne. De plus, cet édifice du Vatican était conçu comme un reliquaire de la dépouille de l'Apôtre Pierre, dépouille sur laquelle le bâtiment a été érigé, comme sur une pierre symbolique.
    Il apparaîtra totalement sacrilège de mettre en doute cette "histoire sainte", à laquelle plus de 16 siècles de Foi ont conféré une authenticité sans égale.La Basilique dite de Saint-Pierre constitue assurément un monument prestigieux, en quelque sorte le coeur de la chrétienté romaine; elle a été terminée vers 349 et on y a bien déposé, vers 336, la dépouille supposée de l'apôtre Pierre. J.Carcopino, dans ses" Etudes d'Histoire chrétienne", consacre un long chapitre "aux fouilles de Saint-Pierre", dans lequel il évoque avec détails le cheminement de ces restes, depuis le supplice de l'Apôtre; puis l'enfermement du corps dans un coffre et son inhumation par Anaclet vers la fin du premier siècle, soit 35 ans environ après la mort supposée de l'Apôtre, dans un cimetière au pied du Janicule à côté du temple de Cybèle dont les prêtres "vaticinaient", d'où le nom de Vatican; l'édification d'un trophée sur la tombe décrit par un prêtre du nom de Gaïus, à la fin du IIème siècle; le déplacement dans les Catacombes vers 258, par crainte, dit-on,d'une profanation de la tombe à l'occasion de la persécution de Valérien; enfin, son retour au Vatican en 336 dans la Basilique qui lui servira de reliquaire définitif.

    Hélas, il faut bien l'avouer, cette "Histoire sainte" n'a pour seule base que le"Liber pontificalis" , ouvrage très tardif commencé au début du Vlème siècle seulement, dont J.Carcopino lui-même, malgré sa Foi chrétienne, déclare le texte"sûrement corrompu", en se référant aux travaux de Mgr.Duchesne. D'après le "Liber pontificalis", Pierre aurait été évêque de Rome de 42 à 67; il serait mort sous Néron la même année que Paul. Par contre, aucun texte canonique chrétien ne mentionne un voyage de Pierre à Rome; selon les "Actes d'Apôtres", il était à Jérusalem en 42 sous le règne de Hérode Agrippa 1er.; il disparaît totalement de ces Actes après 44, date à laquelle il serait retourné chez lui en Galilée. Seul, Paul ira à Rome pour obéir à une apparition divine. Si l'on admet la véracité du "Liber pontificalis", et l'authenticité de la dépouille de l'Apôtre, force est de reconnaître qu'après les dévastations dont la Basilique fut l'objet en 410, 412, 455, 472, et surtout à l'été 846 à la suite d'un raid très audacieux et très destructeur des Sarrasins, sans omettre le sac de Rome de 1527 qui dura six mois, force est de reconnaître que rien n'en reste. Dans sa Foi chrétienne, J.Carcopino signale toutefois qu'après le sac des Sarrasins en 846 quelques "menus fragments d'os" seraient demeurés au fond du cercueil saccagé, et que ces "menus fragments" subsisteraient toujours. Mais combien y en avait-il? Comment identifier des menus fragments d'os? L'auteur ne le précise pas. Or il fallait bien que le reliquaire fût reconstitué complètement pour attirer à nouveau les foules de chrétiens à Rome, pauvres et surtout riches; il fallait bien le garnir au moins de quelques ossements pour "donner corps"aux superstitions populaires. Le Pape Léon IV aurait glissé en outre trois petits carrés d'étoffe découverts par les chercheurs dans un étui d'argent, sans que l'on connaisse la signification de cet ajout. L'enjeu était trop important pour les finances de Rome et l'Autorité de la Papauté, fondée sur l'exploitation de la naïveté des "fidèles" et la crainte suprême de l'Enfer; Pierre étant le Portier supposé du Ciel, on se précipitait sur sa tombe pour solliciter ses faveurs. En tout état de cause, la Basilique constantinienne a été remplacée au XVlème siècle par le bâtiment actuel; ceci conduisant à une transformation totale dont J.Carcopino ne tient aucun compte.

    Revenons sur un terrain plus solide; nous constatons que les évangiles décrivent concrètement les actions engagées par Constantin. Ce dernier compléta généreusement la construction de la basilique du Vatican en attribuant aux Collèges chrétiens des dons substantiels en espèces, biens fonciers et immobiliers. Il prit l'initiative personnelle d'édifier plusieurs autres basiliques, notamment l'église des Saints-Apôtres à Constantinople et Saint-Jean de Latran à Rome, dont il reste peu de vestiges. L'acte principal fut accompli à Nicée en 325, par la mise au point d'une doctrine dont l'essentiel reste à notre époque le Credo récité par tous les chrétiens romains ( 22 ). Le symbole de Nicée, semble-t-il, aurait été proche d'un symbole récité à Aélia Capitolina - Jérusalem - ou tout au moins en Palestine.

    Constantin dirigea les travaux du Concile soit par l'intermédiaire d'0ssius son conseiller aux affaires religieuses, soit personnellement; de plus, les décisions du Concile furent publiées comme lois de l'Empire. Ce n'est pas la déclaration du "Dieu Unique" qui surprit les contemporains car cette notion avait eu le temps de pénétrer les esprits du fait de l'enseignement de Plotin et des néo-platoniciens, depuis 245; ni non plus celle du Dieu-Trine ,qui existait déjà dans les mythologies indo-méditerranéennes . La nouveauté fut dans l'établissement du culte constantinien comme seul Christos du Dieu Unique. La qualité humano-divine de cet Empereur était proclamée avec une telle force qu'elle le conduisit à déclarer dans son discours à "l'Assemblée des Saints" :"Lorsque les hommes louent mes services qui trouvent leur origine dans l'inspiration du Ciel, est-ce qu'ils n'établissent pas clairement la vérité que Dieu est la cause des exploits que j'ai accomplis? Assurément, ils le font, car il appartient à Dieu de faire ce qui est le mieux, et à l'homme d'exécuter les commandements de Dieu"

    La réussite de Constantin manifestait son inspiration céleste. Peu importaient les crimes qu'il avait commis ou fait commettre pour assurer son pouvoir, notamment l'assassinat de Licinius en 325, de son fils aîné Crispus en 326, ou de son épouse Fausta. Seule importait sa réussite puisqu'elle constituait la preuve de sa filiation divine.

    "omnis potestas a deo" (Epître dite aux Romains XIII - 1,7)

    Après lui, nul autre Empereur, nul autre Roi chrétien ne se dira Christos; rois et empereurs appartiendront, certes, à une lignée divine, mais ils ne seront que les amis de l'Empereur Céleste Seigneur de Majesté. Ce Christos unique est devenu par assimilation dans les évangiles dits de Marc et de Matthieu l'autre manifestation de Jésus, l'antique sauveur venu sur Terre sous les traits magnifiés de Spartacus et Chrestus. C'est en tant que Christos que le Sauveur créait son Eglise, administrée et répandue par les évêques et le peuple chrétien jusqu'aux limites de l'Empire. Devenus, de fait, les agents unificateurs de celui-ci, les évêques utilisaient à outrance les services de la poste impériale pour développer leur zèle constantinophile et instaurer le culte impérial dans une situation qu'aucun empereur avant Constantin n'aurait pu imaginer.

    La manipulation des chrétiens pour obtenir leur adhésion au Christianisme, le culte constantinien, apparaît clairement dans la reconnaissance officielle de leurs "livres sacrés", et plus particulièrement dans les monuments construits à Jérusalem. L'Empereur transforma l'Aélia Capitolina d'Hadrien en capitale spirituelle chrétienne, future destination de pèlerinages en la Terre Sainte de la chrétienté. La légende tenace de la découverte de la Croix du Sauveur par Hélène, la mère de Constantin, montre combien les esprits christianisés sont prompts à accueillir n'importe quelle "Merveille" relative à leur Dieu. Aucun évangile n'a mentionné le dépôt d'une croix dans le tombeau de Jésus; la doctrine de l'Eglise ne l'a mis en croix qu'à partir de 451, plus d'un siècle après les événements supposés. En outre, jamais une croix n'a été fabriquée spécialement pour un condamné, "l'Arbor infelix" appartenait aux Autorités impériales et servait à des supplices successifs; enfin, l'on peut penser que la guerre des Juifs en 70 aurait entraîné la destruction de cet arbre du malheur, s'il se trouvait encore debout après une crucifixion sous Pilate, plus de 30 ans auparavant. Mais peu importe la date historique à laquelle des moines avides de pouvoir et d'argent décidèrent de faire commerce de débris de bois désignés comme reliques de la "Sainte Croix", dont cette spécificité lui permettait de se reproduire après chaque prélèvement, miraculeusement.( 23 ) .Constantin, en créant son Eglise, l'avait fondée comme une Institution humaine, inévitablement soucieuse du rendement de son patrimoine pour l'entretenir et le développer. Au bout de quatre siècles, cette Institution romaine deviendra le plus important propriétaire foncier de l'Italie et attisera les convoitises continuelles des Lombards "chrétiens". Finalement, l'évêque de Rome sera reconnu et établi en Souverain d'un Etat indépendant, grâce à l'appui des Carolingiens instruits par une fausse "Donation de Constantin". Chaque Pape a considéré que son pouvoir spirituel et temporel relevait de l'héritage constantinien. De nombreuses illustrations assimilèrent avec art Constantin à Dieu, et sa mère Hélène à la mère de Dieu. Des églises furent construites à l'époque romane dont la statuaire célébrait en Constantin le véritable fondateur de leur religion.
    Constantin demeure la référence suprême du Christianisme. Constantin ne s'est pas converti à la religion des chrétiens. Les chrétiens par intérêt se sont convertis au Christianisme , la religion de Constantin .

     

    f)Constantin et l'évangile

    L'évangile dit de Matthieu (XVI - 13/20) constitue la meilleure conclusion possible à nos propos.
    Jésus, sans raison apparente, conduit ses disciples au-delà de la frontière-nord de la Palestine, aux sources du Jourdain, dans la cité appelée Césarée de Philippe ( Philippe étant le troisième fils d'Hérode le Grand). Cette cité se nommait autrefois Panée ou Panias, lieu d'une célèbre victoire, en 200 avant notre ère, des Antiochiens sur les Egyptiens, qui leur abandonnèrent, définitivement, la Palestine. Ce lieu était consacré au dieu Pan par un temple très fréquenté dans l'Antiquité, orné de statues colossales rappelant la victoire de l'an 200. Pan était le dieu - berger; il symbolisait, en tant que tel, le pouvoir royal, puisque tout roi était le pasteur de son troupeau, les citoyens obéissant à ses ordres. Jésus, en conduisant ses proches disciples en cette cité, tenait apparemment à leur faire reconnaître sa nature "royale"; c'est ce qui se produisit puisque l'apôtre Simon Bar-Iona, dit Pierre, confessa:<< C'est toi le Christ >> voyant indubitablement en Jésus un Prince régnant, soit, à l'époque désignée par l'évangile, un Empereur romain, roi des Juifs. Et Jésus d'ajouter:<< Heureux es-tu!..... Et moi je te dis que tu es Pierre et sur ce roc je bâtirai mon Eglise...>> En s'exprimant au temps du "futur" Jésus déclare nettement qu'il doit s'incarner une nouvelle fois pour édifier sa religion et qu'alors il construira son église sur les reliques de "Pierre".
    Il affirme ainsi qu'il se réincarnera en la personne de Constantin, puisque celui-ci a, historiquement,
    construit au Vatican la basilique dédiée à "Pierre". En d'autres termes, l'évangile, dit matthéen, reconnaît
    en Constantin le créateur de son église, de sa religion dans tous ses constituants: temples, personnels, doctrine, et ressources financières pour alimenter l'institution.
    Mais si Jésus est Christ, Christ est, pour sa part, Jésus. Christ est, donc, par l'Ecriture, le successeur de David. Constantin est, ainsi, le véritable roi des Juifs, qu'étaient devenus les paléo-chrétiens dans leur vénération de la Septante.
    Cette lecture de l'évangile met particulièrement en relief le caractère légendaire de la "conversion"
    supposée de Constantin au christianisme, puisqu'elle déclare qu'il en est, sans aucun doute,
    l'auteur institutionnel. Cette légende est née vraisemblablement au 8ème siècle avec la fausse "Donation de Constantin à Silvestre, évêque de Rome" selon laquelle Silvestre aurait guéri l'Empereur de la peste;
    Constantin se serait agenouillé devant lui et, en remerciement, lui aurait donné, en héritage, la partie occidentale de son Empire.
    On ne saurait fermer cette page sans insister sur l'importance du recours de Jésus à Pan, au moins pour les raisons suivantes:
    - d'une part, en confiant à "Pierre" les clefs des Cieux, Jésus le transformait en successeur des Heures,
    divinités secondaires qui, dans la mythologie de Pan, étaient porteuses de ces clefs, et veillaient au bon déroulement des saisons. L'évangile a ainsi constitué Rome en centre magique de l'Europe occidentale,
    les populations se précipitant au Vatican pour obtenir de "Pierre" une aide bienveillante à l'heure de la mort et l'ouverture du Paradis.
    - d'autre part, toute l'iconographie du "Bon Pasteur" dans les chapelles et églises est le symbole du pouvoir royal de Christ. Au 16ème siècle, l'assimilation de Pan au Christ fut très fréquente, notamment chez Rabelais qui déclarait ( dans le Quart Livre XXVIII ): Pan est notre Tout, tout ce que nous sommes, tout ce que nous vivons, tout ce que nous avons, tout ce que nous espérons, est lui, en lui, de lui, par lui.
    .... le Bon Pan, le grand Pasteur... très bon, très grand Pan notre unique Sauveur...>>.

    g)Références Bibliographiques

    ( 1 ) - Cf " Les Conciles oecuméniques " - édité par Le Cerf - Paris 1994 : Tome II/2 , page 1985

    ( 2 ) - Cf " Prions en Eglise " - édité par Bayard Presse - La Croix-Evénement - Paris Nvbre 1995 : pages 10 et 11.

    ( 3 ) - Cf " Dictionnaire de la Bible " par A.M. Gérard - édité par R.Laffont, Bouquins - Paris 1989 : page 643 .

    ( 4 ) - Cf " Flavius Josèphe " par D.Lamour - édité par Les Belles Lettres - Paris 2000 : Figures du Savoir .

    ( 5 ) - Cf " Les Conciles oecuméniques " - op.cit. : Tome II/1, page 35 .

    ( 6 ) - Cf " Le monde grec ancien et la Bible "- Collection " Bible de tous les temps " - édité par Beauchesne - Paris 1984: "La Bible chez les marginaux de l'orthodoxie " par A. Le Boulluec , page 153 et stes .

    ( 7 ) - Cf " Aux Origines du christianisme " - édité par Gallimard , folio histoire - Paris 2000: " Les persécutions , le tribut de l'Eglise de Rome " par Luce Pietri , page 462 .

    ( 8 ) - Cf " Le temps des Réformes et la Bible " - Collection " Bible de tous les temps " - op. cit. - " La réforme catholique " par Guy Bedouelle : La Vulgate sixto-clémentine , page 350 et stes .

    ( 9 ) - Cf " Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme " - édité par Le Cerf - Paris 1993 : Philon d'Alexandrie , page 879

    ( 10 ) - Cf " Les Douze Césars " - traduction d'E. Pessonneaux- édité par Charpentier- Paris 1875 , page 556 : " Judaeos , impulsore Chresto, assidue tumultuantes , Roma expulit ".

    ( 11 ) - Cf " Les Métamorphoses " par Apulée - édité par Les Belles Lettres - Paris 1985 : XXX livres ; voir plus précisement les livres III et IV .

    ( 12 ) - Cf " Tradition orale et Ecriture " par Werner Kelber - édité par Le Cerf - Paris 1991 - Collection Lectio divina - : page 93 .

    ( 13 ) - Cf " Dictionnaire de L' Antiquité " de l' Université d' Oxford - édité par R.Laffont , Bouquins - Paris 1993 : voir "christianisme dans le monde romain " , page 207.

    ( 14 ) - Cf " Traités et Lettres " de Cyprien de Carthage - traduction de M.de Genoude - édité par Librairie Adrien Le Clère et Ce - Paris 1842 .

    ( 15 ) - Cf " Correspondance de Saint Cyprien " - traduction du Chanoine Bayard - édité par Les Belles Lettres - Paris 1962 .

    ( 16 ) - Cf " La Fin du Paganisme " par Gaston Boissier - édité par Hachette - Paris 1903 : 2 Tomes ; tome 1 page 261.

    ( 17 ) - Cf " Les plus anciens manuscrits de la Bible latine " par P.Petitmengin - édité par Beauchesne - Paris 1985 - Collection " Bible de tous les temps " : in " Le monde latin antique et la Bible " , page 89 / 123 .

    ( 18 ) - Cf " Histoire de la littérature grecque chrétienne " par A.Puech - édité par Les Belles Lettres - Paris 1928 .

    ( 19 ) - Cf " Erudition et Religion aux 17ème et 18ème siècle " par B.Neveu - édité par A.Michel - Paris 1994 : pages 37,71,110,113,116,119,125,175,194 .

    ( 20 ) - Cf " La Révélation d' HERMES TRISMEGISTE " - traduction par A.J.Festugière - édité par Les Belles Lettres - Paris 1989 : voir Tome1 " Instruction d'un Sage à un Roi " , page 325 .

    ( 21 ) - " Etudes d'Histoire Chrétienne " par J.Carcopino - édité par A.Michel - Paris 1953 : Les Fouilles de Saint-Pierre, page 191 .

    ( 22 ) - Cf " Les Conciles oecuméniques " op.cit. - Tome II-1 : Exposition ( de la Foi ) des 318 Pères , page 35 .

    ( 23 ) - Cf " Le vol des reliques au Moyen Age -Furta Sacra " par P.J.Geary -traduction de P.E.Dauzat - édité par Aubier Paris 1993 . Le récit de l' Invention de la Sainte Croix par l'Impératrice Hélène est l'un des tout premiers récits de translation de reliques ; le texte était connu en Occident , au 8ème siècle seulement . La lecture de ce livre est essentielle à qui veut comprendre l' évolution du Christianisme

     

  • lestine