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I - Préambule : Les premières Bibles imprimées
II - La composition littéraire au temps de l'Empire romain
III - L'écriture sacrée du christianisme au Moyen Âge

I - Préambule : Les premières Bibles imprimées

 

 

Les premières bibles imprimées en latin entre 1455 et 1500, dites Incunables, reproduisirent les manuscrits utilisés au début du 15ème siècle, qui représentaient généralement le type de bible dite "de Paris". Il fallut attendre le siècle de la Renaissance pour que la conjonction de l'imprimerie mécanique et des effets de la Réforme luthérienne provoquât une véritable révolution intellectuelle et religieuse.
Dans une Allemagne soulevée, pratiquement
depuis un siècle, contre l'Etat pontifical romain par suite de ses scandales, les 95 thèses de Luther, affichées à la porte de la chapelle du château de Wittenberg le 31 Octobre 1517, connurent immédiatement un énorme retentissement La pensée luthérienne était incompatible avec l'enseignement de l'Eglise, dite catholique, en ce que cette pensée fondait le salut sur la seule Foi en Christ, malgré le péché, et non sur les pratiques par lesquelles cette Eglise dirigeait ses "fidèles sujets".
Luther critiquait la distinction traditionnelle d'un sens littéral et d'un sens mystique ; pour lui , comme pour Lefèvre d'Etaples , le sens littéral était "christologique "* La rupture définitive intervint en 1520 par la publication des trois grands écrits réformateurs : "A la noblesse chrétienne de la nation allemande " - " De la captivité babylonienne de l'Eglise "- " De la liberté chrétienne ". Identifiant Rome à la " rouge prostituée babylonienne ", Luther refusait le privilège réservé au magister ecclésiastique d'interpréter la Bible; il fut excommunié par le pape Médicis Léon X le 3 Janvier 1521.
Grâce au véhicule fourni par l'imprimerie, la Réforme avait déjà eu le temps de se répandre en Allemagne, de façon fulgurante .

Caché par son protecteur, Frédéric de Saxe, Luther mit à profit cette retraite forcée pour , d'une part écrire de nombreux pamphlets, et d'autre part publier, en allemand, en Septembre 1522, le N.T. édité par Erasme en 1516,en grec .

Frontispice de la Bible de LUTHER , édition de 1541

La bible complète allemande parut, en 1534 , en première édition ; avant la mort de Luther en 1546 , cet ouvrage fut réédité 354 fois , complètement ou partiellement, en haut-allemand, et 91 fois en bas-allemand . Cette bible était écrite pour être lue à haute voix et présentait une ponctuation rigoureuse pour aider à la lecture. Mais, Luther révisait sans cesse son travail; il présenta un remaniement général de sa traduction en 1541; la dernière publication de son vivant se situa en 1545. En guise de préface à sa bible de 1541, Luther plaça un avertissement contre les falsifications. L'Allemagne était alors divisée en de mutiples Etats, principautés et villes impériales; la langue allemande était diversifiée; chaque Unité politique se cramponnait à ses particularités linguistiques .

 

La Réforme et la transmissioin de la bible de Luther se manifestaient donc sous de nombreux traits . Le souci permanent de Luther fut d'être compris de tous les allemands; ainsi,après avoir imposé les caractères gothiques, il créa certaines normes d'orthographe prenant en compte le rythme de la phrase , et surveilla son vocabulaire ; si bien que Nietzsche , en son temps , déclara la bible de Luther << à ce jour , le meilleur livre allemand >>* . Certaines hautes personnalités du 16ème siècle parlèrent de la bible de Luther comme d'un " trésor inestimable " , ajoutant << quiconque lit la Bible allemande de Luther entend le Dieu éternel et tout- puissant parler en personne >>** .
Cependant , les révisions incessantes opérées par Luther lui-même, ses transformations permanentes ne faisaient qu'accentuer le caractère interprétatif et relatif de l'ouvrage luthérien. Une traduction biblique ne peut être qu'une interprétation par le traducteur d'un manuscrit ou imprimé déclaré " original ", pour éprouver un humain sentiment d'immobilité sécurisante , renforcé par une argumentation " d'Autorité ".

* Cf." Le temps des Réformes et la Bible " cinquième volume de " La Bible de tous les temps "- édité par Beauchesne à Paris , en 1989 ; voir le portrait de Luther, pages 200 et svtes , par B.Roussel .
** Cf. " La Bible imprimée dans l'Europe moderne " sous la direction de B.Schwarzbach; éditée par la Bibliothèque nationale de France , à Paris , en 1999 ; voir pages 157 et 173 note 29 .

Bible allemande de Luther première édition de 1534 .

L' Invention de l'imprimerie
par caractères métalliques mobiles est traditionnellement datée des années 1450 ; elle précédait de trois ans la fin chronologique du Moyen Âge, intervenue le 29 Mai 1453 avec la prise de Constantinople par les Turcs et la mort héroïque du dernier Empereur romain d'Orient , Constantin XI ; ce fut la disparition de l'Empire romain d'Orient, même si les Turcs durent batailler encore de nombreuses années pour s'emparer de tous ses anciens territoires, notamment en Grèce. L'invention de l'imprimerie non seulement marqua une avancée technologique importante mais inaugura une révolution culturelle de première grandeur .
En effet :

  • d'une part , jusqu'alors , l'écrit , copié ou recopié manuellement , demeurait un produit de collection rare et cher, souvent attaché à son présentoir par une chaîne. Utilisé depuis le 13ème siècle , le procédé de reproduction d'un livre par cahiers séparés confiés à divers copistes permettait d'en tirer quelques dizaines , rarement centaines , d'exemplaires ; l'imprimerie, en en fabriquant des milliers, vulgarisait la littérature, accroissait l'alphabétisatioin, l'instruction et la culture .

  • d'autre part , les nécessités de la vente conduisait les éditeurs à employer la langue pratiquée par le plus grand nombre; le latin scolastique perdit son rang de langue littéraire primordiale, notamment sa qualification de " langue sacrée " compte tenu de la multitude d'éditions de la Bible en parlers vernaculaires ; avant même la parution du Nouveau Testament de Luther en allemand en Septembre 1522, on connaissait 17 ouvrages traduits en cette langue dès 1518 .

  • enfin, l'imprimerie libérait la littérature de la reproduction manuelle, qui avait sévi depuis l'Antiquité. Les ateliers de copistes chez les éditeurs ou les scriptoria conventuels cessèrent d'exister. Les textes échappèrent désormais aux variations, volontaires ou non, occasionnées par les scribes, leurs doigts engourdis ou déformés par le froid, leurs vues non corrigées de leurs défectuosités, sans omettre les migraines ophtalmiques à l'origine de phénomènes visuels en forme d'apparitions de personnages célestes aux têtes nimbées de brillantes auréoles.
    Les textes se figèrent, malgré les fautes typographiques et autres errata. Aussi bien , les lecteurs de nos temps ont-ils perdu, après cinq siècles et demi d'imprimerie, la notion des variations diverses mutilant les textes à chaque copie manuelle; ils pensent naturellement que les traductions de livres anciens lues aujourd'hui reflètent exactement les textes d'origine, commettant ainsi une erreur historique; comme si les scribes avaient des photocopieurs à leur disposition !! Les ouvrages datant de l'Antiquité ou du haut Moyen Âge, du fait de ces variations inévitables, fruits, quelquefois, d'un désir de bien faire, ne peuvent qu'avoir des auteurs " supposés " dont on recherche l'autorité, mais dont ces ouvrages ne peuvent refléter ni la pensée ni le style. S'agissant d'auteurs de ces époques, il faut tenir pour justifiée la conclusion émise par E.Poë dans la "Petite discussion avec une momie ": aucun auteur d'alors, fût-il qualifié d'auteur " divinivement inspiré ", n'aurait reconnu pour sienne une oeuvre dite de lui, après cinq siècles environ d'existence ( 1 ) . E.Poë reformulait inconsciemment les remarques de J.Hardouin, jésuite érudit du 17ème siècle; celui-ci, étudiant les oeuvres d'Ambroise et Augustin, déclarait qu' elles étaient presque toutes supposées ( 2 ) .

    La parution en 1455,
    à Mayence, de la Bible latine de Gutenberg ( bible à 42 lignes par folio ; au total 642 folios en 2 volumes ) ouvrit le champ à un nombre inimaginable d'éditions bibliques. De 1455 à 1500 , parmi les livres dits incunables, on compte 94 éditions de la Vulgate, dont 57 imprimées en des villes germanophones, 27 en Italie, 10 en France ; toutes dérivaient, avec quelques variantes , de la bible de Gutenberg , qui reproduisait un manuscrit de la Bible de Paris du 13ème siècle, dans son texte et sa présentation. Un tournant intervint dans les années 1516 / 1521 , compte tenu des progrès accumulés par les Humanistes dans l'étude des langues, notamment le grec et l'hébreu ( 3 ) En 1516 , Erasme publia un Nouveau Testament en grec , en marquant de son empreinte ce que l'on a pu appeler "La bataille du grec à la Renaissance"(4).
    Son travail avait été précédé en 1442 par un ouvrage de Lorenzo Valla intitulé " Collatio Novi Testamenti ", dans lequel L.Valla comparait le texte de la Vulgate latine avec des manuscrits grecs ; il avait recensé au moins 484 fautes grossières , explicables par l'ignorance du grec chez les copistes de la Vulgate , qui avaient introduit sans états d' âme de véritables contresens . Dans cet ouvrage révolutionnaire , L.Valla considérait comme inatteignable
    un " texte-source " original, et en venait à railler :<< l'aveuglement de ceux qui croient pouvoir remonter au véritable original >> ( J.C.Saladin ) .

    Bref , l'Europe entière fut secouée au 16ème siècle par la fièvre de l'édition ; on publia des Bibles de toute sorte en Allemagne, France, Italie ,Suisse, Espagne, Pays-Bas, Angleterre , en Pologne même , Hongrie , et jusqu'en Finlande . De cette activité éditoriale en forme d'éruption profuse , l' on examinera attentivement deux formes de traduction , les bibles en hébreu et les bibles en langues vernaculaires .


    Les bibles en hébreu ressortissaient à deux catégories :

    • d'une part , celles fabriquées par des juifs pour des juifs comprenant l'hébreu ; on avait eu , au cours du Moyen Äge, des bibles juives en vieux français , et en espagnol .

    • d'autre part , celles fabriquées par des chrétiens pour des chrétiens .

    Les bibles juives

    Elles ont eu, toutes, pour objet de reproduire le texte en hébreu de l'école de Tibériade rédigé par Aaron ben Ascher en 930 de notre ère , devenu normatif au 13ème siècle sur la recommandation de Maïmonide . Les différents auteurs juifs y adjoignirent des commentaires traditionnels plus ou moins fournis . Les premières bibles hébraïques imprimées le furent par un Anversois réfugié à Venise , du nom de Bomberg ; il publia en 1517 la bible de Felice da Prato ( Félix Pratensis ) , juif baptisé en 1513, devenu ermite augustinien.
    C'était un hébraïsant très compétent qui réalisa le premier essai de rédaction d'une édition critique de la bible juive ; par contre , il n'identifia pas ses sources et se contenta de signaler dans les marges les variantes " autorisées " ou "non autorisées ", notées brièvement ; il établit aussi une liste des " différences " entre les textes massorétiques de Ben-Asher , le modèle à reproduire , et de Ben-Naphtali ; tout ceci tendait à " relativiser " le texte sacré tibérien , mais Pratensis vénérait véritablement le texte biblique en tant qu'expression de la parole divine .

    L'oeuvre de Pratensis fut poursuivie chez Bomberg , en 1525 , par un érudit hébraïsant :Jacob ben Hayyim , fils d'une famille juive espagnole réfugiée en Tunisie après l'expulsion massive de 1492 ; il était correcteur et préparateur de copie chez Bomberg , qui au total publia environ 200 livres divers . Jacob ben Hayyim persuada son employeur de refaire la Pratensis avec , pour la première fois dans une bible , une numérotation des versets , d'avantage de commentaires , et surtout avec l'impression de la massorah ; c'est à dire l'ensemble des règles mises en place, du 5ème au 9ème siècle de notre ère , pour préserver un texte biblique supposé authentique . L'activité des massorètes consista à élaguer les textes anciens composés d'une suite continue de lettres sans interruption entre les mots << ce qui conduisait à une grande confusion dans la compréhension ...>> (5)Les massorètes divisèrent le texte en mots , phrases , et sections ; ils ajoutèrent des signes de vocalisation et de ponctuation ; pour s'assurer de ne rien oublier , ils comptèrent toutes les lettres des mots des phrases dans les divers livres de la Bible . Finalement , les massorètes essayèrent de rendre lisibles et compréhensibles des textes réputés anciens , ou très anciens , remontant , disait-on , au 6ème ou 5ème siècle avant notre ère , qu'ils reconstruisaient , autant que possible , conformément à la massorah , elle-même dressée d'après des textes massorétiques , << formant ainsi un cercle vicieux , ou sacré , comme vous voudrez ..>> ( 6 ) .

    Cependant , certaines bibles manuscrites anciennes se prêtaient difficilement aux investigations des massorètes << qui ne comprenaient pas toujours très bien ce qu"ils copiaient , ou avaient du mal à déchiffrer le modèle ... d'où la grande difficulté à rétablir un texte autorisé , et , croyait-on , authentique et révélé >> (6). Jacob ben Hayyim découvrit aussi des incohérences entre certains textes et les registres massorétiques qui les accompagnaient ; il aboutit donc à une édition critique de la Bible de Tibériade de 930 , plus ambitieuse et plus exclusive << dans le sens littéral du mot >>( 6 ) que celle de Pratensis . ; il assurait le triomphe d'un texte " assez proche " de celui d'Aaron ben Ascher .

    Quoi qu'il en fût de ces incohérences , du manque d'uniformité des textes les plus anciens c'est à dire les plus proches de la " source " , de la faillibilité des copistes successifs , même des meilleurs , Jacob ben Hayyim pensait , compte tenu de la stabilisation de l'écrit introduite par l'imprimerie , que le texte biblique était fixe et invariable depuis sa composition , ce qui était pratiquement inconcevable du fait de la variabilité continuelle de l'oeuvre , au Moyen Âge , conséquence inévitable de la copie manuelle .
    Il mourut en 1527 , deux ans après la parution de sa bible rabbinique .

    Son successeur chez Bomberg , Eliyahu Ashkénasi , émit le voeu que " son âme soit gardée dans un faisceau percé " traitant Jacob ben Hayyim d'apostat ! ! Ashkénasi systématisa le travail de certains grammairiens et classifia trop étroitement les phénomènes textuels recensés par la massorah , si bien que son travail concerna davantage une histoire de la langue biblique et de la réalisation des bibles anciennes ,que l'édition du texte massorétique tibérien . Il s'en tint , en outre , au schéma traditionnel de datation des livres bibliques de manière trop dogmatique , conception que mettra en défaut l' " Histoire critique du Vieux Testament " publiée en 1678 par R.Simon .
    A la fin, on découvrit à Amsterdam, en 1661 , une bible hébraïque éditée par J.Athias, préparée par Jan Leusden, titulaire de la chaire d'hébreu à l'Académie d'Utrecht ( c'était une équipe semblable à celle de Bomberg à Venise ). Cette édition était assez traditionnelle pour être utilisée dans les synagogues, où on la trouve encore parfois .

    Les bibles en hébreu fabriquées par des chrétiens

    Les bibles en hébreu fabriquées par des chrétiens pour des chrétiens se répartissent en deux catégories : les bibles polyglottes et les monolingues . Les premières apparaîssent comme une spécialité espagnole , dont le premier exemplaire fut composé au Collège d'Alcala de 1516 à 1521 ; cet établissement avait été créé par le munificent Cardinal Cisneros , qui sut attirer les plus éminents professeurs ; le crétois Démétrios Doucas quitta même l'atelier du célébrissime éditeur vénitien Alde Manuce pour venir au Collège travailler quelques temps; Alde Manuce aurait rêvé , semble-t-il , d'éditer vers 1514 une bible polyglotte à Venise . La bible d'Alcala fut dite Biblia complutensis. Le texte hébraïque fut un des tout premiers imprimés par des non-juifs, en fait des " nouveaux chrétiens " .

    La partie centrale de la page était occupée par le texte latin de la Vulgate , en colonne étroite , entourée, vers la reliure, de la version grecque de la Septante avec une traduction latine interlinéaire en caractères gothiques , et , vers l'extérieur , de l'hébreu organisé pour la première fois en chapitres comme le texte latin , selon l'invention de E.Langton en 1228 à Paris .

    Dans la marge extérieure figure une colonne de racines hébraïques permettant d'identifier les racines des verbes ; en bas de la page , vers la reliure , se trouve la paraphrase araméenne du Pentateuque , avec encore une fois dans la marge vers l'extérieur une colonne de racines . Le sixième et dernier tome de l'ouvrage comportait un lexique de l'hébreu et de l'araméen , ainsi qu'une grammaire hébraïque .

    Cette Biblia complutensis était clairement un livre catholique romain, destiné à des fins pédagogiques et apologétiques . La place prééminente du latin manifestait le caractère inférieur des autres textes ; il était situé comme entre la Synagogue et l'Eglise d'Orient , comme Jésus " entre les deux voleurs " ( ? ) , Jésus personnifiant l'Eglise romaine , selon les indications du Prologue de l'ouvrage . Pour le Cardinal Cisneros et ses collaborateurs , la " vraie " bible ne pouvait être que celle de l'Eglise latine; le grec , l'hébreu , et l'araméen ne paraîssaient que pour lui servir de renforts .

    Le Cardinal Cisneros engagea son entreprise l'année même où M.Luther affichait à Wittenberg ses 95 propositions et déclenchait le mouvement de la Réforme antipapiste . Celle-ci , appuyée par l'édition à bon marché de petites bibles en langues populaires , se répandit dans toute l'Europe Occidentale , y compris en Espagne, à Valladolid Séville Saragosse Barcelone. Les pouvoirs politiques et religieux organisèrent entre 1550 et 1560 une violente répression, qui éradiqua les germes luthériens. L'Inquisition confia , en 1551 , aux Universités de Salamanque et d' Alcala la tâche d'examiner toutes les bibles en circulation; on dénonça 103 ouvrages , et prohiba formellement les versions en langage vernaculaire: c'est pourquoi, les éditions espagnoles de l'A.et N.T. parurent à Anvers Genève ou Bâle. Dans les Pays Bas espagnols la situation était un peu différente, notament à Anvers où étaient concentrées 56 imprimeries qui publièrent jusqu'en 1545 de nombreux ouvrages hérétiques. En Février 1565 l'éditeur Plantin , au "Compas d' Or" , se mit en tête de faire paraître une bible en plusieurs langues :<< pour le bien public et utilité chrétienne >>( 7 ) . Compte tenu du climat de terreur établi par l'armée du duc d'Albe , et soucieux de manifester son orthodoxie , Plantin envoya , en 1566 et 1567 , plusieurs lettres au secrétaire du roi Philippe II , dans lesquelles il suggérait de faire fructifier , par ses initiatives , l'héritage du Cardinal Cisneros. Finalement , le roi d'Espagne signa le 25 Mars 1568 l'autorisation demandée par l'éditeur Anversois , puisque la Biblia complutensis d'Alcala était épuisée. Ce fut , de fait , une avancée de la Contre-Réforme. Le roi Philippe II envoya un de ses proches à Anvers, Benito Arias Montano, pour superviser le travail, qu'il finança à hauteur de 21.200 florins. La Biblia complutensis céda la place à la Biblia Regia. Par chance, Montano et Plantin sympathisèrent , se lièrent d'amitié , et réunirent autour d'eux un essaim d'érudits , dont Raphelengius " fort docte es langues hébraïque , chaldéenne , grecque , et latine " , qui épousa en Juin 1565 la fille aînée de Plantin ; il révisa la traduction latine du N.T. réalisée au début du siècle par Sante Pagnino contre l' avis du roi d'Espagne : selon ce dernier , cette traduction pouvait porter ombrage à la Vulgate .

    Montano fit incorporer cette traduction révisée dans le sixième tome de la Biblia Regia , et n'hésita pas à citer les écrits de certains auteurs hérétiques. Cet éclectisme lui valut de très vives attaques à la fin des opérations d'impression, en Août 1573. Dès 1574 , un professeur de l'Université de Salamanque , Leon de Castro , dénonça le caractère hétérodoxe de la Biblia devant le tribunal de l'Inquisition. La polémique se développant , on porta l'affaire devant la Curie romaine . A la fin , l' Inquisition jugea sévèrement Montano , mais autorisa la parution de l'oeuvre , à laquelle le roi d'Espagne semblait lié . Cependant , la bible polyglotte d'Anvers représentait le type même du livre de la Contre-Réforme , d'abord par son aspect matériel .

    A l'encontre des opuscules luthériens , de médiocre qualité et d'un prix peu élevé , l'ouvrage de Montano-Plantin se présentait comme le monument exigé par la présentation typographique savante de plusieurs langues , avec la variété et la qualité correspondantes des papiers utilisés , la richesse iconographique des frontispices et des planches dûs aux meilleurs graveurs , et finalement son prix de vente très élevé . Ce caractère ostentatoire appartenait pleinement à l'art religieux du temps , et témoignait du triomphe de l'Eglise romaine vivifiée par le Concile de Trente ( 1545 - 1563 ) .

     

     

    A l'évidence , le caractère savantissime de ces bibles polyglottes ne pouvait attirer qu' un nombre très restreint de lecteurs composé d'autres " Humanistes " férus de langues telles que le grec , latin , hébreu , araméen , etc...La fastuosité de leur impression soulignait la munificence des personnages " d'Autorité " qui avaient pris l'initiative de leur publication , ou l'avait soutenue , comme le Cardinal Cisneros et le roi Philippe II .

    Par là , on avait totalement négligé le peuple chrétien illettré; son instruction se réduisait à la pratique aveugle des commandements de l'Eglise romaine , dont le magister s'effritait lentement , puisque la " parole divine " n'appartenait plus exclusivement aux prêtres et moines mais devenait aussi la matière traitée par des " humanistes " érudits .
    Biblia Complutensis - Biblia Regia

    La richesse ostentatoire de ces bibles polyglottes témoignait , en définitive , de la vanité des personnages " ayant Autorité " , qui désiraient laisser une marque " scientifique " dans l'histoire de l'Eglise romaine ; par l'édition de ces ouvrages sans modèle précédent , ces personnages avaient non seulement cherché à satisfaire leur désir de gloire , mais croyaient laisser une oeuvre immarcescible , alors que les remarques , annotations et hypothèses diverses des auteurs et traducteurs dévoilaient la " relativité " de " l'Ecriture sacrée " . Les jalousies inévitablement provoquées par ces remarquables travaux conduisirent leurs auteurs devant le tribunal de l'Inquisition , qui les jugea fréquemment hétérodoxes ; la conclusion cachée de ces jugements établissait qu'un savant , serait-il le plus grand , restait un demi-savant , dont les interprétations seraient dépassées dans l'avenir . L'inerrance d'un texte , fût-il biblique , demeure un leurre pour des imaginations humaines qu'effraie l'évolution universelle .

    Mais quel but poursuivait R.Estienne , en 1548 , par l'édition d'une bible hébraïque fabriquée par des chrétiens ( R.Estienne , assisté de F.Vatable et de J.Mercier ) pour des chrétiens , éventuellement juifs convertis ? Etait-il si fortement fasciné par l'hébreu du fait que le Sauveur des chrétiens était désigné comme " Roi des Juifs " ? A la vérité , aucun Roi des Juifs n'avait parlé cette langue , qu'il s'agisse d'un Empereur romain ou des deux Hérodiens autorisés à porter ce titre . Hérode Agrippa 1er , roi des Juifs de 38 à 44 de notre ère , avait été élevé à Rome en tant que " prince - otage " , et désigné " Roi des Juifs " par son ami Caligula ( 37 - 41 ) puis par Claude ( 41 - 54 ) ; il parlait latin et grec , peut-être l'araméen , mais non l'hébreu ; cette langue , à l'époque , était uniquement celle de " l'Ecriture sainte " , lue au Temple et dans les synagogues par les prêtres juifs et traduite simultanément en parler vernaculaire : l'araméen .
    En outre , la bible chrétienne comprend un Ancien et Nouveau Testament ; celui-ci développe le précédent constitué par la Septante gréco-alexandrine écrite au 3ème siècle avant notre ère , qui n'a jamais été comptée parmi les " livres saints " hébreux , même si elle en représente une traduction .

    En fait , la Septante ne devint l'Ancien Testament chrétien qu' à la fin du 2ème siècle de notre ère , au moment où les fidèles de Chrestus s'approprièrent définitivement cet ouvrage alexandrin , devenu romain par la conquête d'Octavien en 30 avant notre ère , dans la pensée qu'il avait été , en quelque sorte , écrit pour eux , par " anticipation " ; ils éprouvèrent , alors , le besoin de fixer leur croyance en un Sauveur eschatologique dans un Nouveau Testament par référence à la Septante , qui devint leur Ancien testament . Il n'y a aucune possibilité de confondre cet A.T. chrétien avec la bible éditée par R.Estienne pour , vraisemblement , manifester sa connaissance de la langue devant un très petit cercle d'érudits hébraïsants , et glorifier son roi François I , décédé en 1547 , qui lui avait par privilège accordé son patronnage .Les hébraïsants chrétiens étaient composés soit de juifs convertis , soit de chrétiens instruits par des juifs convertis , soit de chrétiens ayant abordé le texte hébreu de la Bible grâce aux publications de Jean Reuchlin en 1506 , contenant un alphabet une grammaire et un lexique hébreux (L'allemand , Reuchlin , avait appris la langue hébraïque dans la Bible juive , aidé par un juif O.Sforno ; il avait été encouragé par Pic de la Mirandole , comme le français Lefèvre d'Etaples ).

    Le contenu de la bible de R.Estienne rappelle beaucoup celui de la bible de 1525 , publiée à Venise par Bomberg / Ben - Hayyim , notamment par la reprise de nombreuses références massorétiques . R.Estienne espérait, sans doute, rééditer le texte même de Aaron ben Ascher , devenu " le texte sacré " de la bible hébraïque au 13ème siècle de notre ère, lequel, supposait-on, reproduisait les textes anciens ayant fixé les paroles de YHWH à Moïse, et des Juges Rois et Prophètes inspirés " divinement " .

    Or , la langue hébraïque antique évolua comme toute langue humaine , et subit les fortes influences des peuples dominateurs : assyriens , perses , égyptiens ...etc. , qui l'obligèrent à incorporer dans sa grammaire et son vocabulaire des tournures linguistiques et des mots étrangers , afin de faciliter les échanges avec les envahisseurs . Cette greffe devint particulièrement importante du fait des conquêtes d'Alexandre au 4ème siècle avant notre ère , puis de Pompée et des Empereurs romains à partir du 1er siècle avant notre ère . Aussi bien , un Directeur d'études de l'E.P.H.E. - Sorbonne à Paris , M.Vernes , a pu consacrer , en son temps , tout un ouvrage aux " Emprunts de la Bible hébraïque au Grec et au Latin " , en précisant :<< le grand afflux d'emprunts grecs ne se termine pas au seuil de la période hellénisante , mais se continue , en remontant , par des apports , sans doute moins nombreux mais encore considérables , en ce qui touche les Livres législatifs et historiques .>>( 8 )

    L'autre surprise réside dans le nombre important d'emprunts au latin, plus tardifs. En d'autres termes, lorsque YHWH se révélait à Moïse sur le Sinaï, le Mont de la Lune, il ne pouvait s'exprimer comme dans la Bible " divine " des Juifs, écrite plus de deux mille ans après l'événement supposé, dont le langage était conditionné par un vocabulaire une grammaire des tournures de style totalement inconnus de Moïse, puis des Juges Rois et Prophètes, puisque ce langage n'existait pas encore. La bible juive "sacralisée" au 13ème siècle de notre ère est un livre d'hommes, interprétant selon leur entendement les manuscrits reçus d'une très longue succession de prêtres et de rabbins, qui avaient, à leur tour, interprété les légendes orales véhiculées dans leur petit pays occupé par des vagues successives d'envahisseurs, pour faire surgir l'espoir d'une liberté retrouvée. Le dieu des Juifs se transforma ainsi progressivement; ses traits traditionnels de dieu de la Fécondité ( 9 ) se muèrent en la figure d'un dieu guerrier, qui combattrait pour la libération définitive de son peuple élu .

    Les bibles en langues vernaculaires

    Elles firent s'abattre sur l'Europe chrétienne une censure ecclésiastique proportionnelle au danger supposé qu' elles semblaient constituer pour le magister de l'Eglise-Etat romain. Leur afflux suscita les plus dures répressions, puisque ces parutions menaçaient directement la prétention de l'Etat - Eglise à tout régenter, en tant qu' unique dépositaire de la "parole divine" .
    Le latin était "la langue des choses de Dieu et des choses de l'esprit " ( 10 ) ; il signifiait une autorité à laquelle on manifestait un attachement craintif; c'était la langue internationale des clercs européens, mais surtout la langue de l'Evêque de Rome devenu Souverain Pontife, héritier de Constantin, suprême législateur et suprême interprète de la Bible.

    Cependant, dans les pays germaniques et anglo-saxons , où les parlers "vulgaires" n'avaient pas de racines latines, on éprouva, dès les débuts du 8ème siècle avec Bède le Vénérable en(Grande ) Bretagne, le besoin de traduire le latin des clercs en langages populaires.

    En France , les premiers écrits, en langue romane "vulgaire", de littérature spirituelle ou de prédication paraîssent peu après 881; le plus ancien texte est la "Séquence de Ste- Eulalie"; le français est suivi d'une traduction latine. La littérature romane reste au service exclusif de l'Eglise jusqu'à la fin du 11ème siècle avec la "Vie de S- Alexis", et prend alors son indépendance. Un seul spécimen de sermon français de l'époque nous est fourni par le "Sermon sur Jonas", paraphrase du commentaire de St-Jérôme sur le livre de Jonas dans l'A.T.

    Il faut attendre le 13ème siècle pour trouver de nouveaux homéliaires, en manuscrits soignés, rédigés exclusivemeznt en langue vernaculaire, contenant à la fois sermons, textes édifiants et didactiques divers, c'est à dire des extraits de la Bible Ancien et Nouveau Testament. Le besoin de lire en langue "vulgaire" est alors devenu tel que, dès lors, la Bible latine, habituellement conforme à la Bible glosée dite " de Paris ", est traduite en français. << Donner à lire en langue vulgaire est le résultat d'une mutation culturelle qui correspond à un état de développement avancé de la littérature romane et à une évolution de la sociologie du savoir >> ( Michel Zink ).

    Très rapidement, différents Conciles régionaux interdirent la possession de cet ouvrage en parler populaire par les laïcs et aussi par les clercs, pour deux raisons principales: d'une par , le langage "vulgaire" ne pouvait pas retranscrire les finesses du latin, d'où le risque de traductions faussées allant jusqu'à des contresens funestes; d'autre part, les laïcs, même lettrés, ne pouvaient pas interpréter l' Ecriture Sainte, comme il convenait, sans l'aide de " professionnels du divin ", qui, au-delà d'un sens littéral souvent abscons , pouvaient leur faire découvrir les autres sens cachés, allégoriques, spirituels ou anagogiques ( 11 ) .

    Ainsi donc, dès les premières parutions, au 13ème siècle, d'une Bible en langue vernaculaire, l'Eglise eut une attitude négative d'interdiction pour protéger ce qu'il faut bien appeler son " fonds de commerce " , substrat de son pouvoir, et annihiler la concurrence des langues autres que le latin (principalement le grec et les langages populaires ).
    Cependant, le développement de l'alphabétisation dans les siècles suivants, principalement après l'invention de l'imprimerie, accrut considérablement le besoin de savoir chez les laïcs, et signifia la fin de l'hégémonie de la langue latine. En France, par exemple, le roi François 1er brisa le joug du latin scolastique par l'Ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, et lui substitua le français dans les jugements, les actes notariés et les registres d'état civil. Pour en arriver à cette libération, une lutte féroce s'engagea entre les théologiens et les "humanistes" .

    Les premiers s'identifièrent à Noël Béda, personnage très influent, syndic de la Faculté parisienne de théologie, pour lequel il était "hérétique" de " gréciser ".L'arrivée en force des "humanistes", au début du 16ème siècle, et particulièrement des " grécisants ", bousculait << la répartition traditionnelle du savoir,et donc les privilèges de l'Université >>(J.C.Saladin ) Ces "humanistes" mettaient les théologiens "dos au mur" en contestant finalement la langue des "Ecritures saintes" et son véhicule, le latin. Béda, dès 1525, s'en prit à Erasme, mais vainement ; il s'acharna, alors, contre Louis Le Berquin, traducteur parisien des oeuvres du "prince des Humanistes" ; il finit, en 1529, par le faire condamner pour hérésie; Le Berquin refusa de se rétracter et fut brûlé le 17 Avril de cette année .

     

     

    Le règne de François 1er, roi de France de 1515 à 1547, fut des plus contrastés en ce qui concerne l' Humanisme et les problèmes religieux soulevés par la pratique des langues, grec et français .

    Il fut d'abord un protecteur attentioné des " grécisants " et de Le Berquin en particulier, qu'il sauva en 1523 et 1526. Noël Béda mit à profit la captivité du roi à Madrid , en 1529 , pour faire condamner et torturer l'humaniste Béda fut exilé par le roi , en 1533, au Mont-Saint-Michel où il mourut 4 ans plus tard .

    Mais, en 1534, la funeste " Affaire des placards " jeta sur le règne de François 1er une tache indélébile. Le 18 Octobre 1534, des tracts imprimés en Suisse furent "placardés " à Paris et autres villes, dont Ambroise où séjournait le roi; ils dénonçaient << les horribles abus de la messe royale >> .

    François 1er considéra que son autorité était bafouée et déclencha une répression barbare contre les "évangélistes " .

    Le châtiment fut d'une férocité sans nom, et les bûchers se multiplièrent. En particulier, à Paris , une procession expiatoire fut organisée le 21 Janvier 1535; elle passait devant les deux échafauds où des "hérétiques" étaient brûlés vifs , " à petit feu " , par groupe de trois . Combien furent-ils précisément? on ne le sait pas .

    François 1er, par Clouet .

    Le règne de François 1er se termina à la lueur des flammes qui, le 3 Juillet 1546, place Maubert à Paris, dévorèrent l'humaniste - imprimeur - éditeur - "hérétique", Etienne Dolet; celui-ci avait, entre autres, publié à Lyon des oeuvres de Rabelais. Son bûcher consuma celui qu'une légende identifiait à un fils naturel du roi .

     

    A vrai dire , à Paris , au temps des incunables de 1455 à 1500 , rien ne permettait de prédire que le siècle suivant serait rempli de tant de discussions , tant de bruits , tant de cris , tant de fureurs , tant de destructions , tant de sang et de morts . Depuis que la direction des Facultés parisiennes était devenue la propriété des Ordres mendiants,dominicains et franciscains, l'enseignement de la philosophie aristotélicienne primait toute autre matière;les études bibliques étaient très peu développées . D'ailleurs , la Bible demeurait un livre encombrant , très cher, peu répandu; on la trouvait essentiellement dans les monastères, où elle servait à la lecture dans les réfectoires et chapelles, enchaînée à son présentoir. Le peuple chrétien, illettré, était instruit des "choses de dieu " par la décoration, l'iconographie, et la statuaire des églises; il était totalement étranger à la liturgie dont la langue unique consistait dans le latin; il était interpellé par la prédication des clercs, développant des anecdotes et des exempla tirés des livres bibliques, spécialement le livre des Psaumes .

    Etienne DOLET

    Dans la Vulgate latine, le texte disparaissait presque complètement dans le fouillis des gloses et des postilles ; finalement , on l'ignorait ; on commentait les commentaires. L' "Ecriture" était essentiellement considérée comme le substrat de l'Autorité pontificale. Cette situation allait , pour partie , susciter le mouvement des "Humanistes", qui voudront retrouver le texte seul, dans sa pureté, à sa souce, ad fontes. La sourde hostilité du Collège de Sorbonne envers l'exégèse biblique expliquerait qu'une seule édition de la Vulgate , suivant le modèle de la Bible de Gutenberg , ait été publiée à Paris , en 1476/1477, jusqu'en 1501 , par l'imprimeur du Collège, Ulrich Gering, associé à Michaël Friburger et Martin Crantz. Par contre, à Lyon, existaient des imprimeurs non liés à une Université; de 1479 à 1500, huit éditions latines se succédèrent, destinées, semble-t-il , aux clercs des diocèses proches de Lyon. Compte tenu de la présence, en plusieurs exemplaires, dès la fin du 13ème siècle, d'une traduction de la Vulgate en français , on aurait pu escompter que d'autres bibles françaises auraient été éditées dès l'invention de l'imprimerie.Or, cet ouvrage, dit" Bible historiale complétée" ( texte de Comestor et de Guiart ), fut repris une seule fois, vraisemblement en 1498, à l'initiative de Jean de Rely confesseur de Charles VIII, et imprimé par Antoine Vérard. Il n'y eut jamais d'autre bible en français à Paris , jusqu'en 1500 ; toutefois,elle fut rééditée seize fois jusqu'en 1545. Par contraste, Lyon produisit des livres bibliques en français bien avant la capitale , mais jamais de bibles entières . Un N.T. fut imprimé deux fois par Guillaume Le Roy , entre 1476 et 1480 , édité par deux religieux lyonnais , Pierre Farget et Julien Macho ; le texte de ce N.T. était déjà une reprise de la" Bible historiale complétée " . Ce N.T. accompagnait un abrégé, en français, de l'A.T. , dont Le Roy avait donné quatre versions entre 1473 et 1480 ; abrégé qui résumait l'A.T. jusqu'au livre de Job . A Lyon encore , un imprimeur du nom de Martin Huss fit paraître,à deux reprises en 1477 et 1479,une " Exposition et vraye déclaration de la Bible " , qui , non plus , ne constituait pas une véritable bible . Finalement , l'activité éditoriale de la France , comparée à celle de l'Allemagne et de l'Italie , resta à un faible niveau , compte tenu du vide universitaire créé par les Collèges parisiens ; cet immobilisme devait se payer très cher au siècle suivant , qui vit la France ravagée par les " guerres de religion " , de Mars 1562 à la signature de l'Edit de Nantes le 13 Avril 1598.
    Dans les pays germanophones, le besoin d'une traduction en langue vernaculaire se manifesta peu après la parution de la Bible de Gutenberg en 1455. A Strasbourg, un imprimeur du nom de Mentelin avait , en 1461 , reproduit cette Vulgate, mais dans un livre à 49 lignes par folio. Bien vite, il se rendit compte des attentes du public constitué par les "laïcs"; il édita en 1466 une bible allemande, et fut imité, en 1470 , par un autre imprimeur de la même ville, nommé Eggestein. Mentelin avait utilisé une traduction allemande de la fin du 14ème siècle qui aidait à la lecture de la bible latine; il vendit au public ignorant le latin l'impression de ce premier texte en langue populaire. La bible allemande de Mentelin fut rééditée à Strasbourg en 1485 par Grüninger; elle fut très largement diffusée à Nuremberg , de 1475 à 1485 , par deux imprimeurs , mais surtout à Augsbourg ,de 1475 à 1518 , par 9 imprimeurs différents ; de façon significative , on ne publia à Augsbourg aucune bible latine pendant la période des incunables ( 1455 - 1500 ). Globalement , avant la parution du N.T. de Luther, en 1522 , il parut 14 bibles allemandes en haut-allemand et 4 en bas-allemand . Toutefois, pour bien situer l'importance en Allemagne de la production biblique en langue vernaculaire , rappelons que la bible luthérienne fut en 12 ans seulement, de 1534 à 1546, éditée 354 fois en haut-allemand et 91 fois en bas-allemand. Les imprimeurs - éditeurs s'ingénièrent, pour faciliter la lecture des textes, à innover notamment par : la présentation d'une table des matières, au début ou à la fin de l'ouvrage; la numérotatioin des chapitres, en gros caractères, suivie d'un bref résumé du contenu; la numérotation des pages; une abondante illustration pour rendre le texte plus compréhensible; à partir de 1551, on introduisit la numérotation des versets inventée par R.Estienne. Luther avait imposé une stricte ponctuation pour inciter à la lecture à haute voix, et surtout des normes orthographiques, dont l'usage tendit à l'unification de la langue allemande .
    La profusion des bibles allemandes constitue un fait d'autant plus remarquable que l'Eglise romaine avait très tôt, devant le développement de l'imprimerie, manifesté ses craintes que "l'admirable instrument" se retournât contre la foi .

     

    Dès 1479 , les évêques allemands avaient confié à l'Université de Cologne le soin de contrôler et de sanctionner les auteurs et utilisateurs de " mauvais livres " .

    En 1485/86, l'archevêque de Mayence, Berthold de Henneberg, un des plus puissants princes de l'Empire, avait interdit la traduction des "Ecritures " en langue vernaculaire à partir du grec ou du latin , et leur diffusion, en adaptant les deux principaux arguments des conciles régionnaux français tenus à la fin du 13ème siècle: la langue allemande était trop fruste pour rendre les subtilités du grec ou du latin sans erreurs de traduction, les lecteurs laïcs ne pouvaient comprendre les "Saintes Ecritures " sans l'aide des " professionnels du divin ".

    Mais l'Esprit - Saint , veillant à tout , rendit plus éclatante la corruption des Cours pontificales romaines , notamment sous le règne d'Alexandre VI -Borgia( 1492/1503 ) , et celui de Léon X-Médicis
    ( 1513/1521 ) , fils de Laurent le Magnifique , illustré par l'affaire des " indulgences " ; Léon X octroya , en 1515 , l'indulgence plénière pour permettre précisément à l'archevêque de Mayence de s'acquitter, aux frais des fidèles, de ses obligations envers le fisc pontifical obéré par la reconstruction de la basilique St-Pierre commencée en 1506 ( 12 ) ." L'Esprit Saint " fit, alors , éclater la Réforme véhiculée par l'imprimerie , dont il avait permis
    " l' admirable " invention .

    Luther affiche ses 95 thèses à Wittenberg et initie la Réforme anti-papiste .

    En Italie, la première bible en langue italienne parut à Venise le 1er Août 1471, imprimée par Vindelino da Spira, un allemand dit Wendelin de Speyer; c'était une édition préparée par Malerbi ( ou Malermi ), savant moine camaldule vénitien; elle se présentait en deux volumes illustrés. La version de Malerbi se fondait sur le texte de la Vulgate, vraisemblablement revue et corrigée par un moine toscan. La seule différence tenait au fait que la langue toscane des manuscrits était adaptée à l'orthographe du dialecte vénitien. L'ouvrage contenait des écrits extra-bibliques et des gloses marginales Cette bible fut rééditée en 1477 chez Gabriele di Piero. Cette année 1477, à Venise , Antonio Miscomini sortit une autre bible en langue italienne éditée par un dominicain, Marino di Venezia.En 1481, toujours à Venise, Ottaviano Scoto imprima de nouveau la bible de Malerbi, revue par le franciscain Filippo da Rodigo, qui y ajouta une " Vie de St-Joseph " ; cet ouvrage de Scoto fut reproduit en 1484 par un Croate nommé Paltasichi , et en 1487 par Tommaso da Treviso.
    En 1490, se présenta une nouvelle forme de bible en langue vernaculaire sur l'initiative d' un libraire vénitien du nom de Giunta ( ou Giunti ), dite "bible historiée"; Giunta avait fait graver sur bois 350 illustrations racontant , dans l'ordre chronologique , la totalité de " l'Histoire sainte ", ce qui constituait, fait sans précédent , une sorte de "bande dessinée" du "Livre " ; Giunta fit imprimer son ouvrage chez Ragazzo en 1490 et 1492 , chez Rosso en 1494 , chez Zanni en 1502 et 1504 . A partir de cette année 1490 , les rééditions de la bible de Malerbi s'enrichirent d'illustrations du même type , mais dans un ordre logique et chronologique incertain .
    Le fait que toutes ces parutions , complètes , en langue italienne aient été imprimées - éditées à Venise , uniquement , s'explique vraisemblablement par un éloignement relatif de Rome, où des instructions sur la presse avaient été publiées par le Pontife. A Rome, en 1475, on comptait une vingtaine d'imprimeries; dans toute l'Italie , on publiait des textes liturgiques , épitres ou évangiles , en langue populaire , mais sous contrôle ecclésiastique. Dès 1480, Innocent VIII avait publié la bulle " Inter multiplices " ordonnant une surveillance de la presse en tous lieux, et instituant une autorisation préalable pour tout ouvrage; ce texte avait été repris par Alexandre VI - Borgia, le 1er Juin 1501. Seule, Venise la Sérénissime se sentait suffisamment libre, du fait de la distance, pour accueillir et encourager le commerce lucratif du livre , en protégeant les imprimeurs entreprenants . Cette situation dura jusqu'aux années 1550 . Deux événements , importants, étaient , alors , intervenus qui renforcèrent l'action de censure de l'Eglise romaine: le 5ème Concile de Latran en 1515 , et le Concile de Trente en 1545 . Le Concile de Latran V se tint de 1512 à 1517 . Dans sa session du 4 Mai 1515 , sous la présidence de Léon X-Médicis , il adopta une instruction relative
    à " l'Impression des livres " stipulant que :

    << Désormais et pour tous les temps à venir, personne ne devra avoir la présomption d'imprimer ou de faire imprimer un livre ou un écrit quelconque, à Rome comme dans toutes les autres cités ou diocèses, avant qu'il n'ait été d'abord soigneusement examiné ( à Rome par notre vicaire ....dans les autres villes et diocèses par l'évêque ......et par l'inquisiteur de la perversité hérétique ) et qu'il n'ait été approuvé par signature ....>> ( 13 ) .

    L'instruction prévoyait,en cas de désobéissance , une saisie des livres imprimés , leur destruction publique par le feu , le versement d'une amende de 100ducats, la suspension de l'activité de l'imprimerie concernée pendant un an, et une menace d'excommunication. Etaient donc stigmatisés les livres de toute sorte , pas seulement les bibles complètes ou partielles , et particulièrement les ouvrages en langues vulgaires.
    Apparemment, ces commandements restèrent sans effets immédiats, puisque , en 1525 , parut à Venise une réédition de la bible de Malerbi, enrichie des xylographies de Giunta; puis , en 1530 , Brucioli s'installa définitivement dans la cité des Doges; il venait de Florence emportant avec lui une traduction en italien du N.T. , qu'il avait établie à partir du grec. Brucioli noua des liens avec Giunta; celui-ci l'incita à apprendre l'hébreu sous la direction d'un savant rabbin nommé Elie Levita pour traduire l'A.T. de l'hébreu ( ? ) en italien . La bible complète de Brucioli fut éditée par Giunta en 1532 . Cet ouvrage est reconnu par plusieurs critiques comme : << l'unique traduction italienne digne de ce nom >>( 14 ) .

     

    Dans une longue dédicace à François 1er , roi très chrétien de France , Brucioli revendiquait le droit pour le peuple de lire l'évangile en langue vulgaire, il n'était pas nécessaire de passer par la pyramide hiérarchique. Son N.T. fut soupçonné d'être
    "luthérien", sa bible fut donc mise à l'index en 1559 .

    Giunta , en 1536 , édita le N.T. de Brucioli , revu par un dominicain de Florence , Zaccheria ( ou Zaccharia )
    En 1538 , les fils et héritiers de Giunta publièrent une nouvelle version de la bible complète, révisée par un dominicain professeur d'hébreu du nom de Marmochino; en 1542 , ils réimprimèrent le N.T. revu par Zaccheria; en 1546 , ce fut le tour de la bible révisée par Marmochino .

    Finalement, on estime que durant le 16ème siècle, pris isolémént , il y eut environ 30 éditions de bibles en italien , qui survécurent à l'usure du temps et aux luttes religieuses;vingt neuf furent publiées à Venise; une seule fut imprimée à Genève , en 1562 , par François Durone, la " bible duronania " , fabriquée à partir de la bible de Brucioli révisée et corrigée par des anonymes, qui déclarèrent, en une note , vouloir rendre la version d'origine
    " plus intelligible , mais sans en altérer le sens ". La révision dura trois ans et fut entreprise pour l'usage des protestants italiens réfugiés en Suisse .

    Bible en italien de Brucioli , éditée à Venise en 1538.

    Les mouvements de Réforme anti-papiste gagnèrent rapidement l'Europe occidentale , à l'exception cependant du Portugal et de l'Espagne, qui avait expulsé ses "protestants". La réaction de la Cour romaine se fit à la fois plus dure et plus simple; elle décréta que l'hérésie était véhiculée par les bibles , complètes ou partielles , en langues" vulgaires " ; en les interdisant totalement et définitivement , sauf autorisations des inquisiteurs , on empêcherait le développement ultérieur de la " perversité hérétique " ; on ramènerait le peuple chrétien à son état primitif d'ignorance ; on dresserait des barrières infranchissables entre pays chrétiens romains et chrétiens réformés . La manifestation caractéristique de cette attitude fut l ' Index librorum prohibitorum préparé par Paul IV dès 1557, et publié en 1559 ; la sévérité de ce catalogue des livres interdits imposa , en 1561 , une action modératrice , à la demande de nombreux évêques privés de la faculté antérieure de permettre aux laïcs la lecture , en leur langage habituel , de " l'Ecriture " , en tout ou parties . La contestation était conduite notamment par l'archevêque de Raguse ( Dubrovnik ) , Ludovico Beccadelli .

    Cependant , ces mesures modératrices ne furent pas tolérées lontemps . La " Congrégation de l'Index " fut instituée en 1572 ; elle voulut entraver l'action pastorale des évêques en augmentant les pouvoirs octroyés aux inquisitions locales, dans le domaine des permissions accordées aux fidèles de lire la bible en vulgaire.
    A partir de 1577, toute lecture des " textes sacrés" en langages vernaculaires , en prose ou en vers , fut interdite, et les licences accordées préalablement furent révoquées. Désormais, seule était permise la lecture en vulgaire des " épitres " et " évangiles " pour l'année liturgique
    << aux personnes pieuses et honnêtes
    >> .
    Ces instructions, destinées à toute la chrétienté romaine, eurent une particulière répercussion en Italie.
    En effet, la publication des différents Index fut suivie de perquisitions non seulement dans les couvents des Ordres réguliers masculins : bénédictins , dominicains, camaldules , célestins , ermites augustiniens ...etc. mais aussi chez les libraires romains, dans des couvents féminins, dans quelques diocèses, de façon à s'assurer de l'application des interdictions chez les réguliers, le clergé séculier , et les laïcs . Vraisemblablement , la bible entière et le N.T. en italien avaient été pratiquement supprimés avant la fin du 16ème siècle .

    Cependant , la répétition des visites et les procès-verbaux consécutifs envoyés à Rome montrent qu'il restait de quoi alimenter les bûchers, c'est à dire que des livres interdits restaient cachés et qu'une certaine résistance s'était instaurée.
    Parmi les ouvrages saisis, on relevait une prédominance de la traduction de Brucioli, et des ajouts extra-bibliques orientant le lecteur, sous des dehors orthodoxes , vers la doctrine de la Réforme .
    Cette survivance des "Ecritures " en vulgaire manifestait à la fois la volonté de comprendre la bible et celle de s'en nourrir, à travers des éditions dites hétérodoxes. La fureur aveugle et dévastatrice des inquisiteurs signalait non seulement la décision d'interdire l'accès direct des " livres saints " à la grande masse des fidèles, dont l'ignorance maintenue conditionnait l'obéissance, mais également l'égarement de Rome devant la production éditoriale .
    Les oeuvres saisies, dont un grand nombre d'épitres et d'évangiles en vulgaire, remontaient pour la pluspart à la première moitié du 16ème siècle; elles furent brûlées en public, selon les habitudes romaines de faire périr par le feu hommes et livres qui s'opposaient à son conformisme doctrinal.

    En Angleterre

    Les premières parutions d'une bible en langue " vulgaire " eurent lieu en 1535. Il faut, en effet, tenir compte des événements politiques qui amenèrent progressivement la Cour d'Angleterre à adopter une Réforme protestante. Henri VIII accéda au trône en 1509, du fait de la mort de son frère aîné , Arthur , dont il épousa la veuve, Catherine d'Aragon , tante du futur Empereur Charles-Quint. Henri VIII, féru de théologie, prince très cultivé, se signala d'abord par son zèle en faveur de l'Eglise romaine, et publia en 1521 une
    " Assertio Septem Sacramentorum ", réfutation vigoureuse de la doctrine luthérienne, qui lui valut, de la part de Léon X - Médicis, le titre de " Défenseur de la Foi " ( Octobre 1521 ). Mais la préoccupation essentielle du roi demeurait sa succession, préoccupation aggravée par une sexualité débridée. Henri VIII demanda, en 1527, au pape Clément VII, alors prisonnier de Charles-Quint, l'annulation de son mariage avec Catherine d'Aragon; le pape refusa, craignant de déplaire à l'Empereur. A partir de 1529, le Gouvernement anglais commença à faire pression sur le clergé pour le forcer à reconnaître le roi comme le chef suprême de l'Eglise d'Angleterre, et non plus le pape. Henri VIII tira parti des abus de la fiscalité pontificale
    ( les " indulgences " ) , et des richesses des Ordres monastiques; il fut excommunié par une bulle de Clément VII du 11 Juillet 1533; le schisme entre les deux Eglises fut consommé par l' Acte de Suprématie de 1534. Henri VIII bénéficia du vieil anticléricalisme d'une grande partie de la Société anglaise .

    Sous son fils et successeur, Edouard VI ( 1547/1553 ), la politique religieuse anglaise s'orienta nettement vers le protestantisme, orientation marquée par la publication en 1549 du premier Prayer Book, et en 1551 des " Quarante-deux Articles ". La restauration catholique de Marie Tudor ( 1553/1558 ) célébra solennellement la réconciliation avec Rome, en 1554; elle rétablit les anciennes lois contre les hérétiques , et poursuivit une véritable persécution des protestants; elle envoya au bûcher au moins 300 personnes. Marie Tudor devint Marie la Sanglante; vingt ans après , elle renouvellait les horreurs perpétrées en France par François 1er, en suite de la funeste Affaire des Placards .
    Elisabeth I ( 1558/1603 ) lui succéda, au grand soulagement de la population; son dessein était d'exercer l'autorité religieuse suprême; dès 1559, elle rétablit l' Acte de Suprématie de son père Henri VIII. Le Parlement vota , la même année , l ' Acte d'Uniformité , qui rétablissait les dispositions prises par Edouard VI et obligeait les Anglais à suivre le Book of Common prayer. Les évêques protestèrent ; Elisabeth les déposa , tous , et renouvella entièrement le haut clergé. La religion anglicane fut théologiquement constituée par l'adoption des " Trente neuf Articles " en 1563; ce texte rejetait le dogme catholique de la transsubstantation et n' admettait que deux sacrements: le baptême et la cène. Elisabeth , chef de l'Eglise anglicane, maintint la hiérarchie épiscopale , ainsi que la liturgie et les ornements catholiques . Elle dut affronter une double opposition :

  • d'une part , celle des catholiques ; elle fut excommuniée par le pape Pie V en 1570 ; la célébration du culte catholique fut interdite à compter de 1580 .

  • d'autrepart , celle des calvinistes : presbytériens , congrégationalistes , " puritains " ; ils refusaient toute hiérarchie épiscopale et les survivances du culte catholique dans l'Eglise anglicane. Plus tard , sous Jacques 1er ( 1603/1625 ), des "pélerins puritains" iront coloniser la Nouvelle Angleterre , en 1620 , traversant l'Atlantique avec le May Flower .



     

    Cet examen succint du contexte politico-historique du 16ème siècle anglais nous conduit à résumer comme suit la chronologie des travaux d'édition-impression concernant la bible anglaise, complète ou partielle , en langue dite " vulgaire