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I - Préambule : Les premières Bibles imprimées
II - La composition littéraire au temps de l'Empire romain
III - L'écriture sacrée du christianisme au Moyen Âge

II - La Composition littéraire au temps de l'Empire romain

a) Question initiale : La Bible livre divin ?
b) Qui était l'auteur d'un ouvrage dans la littérature classique
c) Qui était l'auteur d'un ouvrage dans la littérature chrétienne
d) l' Ancien Testament
e) le Nouveau Testament
f) Références bibliographiques

a) Question initiale : La Bible , livre " divin " ?

Le Concile de Trente , " légitimement réuni dans l'Esprit Saint " , a déclaré fermement , dans sa session du 8 Avril 1546 , que << Dieu est l'auteur unique de l'un et de l'autre ( Testament ) " . Cette annonce sans équivoque ne laisse aucune possibilité de discussion sur le contenu de l' " écriture sacrée " ; tout ce qui est écrit dans l'A. et le N.T. , définis par le Décret sur la réception des " Livres Saints " ( 1 ) vient directement de l'auteur " divin " , et doit être cru comme tel; d'où la foi en l'inerrance biblique: la Bible entière, Ancien et Nouveau Testament, dit la vérité, même à l'encontre de la science humaine assimilée par Jean-Paul II à du "scientisme" ! Déjà, nous avons conclu que ces ouvrages-ci constituaient des hagiographies et non des récits historiques. Pour s'en convaincre, il suffit de se référer, une nouvelle fois, à l'évangéliste dit Luc ;
celui-ci prétend s'être informé de tout auprès de témoins oculaires,dont il ne donne jamais les noms
(Lc-I1/5), mais nous montre tous les disciples de Jésus endormis lors de la scène du Mt des Oliviers
( Lc-XXII 39/46 ) . Qui, parmi eux , aurait pu voir et entendre Jésus dans ces circonstances ? Certes , un ange apparut , du ciel , pour le fortifier , mais, par la suite , ce messager ne s'est adressé à aucun disciple pour lui décrire l'agonie du Sauveur. C'est donc l'évangéliste qui a imaginé le scénario afin de provoquer l'effroi et la compassion de lecteurs et auditeurs totalement subjugués par l'autorité supposée de l'écrivain . L' hagiographie accumule les "effets de réel "pour accentuer le caractère " merveilleux " de son contenu , mais elle reste un livre d'homme .
Qu'en est-il de l'Ancien Testament ?
Malgré la qualité des travaux des Humanistes du 16ème siècle, malgré les finesses de leurs traductions
des " livres sacrés " , malgré la "relativité" de cet héritage littéraire mise en lumière, et les questions posées sur sa nature , l'on dut attendre le siècle suivant pour que s'établisse une véritable critique textuelle . Le but de la critique textuelle d'un livre est de trouver la "vérité", c'est à dire trouver les explications les plus vraisemblables au contenu de son texte . Le " père " de la critique de l'A.T. fut incontestablement Richard Simon,moine érudit de l'Oratoire,qui publia en 1678 son " Histoire critique du Vieux Testament " ;
par celle-ci, il niait que Moïse fut l'auteur du Pentateuque, dans le sens traditionnel de l'authenticité.
Quant aux autres livres de l'A.T. , il admettait une intervention d'écrivains publics rendant inintéressante la recherche des auteurs de ces ouvrages . Il ne saurait y avoir , disait-il , une chronologie " certaine et infaillible " des livres de l'A.T. , puisqu'il s'agissait de livres assemblés à partir d'actes et de mémoires conservés dans les archives d'Israël , et réunis à des époques diverses
<< livres qui ont été sujets à tant de changements et qui ont dépendu en beaucoup de choses de la volonté des copistes >> ( 2 ) . Cette constation de bon sens passerait , en notre temps , pour une lapalissade. Au Grand Siècle , elle souleva un tumulte de protestations orchestré , nourri , dirigé par Bossuet ; celui-ci voyait clairement dans les travaux de R.Simon une attaque directe contre l'Eglise-Etat romain , et donc une menace pour lui-même , puisque les livres de " l'Ecriture Sainte " étaient traités non comme des révélations divines dictées verbalement par l'Esprit Saint , mais comme des livres marqués par les plumes humaines qui les avaient rédigés. L'opinion dogmatique d'une inspiration littérale et unique des textes bibliques constituait, pour R.Simon , une sorte de dragon qu'il fallait terrasser; aussi bien , l'H.C.V.T. fut écrite en français pour être , à la fois , un livre de vulgarisation et une annonce de nouveautés. Les "prophètes ", n'étaient-ils pas appelés , autrefois , "voyants" ? Les écrivains publics de R.Simon étaient assimilés par lui à des "prophètes" anonymes . Etait ainsi mise en doute, entièrement , l'exégèse patristique constitutive moins d'une explication des textes bibliques que d'une affirmation répétée de la vérité de la religion chrétienne. A vrai dire, les " spirituels " , qui , au-delà d'un sens littéral souvent difficilement discernable dans les livres de l'A.T.,s'appliquent avec ardeur à trouver des sens allégoriques "révélés par Dieu " , s'attachent finalement à leurs propres pensées et adorent leurs propres imaginations . Sont ainsi mis en cause la patristique , la "prophétie" , les sens "mystiques" sans fondement objectif , et l'autorité du N.T. , puisque ce dernier n'aurait été ni annoncé ni préparé par l'A.T. .
Les vociférations et les écrits surabondants de Bossuet et autres professionnels du divin réussirent à étouffer les voix de R.Simon et des érudits de son temps. Finalement , pendant près de 17 siècles,
" des torrents d'éloquence et des rivières d'encre ont été déversés "( J.Bottéro ) pour défendre le mot à mot
d' une Bible considérée comme le Livre de Dieu , écrit par Lui pour nous offrir un cathéchisme aussi vrai
que son auteur . ( 3 ) .
Jusqu'à ce 3 Décembre 1872 , où G.Smith , un des premiers assyriologues , établit , devant la Société d'archéologie biblique de Londres , les liens qui unissent quelques récits mésopotamiens aux récits bibliques en particulier celui du Déluge.
La nouvelle fit sentation, puisque, subitement, la Bible cessait d'être le plus vieux livre du Monde, et devenait, dans ses parties les plus caractéristiques, une simple adaptation, par des écrivains juifs après leur exil à Babylone en 587 avant notre ère, de récits babyloniens, l'Epopée de Gilgamesh, entre autres.
La découverte postérieure de quelques centaines de milliers de tablettes cunéiformes n'a fait que renforcer cette constatation, malgré les réticences formulées par les papes successifs , et particulièrement le dernier en date Jean-Paul II .

 

La bible constitue désormais
<< un texte tissé d'influences , de strates , d'emprunts , d'interpolations , où l'on devine des personnalités diverses et le travail d'agencement, parfois contradictoire,des docteurs ou des prêtres >> ( 4 )
. Il suffit de renvoyer à la lecture de quelques ouvrages significatifs
( 5 ) , pour que chacun admette cette évidence . Entrecroiser des ouvrages préexistants dans une partie d'un livre dite prophétique , sapientielle, ou historique, insérer des gloses ou commentaires tendancieux, imputer de tels passages à des personnages notoires qui ne sauraient en avoir été responsables, sont des phénomènes courants .

Le Déluge et l'Arche de Noé .

<< Toute la Bible , à partir du moment où l'on entend la lire pour y retrouver l'existence réelle de ceux qui l'ont écrite , foisonne de doutes , d'incertitudes ; pour le lecteur ingénu , elle reste une énigme ...>>
( J.Bottéro ) . Disposée comme elle l'est, la bible n'a qu'un seul intéret, religieux. Les auteurs des divers livres, les compilateurs, les rééditeurs ont voulu non pas retrouver le passé authentique de leur peuple , mais démontrer la suprématie de leur dieu , le choix fait par lui de son peuple , la sainteté des préceptes qu"il lui avait donnés , la nécessité de lui obéir .

La bible porte la marque de la foi de ses auteurs << voire de leur crédulité , qui en est comme l'ombre , inséparable et diffuse alentour >> ( J.Bottéro ) . En d'autres termes, c'est la répétition des textes bibliques qui inocula, dans la conscience des Juifs, l'idée fixe de peuple élu; celle-ci finit par devenir une psychose collective transformatrice de leur conception de la divinité : on passa d'un dieu de la Fécondité habituel au monde indo-méditerranéen, au dieu courroucé des armées, un dieu vengeur suffisamment puissant pour rendre à son peuple , si longtemps opprimé et éparpillé en multiples groupes , la Terre Promise , libérée enfin des ennemis .

De nos jours , implicitement , c'est au nom de ce dieu que les soldats israëliens combattent avec des engins puissamment meurtriers des arabo-palestiniens armés de pierres,occupant un sol promis, pensent ces soldats , par dieu à ses enfants juifs , et à eux seuls , par l'intermédiaire de Moïse , pierre angulaire de la religion juive . La Bible , étudiée sur un plan historique , nous permet d'assister à la naissance , dans l'esprit des Juifs , de ce dieu libérateur , espoir ultime de populations déshéritées ne pouvant se résoudre à leur état de servitude ; sachant que ce dieu, suscité par les sentimrnts de profonde amertume des Juifs , se réduit finalement à une construction intellectuelle, sans autre réalité que les émotions dont elle peut être la source. Si un dieu unique avait choisi le peuple juif comme son unique héritier, à un moment historique donné, il aurait fait disparaître, à ce moment-ci, tous les autres peuples de la terre .

 

Les douze tribus d'Israël se sont séparées en deux royaumes après le règne de Salomon ; le royaume du Nord regroupant 10 tribus disparut à la fin du 8ème siècle;
celui du Sud , formé des deux dernières tribus,tomba sous la domination babylonienne en 597.

Il ne retrouva sa liberté que durant un siècle, de 162 à 62,avant notre ère, avant de connaître l'occupation romaine, puis celle de l'Islam en 638

Après le drame indicible de la Shoah , l'Etat d'Israël naquit le 14 Mai 1948.

.L'homme est naturellement religieux.
Il éprouve naturellement le sentiment fondamental de sa dépendance , vitale , à l'égard d'une SurPersonne , Transcendante , et Surconsciente , qui , en aucun cas , ne saurait se confondre avec le "dieu" d'une religion institutionnalisée, puisque l'étymologie de ce mot "dieu" , le deiwos des indo-européens latinisé en deus et divus, l'assimile complètement à la lumière, ou dies le jour , c'est à dire à une matière ondulatoire et corpusculaire , dominée peu ou prou par l'homme lui-même .

La Palestine Biblique . .

La religion naturelle consiste dans la recherche spirituelle et affective de cet Ascendant Transcendantal , qui a dans son évolution continuelle engendré l'humanité , entre autres espèces ; de telle sorte que chaque humain acquière ainsi plus de conscience , plus d'être , et se prépare sereinement à sa transformation consécutive à ce qui est appelé conventionnellement la mort , source d'angoisse habituelle par suite d'une méconnaissance des phénomènes naturels de l'évolution universelle .

Les religions institutionnalisées ont détourné à leur profit cette angoisse morbide pour servir aux humains apeurés le langage d'apaisement dont ils ont besoin, du fait de leur ignorance. Ce langage sécurisant suscite des espoirs de récompense éternelle, si les " fidèles " obéissent à la loi édictée par leur religion, loi généralement conservée dans un livre écrit , assure-t-on , par son dieu, par exemple , l'Avesta , écriture sacrée des Iraniens, comprenant les Gâthâs,ou hymnes attribués à Zoroastre;et de même les écritures
" sacrées " des Romains, reçues comme un héritage "divin" des Etrusques; cette loi constitue, en fait, les commandements par lesquels les dignitaires religieux, sous le couvert de l'amour de leur prochain, abusent de l'autorité émanant de leur culture, auprès d'illettrés ou de superstitieux, et assouvissent leur volonté de puissance .

De surcroit, le caractère sectaire de presque chaque religion institutionnelle de notre temps se révèle en ce qu' elle se prétend l'unique, la seule "vraie", et affirme que son (ses) dieu(x) est(sont) seul(s) vrai(s);hors d'elle, point de salut ! ; au-delà du troupeau des "fidèles" sont les adversaires, que l'on tentera de convertir par l'action de commandos de "missionnaires ", dans l'espoir d'augmenter le nombre des assujettis, les "brebis" du troupeau , dupées !( 6 )
En lançant les travaux de construction de la basilique Saint-Pierre à Rome, en 323, Constantin adoptait manifestement les hagiographies nées de l'évolution du mouvement chrétien en Occident, particulièrement en Italie, durant environ les quatre siècles précédents; ce que les chrétiens appelleront sa "conversion " . Ces légendes "apostoliques"furent, ensuite , à l'origine de la Depositio martyrum Romae, puis du Martyrologe romain, et finalement du Liber pontificalis commencé vers 520.La création en 325 de sa religion , le Christianisme , acmé du culte impérial romain , marquait :

  • l'aboutissement , le triomphe de la politique constantinienne pro-chrétienne initiée en 307, à Trèves , lorsque Constantin se déclara Pontifex Maximus, et dans le même temps délivrait les chrétiens des peurs engendrées par la persécution dite de Dioclétien, tout en les comblant de bienfaits et leur permettant de recomposer leurs "livres sacrés" détruits; il était reconnu comme le nouveau Sauveur de ces chrétiens .

  • mais aussi la structuration d'une Eglise catholique, Administration religieuse de l'Empire, dont la tâche était d'assurer son unité par le culte de la personnalité divine de l'Empereur, lumière de lumière, fils unique de Mithra-Sol Invictus, ce qui exigeait une organisation renforcée des communautés autour de leurs évêques et de leurs basiliques (maisons de l'Empereur ) ou Collégiales ( maisons des Collegia ) , mais surtout l'élaboration d'une doctrine contenue dans le Credo de Nicée.

    L 'impérieux besoin d'une loi prescrivant les actions permises à chaque "croyant " pour obtenir son Salut , ce besoin primordial détermina la reprise définitive de l'A.T. chrétien; on souhaita le traduire de la meilleure des façons et ce travail fut confié, au début du 5ème siècle, à Jérôme, un érudit vir trilinguis, qui chercha derrière le grec de la Septante alexandrine l'hébreu d'origine, afin d'obtenir le texte latin le plus fidèle .

    Une première liste des livres "canoniques" composant " l'Ecriture sacrée " de l'Eglise romaine fut publiée dans un ouvrage apocryphe de Gélase 1er ( 492 / 496 ), attribuant cette désignation à l' évêque Damase exerçant son autorité à Rome de 366 à 384.Le N.T. vint à son tour démontrer l'identification de Jésus , premier Sauveur imaginaire des chrétiens magnifiant à la fois la légende de Spartacus et de Chrestus, avec Constantin-Christos roi des Juifs, puisqu' Empereur romain .
    Le premier N.T. complet fut édité par le Codex Fuldensis, aux alentours de 525( 7 ) .

    Plus tard, face à la Réforme protestante de 1517, l'Eglise, réunie en Concile à Trente en 1546, se devait de repréciser quels livres des deux Testaments étaient "canoniques", entendons ceux dont l'auteur unique était Dieu lui-même; toutefois , l'orthodoxie relevait aussi des traditions apostoliques , reçues par les apôtres de Jésus, directement, et transmises comme " de mains en mains ".

    Cette formulation figeait pour toujours la doctrine chrétienne, sans modification possible ; son interprétation relevait de la seule autorité des successeurs des apôtres, de Pierre particulièrement, c'est à dire du Souverain Pontife exclusivement . La Bible devenait "vraie" , à jamais , tant qu'il y aurait des hommes . L'inerrance biblique était soeur jumelle de l'infaillibilité papale .



     

    Ancien moine clunisien, homme de haute culture, mais intransigeant autoritaire et cassant , ce père de la réforme dite grégorienne a exprimé dans ses Dictatus Papae la doctrine de la théocratie romaine : elle érigeait l'évêque de Rome seul chef de la chrétienté; il lui appartenait de définir les vérités à croire; tout procédait de lui .

    Bien qu'il y eut deux sortes d'autorités, les autorités civiles et l'autorité religieuse, seule, l'Eglise, c'est à dire le Pape, détenait le contrôle de tout. Du fait de sa personnalité de vicaire du Christ, le Pape exerçait sa souveraineté sur le monde entier, déposant, s' il le jugeait utile, Empereurs et Rois .

    L' infaillibilité pontificale était pratiquement mise en actes ; elle devint une vérité dogmatique énoncée par le Concile de VaticanI pour compenser, semble-t-il, la perte définitive des Etats Pontificaux en 1870, du fait de la création d' un seul royaume d'Italie ayant Rome pour capitale .

    Grégoire VII ( 1073 / 1085 )

    D'où les conflits répétés dans les temps modernes, du fait des progrès des connaissances scientifiques humaines , qui contredisent certains livres de la Bible. Dieu , omniscient et prescient par définition , ignorerait , par exemple , que la terre tourne sur elle-même et autour du soleil ? on ne peut le penser ! Pourtant, dans l'A.T., le livre dit de Josué ( X 12/15 ) montre le chef des Israëlites arrêtant le soleil sur Gabaon << Le soleil se tint immobile au milieu du ciel et retarda son coucher près d'un jour entier. Et il n'y eut pas de jour comme celui-là, ni avant ni après, où Yahwé obéit à la voix d'un homme >> . En se fiant aux apparences, Josué inversait les mouvements respectifs des astres; en fait, c'était la terre qui se serait arrêtée de tourner et sur elle-même et autour du soleil ; au sein d'un système solaire en perpétuel mouvement, une terre figée complètement, même l'espace d'une journée, aurait été broyée. En outre , Yahwé, obéissant à la voix d'un homme, illustre , de sa toute- puissance , le pouvoir magique de Josué .

     

    Astronome et physicien célèbre , l'un des fondateurs de la méthode expérimentale,Galilée découvrit notamment la loi de l'isochronisme des petites oscillations du pendule.

    Il fabriqua, en 1609 , la lunette qui porte son nom , et adopta le système du monde proposé par Copernic , en 1543 , basé sur le double mouvement des planètes , sur elles-mêmes et autour du soleil .

    L'Eglise romaine , fidèle à l'Ancien Testamant , avait condamné cette théorie comme hérétique .

    Galilée publia , en 1632 , toutes les preuves de la vérité du système .

    Il fut alors obligé d'abjurer devant l'Inquisition, sous peine d'être brulé vif .

    De nos jours , malgré la "repentance" du Vatican , l'Eglise n'est pas encore totalement certaine que la terre tourne bien autour du soleil,et que l'histoire de Josué illustre grandissimement un simple fait d'armes .

    Tombeau de Galileo Galilei, dit Galilée ( 1564 / 1642 )

    Que dire du récit de la "création"formant le 1er chapitre de la Genèse dans l'A.T.? Ses deux principales caractéristiques demeurent :

  • d'une part , le Géocentrisme ; seule , la terre reçoit la vie et toutes ses manifestations ; seule , elle est habitée par l'homme ; en dehors d' elle , il n'y a que des astres anonymes , et deux luminaires ,un grand pour présider au jour , un petit pour la nuit .

  • d'autre part , l'Anthropocentrisme ; l'homme , créé mâle et femelle , reçoit l'ordre de remplir la terre et de la soumettre , en dominant toutes les espèces animales et en se nourrissant de toute herbe et de tout arbre portant fruit .

    On voit donc un Univers réduit à une terre telle que les anciens Mésopotamiens et autres Sémites pouvaient la concevoir à travers des apparences , qui se sont avérées fausses depuis plusieurs siècles déjà;
    ce qu'aurait du savoir un dieu prescient et omniscient .

    Ainsi, le jour et la nuit résultent du mouvement de notre planète et ne constituent pas les deux "réalités" créées le " premier jour "( Genèse - 3 / 4 ) Par ailleurs , le "ciel" ou "firmament" du "deuxième jour" n'existe pas sans les astres apparaîssant au quatrième, seulement. On ne saurait , en outre , dissocier la terre du "chaos originel " de celle suscitée le "troisième jour ", avec la mer . Bref , ce chapitre , en dissociant des éléments naturellement unis , reflète les sentiments des Anciens , incapables alors de percer les mystères de l' Univers , conditionnés étroitement par ce qu' ils voyaient et entendaient , les apparences , sans pouvoir exercer , à leur égard , un raisonnement critique et méthodique .

    Mais ce Géocentrisme a directement conditionné la doctrine de l'Eglise romaine ; pour cette dernière , en effet , seule, la terre étant occupée par des hommes , seule, la terre a pu reçevoir la visite du Sauveur incarné en une structure humaine pour garantir aux hommes leur Salut , si ...etc...Aussi bien , les théories scientifiques développées par Copernic , vérifiées complètement par Galilée, ajoutées aux démonstrations de G.Bruno imaginant une pluralité de mondes habités, ces théories étaient interprétées comme une menace directe contre la doctrine ecclésiale ; or , celle-ci , prêchée avec des commentaires
    de " l'Ecriture sainte " , mise en oeuvre par la magie des sacrements , des rituels liturgiques , du culte des "Saints" , de la vénération des reliques , cette doctrine avait établi , dans le temps , l'Eglise romaine en des Etats Pontificaux, dont la puissance et les intérets, naturellement "divins", ne souffraient aucune discussion . C'est pourquoi, l'Eglise-Etat emprunta les voies ordinaires de l'amour du prochain, tel que développé par les évangiles: elle brûla, à petit feu, G.Bruno, en Janvier 1600; elle condamna Galilée en 1633 , qui échappa au bûcher par suite de son abjuration devant l'Inquisition .



      Né à Nola, fils d'un gentilhomme, Bruno entra à 17 ans dans un couvent de Dominicains. Boulimique du savoir, il étudia le thomisme et les philosophes anciens et modernes.
    En 1576, il fut accusé d'hérésie, et s'enfuit en Suisse puis en France, où il professa à la Sorbonne, en 1582. Il voyagea en Europe et retourna à Venise, sur invitation d'un patricien, Mocenigo .

    Là , il put fréquenter Galilée, mais bientôt il se disputa avec son protecteur, qui le livra au Saint-Office .

    Bien que torturé, Bruno refusa d'abjurer et finit sur un bûcher, à Rome, sur le Campo dei Fiori, au début du 17 ème siècle. Sa pensée marqua une étape décisive dans la conception de l'Univers; la terre n' était plus le centre du monde; au delà du système solaire existaient d'autres systèmes planétaires, qui constituaient un Univers pratiquement infini .
    Giordano Bruno ( 1546 / 1600 )

    Dieu et le monde devenaient les expressions infinies d'une même réalité ; cette pensée empruntait les voies d'un panthéisme, qui valut à Bruno la qualification d'hérétique, mais il allait plus loin en distinguant deux principes dans cette réalité infinie, dont le fond était composé d'atomes, unités de conscience et de matière; d'où une nouvelle accusation de "matérialisme "; parmi de nombreux ouvrages, Bruno publia notamment, en 1585, "De l'Infini, de l'Univers, et des mondes".

    Par définition, le dieu de l'Eglise romaine, omniscient, sait tout . Par définition, il connaît toutes les imperfections de l'être humain, qu'il aurait "créé", et dont chaque perception, visuelle auditive ou autre, constitue une interprétation d'une réalité supposée. Si, à un moment historique déterminé, il avait jugé nécessaire de donner à l'humanité un message ou une loi, il se serait interdit de passer par l'intermédiaire d'un "prophète", puisque le texte de ce message ou de cette loi aurait été inévitablement déformé.
    Certes, il aurait pu, par un effet de sa toute- puissance, écrire un livre immédiatement accessible, sans aucune traduction, à chaque humain, dans sa langue, mais la masse des illettrés dans le monde reste trop importante pour qu'une forte partie de la race humaine ne puisse en être informée autrement que par l'intervention d'une personne "lettrée"; d'où, en tout état de cause , des risques majeurs de corruption.
    En bref, il n'existe aucune possibilité d'un entretien direct entre le dieu des Romains et ses "fidèles" .

    Quoi qu'il en soit, l'acharnement de l'Eglise-Etat romain à brandir une règle établissant l'inerrance de sa bible l'a conduite à créer des situations absurdes, notamment au sujet de la "création", qu'elle s'est persuadée de pouvoir dater, avec précision, à une année près. En 1582, en effet, le pape Grégoire XIII confia au futur Cardinal Baronius ( Cesare Baronio, un oratorien ) le soin de rajeunir l'antique Martyrologe Romain, qui succéda à la Depositio Martirum Romae écrite en 336 .
    Ce souci accompagnait la volonté papale de magnifier par de splendides fresques, de Pomarancio, à S.Stefano Rotondo de Rome, les supplices des martyrs les plus connus. L'édition princeps du nouveau texte parut en 1586, et fut révisée en quelques occasions. Toutefois, de nombreux "fidèles" possèdent, de nos jours au 21ème siècle, des missels imprimés chez Mame à Tours avec une autorisation de l'Archevêque de la ville du 16 Janvier 1942. Ces "paroissiens" contiennent un Calendrier liturgique comportant au 25 Décembre , fête de la Nativité de N.S.J.C. , un extrait de ce Martyrologe spécifiant que le Sauveur est né
    << L' an depuis la création du monde 5199 >> ( 8 ) .
    Ce mode de calcul s'apparente à l'établissement du calendrier juif utilisé courament depuis le IXème siècle. L'an I est celui de la "création"; l'on se fonde ensuite sur les tables généalogiques de l'A.T., la durée de vie supposée des personnages bibliques, et la création du monde en 6 jours. Certes, en 1942, la théorie
    du Big Bang n'était pas encore diffusée, mais depuis plus d'un siècle les anthropologues, ethnologues, et les préhistoriens avaient accumulé des résultats tels que l'origine de l'humanité devait être fixée très haut dans le passé; le feu avait été domestiqué environ 350.000 ans avant notre ère, les gravures rupestres de Lascaux dataient du magdalénien ancien, de -15.000 à -13.500, et le sixième millénaire avant notre ère marquait la fin du néolithique, époque durant laquelle les humains étaient devenus des agriculteurs complets , non seulement des cultivateurs mais des éleveurs de troupeaux d' animaux domestiqués. Peut-on croire à l'ignorance des professionnels "du divin", siégeant à Tours? L'archevêque de la ville devait connaître, au moins de réputation, l'abbé P.Breuil ( 1877 / 1961 ), paléontologue et préhistorien respecté par les savants du monde entier; son ouvrage intitulé " Subdivisions du paléolithique supérieur et leur signification" reste encore fondamental dans cette branche des sciences. L'abbé Breuil avait enseigné à l'Institut de paléontologie à partir de 1910 puis au Collège de France de 1929 à 1947; il s'était spécialisé dans l'étude des cavernes ornées de France, Espagne et Afrique du Sud; il avait établi une chronologie du paléolithique supérieur, qui aurait dû laisser sans le moindre filet de voix les zélateurs du M.R. et de sa datation de la création.

    Même si l'abbé A.Fleury et son archevêque à Tours ne possédaient pas la plus petite miette du savoir de l'abbé Breuil, ces personnages-là connaîssaient obligatoirement le jésuite Teilhard de Chardin(1881 / 1955) dont l'oeuvre scientifique se situait principalement en Chine et avait contribué à la découverte, en 1929, dans les fouilles de Zhoukoudian,du sinanthrope; homo erectus situé comme le pithécanthrope entre 1.500.000 et 500.000 années avant notre ère. Ses écrits philosophiques, imprégnés d' une vision synthétique du déroulement de l'évolution universelle, avaient été interdits de publication par l'autorité vaticanesque, et étaient donc obligatoirement connus de l'archevêque de Tours; ces écrits paraîtront après sa mort, notamment "Le Phénomène humain". Finalement, cette insertion, dans le "paroissien" édité par l'abbé A.Fleury en 1942, du M.R.fixant la naissance de N.S.J.C. à 5199 ans après la création, cette insertion furtive ne résulte pas d'une erreur, volontaire ou non, mais d'une volonté de maintenir un endoctrinement des "fidèles", source, en voie d'épuisemnt, de la puissance de l'Eglise-Etat romain. Les données scientifiques actuelles sont suffisamment précises pour condamner définitivement les "vérités" bibliques ressortissant au domaine historique; la fausseté de l'histoire biblique oblige à ne voir dans la Bible non pas un livre divin , mais un simple ouvrage d'hommes, dont le contenu s'explique par les usages antiques de la composition littéraire .

      "Production du savoir et quête du sens "

    La pensée de Teilhard de Chardin , nourrie de quelques lectures de H.Bergson et de C.G.Jung , rappelle par moments celle de G.Bruno .

    Le jésuite français du 20ème siècle était tout aussi
    " hérétique " que le dominicain italien de la fin du 16ème ,mais il fut protégé , en quelque sorte , par ses qualités scientifiques, qui le propulsaient aux premiers rangs de la Société de son temps; il fut "simplement" interdit de publication, de son vivant. On voit , par là , la perte d'autorité de l'Eglise romaine, qui ne peut plus imposer sa doctrine, ni brûler à feu vif les savants de la terre entière .

    Le pape Pie XII aurait , dit-on , déclaré que le BIG BANG constituait l'acte de la création divine; en fait , le BIG BANG, qui finalisait vraisemblablement le BIG CRUNCH d'un Univers précédent, annihilait la création en six jours de la Genèse, puisque tout était potentiellement en lui, révélé progressivement, depuis 15 milliards d' années ( 5199 !? au M.R.), par l'évolution universelle; l'être humain, particulièrement, est un produit stellaire .
    Dans un Univers composé de, environ, un milliard de galaxies, comptant chacune, environ, un milliard d'étoiles, et plusieurs trous noirs voraces, notre planète Terre n'est plus le centre du Monde décrit par la Bible, mais une nanissime poussière vivante, à côté d'autres astres habités par des êtres plus ou moins conscients d'eux-mêmes et de leur environnement .
    Quant à l'anthropocentrisme voulu par dieu ordonnant à l'homme de dominer la nature, l'on voit actuellement l'étendue du drame écologique, qui menace de disparition, à terme, l'humanité, par suite des pollutions cancérigènes de l'eau, du sol, de l'air, de la destruction brutale de milliers d'espèces vivantes, utiles, de l'épuisement des ressources naturelles du fait de leur surexploitation ... Si l'on ajoute les diverses querelles ou guerres alimentées par des monolatries exclusives, il devient impératif d'abandonner l'héritage biblique .
    La Bible n'a rien de divin ; elle n'est qu'un agglomérat de livres d'hommes composés suivant les usages des temps de leur parution.

    b) Qui était l'auteur d'un ouvrage ?
    Dans la littérature classique

    La composition d'une oeuvre littéraire réunit l'ensemble des moyens matériels qui permettront de donner un corps, sous une forme appropriée, à une imagination poëtique, un argument juridique, un souvenir historique, une conceptualisation philosophique ...etc., afin d'assurer sa transmission et, d'une certaine manière, sa permanence. Depuis des siècles avant l'avènement de l'Empire romain, la littérature n'était plus simplement orale, mais vivait dans et par l'écriture. Celle-ci restait, toutefois, étroitement conditionnée par son support, successivement : pierre, ostraca, tablette de terre cuite ou de bois, papyrus, parchemin ou vélin.

    Le papier était fabriqué en Chine depuis le début du 2ème siècle de notre ère ; les Arabo-Musulmans s'emparèrent de l'invention après leurs conquêtes en Asie, et l'introduisirent dans leurs possessions d'Afrique du Nord et d'Espagne. Le papier ne pénétra en France qu'après la dernière croisade de Louis IX, avec le retour de prisonniers vers 1270, et donna naissance à une petite industrie: les moulins d'Ambert dans le Puy de Dôme .

    Dans ses Satires ( 9 ) , Perse ( Aules Persius Flaccus , environ 34 à 62 , mort à 28 ans sous le règne de Néron ) nous explique combien il est difficile d'écrire sur , apparemment , une peau de mouton, "peau bicolore veuve de ses cheveux", en fait , il s'agissait d'introduire l'encre à l'intérieur de la peau par le moyen d'un écritoire, "roseau noueux", suffisamment aiguisé pour égratigner le support et faire pénétrer une épaisse liqueur de seiche, à laquelle on ajoutait de l'eau pour l'éclaircir, mais "on se plaint alors que le roseau fait doubles les gouttes diluées ". En conséquence, le riche patricien, comme Perse, mais aussi le citoyen moins aisé, soutenu financièrement par un " patron " tel Mécène pour Virgile et Horace, occupant ses loisirs, l'otium si recherché, par la littérature, n'écrivait pas lui-même mais dictait ce qui deviendra son texte à un esclave "lettré" qui fixait ses paroles, par une sténographie personnelle, sur des tablettes. La vitesse à laquelle certains fixaient les paroles de leur propriétaire stupéfiait Martial( 10 ) , auteur d'Epigrammes , qui notait :

    Les mots volent : pourtant cette main va plus vite .
    La langue parle encore et la page est écrite .!

    Jusqu'à ce que la fatigue, contractant poignets mains et doigts, finisse par rendre la tâche trop pénible :

    Entends les clameurs du copiste ;
    << Oh ! ....., c'est assez ! >>

    Des liens de compréhension mutuelle, de connivence, se créaient, comme malgré eux, entre le patron et ses esclaves-scribes, si bien que plusieurs bénéficièrent d'un affranchissement , tel Tullius Tiro chef des copistes de Cicéron, inventeur des caractères tironiens préfigurant la sténodactylographie moderne, et qui resta un ami fidèle du célèbre orateur. Finalement, dans les " Lettres " signées, par exemple, de Cicéron, qu' y avait-il de lui, qu' y avait -il de Tiro? Celui-ci avait certainement complété certaines phrases, modifié tel adjectif, ou tournure de style, ou omis, volontairement ou non, certains passages. Dans quelques cas, l'esclave-scribe était plus cultivé que son maître et le faisait profiter, à son insu, de ses propres connaissances .

    L'oeuvre littéraire dépendait de si nombreuses personnes qu'elle avouait son caractère collectif, accentué par la lecture publique, ou recitatio, instaurée par Asinius Pollion, peu avant l'Empire( 11 ).
    Cette mode de la lecture publique, qui permettra au gouvernement impérial de contrôler la production littéraire, correspondait totalement au désir d'une Société patricienne de faire, des jeunes gens, de bons orateurs. La lecture publique devint un divertissement mondain. En principe, lorsqu' après d'éventuelles retouches l'oeuvre semblait terminée, l'auteur, c'est à dire le signataire du texte, devait présenter lui-même son ouvrage, mais cette lecture à voix haute exigeait, par sa longueur, des qualités spécifiques que beaucoup ne possédaient pas; on recourait à nouveau à des esclaves à la voix bien timbrée, ou à d'autres catégories sociales dans la clientèle du patricien.
    Toutefois, la littérature de cette époque utilisait une écriture en lettres capitales, à mots séparés mais sans ponctuation, si bien que la façon dont elle était "récitée" conditionnait beaucoup la compréhension d'une oeuvre ( 12 ) ; ce dont Martial se plaignait vivement dans un mot à Fidentinus, son lecteur :

    Tu lis à haute voix mon livre , c'est fort bien !
    Mais tu le lis si mal qu'il devient presque tien .

    d'autant moins satisfait que l'organisation de la recitatio était à sa charge !.
    Quoi qu'il en soit , les réactions de l'auditoire, louanges ou critiques, obligeaient l'auteur à remodifier son texte , afin de le présenter pour sa publication dans les meilleures conditions possibles, compte tenu du goût du public ; même si son état définitif, après tant de remaniements successifs, n'avait plus de rapport avec l'original totalement oublié. Indiscutablement, la recitatio a constitué un frein à la liberté de la composition littéraire :

    Où vas-tu le trouver l'homme qui se refuse
    à vouloir mériter la bouche du public
    et laisser, ayant dit des choses dignes du cèdre ,
    derrière lui des chants qui n'avaient à redouter
    ni les maquereaux, ni l'encens ?
    ( 13 ) .

      La vie littéraire restait étroitement conditionnée par les relations mondaines à l'intérieur des classes dominant l'échelle sociale à Rome .

    Un auteur patricien, ou d'un rang élevé , assurait lui-même la diffusion de ses oeuvres par ses esclaves - copistes .

    Concuremment , existait , en Italie et dans les Provinces , un circuit commercial de distribution , bien établi déjà au temps de Cicéron .

    Le commerce de libraire-éditeur dépendait essentiellement de la place faite à un auteur , en tant que tel , par la Société romaine.
    La composition littéraire demeurait fondamentalement une occupation de loisir ; l'auteur, en tant que tel , n'avait pas de personnalité juridique ni de droits spécifiques ; l'ouvrage était attaché à son support, et ne s'en distinguait pas; celui qui s'appropriait le support devenait, de ce fait même, le propriétaire du texte, et pouvait en disposer à sa guise .

    Vraisemblablement , le libraire-éditeur achetait à un écrivain le volumen, ou rouleau, origine d'une oeuvre déterminée, mais ne lui versait aucune redevance sur le produit des ventes ultérieures .

    Si ce libraire venait à acquérir, par un moyen quelconque, le volumen d'une oeuvre déjà publiée, il n'avait aucune obligation à l'égard de l'écrivain concerné .

    Le libraire-éditeur possédait un atelier de reproduction, où des esclaves-copistes travaillaient pour lui, dont beaucoup ne savaient ni lire ni écrire et reproduisaient les lettres du texte, une à une, par peinture sur le papyrus. Les esclaves "lettrés" ne possédaient généralement pas une culture élargie et comprenaient difficilement ce qu'ils avaient à copier; d'où des erreurs de faux-sens continuelles, outre les fautes matérielles causées par la difficulté de la copie manuelle .

    Un écrivain, comme Martial par exemple, qui n'appartenait pas à la riche aristocratie, ne pouvait nourrir aucun espoir d'améliorer financièrement son existence par ses seules compositions littéraires; il cherchait à créer autour de sa personne la plus vaste renommée possible dans le but d'attirer l'attention bienveillante d'un riche "patron", et recevoir de lui les aides indispensables à la poursuite de son oeuvre. Il s'était formé , également, un circuit parallèle, par lequel des auteurs vendaient directement leurs livres à de hautes personnalités; Flavius Josèphe, dit-on, aurait ainsi cédé une partie de ses oeuvres au roi
    Agrippa II, le dernier membre de la dynastie hérodienne, client de l'Empereur Domitien, qui lui aurait confié le gouvernement d'un petit Etat en Syrie .

    Finalement, de nos jours, nous avons accès à cet immense domaine de la littérature gréco-latine, produite à dater de l'Empire, par l'unique truchement de livres imprimés; nous savons, donc, qu' en aucun cas nous ne lisons les textes d'origine, mais des copies de multiples copies antérieures, elles-mêmes détruites de par leur utilisation ou diverses causes naturelles de vieillissement et d'usure. Notre admiration n'en est que plus vive pour les éclatantes qualités littéraires de ces oeuvres et le très haut degré du savoir humain développé par les auteurs supposés, malgré les modes et les coutumes conservatrices qui sévirent dans la Société impériale romaine. Le travail pénible des scribes-esclaves, dont nous ne connaîtrons jamais les noms, revêt ainsi une efficacité absolument remarquable, puisqu'en définitive le contenu de toute cette littérature est le fruit de leur ouvrage anonyme et collectif. Ils ont travaillé ( 14 ) comme emportés malgré eux par un immense mouvement d' ouverture et d'élévation de la conscience humaine, conservant, modifiant , précisant , fignolant , malgré leurs incompréhensions , leurs erreurs de toute sorte , leurs fatigues et les douloureuses déformations de leurs mains et de leurs doigts , les expressions suavement poëtiques d'un bonheur simple à la campagne :

    O , fortunatos nimium sua si bona norint agricolas !

    ou les idées épurées d'une doctrine philosophique. Leur grande réussite fut de nous léguer l'ultime témoignage culturel de cette époque avec les livres attribués à Boèce .

      Ce dernier, aristocrate de haut rang, condamné à mort par Théodoric, roi des Ostrogoths, qui le jalousait , fut décapité à Pavie en 524, après plusieurs mois d'emprisonnement , durant lesquels il subit différentes tortures .

    Face à sa fin hallucinante et atroce, Boèce chercha et trouva un réconfort apaisant sa douleur, non dans la religion constantinienne du christianisme imposée déjà depuis deux siècles, dont il était un "fidèle" obligé, mais dans la philosophie gréco-romaine illustrée par des penseurs de génie, comme Plotin et son élève Porphyre .

    Les copistes, qui traitèrent ce texte attribué à Boèce, nous ont légué en héritage le chef- d' oeuvre inoubliable de la " Consolation de la Philosophie " (15 ) .
    Consolation de la Philosophie . ( Manuscrit du XV ème siècle)

     

  • c) Qui était l'auteur d'un ouvrage dans la littérature chrétienne

  • Pour saisir comment fut composée la littérature "sacrée" des chrétiens , il convient , tout d'abord , de réaffirmer vigoureusement que contrairement aux allégations des prélats et serviteurs de l'Eglise romaine , professionnels du divin ou autres , le mouvement chrétien eut une origine latine et non juive . Le mouvement chrétien ne fut pas, à ses origines, une institution religieuse se développant subitement , comme tombée du ciel, lors de la création de l 'Empire .
    Les Romains , superstitieux , l'auraient accueillie comme ils acceptaient les divers cultes célébrés dans les Provinces et en Italie ; si ce mouvement s'était présenté comme une religion pratiquée principalement par des esclaves , jamais il n'aurait fait l'objet , pour ce fait , de persécutions .
    Concrètement, il incarna , en une réaction foncière contre la Société romaine, le très profond traumatisme provoqué dans la Masse servile par le sort réservé aux milliers d'esclaves survivants après la défaite de Spartacus, en l'an 71 avant notre ère. Rétroactivement, l'exposition de ces milliers de crucifiés, torturés, le long de la voie Appienne, manifesta l'indicible peur des habitants de l'Urbs, dont cinq armées avaient été successivement battues par Spartacus, dans les deux années précédentes .
    Cette réaction de nature socio-psychologique, puisque toute autre révolte armée devenait impossible, suscita nécessairement dans les consciences des esclaves, de manière diversifiée suivant les Provinces,
    ( c'était un mouvement catholique , de par sa nature ), un besoin de vengeance qui s'exprima , à terme , par l'espoir d'un Sauveur venant ruiner totalement cette Société de propriétaires capitalistes, dont l'horizon était borné par la vue de leurs champs à exploiter. Cet espoir,plus ou moins vif, embrasa les esprits et les coeurs durant plus de trois siècles, et provoqua la composition progressive de ce qui devint l' A.T.

    d) l' Ancien Testament

    L'A.T. des chrétiens consiste dans la traduction de la Septante gréco-alexandrine rédigée vers 275 avant notre ère sous le règne, en Egypte, de Ptolémée Philadelphe. Il y eut une version recommandée de cet A.T. aux débuts du christianisme, au temps de Jérôme, au commencement du 5ème siècle. Durant les siècles précédents, la traduction , du grec en latin , en fut exécutée par divers chrétiens, qui pouvaient prendre connaissance du texte original, dans la célèbre bibliothèque d'Alexandrie, c'est à dire les esclaves chrétiens "lettrés" membres de l'Administration romaine, en poste dans la ville. Après la victoire d'Agrippa sur la flotte de Cléopâtre,à Actium en 31, Octavien, le futur Empereur Auguste, avait pris officiellement possession de l'Egypte l'année suivante et installé son Administration à Alexandrie en Août 30 , pour organiser l'exploitation du pays .

    Les Traductions de la Septante

    La Septante alexandrine reproduisit, premièrement, en grec, la loi juive du Pentateuque : la Torah. Cette traduction a été , très vraisemblablement , ordonnée par le Pharaon lui-même pour règler en toute équité les différends judiciaires nés des relations mutuelles de ses sujets d'origine juive; la seule ville d'Alexandrie en comptait environ 300.000,sur un million de personnes , regroupés en un politeuma dont ils se disaient citoyens, sans être des citoyens alexandrins à part entière à l'instar des habitants d'origine grecque ou macédonienne. Ces Juifs, enracinés depuis lontemps, ne parlaient plus la langue en usage à Jérusalem , mais , comme leurs lointains Ancêtres au retour de l'exil à Babylone , se référaient continuellement à cette Torah, qu'ils ne pouvaient pas consulter. Par ailleurs, l'exemple des Empereurs Perses montrait à Ptolémée par quel moyen un traitement de justice pouvait être garanti à cette population; ce fut la raison principale de la traduction .

    Selon la légende, l'opération mobilisa soixante-dix personnes ( ou 72 ) , d'où le nom du volume , mais cette désignation pouvait avoir gardé un sens symbolique. A ce premier noyau formé du Pentateuque d'origine , vinrent s'ajouter , après le 2ème siècle précédent notre ère , d'autres livres soit traduits de la Bible hébraïque soit composés directement en grec , et des additions à des livres existants. En tout état de cause, la Septante n'a jamais été comprise dans la littérature "sacrée" hébraïque; l'A.T. chrétien ne peut se confondre , en aucune manière , avec la Bible juive. S'obstiner à présenter celle-ci comme la source de l'écriture chrétienne est l'erreur commise par tous les christiano-hébraïsants sous le prétexte que la langue hébraïque serait la langue du peuple élu de Dieu. En fait, tous les Juifs, depuis le 13ème siècle de notre ère, admettent que leur Bible est constituée par le texte massorétique établi au 10ème siècle par l'école de Aaron ben Ascher, à Tibériade, dans une langue largement influencée par le grec et même le latin, inconnue du Dieu de Moïse .



      Lors de l'arrivée à Alexandrie des premiers fonctionnaires romains , en Août 30 , aucun d'entre eux ne connaîssait la Septante , même s' il s'agissait d'esclaves "lettrés" d'origine juive .

    La Septante se trouvait dans la Bibliothèque du Musée parmi les 700.000 volumes , dit-on , qu'elle contenait ; vraisemblablement , quelques synagogues du sud de l'Egypte en possédaient un exemplaire .
    Comme tout livre de la Bibliothèque, de propriété égyptienne elle devint une propriété romaine, à la disposition de l'Administration en fonction des besoins des Services.
    Les événements, qui surgirent à partir du demi-siècle suivant cette implantation, obligèrent rapidement les préposés à lire telle ou telle partie de la Septante , de façon à mieux comprendre les causes des conflits souvent très violents qui opposèrent , à Alexandrie principalement , Juifs et Grecs anti-juifs .

    Le plus connu éclata dans le courant de l'année 37 de notre ère ( 16 ) ; il s'envenima à l'occasion de la visite à Alexandrie d'Hérode Agrippa I , nommé " Roi des Juifs " par l'Empereur Caligula son ami , au cours de son voyage à Jérusalem .

    Les Grecs anti-juifs s'estimèrent insultés, saccagèrent ou brûlèrent quelques synagogues. Le Préfet romain , Avillius Flaccus, paya de son exil , en 38 , le soutien qu'il avait apporté aux chefs des Grecs. A l'automne de cette année, une ambassade juive se rendit à Rome sous la conduite de Philon, sans obtenir de Caligula une quelconque satisfaction. Rien n'était réglé à sa mort , en 41. Claude, qui lui succéda sur le trône impérial, promulga un édit renouvelant les privilèges des Juifs alexandrins, mais leur refusa la pleine citoyenneté qu'ils demandaient .

    Ces dispositions furent confirmées par une lettre de l'Empereur aux Alexandrins du 10 Novembre 41, qui mettait sévèrement en garde les deux communautés pour le cas où elles créeraient de nouveaux troubles . Toutefois à l'occasion de la révolte des Juifs de Judée en Août 66, des émeutes anti-juives éclatèrent à Alexandrie et dans plusieurs autres villes.
    Les Juifs égyptiens, travaillés par les courants zélotes, réagirent très vivement, mais leur révolte fut noyée dans le sang par le Préfet Tibérius Alexander; en outre, le Temple de Léontopolis fut fermé. La plus importante insurrection des Juifs éclata en Egypte et en Cyrénaïque à l'automne de l'année 115, sous le règne de l'Empereur Trajan .

    Dans Alexandrie, puis dans tout le reste de l'Egypte, les Juifs massacrèrent de très nombreux Grecs et déstabilisèrent entièrement l'économie; les impôts ne furent même plus perçus. La répression des Romains fut terrible , et en Août 117 la paix était rétablie partout , accompagnée de la mort d'un très grand nombre de Juifs; des communautés entières disparurent et leurs biens furent confisqués par le Trésor public ; toutefois , le politeuma d'Alexandrie subsista , bien que fortement amoindri . Seize ans après ces sombres événements , une véritable guerre éclatait en Judée conduite par Simon bar Kosiba , dont le nom fut transformé en Bar Kokhba : " le fils de l'étoile " ; elle dura trois années pleines , de 133 à 135 . Simon fut tué lors de la dernière bataille, à la fin de 135, à Belthar près de Jérusalem .

    Les suites furent catastrophiques ; de très nombreux prisonniers Juifs furent vendus comme esclaves ; en outre , l'Empereur Hadrien expulsa la population autochtone de la Judée , et interdit à tout Juif d'y séjourner, sous peine de mort . Jérusalem fut baptisée Colonia Aelia Capitolina , et peuplée de Vétérans de la 5ème légion Macedonica ; elle se transforma , donc , en ville païenne , où s'élevèrent des temples à Jupiter Capitolin, Aphrodite, Bacchus ...etc. La Galilée prit , dans le judaïsme , la place de l'ancienne Judée.
    Le rêve messianique éclos du temps des Macchabées, en 166 avant notre ère, s'évanouissait dans cette série d'échecs, symbolisés dans la destruction du Temple par Titus, pendant l'été 70 ; en 212 , par application d'un édit de Caracalla, les Juifs libres se muèrent en citoyens romains ; la nation juive , en tant que telle , disparaîssait pour plus de 17 siécles .

    Or , cette suite d'événements dramatiques conditionna très étroitement la façon dont les "lettrés" chrétiens, en Egypte , à Alexandrie particulièrement , lirent , traduisirent , commentèrent et finirent par s'approprier la Septante ; jusqu'à s'imaginer , eux, les exclus , les opprimés , les sans- noms , sans personnalité , sans droits , réduits à l'état de meubles à la disposition de leurs propriétaires, jusqu'à s'imaginer constituer un nouveau peuple " juif " .

      A l'évidence , les besoins des Services structurant les tâches des fonctionnaires serviles , la lecture de la Septante occupa , jusqu'à l'institution du christianisme par Constantin , un très grand nombre de "lettrés" spécialisés dans la traduction du grec en latin . Ils ne cherchaient pas tous les mêmes renseignements et ne lirent pas tous les mêmes chapitres ; toutefois, certains d'entre eux découvrirent occasionnellement les passages de nature historique , les livres dits prophétiques , les psaumes , les lamentations ...etc. qui les stupéfièrent , tant l' histoire de ce peuple juif en voie de disparition , opprimé , des siècles durant , par des occupants divers , toujours vaincu malgré ses guerres courageuses , tant cette histoire désespérante s'apparentait à la leur .

    La Septante semblait écrite pour eux, par anticipation , et exprimait en termes inouis non seulement les souffrances et terreurs des esclaves romains qu'ils représentaient , mais cet espoir d'une revanche finale , définitive , sans lequel ils n'auraient pu supporter de vivre .

    Cette découverte suscita des colloques dans la Bibliothèque , et conduisit certains "lettrés" à traduire en latin les passages les plus caractéristiques, à leurs yeux, pour les envoyer aux membres de leurs groupes d'origine, à Rome principalement, afin que tous fussent informés .
    Ces traductions, multiples, constituèrent ce que les exégètes appellèrent Veteres Latinae , ou Vieilles Latines .
    Adam et Eve au Jardin d'Eden

    b ) .Les Collegia chrétiens . Faut-il le rappeler ? A Rome , et dans toute l'Italie depuis Auguste , l'on pouvait créer légalement des sortes d"Associations, dites Collegia, soit professionnelles regroupant des citoyens exerçant les mêmes fonctions ou les mêmes professions, soit d'entraide mutuelle ...etc. ; cette législation fut étendue à toutes les Provinces par Septime Sévère au début