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I - Préambule : Les premières Bibles imprimées
II - La composition littéraire au temps de l'Empire romain
III - L'écriture sacrée du christianisme au Moyen Âge

III - L'Ecriture sacrée du Christianisme au Moyen Âge

a) Introduction
b) La Fondation du Christianisme

c) Le Credo du Christianime
d) La Naissance de Jésus - Christ
e) La Croix , Arbre de Vie
f) Le Dieu souffrant
g) La Diffusion des Ecritures
h) Références Bibliographiques

 

a) Introduction


 

 

La Bible de Gutenberg, imprimée en 1455 à Mayence

Selon la chronologie conventionnelle, le Moyen Âge commence après 476, avec la révolte d'Odoacre et le démantèlement de l'Empire romain d'Occident. La décentralisation appliquée par Dioclétien pendant vingt ans, avec l'institution de la tétrarchie , ne lui survécut pas. Constantin redevint l'unique Empereur romain dès 324, et fit de Constantinople la capitale de l'Empire en 330; toutefois, dès 364, après les morts de Julien dit l'Apostat, et de Jovien qui lui succéda durant six mois, la nécessité imposa à Valentinien de s'installer à Milan, et de placer son frère Valens à Constantinople, en distinguant formellement les deux parties de l'Empire: l'Orient et l'Occident.
Le règne de Constantin constitua, sur le plan religieux , la période - clé , celle de la création du christianisme en 325, suivie en 392 de son institution en religion unique pour tout l'Empire, par la volonté de l'Empereur Théodose à la demande expresse de l'évêque de Milan : Ambroise, le "divin". Le contexte socio-politique influença directement la littérature "sacrée" du christianisme, telle qu'elle devait se développer jusqu'à la fin du Moyen Âge, au moment de l'invention de l'imprimerie et de la parution, à Mayence, de la première bible imprimée par Gutenberg, en 1455. L'invention de l'imprimerie marqua une rupture définitive avec les moyens mis en oeuvre antérieurement; la suppression de la copie manuelle des textes consacra une révolution culturelle, qui programmait le déclin de la littérature dite "sacrée". Le relativisme de ces écrits se manifesta avec certitude, lié aux décisions prises par les différents Conciles de l'Eglise romaine, établie en Etat souverain dès 754. Les erreurs découlant mécaniquement de la copie manuelle, l'insertion dans les textes de gloses diverses firent de ces derniers, à la fin, un magma, dont le caractère artificiel a été conservé par la Sixto-Clémentine, la première bible imprimée en 1592 par l'Eglise-Etat romain conformément aux décisions du Concile de Trente prises en 1546; bible déclarée, par habitude,
"divinement" inspirée par l'Esprit - Saint .

b) La Fondation du Christianisme

 

Meurtri d'avoir été rejeté de la succession de Dioclétien et Maximien en 305, Constantin rejoignit son père Constance Chlore à Boulogne , où ce dernier préparait une expédition contre les Pictes, en ( Grande ) Bretagne, qui furent battus.
Constance, malade, mourut en Juillet 306 à York , et Constantin, soutenu par l'entourage de son père, prit sa succession sans en référer à Galère, chef de la tétrarchie du fait du retrait de Dioclétien.
Il ne fait aucun doute que l'attitude dédaigneuse de Galère à l'égard de Constantin, en 305, causa chez ce dernier une blessure d'amour-propre profonde, inguérissable, qui le décida à s'imposer contre Galère, c'est à dire à s'emparer progressivement de la totalité de l'Empire.
Dès 307, siégeant à Trèves, il se déclara Pontifex Maximus et proclama ouvertement sa filiation " divine " , persuadé ( ou faisant comme si ...) d'avoir pour " père " le Sol Invictus d'Emèse; c'était, en effet, à proximité du temple de ce dernier, en 272 / 273, durant la campagne d'Aurélien contre Zénobie reine de Palmyre , que Constantin aurait été conçu ou naquit .
Il afficha, sa vie entière, cette filiation; sur ses monnaies d'or, son buste était accolé à celui du Sol Invictus; sa capitale de Constantinople était organisée autour d' une haute colonne de pierres rouges portant à son sommet une statue de Constantin, tel le Soleil éclairant de ses rayons l'Empire jusqu' en ses extrêmités; en outre, l'Empereur, prévoyant sa mort, fit construire un temple, devenu ultérieurement l'église des Saints Apôtres, dans lequel son mausolée surélevé en éclairait douze autres, vides, symbolisant les douze divinités zodiacales formant le firmament de notre hémisphère .

CONSTANTIN ( 307/337 )
Fondateur du Christianisme

La personnalisation divine de Constantin se manifestait universellement ; telle la lumière du Soleil , elle rythmait la vie des Romains. Le problème politique majeur, pour Constantin comme pour tout Empereur, consistait dans l'unification de l'Empire, malgré ses grandes diversités ethniques, par le culte de sa personne rassemblant autour de lui la totalité des populations.
Dans cette perspective, Constantin se heurta, dès 307, à l'existence des chrétiens, groupés dans une multitude de Collegia, animés par une même foi en un dieu Sauveur, des trublions persécutés du fait des mesures d'ordre public prises par Dioclétien. Quelles qu'aient été ces mesures, il s'avérait impossible de les exterminer, compte tenu de leur situation irremplaçable dans l'économie de l'Empire. En outre , l'Administration reposait non seulement sur la compétence des chefs de Services et directeurs issus de la noblesse, mais tout autant sur l'efficacité des " employés aux écritures " de toute sorte,dont la très grande majorité était composée d' esclaves "lettrés" chrétiens formés dans les paedagogia impériaux . En fait, l'organisation virtuelle des Collegia en un ensemble "catholique" et unifié semblait tout à fait réalisable dans la mesure où l'on acquerrerait le dévouement des épiscopes-évêques et de ces "lettrés", dont l'influence était prédominante dans la vie des Collèges.
Le génie politique de Constantin se manifesta dans la poursuite de ce but en décidant de :

  • délivrer les chrétiens de la hantise de la persécution et de la mort, en abandonnant l'exécution des décrets de Dioclétien

  • libérer les Collegia de la tutelle administrative créée au siècle précédent

  • permettre aux "lettrés" de reprendre les traductions de leur A.T. et de les commenter dans les réunions collégiales

  • abreuver les évêques de subventions en espèces et de dons de toute nature pour l'établissement de ces Collèges , et l'amélioration des conditions matérielles de vie des " fidèles"

  • tenir pour vraies les légendes chrétiennes , et les incarner en des lieux de mémoire , trophées , reliques ...etc.

  • enfin, se présenter, en tout, comme le nouveau Sauveur chrétien, compte tenu de l'origine "divine" du pouvoir constantinien que nul ne discutait( 1 ).
    La réalisation de ce programme, même si elle fut progressive, porta des fruits bénéfiques en un laps de temps de deux ans, dans les circonstances suivantes: en démissionnant, en 305, de ses fonctions impériales, Dioclétien avait forcé son co-empereur Maximien à agir de même, mais ce dernier n'abandonna pas aisément sa charge, et, dès 307, revint aux côtés de son fils Maxence qui s'était déclaré Empereur de Rome, contre Galère, en Octobre 306. Maximien voulait en fait se retrouver le seul Empereur d'Occident; il profita d'un séjour en Gaule, en 309, et d'un engagement de Constantin contre les Francs pour faire courir le bruit de sa mort, ce qui mit ce dernier en grande colère et le conduisit à poursuivre le fautif et sa troupe qui se réfugièrent en Arles, puis à Marseille, ville fortifiée facile à défendre. Il se produisit alors un fait surprenant, tout à fait inattendu: le peuple marseillais vint aux remparts, dont il ouvrit les portes, permettant ainsi à Constantin de s'emparer de la ville sans coup férir,en évitant les aléas d'un long siège; Maximien, fait prisonnier, se suicida , dit-on ,
    ou fut assassiné, par pendaison .
    Cette victoire eut des conséquences non seulement politico-militaires, mais politico-religieuses de la plus haute importance. Le peuple marseillais, composé essentiellement de plébéiens, de s.d.f. , et d'esclaves, en grande majorité chrétiens, avait démontré à Constantin, en lui donnant la ville , l'attachement profond à sa personne que sa politique pro-chrétienne, poursuivie depuis deux ans , avait suscité, avec l'espoir très vif de la poursuite d'une amélioration sans précédent de la situation matérielle de la classe la plus démunie. Pour l'ambiteux Auguste de l'Occident, la leçon était claire : outre les composants purement militaires, la conquête finale de l'Empire ne pouvait se réaliser qu'avec l'assentiment actif de la population.
    Constantin se devait, donc, non seulement de poursuivre sa politique pro-chrétienne, mais de lui donner encore plus de vigueur. Par ailleurs, sa victoire éclatante sur Maximien manifestait publiquement que Constantin, fils de Sol Invictus, était dirigé et soutenu dans ses actions par la bienveillante protection de la divinité; il en était indiscutablement le Christus, l'enfant béni de la Chance Cette victoire donna naissance au vocable qui convenait le mieux à cette situation exceptionnelle;
    chez les chrétiens constantinophiles, le dieu Chrestus commença à se transformer en Christus .
    Le temps accomplissait silencieusement son oeuvre; en 311, les deux morts de Dioclétien à Split et de Galère à Serdique (Sofia ) vinrent raviver l'ambition de Constantin.
    En Occident,il n'avait plus d'autre compétiteur que Maxence, homme habile mais veule, disposant de peu de troupes régulières , qui avait vaincu Sévère, en 307, en soudoyant l' armée de celui-ci, mais Maxence gouvernait l'Italie et l'Afrique du Nord. Constantin décida de l'affronter et pénétra en Italie au début de l'année 312 .
    Il remporta très vite deux victoires sur son adversaire à Turin puis à Vérone, qui manifestèrent à nouveau ses qualités de Christus, instrument de la Chance, fils choyé de son Père, le Sol Invictus.
    La bataille décisive eut pour théatre, devant les fortifications, les faubourgs de Rome, dont Constantin s'empara à la suite de sa victoire du Pont Milvius, le 28 Octobre 312 ; au cours de la lutte , dans la bousculade, Maxence tomba dans le Tibre et se noya, retenu au fond par le poids de son équipement. Ce triomphe faisait de Constantin-Christus le seul maître de l'Europe Occidentale et de l'Afrique du Nord; il avait été préparé soigneusement durant les quelques mois suivant le succès de Vérone . La propagande aidant, les marques de soutien du petit peuple italien et romain devaient s'être multipliées et avaient montré son attente d'une prochaine "libération". Toutefois , la bataille à venir risquait de générer des confusions nuisibles, puisqu'elle opposerait des soldats portant les mêmes habits et les mêmes armes, difficiles à distinguer les uns des autres, d'où des difficultés éventuelles dans l'exécution des ordres au cours des combats. Constantin prit , alors , l'initiative de faire fabriquer des bannières et des oriflammes frappés du monogramme de Christus, de telle sorte que ses soldats puissent se regrouper facilement et sachent qu'ils luttaient pour une victoire assurée par la Chance et les origines divines de leur chef.
 

La gratitude de Constantin à l'égard du peuple chrétien romain l'amena à donner pour siège à l'évêque de Rome
( Silvestre1er?), dès l'hiver 312 / 313 , le palais du Latran , monument prestigieux du domaine impérial, datant du 1er siècle de notre ère; il ordonna en même temps la construction de la basilique de St Jean de Latran, qui fixa le type des cathédrales et basiliques futures .

En cette année 313 , en effet , Constantin signa avec Licinius , futur Empereur d'Orient , ce qu'il est convenu d' appeler
le " Décret de Milan " , instaurant le culte des chrétiens en culte public devant , désormais , être pratiqué dans des temples comme les cultes des divinités traditionnelles .

Dès 314, Constantin se comporta en chef incontesté de la religion chrétienne; il s'entoura d'évêques,qui devinrent consciemment les agents de propagation du culte de
l'Empereur considéré telle la réincarnation de leur Sauveur ; de ce fait, ils se transformèrent en éléments actifs de l'unité de l'Empire par la vénération organisée, dans des temples , basiliques ( maisons de l'Empereur : Basileus ), cathédrales ou collégiales, du Christus - Constantin .

En cette année 314, celui-ci convoqua, le 1er Août, plusieurs évêques en Arles pour tenter, vainement, d ' apporter une solution au schisme donatiste carthaginois, qui ne cessa qu'au siècle suivant par l'emploi de la force à l' instigation d'Augustin , évêque d' Hippone, adepte du << Compelle intrare : Force - les à entrer >> .

Le 30 Avril 313, dans la plaine du fleuve Ergenus , près d'Andrinople en Thrace , Licinius affronta Maximin Daïa , son adversaire en Orient .

Une illustration relativement récente
de la légende chrétienne concernant
la victoire très antérieure du Pont Milvius

Licinius s'était déclaré Christus comme Constantin , enfant choyé de la Chance , et se battit sous des bannières frappées du monogramme à la roue solaire, dont les rayons dessinaient les lettres initiales du qualificatif divin. Maximin Daïa, vaincu, se réfugia en Cilicie, à Tarse, où Licinius, au milieu de l'été , l'assiégea par terre et par mer. Maximin , à bout de forces , s'empoisonna . Licinius , désormais seul Empereur d'Orient , pour éviter tout risque de conflit ultérieur , fit assassiner les huit membres de la famille du Prince disparu .
Dès le mois d'Octobre 313, l' Empire se trouvait , donc , entre les mains des deux Empereurs : Constantin et Licinius. Une entente incertaine s'établit durant les deux années suivantes , mais, en 316 , la rupture intervint à l'initiative de Constantin dont l'ambition grandissait de devenir le seul maître, persuadé d'être le seul Christus. Une première campagne lui permit d'annexer la majeure partie des provinces des Balkans , par la signature d' un traité à Serdique ( Sofia ) le 1er Mars 317.
Durant les sept années suivantes la situation évolua nettement en faveur de Constantin.
En effet , pour les chrétiens d'Orient , il apparaissait comme le vrai Christus , puiqu'il était le vainqueur de Serdique . Licinius en vint à souçonner les chrétiens de son entourage d'être des espions à la solde de son adversaire ; il les renvoya de son Administration et de l'armée ; il accusa des évêques de déloyauté , détruisit leurs églises et les fit disparaître. Bref , dans une grande partie de l'Empire d'Orient , les chrétiens , persécutés , soutinrent la cause de Constantin , dont ils espéraient obtenir des conditions de vie équivalentes à celles des Occidentaux, et dont ils souhaitaient fermement une prochaine victoire. Aussi bien , en 324, jugeant l'évolution de la situation favorable à ses ambitions, Constantin réunit une armée et une flotte importantes et pénétra dans les territoires adverses . Le 3 Juillet , une bataille s'engagea dans la région d'Andrinople, qu'il remporta. Licinius s'enfuit en Asie , sur l'autre rive du Bosphore , que traversa ,
à son tour , l'armée constantinienne . La lutte trouva un terme définitif le 18 Septembre 324 , à Chrysopolis .Licinius , fait prisonnier , fut consigné à Thessalonique pour y vivre comme un citoyen ordinaire ; mais Constantin rompit bientôt son engagement; il le fit pendre avec son fils, au printemps 325. Il voulait rester le seul Christus , dont les victoires manifestaient aux yeux de tous les protections divines dont il bénéficiait du fait de sa filiation ; il était le seul dieu sur la terre romaine.
Les dix années, qui suivirent le Concile d'Arles en 314, permirent à Constantin de poursuivre l'organisaton et l'extension de son culte en Occident en sollicitant une collaboration de plus en plus soutenue du corps presbytéral et des évêques chrétiens. Le pouvoir de ces derniers s'accrut fortement ; ils agirent en directeurs des services de l'Administration religieuse de l'Empire occidental , et montrèrent leur importance par des déplacements incessants exécutés avec l'aide de la poste impériale mise à leur disposition .

Dans le cadre de sa politique, l'Empereur lança la construction de plusieurs temples , basiliques, cathédrales ou collégiales, notamment à Rome; en 323, il y entreprit celle de la basilique Saint Pierre au Vatican,qui reçut, en 336 vraisemblablement, les reliques ( supposées ) de l'apôtre, dit ultérieurement " portier du ciel " , dont la légende chrétienne faisait le premier compagnon "fidèle" de Chrestus ,et le premier évêque de la Ville .Constantin, inconsciemment, allait permettre à l'antique capitale de devenir, en quelques siècles,
le " Centre Magique " de l'Occident, dont les habitants rêveraient de se prosterner devant la dépouille
du " Saint " dans l'espoir d'obtenir du " Portier " le tour de clef autorisant leur entrée, le moment venu, dans la demeure céleste ( 2 ) .

Mais la pénétration en Asie révéla , subitement , l'importance des querelles doctrinales qui , depuis Alexandrie et la question arienne, déchiraient les communautés des principales villes d'Orient, et avaient, vingt ans auparavant, justifié les mesures d'ordre public prises par Dioclétien et Galère. Constantin prit, soudain, conscience, qu'il ne suffisait pas d'instaurer un culte à sa personne, célébré dans des édifices nombreux et importants, servi par un personnel dévoué et formé à cette fin; une religion " catholique " demandait aussi une doctrine clairement établie et proclamée.
C'est pourquoi, aidé par Ossius évêque de Cordoue, son collaborateur immédiat, il convoqua un Concile oecuménique, dans un délai très court ; celui-ci s'ouvrit à Nicée le 19 Juin 325 et dura jusqu'au 25 Juillet suivant, date de célébration des vingt ans de règne de Constantin; la fin des débats s'accompagna d'un banquet solennel et d'un discours de clôture de l'Empereur ( 3 ) . Le travail des 318 Pères conciliaires , en très grande majorité des Asiates ( seulement deux prêtres légats de Rome y assistèrent: Vite et Vincent ) , aboutit à la rédaction d'un exposé de la fo , acte de fondation du christianisme constantinien,
et de vingt " Canons " promulgués par la suite comme lois de l'Empire( 3 ) .

Concile oecuménique de Nicée , en 325 ; fondation du christianisme constantinien.
Constantin est figuré au premier plan ;les regards sont tournés vers lui .

 

c) Le Credo du Christianisme

Le symbole de la Foi nicéen est le texte le plus important rédigé par le Concile; il constitue un compendium, ou abrégé, des vérités essentielles professées dans les communaurés chrétiennes principalement représentées, les Collegia asiatiques; les experts se disputent sur l'origine de ce symbole : Césarée de Palestine par Eusèbe, Jérusalem par Macaire, Alexandrie par Alexandre ...etc.
Les discussions sont d'autant plus vives que << .... les Actes de ce Concile n' ont probablement jamais été rédigés par des secrétaires >>( 3 ) , que beaucoup de documents ont été perdus , et qu'enfin les manuscrite dits "originaux " ont inévitablement subi des corrections importantes du fait des copies manuelles successives,et de la révolution technique intervenue , entre le 9ème et le 12ème siècles , dans la façon d'écrire , par l'utilisation de la minuscule caroline et des écritures dérivées telle la bénéventine ...etc. L'on scrute, donc, un texte conventionnel adapté aux soucis intellectuels de théologiens et autres professionnels du "divin", récité dans les églises par des foules autrefois illettrées et aujourd'hui tétanisées par les habitudes, répétant mécaniquement des "vérités" de jadis, qui n' en sont plus de nos jours.

:<< Nous croyons en un seul Dieu , Père Tout- Puissant , créateur de tous les êtres visibles et invisibles ;
et en un seul Seigneur Jésus - Christ , le Fils de Dieu , engendré du Père , unique engendré , c'est à dire de la substance du Père , Dieu de Dieu , lumière de lumière , vrai Dieu de vrai Dieu , engendré non pas créé , consubstantiel au Père , par qui tout a été fait , ce qui est dans le ciel et ce qui est sur la terre , qui à cause de nous les hommes et à cause de notre salut est descendu et s'est incarné , s'est fait homme , a souffert , et est ressuscité le troisième jour , est monté aux cieux , viendra juger les vivants et les morts ;
et en l'Esprit Saint .>>
( suivent les anathèmes ! )( 4 ) .

Il est patent que l'essentiel du discours concerne le " Fils " , dont on veut affirmer la pleine "divinité" .
Ce " Fils " est appelé "Jésus-Christ" . On peut légitimement douter de la possibilité de cette désignation , en 325 , puisqu'à l'époque les "lettrés" chrétiens n'avaient pas eu le temps de rééditer les traductions , détruites , de l'A.T. , qui conditionnaient l'écriture du N. En outre , ces nouvelles traductions furent si contestables qu'on dut , au début du 5ème siècle , recourir au travail d'un expert trilingue , Jérôme , pour obtenir une "Vulgate" convenant à toutes les exigences .
C'est à partir de ce texte qu'on rédigea le N.T. , dont le premier Codex complet parut environ les années 525 , sous l'aspect du Codex Fuldensis .
Par contre, l'appellation de Christus était , depuis au moins 312 , publiquement attribuée à Constantin , stipulant l'origine "divine" de son pouvoir en tant que " Fils " du Sol Invictus ( ou Apollon , ou Mithra ..) , conduit par celui-ci sur le chemin des victoires ; l'assimilation de Jésus à Christus fut le résultat ultérieur d'une démonstration évangélique , ce que nous examinerons dans le prochain paragraphe .
En toute hypothèse, l' indication : << vrai Dieu de vrai Dieu , lumière de lumière >> manifeste, sans équivoque possible, la nature "solaire" de l'Empereur , dit aussi Neos Helios , en abrégé Noël , c'est à dire : Nouveau Soleil, dont la naissance symbolique était fêtée , depuis 274 sous le règne d'Aurélien , le 25 Décembre de chaque année, à l'ancien solstice d'hiver du calendrier julien ; cette fête traditionnelle fut "christianisée " par Constantin le 25 Décembre 335, le premier Noël de l'Eglise romaine.

Le terme, caractérisant le mieux la nature du Fils - Christus , est celui d'Homoousios , Consubstantiel au Père , qui exprime une identité de substance entre le Père et le Fils , et dogmatise le symbolisme des monnaies d'or de Constantin portant, accolés, les deux bustes du Sol Invictus et de l'Empereur,
son Fils béni et protégé. Si l'on se rapporte aux lettres d'Eusèbe à sa communauté de Césarée ( Epist. ad Caes.-7 ), il conviendrait d' attribuer à Constantin lui-même l'initiative de cette insertion .

En effet, d'une part, Homoousios prenait une résonance antiarienne défendue par Ossius, le collaborateur iimmédiat de l'Empereur, d'autre part , ce mot pouvait résumer la politique religieuse de ce dernier et devenir, en quelque sorte , un élément significatif de sa recherche fiévreuse de l' unité de l'Empire ( 5 ) . Quoi qu'il en fut, compte tenu des pressions exercées par l'Empereur sur les Pères conciliaires, le dogme reçut l'approbation générale de l'épiscopat présent au Concile, à l'exception de deux évêques ariens,
qui furent condamnés et déposés.
Concrètement, Constantin était déclaré différent des autres hommes; il n'était pas créé , mais engendré ; il "émanait " directement de son Père, sans rupture de continuité, et ne pouvait se distinguer aucunement de lui ; si bien que , dans le Dieu trinitaire défini ( Père , Fils , Esprit ) conformément aux mythologies gréco-romaines, la distinction des personnes n'était qu'affaire de méthodologie ; la Trinité toute entière agissait par l'une ou l'autre de ses personnes ; le Père était déclaré :<< créateur de tous les êtres visibles et invisibles .>> , mais c'est par le Fils que :<< tout a été fait , ce qui est dans le Ciel et ce qui est
sur la terre .>>; le Fils était consubstantiel au Père comme les rayons du Soleil l'étaient de celui-ci . L'absence d'indication d'une naissance du Fils, venant s'incarner en un homme sur terre, n'a donc rien de surprenant : le Fils " émanant" directement de son Père n'avait pas besoin d'une matrice maternelle ; l'on voit par là quelles influences, traditionnelles dans le monde indo-méditerranéen, s'exercèrent ultérieurement dans la rédaction des évangiles dits " de la naissance ", par suite du syncrétisme qui s'établit nécessairement lorsqu'on décida d'ériger, à la fin du 4ème siècle , le christianisme, en culte unique célébré dans l'Empire .

   

Le Fils " Christus "
:<< .. à cause de nous les hommes et à cause de notre salut est descendu et s'est incarné, s'est fait homme ...>> .

La connotation de ce " salut " est telle que, pour les "fidèles" de nos jours , elle évoque immédiatement l'image, fixée par des siècles d'obéissance, d'un dieu mort sur une croix, pour racheter le "péché originel" d' Adam ;comme si les scènes de la "tentation" dans le livre de la Genèse ne constituaient pas une explication mythologique de l'existence du "Mal" , phénomène incompréhensible à nos ancêtres de la haute Antiquité .

Pour des évêques d'Orient , en 325 , délivrés depuis quelques mois seulement d'une persécution poursuivie , par épisodes , pendant vingt ans , ce mot de "salut" prenait une signification très concrète de mort évitée , de nourriture assurée , de liberté d'expression retrouvée , d'aides de toute sorte reçues du Prince.

Création de l'homme
Chapiteau de la Cathédrale d'Autun

Ce mot de "salut" manifestait finalement le caractère de Fécondité de leur religion , à l'exemple des principaux cultes célébrés dans le monde indo-méditerranéen .
Le "Credo" ne contient aucune allusion à une mort du Sauveur , encore moins à une crucifixion , qui n'était d'ailleurs plus utilisée comme châtiment depuis plusieurs années , remplacée par la simple strangulation plus expéditive et, donc , plus économique ; on ne répètera jamais assez que la croix apparaît , pour la première fois, dans la doctrine élaborée par le Concile de Chalcédoine de 451, en symbole non pas de la mort
mais de la vie féconde .
Le Fils - Sauveur est évidemment " chrétien " ; il présente une nouvelle figure de Chrestus , qui viendra , à la fin des temps , juger les vivants et les morts , pour donner à ses " fidèles " leur revanche définitive sur la Société qui les opprimait. Par contre, de même que pour la dénomination " Jésus - Christ ", on doutera sérieusement de la possibilité , en 325 , d'insérer une " résurrection le troisième jour " . En effet , d' une part , les chrétiens avaient besoin d'un dieu toujours vivant , d'autre part , cette indication se réfère visiblement au culte métroaque de Cybèle - Attis, dans lequel le parèdre de la déesse phrygienne
" Mère des dieux " ressuscitait chaque année, rituellement, à l'équinoxe vernal, le 25 Mars, puis le 21Mars
à partir de 326, après un sommeil-mort de trois jours.
Ce culte avait été introduit , de Pessinonte à Rome , en 204 avant notre ère , et avait permis à Scipion de vaincre Carthage à Zama . Sans doute , d'autres divinités : Dionysos , Osiris ...etc . ressuscitaient , mais aucune célébration ne recueillait l'éclat de la "résurrection" d'Attis, qui déclenchait les vagues des" hilaries ". Ce culte fut suspendu en 415 , après sept siècles de pratique; mais il fallut bien le réintégrer dans les rites du christianisme puisque le retour annuel du Printemps dépendait de lui ; ce fut l'affaire du Concile de Chalcédoine en 451 .
Il faut en revenir au début du " Credo" :

<< Nous croyons en un seul Dieu , Père Tout - Puissant , créateur ....>>

" Dieu " est un très ancien terme indo-européen : Deiwos ( 6 ) , latinisé en : deus , divus et dies, le jour ; dieu est " lumière " . Par le seul emploi de ce mot , le christianisme se situe directement parmi les nombreuses religions indo - européennes que nos Ancêtres se sont données selon leurs besoins.Mais la lumière est une matière ondulatoire et corpusculaire, que l' homme domine de mieux en mieux depuis
l' invention du feu, il y a environ 350.000 ans; dieu est un simple concept humain projeté, hypostasié. L'évhémèrisme trouve ici sa justification; deviennent dieux parmi les hommes, les personnages - lumière dont le charisme et la vie ont présenté aux individus de leurs temps des recettes à suivre pour devenir plus hommes. Chrestus fut déclaré dieu au milieu du second siècle; Constantin fut adoré comme tel dans tout l'Empire, après 325. Ce Dieu - Astre est Père . En le déclarant Père , le " Credo " spécifie la nature stellaire fondamentale de l'humanité, dans le cadre d'une évolution universelle , que la tradition de l'Eglise romaine rejette totalement .
Ce Père est Tout - Puissant
, c'est à dire en puissance de tout, naturellement imparfait, se réalisant progressivement en concrétisant successivement ses potentialités par un passage incessant de la puissance à l'acte, d'un terminus a quo à un terminus ad quem; c'est la caractéristique d' une nature en voie d'expansion, en évolution perpétuelle, à la recherche de son propre épanouissement, dont le mouvement sans fin donne à notre Univers, et aux Univers encore inconnus, leur propre élan vers plus de conscience, plus de vie.
.Ce Père est " créateur " ( c'est une référence à la Genèse ) du fait de cette évolution continue vers un plein épanouissement , vers une plus grande " stature " ; sa "création " lui sert à devenir "plus- être " ; elle demeure en lui, elle est tirée de lui, pour lui. L' évolution "divine"nécessite un "engendrement" perpétuel ; elle serait brisée ou anéantie si elle consistait à sortir du néant des choses , personnes ou objets , jetés hors de " lui " et qui viendraient réduire l'espace de son évolution en s' opposant directement à son expansion.
Le Fils n'est pas le seul engendré, la création entière est engendrée, donc l'humanité. C'est en ce sens
que " dieu " serait l'alpha et l'ôméga des Univers. Tout en "lui" tend vers "lui". L'engendrement résulte d'un mouvement centrifuge, alors que les "engendrés" se tournent vers "lui" par un mouvement centripète.
I
Il se produit des interactions, qui, en langage humain, s'exprimeraient par "frictions", ralentissements
de courant de vie.
Or , la vie est , par essence , Conscience . Les frictions dues aux flux de vie contrariés se concrétisent en ce qui est appelé la matière , en somme de la Conscience emprisonnée; Celle-ci se libère en fonction de la complexité plus ou moins grande des structures matérielles causées par l'évolution universelle.
Ce que ne dit pas le "Credo", c'est que tout engendrement provoque une dépense d'énergie qu'il faut bien compenser par ce que nous appelons nourriture, reçue nécessairement de l'extérieur, sinon le Père aurait cessé d'exister depuis lontemps s'il devait se nourrir de lui-même, de sa propre substance, directement. Nous débouchons, donc, sur le mystère, écarté dans le christianisme se donnant "un seul Dieu" , d'une série infinie de "Dieux" , dépendant les uns des autres en interaction constante, jusqu'à la Super-Personne dont l'essence consiste dans la Vie-Conscience; c'est dire qu'Elle est par essence Mouvement, donnant consistance, par effet de stroboscopie, au fameux paradoxe aristotélicien du Moteur immobile .

 

<< Et en l'ESPRIT - SAINT >>


L' Esprit - Saint fait l'objet d'une simple mention , sans aucune allusion aux capacités fécondatrices de son " ombre ",
ni à ses apparitions sous forme de colombe, oiseau d' Aphrodite
( l'Amour ) , ou de chouette , oiseau d'Athéna - Minerve ( la Sagesse ), ou , dans d'autres circonstances , sous forme de langues de feu .....etc.

LA CREATION par MICHEL - ANGE

Finalement , le symbole de la Foi des 318 Pères du Concile de Nicée reste principalement organisé pour accorder, sans contestation possible, le statut d'une personne "divine" au Fils Constantin - Christos :
il est << vrai Dieu de vrai Dieu , lumière de lumière >> digne du culte convenant à un être fils du Soleil , lui-même Nouveau Soleil , Noël , apparu à la tête de l'Empire pour sauver les chrétiens des tourments de la persécution, les amener à reconnaître en lui leur Sauveur réincarné, leur donner les moyens d'exercer publiquement leur culte dans des temples nombreux et enrichis des dons de l'Empereur, ritualisé par une Eglise "catholique" et romaine, ciment de l'union de l'Empire autour de la personne du Prince qui restera Pontifex Maximus jusqu'à sa mort. Le christianisme, ou culte de Christus, manifeste l'acmé du culte impérial inauguré sous Auguste; il concrétise la conversion du mouvement paléo-chrétien, transformé par les dons de l'Empereur et son adhésion à leur livre , leur A.T. , en mouvement de "fidèles"obéissants, dans l'attente de la récompense suprême, au Ciel; la vie sur terre était subie, seule comptait la gloire céleste , dans la compagnie du Seigneur. Il est remarquable de constater que le Christ , le nouveau dieu des chrétiens , sera continuellement vénéré comme Roi -Christ Roi -Seigneur - Empereur céleste et Seigneur de Majesté , dont la naissance symbolique sera célébrée à la naissance du Nouveau Soleil , NOËL.
.En fêtant Noêl, chaque 25 Décembre, les chrétiens célèbrent la naissance symbolique de leur Empereur hypostasié en Nouveau Solei, Lumière de Lumière, Soleil né du Soleil.
Ils constituent les derniers adeptes du culte multi - millénaire de l'Astre - Roi
.
Le CHRISTIANISME se définit comme la religion du POUVOIR:OMNIS POTESTAS A DEO .

d) La Naissance de Jésus - Christ

Appeler , sans explication ni commentaire , " Jésus - Christ ", le " Fils " c'est à dire Constantin , témoigne d'une longue habitude fondée non plus sur les délibérations des 318 Pères du Concile de Nicée mais sur la lecture des évangiles dits synoptiques , l'évangile dit de Matthieu ( XVI - 13/20 ) , celui dit de Marc ( VIII - 27/30 ) , celui dit de Luc ( IX - 18/21). Le passage intitulé " La profession de foi de Pierre " est le plus développé par l'évangéliste dit Matthieu . Jésus est présenté à proximité de Césarée de Philippe ; ce Philippe étant le second fils d'Hérode le Grand .

Cette agglomération , située au Nord , au-delà de la Palestine , s'appelait autrefois Panias ou Panée ; elle fut , en 200 avant notre ère , le lieu d'une rencontre décisive entre les armées des Séleucides d' Antioche et celles des Lagides d'Alexandrie ; la victoire des premiers chassa définitivement les seconds de la Palestine . Un temple magnifique fut édifié à la gloire de Pan , le dieu - berger , image - type d' un roi , berger de son peuple , son troupeau ; il était en fait dédié à la gloire des Séleucides . Le lieu symbolisait , donc , le pouvoir royal triomphant .
C'est ici que Jésus demanda à ses disciples ce que les gens disaient du Fils de l'Homme ( Jésus était fils d'Adam , lui-même créé par dieu , selon sa généalogie dans l'évangile dit lucanien ) ; question étonnante puisque Jésus connaissait d'avance leur réponse du fait de sa prescience naturelle ! Un bavardage s'ensuivit , bien vite interrompu par cette autre question : << Mais pour vous , qui suis - je ? >>.
Prenant la parole , Simon - Pierre dit :<< C'est toi , le Christ , le Fils du dieu vivant >> .

En langage plus simple et dans le contexte du 4ème siècle et des suivants , cela signifiait que Jésus , fils de l'homme - Adam créé par dieu , et Christ , fils du dieu vivant - Soleil , autrement dit Constantin , ne formaient qu' une seule et même personne , le Prince hypostasié après sa mort en Empereur céleste ; cette affirmation était en quelque sorte confirmée par le lieu symbolique où se situait la scène , le temple de Pan - Roi (7 ) .La fusion des deux personnalités en une seule était facilitée par leurs naissances respectives , chacune étant de sang royal . Jésus , fils de Joseph et de Marie ( Mth I - 1/16 ) , descendait directement du roi David , roi des anciens Juifs , roi béni de YWHW. Le Christ , né d' une femme nommée Marie fécondée par l'Esprit Saint , naquit comme tout Prince de l'Antiquité d'une hiérogamie mythique ( Mth I - 17/25 ) lui conferrant ses qualités "divines" et la victoire dans ses entreprises .

 

Il s'agissait assurément de deux naissances différentes, puisque , dans le cas contraire , une seule généalogie aurait suffi , nul ne pouvant être engendré par plus d'un père ; en outre , la " Profession de foi de Pierre " n'aurait eu aucun sens , s'il n'y avait eu qu'une seule personne dès l'origine .

Une différence les distinguait , cependant ; le Christ était réellement béni de son Père , le Soleil ( Mithra , adoré par les Mages , et les bergers ) , comme le démontreront ses succès ultérieurs, notamment , en 324 , sa victoire sur Licinius qui s'était déclaré lui aussi Christus ; Jésus , descendant de David , n'avait reçu aucune attestation de ses origines , seuls , ses miracles et discours dévoilaient sa nature "divine" .

La suite du récit renforce encore l'identification des deux personnages , qui n'en font plus qu'un seul :
Prenant la parole , Jésus lui dit

<< Heureux es-tu , Simon Bar - Iona , ..... je te dis que tu es Pierre ( Roc ) , et sur ce roc je bâtirai mon Eglise ..... je te donnerai les clefs du royaume des Cieux ... >>
.

La Confession de Pierre ,peinte par Ingres
Jésus lui remet les clefs du Ciel .


Jésus , lui le fils de Joseph et de Marie , d'une part s'exprime comme Constantin en parlant de son Père qui serait au Ciel , et d'autre part s'engage à bâtir une Eglise dans un futur indéterminé ; cette promesse sera tenue par Constantin ; en lançant les travaux de construction de la basilique Saint Pierre au Vatican , Constantin a , d'une part donné corps aux légendes chrétiennes relatives à cet ancien "apôtre" très important ici nommé Pierre , et d'autre part constitué ces légendes en élément d'implantation de sa religion : le christianisme .

Jésus , fils de Joseph et de Marie , descendant de David , selon le dit Matthieu , remplace ici Chrestus, dans "l'histoire" paléo-chrétienne, compte tenu de l'adoption de la Septante par les chrétiens à partir de 150 , et de la "résurrection" de Jérusalem après 325 ; fait remarquable , l'action de Jésus se situe , malgré tout , en Galilée où s'étaient repliés tous les autochtones , après Hadrien en 135 ; Jésus se rendra , plus tard , à Jérusalem pour y mourir , mais , comme nous le montrerons plus loin , il s'agit , là , d'une autre "histoire" , sans lien avec les récits d'identification de Jésus , l'ancien Sauveur imaginaire des chrétiens suscité primitivement par les légendes paléo-chrétiennes magnifiant Spartacus et Chrestus , avec Constantin , réincarnation de ce Sauveur , au culte duquel les chrétiens se sont convertis totalement en 325 . Le N.T. veut s'écrire comme le prolongement de l'A.T. par la réalisation des promesses contenues dans celui-ci ; ces promesses faites , croyaient-ils , aux paléo-chrétiens sont remplies par Constantin .

Le N.T. vient , finalement , démontrer scripturairement que ce dernier , dans une perspective chrétienne , est dieu et roi , non seulement des anciens Juifs comme s'il était David , mais des nouveaux Juifs que constituaient , disaient-ils , les paléo-chrétiens , christianisés définitivement après 325 . L'expression "Jésus - Christ" se traduira, aussi ,par "Jésus,Roi des Juifs" .
On relèvera que la phrase :<< Je te donnerai les clefs du royaume des Cieux >> se rapporte , très vraisemblablement , à une époque postérieure au Concile de Nicée , au milieu du siècle suivant , aux temps de Léon I , compte tenu de l'importance prise par Rome en tant que " Centre Magique " de l'Occident , du fait des pouvoirs accordés par la superstition publique aux reliques de Pierre . Celui-ci deviendra l'intermédiaire indispensable à une entrée au Ciel ; plus tard , en 756 , il se manifestera à Pépin le Bref par une lettre personnelle l'engageant à secourir par ses armées , contre la promesse de son entrée au Paradis , le nouveau roi des Etats de l'Eglise romaine , Etienne II .

e) La Croix, Arbre deVie

Déjà sous Constantin , après sa victoire définitive sur Licinius en 324 , des agents impériaux avaient écumé les provinces orientales à la recherche de trésors dans les temples païens ; ils les confisquèrent pour payer la construction d'édifices christianistes, notamment à Jérusalem , la païenne Aelia Capitolina , devenue une sorte de "capitale spirituelle " des paléo- chrétiens .
Mais c'est sous Théodose , dit le Grand , qu'en 391 le christianisme fut institué , à la demande expresse d'Ambroise évêque de Milan , religion officielle et unique de l'Empire .

Certes , les cultes anciens furent interdits , mais l'on ne pouvait changer d'un coup , par décret d'homme , les pensées , imaginations , sentimnts , habitudes des populations réparties de l'Occident à l'Orient romain . On pouvait détruire ou transformer leurs temples , mais le culte solaire de Constantin, hypostasié en Empereur céleste et Sauveur des nouveaux chrétiens, se gonfla nécessairement de leurs croyances ritualisées dans la nouvelle pratique religieuse officielle ; il fallait bien que les " vieux " païens l'acceptassent comme étant aussi la leur ; la nouvelle religion , par effet de syncrétisme , devint à son tour une religion de la Fécondité .

En ces temps là , la fertilité de la terre conditionnait très étroitement la vie de nos lointains Ancêtres ; les principales religions sacralisaient la suite des moments principaux de l'année constitués par les changements de saisons , notamment dans notre hémisphère le solstice d'hiver marquant la naissance du nouveau soleil et l'équinoxe vernal amenant le renouveau de la nature entière .

Ces changements de saisons s'accompagnaient du déroulement des mythes dépeignant les déplacements , morts ou résurrections symboliques des diverses divinités : Dionysos , Isis et Osiris , Déméter et Perséphone , voire Adonis ...etc. Rome , l'ancienne et illustre capitale de l'Empire , célèbrait depuis sept siècles , dans la tristesse puis la joie , la mort et la résurrection d'Attis , parèdre de Cybèle , Mère des dieux , Mère de la Fécondité .

Ce culte , importé de Pessinonte , de la loitaine Phrygie asiatique, avait assuré la victoire de l'Urbs sur Carthage ; aussi , était-il particulièrement populaire . En 325 , le jour de la mort symbolique d'Attis , Constantin lui-même avait tenu à saisir l'occasion pour prononcer devant une assemblée d'évêques orientaux (l'assemblée des saints !?) un discours théologique sur l'origine divine de son pouvoir ; avant d'inclure, trois mois après , dans le Credo de sa religion, la résurrection d' Attis pour que tous les citoyens romains puissent
l ' adopter sans renier leurs coutûmes ancestrales . La pratique du culte métroaque fut toléré jusqu'en 415 , année de l'assassinat d'Hypathia à Alexandrie par le lecteur de l'évêque de la ville ( Saint ? ) Cyrille .

En fait , les divinités antiques ne quittèrent jamais la mémoire des hommes
et survécurent sous le voile de la christianisation ;
leurs mythes , d'origine indo-méditerranéenne ,
constituaient , à l'époque ,
la seule explication plausible des phénomènes naturels
que la raison n'avait pas encore , partiellement ou totalement , élucidés
( 8 ) .

Après la cessation du culte métroaque de Cybèle et d'Attis , il suffisait de une ou deux disettes provoquées, vraisemblablement , par une défectuosité dans la distribution des grains, pour rappeler la nécessité de renouer le dialogue avec ces dieux , dont dépendait la fertilité de la terre .

Christ , le dieu unique officialisé , revêtit donc leurs anciens attributs , mais il fallait frapper l'imagination de foules illettrées , étrangères à tout discours théologique .
Les citoyens romains d'autrefois pouvaient se contenter d'un langage symbolique formulant la mort d'Attis sur un pin puis sa résurrection , langage dont l'efficacité était assurée par un rituel de prières et de sacrifices permettant au nouveau Printemps de s'installer .
Les foules des christianistes avaient besoin de voir, concrètement , pour croire , et ne pouvaient plus se satisfaire d'une seule cérémonie annuelle , de quelques dendrophores portant, avant de l'ensevelir , un tronc de pin , puis d'entendre quelques prêtres ou galles déclarer , au bout de trois jours , que le dieu était ressuscité .

Il fallait développer le mystère d'Attis et le rendre permanent en fixant, visuellement , par l'image, pour l'instruction continuelle des "fidèles" , la scène par laquelle le dieu accorderait à la terre sa Fertilité , sa Fécondité, éternelle . A cette fin , on réutilisa le pin d'Attis toujours vert , mais on le représenta en entier , tronc et branches , en dessinant la croix romaine , qui retrouvait ainsi , sous les cieux d'Occident , son symbolisme multiséculaire d'arbre de Vie dans les pays indo-méditerranéens . Sur les bras de la croix , on dessina les bras tendus d'un homme , dont la stature et la tenue royale signalaient l'origine divine ; les mains et les pieds étaient rivés au bois par des clous ; le sang divin s'en échappait , arrosait le sol , en lui apportant la Fertilité si nécessaire .

Cette peinture, décoration dans une église, basilique ou cathédrale , fut imposée au Concile de Chalcédoine , en Octobre 451 , par une lettre de l'évêque de Rome , le Pape Léon I , à l'évêque de Constantinople Flavien , au sujet d'Eutychès ; elle fut enregistrée parmi les actes de ce Concile ; la croix de Vie fit ainsi son apparition pour la première fois dans la doctrine de l'Eglise catholique ( 9 ) .

Certes , ce texte fut remanié à plusieurs reprises par la suite , en fonction des intérets de l'Eglise -Etat ; c'est ainsi qu'actuellement la lettre parle précisément d'un corps qui " pend sur le bois " . Or , l'examen des représentations imagées de la mise en croix , du 6ème au 9ème siècle , jusque vers 820 avec le Psautier d'Utrecht , démontre que les bras du dieu sont toujours fermement tendus à l'horizontale ; le corps est droit sans aucune trace de souffrance ; la tête est droite , les yeux grands ouverts regardant droit devant ; le corps divin est généralement vêtu somptueusement ; le sang tombe en longs filets des deux mains et des deux pieds , jusqu' à terre ; parfois , apparait une ouverture sur le côté, par où gicle un flot sanguin recueilli dans un récipient par un témoin de la scène .

Finalement , son caractère utilitaire est attesté par la présence habituelle de la lune , source de l'eau féconde et Mère des dieux , ainsi que du soleil , son fils . On voit par là combien les passages de la lettre de Léon I transformant le Salut en rédemption des péchés des hommes par la mort du Sauveur , combien ces passages résultent de modifications ultérieures , puisque la mort du Sauveur n'a été conçue , progressivement , qu'après la " grande faim " de 1033 .
Le modèle des représentations de la mise en croix salvatrice demeure celle de l'Evangéliaire de Rabula .:

Cette illustration est tirée de l'évangéliaire syriaque

Cette illustration, tirée de l'évangéliaire syriaque, dit de RABULA,évêque d'Edesse en Syrie, à la fin du Vème siècle, est datée habituellement de la fin du VIème siècle. Depuis les années 310, la croix n'est plus un arbre de supplice, remplacée par le gibet. Elle reprend ici sa valeur symbolique millénaire: elle figure l'arbre toujours vert c'est-à-dire la vie éternelle. L'attitude du Christ, ses vêtements expriment le triomphe du Dieu de la Fécondité; les clous de la croix et les coups de lance permettent au sang du Sauveur d'arroser la Terre, et d'apporter aux hommes avec de bonnes moissons la santé (Salus) c'est-à-dire le Salut. La symbolique salvatrice est renforcée par la présence, en haut, à droite et à gauche, du Soleil et de la Lune, principes de la Fécondité.
C' est semble-t-il, la première représentation de la "Christianisation" des cultes ancestraux de la Fécondité lunaire et solaire après le Concile de Chalcédoine en 451. Elle fut reproduite fréquemment jusqu'au tout début du XIème siècle; les "grandes faims", les famines atroces, le retour épisodique au cannibalisme conduisirent,alors, les paysans à se révolter contre leur Dieu qui n'assurait plus Sa tâche de fécondateur;
ils détruisirent dans les églises, statues et tableaux le représentant; leur Dieu était mort, pensaient-ils,ou tout au moins endormi.
Que représentent les deux personnages , mis en croix , à la droite et à la gauche du dieu de la Fécondité ? Ils participent certainement à l' action en cours de fertilisation de la terre , puisque du sang coule de leurs mains et se mêle à celui du dieu .Leurs têtes sont tenues fermement , les yeux ouverts au regard vif , les bras pratiquemnt tendus ; aucune trace de souffrance ne se manifeste ni sur les visages ni sur les corps .La taille plus petite de leurs croix et la simplicité du vêtement nous conduisent à désigner deux divinités auxiliaires ; les images peintes en haut du tableau permettent de les nommer : il s'agit du dieu -Lune et du dieu - Soleil , principes naturels de la fertilité . Plus tard , à partir du 12ème siècle , on les traitera
de " larrons " , pour stigmatiser l'énorme duperie , dont ils paraîssaient les complices, qui priva antérieurement les paysans de toute nourriture et conduisit les hommes de ces temps - là
à pratiquer l' indicible anthropophagie ..

f) Le Dieu souffrant

La disparition de l'Empire romain d' Occident , en 476 ( 480 selon certains experts ) , marqua l'éclosion d'une suite ininterrompue de conflits de toute sorte, qui firent particulièrement regretter la pax romana des temps anciens. Cette succession de crises politico - militaires servit contradictoirement à consolider et accroître la puissance du christianisme solaire constantinien, pour les principales raisons suivantes :

  • le nombre et l'organisation des communautés : en Occident , la catholicité de l'Eglise romaine se traduisait par la présence dans les villes et les villages importants de communautés nombreuses strictement hiérarchisées sous l'autorité incontestée d'un évêque et d'un corps presbytéral partout identique . Dans la mesure où ils cherchaient à créer des structures capables de leur survivre , les chefs politico - militaires avaient un intéret certain à se concilier les faveurs de cette Eglise, dont l'influence était considérable sur la population .

  • la culture des dirigeants : les dirigeants des communautés , évêques , prêtres , moines , diacres , lecteurs .... , appartenaient, pour la pluspart, à la petite noblesse romaine; ils avaient reçu une instruction à l'ancienne mode. Bientôt même, les scriptoria dans les couvents, dès 555 au Vivarium de Cassiodore, constituèrent les pôles de la culture; ils partagèrent cette exclusivité avec les écoles épiscopales instituées dès 789, sous Charlemagne .

  • les besoins des Administrations civiles et militaires : ces besoins étaient d'autant plus criants,dans les différents pays, qu'avaient disparu les paedagogia impériaux d' autrefois. Les responsables ecclésiastiques représentaient la seule réserve de Cadres possible à la disposition éventuelle des chefs politiques ou militaires, sous réserve d ' accepter leurs conditions .

  • la nature de la religion : enfin , cette religion prônait l'obéissance aux pouvoirs; pratiquer ce culte demeurait pour un Prince le moyen concret de préserver son autorité,
    en lui donnant une valeur " divine ", unique .

Les conversions des rois "Barbares", Clovis à Reims en 496 ( ou 506 ), Récarède le Wisigoth à Tolède en 586, n'ont pas eu d' autre raison que la nécessité pour eux d'établir, grâce à l'Eglise, leur pouvoir en vue de sa pérennité , dans leurs descendances. Leurs démarches rappelaient, pour partie, celles de Constantin, qui avait estimé indispensable, pour réaliser ses ambitions, de captiver par ses largesses les paléo-chrétiens, et d' édifier sur leur "fidélité" le culte de sa personne. Beaucoup plus tard, en 1593, Henri IV suivra leurs exemples en déclarant que " Paris vaut bien une messe " .

Dans les six siècles séparant la fin, en 476, de l'Empire romain d'Occident, de la première croisade en 1096, l'élément le plus frappant consista, certainement, dans la première place reconquise par la ville de Rome, malgré les dévastations, ruines et catastrophes naturelles, qui la frappèrent durant cette période et la firent passer d'une population d'environ 1.200.000 habitants sous Trajan, au début du 2ème siècle, à 90.000 personnes au temps de Grégoire I, dit le Grand, décédé en 604. Exploitant les superstitions, les peurs extrêmes suscitées par les invasions des "Barbares", et l'illettrisme des populations, les évêques de la Ville réussirent progressivement à élever l'Urbs en " Centre Magique " de l'Occident, grâce à la basilique Saint Pierre décrétée reliquaire des restes de l'Apôtre supposé, baptisé par un évangile portier du Ciel.
Certes, l'information mit du temps, peut-être un siècle, à parvenir aux extrêmités de l'Europe occidentale, mais, au fur et à mesure qu'elle touchait les " puissants ", ceux - c , anxieux de s'assurer une place au Paradis, partirent, dès qu'ils le purent, en pélerinage pour Rome, se prosternèrent devant le reliquaire
du "Saint", et achetèrent sa bienveillance par des dons à sa basilique, en fait à l'évêque romain
Ces contributions personnelles prirent les formes les plus diverses : or , pierreries , tissus précieux , immeubles , terrains , ...etc. Ainsi , les évêques de Rome se constituèrent-ils, au cours des siècles, le patrimoine foncier et immobilier le plus important de toute l'Italie. Les invasions arabes du 7ème siècle leur firent perdre leurs possessions d'Afrique du Nord; ce qui leur restait en Sicile et en Italie représentait un ensemble sans égal, jalousé particulièrement par les rois Lombards de Pavie; les terres ecclésiastiques en Italie centrale dessinaient une très large bande coupant transversalement la "Botte" , de la Méditerranée à l'Adriatique.
Les revenus d'un tel patrimoine permirent à Grégoire le Grand, dit le Consul de Dieu, de financer un établissement de soins gratuits pour les indigents, des hôtelleries pour les pélerins, des travaux de rénovation de la Ville ruinée. Toutefois , cette accumulation de richesses donna aux évêques un sentiment de plus en plus précis de leur influence et de leur puissance; ils se considérèrent vite comme les successeurs réels de l'Empereur Constantin; Grégoire I organisa des "missions" destinées à "christianiser" les pays germanophones et la ( Grande ) Bretagne, c'est à dire à étendre, sur