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Evolution de l'Iconographie chrétienne

I - Constantin/Christos
II - Evangéliaire de Rabula

III - Le dieu d' Aribert
IV - Codex Aureus d'Echternach

V - Le dieu de Gero
VI - Cimabue
VII - Grünevald
VIII - Vitrail D' Auch

IX - Vitrail de Fleurance
X - Révolution et contre-révolution
XI - Les mythes constitutifs du christianisme
XII - Référence bibliographiques

I - Constantin/Christos

  Le " Constantin " de l'église St. Hilaire à Melle ( Deux - Sèvres )

Les Chrétiens , originellement insoumis , se muèrent en troupes, dont l' obéissance à Constantin constituait l' essentiel de leur religion , malgré les crimes de ce dernier , dont on ne sait pas si , à sa mort en 337 , il avait été baptisé .

Eusèbe de Césarée , par sa " Vie de Constantin" , contribua beaucoup à la déification de celui-ci , qui, jusqu'à la fin de la période romane du Moyen - Age ( 12ème siècle ) ,fut honoré par les fidèles comme le fondateur de leur Eglise .

De nombreuses églises en Poitou , Charente , Alpes de Provence ....etc .....portent au-dessus de leurs porches , par où les foules circulaient , d' imposantes statues équestres appelées des " Constantin " , auxquelles E.Male , dans son " Art religieux du 12ème siècle en France " , a consacré des pages d' une érudition émue .
Constantin - Christos

 

II - Evangéliaire de Rabula

 
Evangéliaire de Rabula


Cette illustration est tirée de l'évangéliaire syriaque, dit de RABULA, évêque d'Edesse en Syrie, à la fin du Vème siècle; elle est datée habituellement de la fin du VIème siècle. Depuis les années 320, la croix n'est plus un arbre de supplice, remplacée par le gibet. Elle reprend ici sa valeur symbolique millénaire: elle figure l'arbre toujours vert c'est-à-dire la vie éternelle. L'attitude du Christ, ses vêtements expriment le triomphe du Dieu de la Fécondité; les clous de la croix et les coups de lance permettent au sang du Sauveur d'arroser la Terre, et d'apporter aux hommes, avec de bonnes moissons , la santé (Salus) c'est-à-dire le Salut. La symbolique salvatrice est renforcée par la présence, en haut, à droite et à gauche,
du Soleil et de la Lune, principes de la Fécondité.
C' est semble-t-il, la première représentation de la "Christianisation" des cultes ancestraux de la Fécondité lunaire et solaire après le Concile de Chalcédoine en 451. Elle fut reproduite fréquemment jusqu'au tout début du XIème siècle; les "grandes faims", les famines atroces, le retour épisodique au cannibalisme conduisirent,alors, les paysans à se révolter contre leur Dieu qui n'assurait plus Sa tâche de fécondateur; ils détruisirent dans les églises, statues et tableaux le représentant; leur Dieu était mort, pensaient-ils, ou tout au moins endormi.
Que représentent les deux personnages , mis en croix , à la droite et à la gauche du dieu de la Fécondité ? Ils participent certainement à l' action en cours de fertilisation de la terre , puisque du sang coule de leurs mains et se mêle à celui du dieu .Leurs têtes sont tenues fermement , les yeux ouverts au regard vif , les bras pratiquemnt tendus ; aucune trace de souffrance ne se manifeste ni sur les visages ni sur les corps .La taille plus petite de leurs croix et la simplicité du vêtement nous conduisent à désigner deux divinités auxiliaires ; les images peintes en haut du tableau permettent de les nommer : il s'agit du dieu -Lune et du dieu - Soleil , principes naturels de la fertilité . Plus tard , à partir du 12ème siècle , à l'apparition du crucifix , on les traitera de " larrons " , pour stigmatiser l'énorme duperie , dont ils paraissaient les complices , qui priva antérieurement les paysans de toute nourriture
et conduisit les hommes de ces temps - là à pratiquer l' indicible anthropophagie .


III - Le dieu d' Aribert

    Dès le début du 11ème siècle , les " grandes faims " avaient fait ressentir leurs effets cataclysmiques , comme le montre le dieu d' Aribert , archevêque de Milan à cette époque .

Le dieu semble endormi ; les yeux sont clos , la tête penchée à droite sur l'épaule , mais aucun signe de douleur n' est visible ni sur le visage ni sur le corps. Toutefois, le sang qui coule est pauvre , et n' arrive plus à terre .

L'ensemble dégage une impression de tristesse ; la croix se dresse sur une étendue déserte .* Le tableau marque une étape entre l'exubérance de l'évangéliaire de Rabula et la désolation mortelle du Codex Aureus d' Echternach .



IV - Codex Aureus d'Echternach

  Les "grandes faims", ces famines terribles qui conduisirent l'Occident aux pratiques du cannibalisme ont eu des répercussions révolutionnaires au cours du XI ème siècle dans les représentations populaires de la divinité.

Le dieu traditionnel de la fécondité paraîssait mort puisque la terre avait perdu sa fertilité malgrè les tentatives de le forcer à boire, dans l'espoir d'une nouvelle arrivée de sang fécondateur. La terre pouvait bien se récrier et clamer sa douleur, rien n'y faisait.Le dieu-Soleil et le dieu-Lune cachaient leur impuissance sous leurs larmes .

Le dieu de la Fécondité abandonnait sa place au crucifix, dolorisé au XIIIème siècle par la piété franciscaine,avant de devenir au XVème la victime torturée,cerclée d'épines,d'une "Passion"racontée sur les murs des églises.
Codex AUREUS d' Echternach



V - Le dieu de Gero

  Gero* fut archevêque de Cologne de 969 à 976 .Il fit exécuter cette statue en chêne polychrome , d' une hauteur de 1,87 m. pour le corps , représentant un Crucifié . Dans sa formulation iconographique , la figure est , pour cette date , tout à fait exceptionnelle ; il s' agit bien d' un dieu mort : genoux ployés ,buste affaissé , bras fléchis , yeux clos , tête penchée en avant .
Le terme de " crucifix " a été utilisé en France sous la forme de "crocefis" vers 1170,"crecefis" à la fin du 12ème siècle, et "crucefit" vers 1223 ** .

Toutefois , les " grandes faims "*** s' étaient manifestées bien avant : en 793, 850, 868, 896, puis en 1005 et 1032 ; chacune avait duré quelques années, et entrainé des pratiques de cannibalisme . Vraisemblablement , l' idée de la mort du dieu de la Fécondité faisait son chemin dès la fin du 9ème siècle . Cette opinion était pratiquement unanime au moment de la première croisade . Le dieu de Gero constitue une préfiguration très précoce des crucifix du 13ème siècle et périodes ultérieures .
Le DIEU de GERO
* Cf." L'Europe de l' An Mil " .-. Editeur Zodiaque - 2001 ; page 235/236 . **Cf." Dictionnaire historique de la langue française " .-. Editeur Dictionnaire Le Robert - Paris ,1995 ;article "crucifix"- tome I , page 538 *** Cf. P.Bonnadie - in " La France de l' An Mil " sous la direction de R.Delort - Editeur Le Seuil Paris ,en 1990 ;pages 126 et suivantes .



VI - Cimabue

  Le célèbre Christ de Cimabue , vers 1270 , représente l' image parfaite conçue par la piété fransciscaine à la fin du 13ème siècle , compte tenu du dogme de la Transsubstantiation promulgué en 1215 par le 4ème Concile de Latran . Indiscutablement , le dieu est mort ; toutefois , il se dégage du corps suspendu une harmonie , une grâce telle que l' on peut s'attendre à le voir revivre à tout instant; grâce accentuée par le rendu féminin de la partie inférieure du corps .

Ce n'est pas un cadavre décomposé , mais en quelque sorte une absence momentanée de vie , soulignée par l'égouttement d'un peu de sang aux mains , qui rappelle la fonction de Sauveur , c'est à dire de Fécondateur, du dieu chrétien.

L'artiste nous fait franchir, cependant , un niveau de plus dans la dramatisation de la représentation de son dieu .
CIMABUE


VII - Grünevald

M. GRÜNEWALD

 

Le chef-d'oeuvre de Grünewald , le polyptyque d'Issenheim , constitue , vers 1515 , une fin réaliste dans l'évolution de la représentation du dieu chrétien .
Le dieu n'est plus seulement mort ; il est la victime pantelante de tortures horribles qui l'ont complétement défiguré .
On voit, là , la conséquence directe des souffrances endurées par les hommes durant les siècles de pandémie de peste noire ( 1348 - 1450/1722 ) , accompagnée d' un cortège d' autres épidémies mortelles, de famines , et des calamités engendrées par les guerres ; durant le siècle de 1348 à 1450 , la population de l'Europe occidentale fondit d' environ 40 %.
Ce fut l'époque des danses macabres , de la nef des fous , de l'" Eloge de la Folie " ....
Puisque le dieu chrétien s'était fait homme , il devait souffrir comme un homme ;
ce fut donc la période des gisants écorchés , des Pieta ...de tout ce qui pouvait exorciser cette période abhorrée . Du 13ème au 15ème siècle , les Franciscains, établis à Jérusalem , s'efforcèrent d'établir le chemin qu'aurait suivi Jésus pour aller du Prétoire de Pilate au lieu supposé de la crucifixion .
Cependant, le " chemin de croix " fut inventé au début du 15ème siècle par un dominicain de Cordoue , Alvarez *.
Toutes les églises , progressivement , recouvrirent leurs murs des stations de la Via dolorosa .
Nos imaginations modernes , en Occident , ont été totalement conditionnées par ces représentations tragiques . Si bien que , croyant reconstituer le passé , nous projetons naturellement notre "présent" dans ces périodes reculées , et prenons pour le début du roman chrétien ce qui , de fait , en constitue la fin .

* . Cf. M . Halbwachs in " La topographie légendaire des évangiles en terre sainte " - Editeur P.U.F. Paris 1971



VIII - Vitrail D' Auch

Le VITRAIL d' AUCH

Ce vitrail de la cathédrale d'Auch, par Arnaud de Moles , date des années 1513 /1515 ; il est contemporain du polyptique d'Issenheim de M.Grünewald , mais s'en distingue complètement par une composition réaffirmant , malgré les catastrophes de ces temps-là , la nécessité d'une religion du Salut . Le Christ en croix n'est pas une victime pantelante , torturée atrocement , mais le dieu traditionnel qui assure à la terre sa fertilité , et aux humains les quantités de pain et de vin dont ils ont besoin pour être en bonne santé , pour se dire "sauvés". La présence , en haut du vitrail , d' un Soleil ardent et d'une Lune en croissance conferre à la représentation un aspect agréable et rassurant pour des populations en très grande majorité villageoises , tirant leurs ressources des travaux agricoles . Cette figuration restera la plus fréquente durant les 17ème et 18ème siècles , où les églises , dans les campagnes ,par exemple dans le Doubs , offriront à voir à leurs visiteurs des peintures murales formées de rinceaux multicolores , de volutes de fleurs , de rameaux feuillus ou portant des fruits , de vignes aux raisins gonflés dont le jus sera assimilé au sang de la terre . La religion demeure , malgré tout , le culte de la Fécondité , par nécessité économique . Le changement s'opèrera avec l'avènement de la Révolution Française , de 1789 .

 

IX - Vitrail de Fleurance

Le Vitrail de Fleurance


Fleurance , dans le département du Gers , possède une église fortifiée des 14ème / 15ème siècles.
Ce vitrail est de Arnaud de Moles , comme ceux de la cathédrale d'Auch,
et date des débuts du 16ème siècle ( 1513 ? ).
Le Christ en croix a la même signification de dieu de la Fertilité ,
soulignée par la présence du soleil et de la lune sous la barre de la croix .
L'ensevelissement du dieu est présenté pour manifester la gloire de sa résurrection
annonçant, en haut du vitrail , le Printemps , le renouveau de la Nature .
C'est une magnifique illustration " christianisée" de l'Antique culte de Cybèle
et de la "Passion" annuelle de son parèdre Attis .



X - Révolution et contre-révolution

REVOLUTION et CONTRE-REVOLUTION ( 1789 / 1830 )


Le TIERS - ETAT écrasé par la Noblesse et par le Clergé !

La Révolution française apparaît comme la longue lutte armée , généralisée , globalisée du Peuple formant le Tiers-Etat contre la Noblesse et le Clergé , qui le pressuraient à outrance ,
de façon insupportable . En fait , la situation sociale était beaucoup plus complexe , puisqu'à l'intérieur de chaque Classe existait une forte opposition entre les priviligiés ( Haute Noblesse de Cour ; Prélats ) et leurs adversaires : Hobereaux de Province ruinés et Bas-Clergé .

Surtout , les progrès de alphabétisation et la propagation des théories des Philosophes avait convaincu une grande majorité de la population de l'inadmissibilité d'un royaume de droit divin , et de la nécessité de changer de Régime . On aboutit , par la force des choses , à la réunion d'une Assemblée nationale Constituante , le 9 Juillet 1789 , chargée d'établir une Constitution écrite . La révolution semblait terminée , mais le peuple de Paris , qui souffrait d'une grave crise de chômage, et de la cherté des vivres par suite de mauvaises récoltes , la fit rebondir en s'emparant de la Bastille , symbole de l'Ancien Régime ,
le 14 Juillet 1789 .

Une "Grande Peur " gagna la France entière durant ce mois de Juillet ; les paysans s'armèrent contre des bandits imaginaires , puis s'attaquèrent aux fonctionnaires royaux , brûlèrent des châteaux avec , parfois , leurs occupants .
L'Assemblée Constituante , effrayée , décréta l'abolition des privilèges et des droits féodaux , dans la nuit du 4 Aoùt , puis vota la Déclaration des droits de l'Homme , inspirée de la Déclaration des droits américaine de 1776 . Le manque de blé persistant dans Paris conduisit le peuple à marcher sur Versailles pour ramener à Paris le roi et sa famille , qui devinrent, en quelque sorte , ses prisonniers .Louis XVI tenta de s'échapper le 20 Juin 1791 , mais on sait dans quelles conditions il fut arrêté à Varennes en Argonne , et ramené à Paris ; il avait perdu définitivement la confiance de la Nation .

La Constituante se contenta de le suspendre de ses fonctions , avant de se séparer le 30 Septembre 1791 , pour donner naissance à l'Assemblée législative ( Octobre 1791 / Septembre 1792 ) . Au lendemain de la victoire de Valmy, le 22 Septembre 1792 , la Convention déclara la royauté abolie et proclama la République . Le procès de Louis XVI commença sous l'accusation de trahison ; condamné à mort , il fut guillotiné le 21 Janvier 1793 . Un véritable régime de terreur s'établit alors , qui suscita une réaction définitive le 27 Juillet 1794 ; celle-ci balaya Robespierre et ses séides , le Comité de Salut Public , le Tribunal Révolutionnaire , et le club des Jacobins .
De nouvelles émeutes intervinrent à Paris produites encore par la misère et la faim ; écrasées sans hésitation par la Convention .
Sous le régime du Directoire ( Octobre 1795 / Novembre 1799 ) , les militaires français ,dirigés par Bonaparte , auréolés de leurs succès à l'étranger , dictèrent la politique étrangère du pays ; puis vint l'époque napoléonienne !

Six ans après avoir coupé la tête de son roi , la France accepta avec soulagemenr une autorité qui allait se montrer aussi absolue que celle de Louis XIV .
Sur le plan de la pratique religieuse , l'Acte législatif déterminant , voté pat l'Assemblée Constituante le 12 Juillet 1790 , donna naissance à la Constitution Civile du Clergé ; celle-ci renforçait le précédent gallicanisme et introduisait le principe démocratique de l'élection dans la désignation des curés et évêques . Devant les protestations des prélats français , l'Assemblée décida , le 27 Novembre 1790 , que tous les évêques et curés en exercice devraient , dans un délai de huit jours , prêter serment à la Constitution Civile , sous peine d'être destitués .

Le clergé se divisa en deux camps : les "jureurs" et les "prêtres réfractaires", ces derniers étant désormais passibles de poursuites pour non respect de la loi,
et de la peine de mort .La Constitution Civile fut abrogée par le Concordat de 1801 . Pendant plus de 10 ans , l'Eglise de France vécut en pleine anarchie , et le culte catholique fut célébré dans la clandestinité , remplacé successivement par le culte public de la Raison et de l'Etre Suprême .

Situation totalement inattendue chez " la Fille aînée de l'Eglise " ! scandaleuse ! la plupart des églises furent désaffectées, parfois transformées en prisons, souvent saccagées , des biens des Ordres monastiques expropriés et vendus .... etc. ; des prêtres réfractaires "martyrisés"! dont les pierres tombales furent , plus tard , placées fréquemment à l'entrée de leur église , pour que les "fidèles" des temps postérieurs se souviennent de leur persévérance dans la Foi , et de leur sacrifice .

La Révolution Française FÊTE NATIONNALE de la FEDERATION - 14 JUILLET 1790 sous le signe de la RAISON .

La Foi popularisée en un Dieu-Roi , plus précisément en un "Empereur céleste Seigneur de Majesté" selon la formulation du 4ème Concile oecuménique de Constantinople en 869 , fournit une explication aux débordements meurtriers des Révoltés et de leurs adversaires .

Dans la mesure où ce Dieu-Roi se montrait totalement incapable de donner aux miséreux la nourriture nécessaire à leur bonne santé ( salus !) , la constatation de sa mort s'imposait , et de celle à venir du Roi-Dieu , son représentant en France ; en guillotinant Louis XVI , les Sans-Culottes ne voulurent pas seulement punir des fautes commises en relation avec des Nations étrangères ; ils supprimèrent aussi ,de fait , ce dieu inutile , dont ils remplaçèrent le culte par celui, devenu public, de la Raison , puis de l'Être Suprême .

Au contraire , les populations paysanes des régions plus favorisées de l'Ouest français , comme la Vendée , vivant à l'abri des mouvements culturels citadins , cultivaient les traditions les plus anciennes ; elles se soulevèrent contre la Révolution urbaine pour conserver leur antique dieu de la Fertilité , semblables aux "païens" alexandrins , qui , après la destruction du Serapeïon d'Alexandrie vers 391 , craignirent que le Nil ne vînt plus féconder l'Egypte ;même si le soulèvement vendéen , dès Mars 1793 , eut pour cause immédiate la levée des 300.000 volontaires décidée par la Convention suite à la défaite de Neerwinden .

A près de neuf siècles de distance ,et malgrè des différences considérables d'organisation sociale , l'on est fortement tenté de comparer les révoltes à caractère religieux causées par les "grandes faims" du Moyen Âge tout au début de l'An Mil , aux mouvements d' insurrection citadine de 1789 pour des motifs similaires de famine persistante ; certes , les Parisiens miséreux de cette époque n'ont pas été conduits à des actes d'anthropophagie, comme leurs lointains devanciers , mais la révolte , dans les deux cas , a manifesté des formes semblables de destruction des représentations du dieu traditionnel . Au temps de Lieutard et de ses compagnons en 1003 , si l'on constatait la mort du dieu de la Fertilité vu la gravité des famines , on ne savait trop à qui l'imputer , puisque , pendant de nombreux siècles , il avait accompli efficacement son travail .

( Peut-être,avait-on été trompé par les Infidèles,maîtres des Lieux Saints, sur la vraie nature des reliques de croix reçues dernièrement en Occident ? ).
On finit par l'attribuer totalement aux Juifs pour des raisons diverses tenant à leur nature d'Infidèles ( avec les Musulmans ) , à l'hostilité éprouvée pour certains Juifs habitant l'Occident compte tenu de leur importance financière très gênante pour l'Ordre clunisien , à la nécessité de justifier a-posteriori les premiers pogroms de 1096 commis par les bandes de Pierre l'Ermite ; finalement , cette haine des Juifs a nourri l'ardeur des trois premières croisades , dans l'espoir pour les Occidentaux de ramener de Jérusalem au moins une relique de la vraie croix ! Durant la Révolution , la question ne pouvait plus se poser de savoir qui avait tué le Dieu-Roi, tant il était évident que cette mort avait été perpétrée par les Français .

Le Concordat de 1801 avait permis à l'Eglise romaine ,en France , de retrouver quelques couleurs ,mais il fallut attendre la période définitve de Contre-Révolution , la Restauration de 1815 à 1830 , pour que le Clergé s'engagea dans de véritables opérations de reconquête antirévolutionnaire; il lança , à cet effet , sur le territoire français tout entier , un nombre incalculable de "Missions"* , pour reconditionner les esprits des citoyens , conjointement avec les Royalistes ; ce furent des opérations autant politiques que religieuses, puisque le christianisme romain était redevenu la religion de l'Etat français.

Les "Missions"devinrent un point de départ pour la mise en place de structures permanentes d'encadrement des laïques , préfigurant les organisations spécialisées de l'Action catholique du 20ème siècle .
Les "Missionnaires" appartenaient généralement à une Société spécialisée " La Société des Missions de France " dirigée par un abbé Rauzan , issu d'une des grandes familles de la noblesse du Pays . Leurs buts consistaient :

  • d'abord , à faire prendre conscience à leurs auditoires de la gravité extrême de la faute commise par l'assassinat du Roi-Dieu représentant en France le Dieu-Roi , dont les églises avaient été fermées et dévastées ; il s'agissait de les culpabiliser ;

  • en suite , d'amener ces auditoires à demander un pardon individuel et collectif ;

  • enfin , d'accorder celui-ci sous certaines conditions d'obéissance à l'Eglise et au Roi ;
    les décisions prises étaient rappelées par une multitude de " croix de Mission " plantées dans les campagnes , où elles se trouvent toujours ,
    ou d'autres monuments plus importants aux sièges des paroisses .

    *cf . G. Bordet " La grande Mission de Besançon - Une fête contre-révolutionnaire " édité par Le Cerf , à Paris , 1998 .

     

    La RESTAURATION ( 1815 / 1830 ) Carte des Missions en France .

    Cette carte n'est pas exhaustive .
    La Grande Mission de Besançon ( 50 jours en Janvier et Février 1825 )
    fut en fait préparée par plus de 50 Missions paroissiales dans le diocèse , à commencer par des Communes de montagne .
    La scène finale de l'exaltation permet à l'homme-pécheur de se réconcilier avec le dieu de clémence :

    Chrétien , tombe à genoux , en ces lieux aujourd'hui
    De son trône éclatant descend le roi de gloire
    Impie audacieux , courbe -toi devant lui .

    Pourquoi rester au loin ? Approchez-vous sans crainte !( * )

    Tout , dans ces vers , célèbre l'autorité ,l'obéissance , l'aimable joug de la soumission non-réfléchie ;
    l'homme est un sujet qui doit obéir , qui doit se courber devant le roi de gloire qui pardonne ( G . Bordet )

    ( * ) On voit ici quels lointains antécédents ont eu les célèbres admonestations de Jean-Paul II : N'ayez pas peur


    L' action percutante et soutenue de ces commandos de prêtres contre-révolutionnaires , développée pendant des décades , aboutit , à partir de 1835 environ , à l'éclosion progressive d'un sentiment d'identification entre Juifs et Chrétiens ( français) , puisque les uns et les autres avaient été coupables , disait-on , de déicide à l'encontre de Christ.Ce sentiment d'identification , progressivement généralisé , permit à son tour l'élaboration du judéo-christianisme ( tout juif est un chrétien , tout chrétien est un juif ), en suite aux travaux des philologues hébraïsants , renommés et influents , A . Garnier chez les catholiques , et E . Reuss chez les protestants ; ce système , réduisant la religion à une étude de langues , l'hébreu principalement , commettait

    • d'une part , l'erreur d'ignorer totalement les définitions, données par le Concile de Trente en 1546, des écritures "dont Dieu est l'auteur",à savoir la Vulgate latine dans son texte de 1592
    • d'autre part , celle d'hypostasier son étude philologique en objet d'adoration , sans aucunement s'interroger sur les conditions matérielles de la transmission des écritures avant l'invention de l'imprimerie , au prétexte , admis une fois pour toutes , que l'hébreu constituait la "langue divine "

    Le judéo-christianisme résultait , chez ses découvreurs , d'une dévotion maladive à l'égard de cette langue , et l'esprit d'obéissance, propre aux clergés , étouffa plus tard toute tentative de réflexion un peu critique .
    Cependant,aprés les dix premières années de retour triomphal ( 1815 / 1825 ) , l'Eglise catholique française connut des lendemains pénibles ; en 1848 , en effet , la deuxième République confirma la suppression de l'esclavage dans les colonies françaises , dont le maintien et la codification , en 1685, par le fameux "Code Noir "de Colbert , avaient été mis à profit par nombre de prélats métropolitains . Cet acte républicain dévalorisait , en outre , le contenu des définitions basiques du Concile de Chalcédoine , en 451 , selon lequel dieu s'était incarné sous la forme d'un esclave ( et non d'un "pontife"! ); développant le verset ( I-38 ) de l'évangile dit de Luc :" Marie dit alors :<< Je suis l'esclave du Seigneur >> " ; la femme-esclave ne peut engendrer qu'un enfant-esclave , propriété du "Maître" .

    En supprimant l'esclavage , la deuxième République française supprimait toute représentation directe du Christ sur terre . Jusqu'en ces temps , le christianisme romain avait été , dans son principe, une religion fabriquée par des aristocrates, propriétaires , pour leurs esclaves ( et les prolétaires ), pour obtenir d'eux une obéissance, bénéfique ,à leurs lois "divines" . Insidieusement , la deuxième République , en supprimant l'esclavage , ôtait toute nécessité sociologique à cette forme de religion
    qui s'est perpétuée , ensuite , par le jeu des habitudes acquises ,chez les descendants , libres , des anciens esclaves , notamment en Amériques centrale et méridionnale , dans les anciennes colonies espagnoles d'Asie du Sud-Est , et en Afrique noire .
    Puis vint l'année terrible 1870 !
    La réalisation finale de l'unité italienne , voulue par tout un peuple depuis les si longues années du Risorgimento , l' entrée des troupes "nationales" dans Rome déclarée capitale de l'Italie , obligeait le pape PieIX à se cloîtrer dans le Vatican comme dans une prison , en Souverain déchu , sans aucune possession terrestre . Cette situation était prévisible depuis longtemps , et ce pape avait illustré son règne par la publication , en 1844 , du Syllabus , sorte de charte des catholiques antidémocratique condamnant nettement la liberté de pensée et de la presse , renforçant les dispositions du précédent Bref " Quod aliquantum" du pape PieVI , de Mars 1791 ; la démocratie était déclarée , sans ambages et définitivement
    ( le Syllabus n'a jamais été abrogé ,ni modifié ! ) contraire au christianisme romain . , et condamnée ad perpetuum .

    Le 8 Décembre 1869 , le Concile du Vatican s'était réuni et , avant sa suspension en Septembre 1870 , avait adopté, le 18 Juillet , la déclaration Pastor aeternus , qui avait dogmatisé la primauté universelle de juridiction du pape , et son infaillibilité personnelle . Cette déclaration intervenait comme une compensation à la perte de tout pouvoir temporel par la papauté , et figeait la pensée développée dès le 11ème siècle par Grégoire VII , contre laquelle les rois européens "de droit divin" , et les rois de France en particulier , s'étaient toujours levés .

    Finalement , la réaction de PieIX et de ses successeurs , jusqu'à BenoitXV , dévoila, de la façon la plus claire possible, le contenu du "pouvoir spirituel" de la papauté
    par la publication du Non expedit , interdiction faite aux catholiques italiens de participer à la vie politique de leur pays ( ni électeur , ni élu ! ) ; cette interdiction , heureusement sans effet pratique , dut être levée , mais trop tardivement , au bout d'un demi-siècle ; elle prouva , surabondamment ,qu' à travers les formules pieuses d'une phraséologie vieillote et convenue ,
    le "pouvoir spirituel " du pape n'avait d'autre finalité que politique , en cherchant à imposer à ses sujets des attitudes hostiles aux pouvoirs établis , librement élus par les populations .
    Les termes de " démocratie " et de " christianisme " devenaient antinomiques ; la "démocratie chrétienne " n'était concevable que si on lui enlevait tout sens politique ( ? ) , en lui attribuant le sens d'une bienfaisante ( ! ) activité chrétienne pour le peuple . Vouloir ramener la "démocratie chrétienne" ( comme le faisait BenoitXV ) à une sorte d'oeuvre, d'apostolat religieux , c'était encore vouloir "faire de la politique" pour retrouver l'obéissance d'un peuple non chrétien , c'est à dire qui n'obéissait plus au pape .

    L'abrogation du Non expedit ( pris le 28 Février 1868 ) , à l'occasion des élections générales en Italie de Novembre 1919 , ne fut que tacite , tellement la question de l'exercice concret du pouvoir , quelle qu'en soit la forme , constitue le noyau central des préoccupations du Vatican .
    Avant cette "abrogation tacite" , LéonXIII avait , lui aussi , donné tout son sens à son "pouvoir spirituel" par l'affaire du "ralliement" des catholiques français à la République française . Ce ralliement lui paraîssait le seul moyen susceptible de contrecarrer , de l'intérieur , la politique anticléricale de la République , menée par une majorité de gauche confortée par l'effondrement du boulangisme , manifestée notamment par les lois scolaires de 1879/1892 , et les décrets de Mars 1890 sur les Congrégations .
    Cette invitation au "ralliement" prit initialement la forme d'un toast prononcé , le 12 Novembre 1890 , à la fin d'un banquet,
    par le Cardinal Lavigerie , archevêque d'Alger ; le Cardinal était connu pour ses opinions "légitimistes" , et la forme adoptée pour exprimer l'invitation donnait à celle-ci une faible crédibilité ; elle fut donc reprise par une Encyclique ( Inter innumeras sollicitudines , du 16 Février 1892 ) dans laquelle LéonXIII lança la formule :
    accepter la Constitution ( républicaine ) pour combattre par tous les moyens honnêtes et légaux la législation ( anticléricale) ; c'était , en définitive , inciter les catholiques français
    à devenir des républicains pour détruire par la loi cette même république .
    Sous la lourde chape de leurs vêtements pontificaux tissés d'or solaire , symbole des pouvoirs "impériaux" exercés jadis par les (faux ! ) héritiers de Constantin , les papes tentent aujourd'hui de retrouver leur ancienne suprématie , alorsque la culture moderne et le développement des connaissances scientifiques ramènent inexorablement leur doctrine et leurs pratiques religieuses à une codification , dans des contextes socio-politiques évolutifs , de superstitions nées dans l'Antiquité du besoin des agriculteurs du néolithique de s'assurer par de bonnes récoltes une bonne santé , le salut .

    La rupture est de plus en plus évidente entre un Univers en continuelle transformation, suscitant dans les consciences humaines une pensée toute relative , et une doctrine dite religieuse prétendant détenir une vérité absolue inscrite dans ses "livres sacrés" , riches en explications mythologiques de phénomènes naturels que les diverses sciences actuelles analysent finalement tout différemment .

    La cassure ira en s'agrandissant puisqu'il est humainement impossible pour un pape de ne plus s'en tenir à la théologie apprise et méditée à partir des "saints livres" sur lesquels est fondée la théocratie pontificale ; même si ces livres se révèlent n'être , dans certains chapitres de l'Ancien Testament , qu' une version des légendes sumérienne du troisième millénaire avant notre ère .

    L'espoir de la papauté de retrouver une plus grande importance se fonde , en notre temps , sur un "retour du religieux" provoqué de nos jours par les peurs grandissantes des humains , qui réveillent en eux des réflexes primitifs de protection .
    Ces peurs se sont développées avec les conflits armés du 20ème siècle , le péril nucléaire, les formes inhumaines de terrorisme , les sectarismes , réveillant les fonds les plus anciens de superstitions "divines" , les comportements les plus irrationnels , et finalement , les plus condamnables .
    Que l'homme soit "naturellement religieux" , qu'il se situe dans la dépendance d'une SuperConscience dont il émanerait , à laquelle il veuille se relier , cela paraît une évidence !
    Mais cette action de conjonction , tendant à un "plus - être" , ne saurait se confondre avec l'obéissance servile à une forme de pouvoir humain , surtout s'il se prétend "divin" .

    Le Pape Jean - Paul II ( 1978 / 2005 ) à la recherche d'une reconnaissance universelle !

     

    XI - Les mythes constitutifs du christianisme

    A . Loisy a bien défini les trois mythes constitutifs du christianisme romain ( 1 ) :

    Un Mythe cosmogonique .

    Décrivant la création du Monde , des animaux et des hommes , il a représenté pendant 18 siècles environ la vérité s' imposant à toutes les consciences, puisque supposée d'origine divine .Nous en connaissons la fausseté scientifique ( 2 ) ;
    ce qui fonde son caractère purement mythologique, et ,en contre-partie , ruine complètement la notion de péché originel ( 3 ) .

    Un Mythe christologique .

    Le Sauveur Jésus-Christ constitue l'élément essentiel du catholicisme romain ; mais il s' agit d' une figure très ambigüe . Si apparemment il tire une partie de son nom des écritures juives , ses traits caractéristiques viennent directement des fonds mythologiques traditionnels hellénistico-romains . La personnalité de Jésus s' est recouverte progressivement , des origines à Constantin , des vêtements les plus divers ; l' invention de sa mise en croix remonte au premier Concile de Constantinople en 381, dont les Actes ont été diffusés , après reconstitution , avec ceux du Concile de Chalcédoine en 451 , seulement.

    La nature mythologique de la Foi chrétienne est encore renforcée , si possible , par la " naissance " du Sauveur confondue avec le retour du Soleil , le 25 Décembre , jour du nouveau Soleil ; neos helios : Noël .L ' opération s' effectua vraisemblablement, pour la première fois , le 25 Décembre 335. La croyance naïve trouvera toujours une justification à cette adoption-transformation par les chrétiens , même si tardive , des vieux mythes apolliniens et mithriaques ( 4 ) .

    Un Mythe eschatologique.

    Le mythe n'est pas constitué par la seule destruction de la terre , prévisible , annoncée scientifiquement dans un avenir d' environ trois milliards et demi d'années . Pour les chrétiens , cette destruction doit être précédée par un nouvel avènement du Sauveur , qui établira un règne de bonheur pour les élus , d' une durée variable , peut-être mille ans , avant de juger les vivants et les morts , et d'ouvrir les portes de son royaume céleste à ses fidèles .

    Cette parousie glorieuse n' est pas sans poser quelques problèmes . Le Sauveur devra vraisemblablement se réincarner par le giron d' une Vierge , sans péché ; remplacera - t- elle Marie ? La nouvelle naissance se situera - t - elle à Bethléem ? Y aura - t il un nouvel Hérode pour tenter de le tuer ? Mille ans de bonheur suffiront - ils pour que les élus oublient enfin les injustices et souffrances endurées ici-bas depuis combien de millénaires ?

    A vrai dire , cette croyance ne fait qu' exprimer le besoin de vengeance dont rêvent tous les exclus des diverses civilisations humaines ; ils ne pourraient pas vivre sans cet espoir , devenu certitude , de " lendemains qui chantent" .Les prolétaires communistes nous l' ont annoncé il y a environ quatre-vingt années , même si matérialistes . Il s'agit donc d'une réaction psycho - sociologique naturelle compensant une déréliction collective très douloureusement ressentie , que l' imaginaire du groupe considéré incarne en images venues des zones ténébreuses de l' inconscient . Les circonstances historiques donnent des couleurs et formes adaptées plus précisément aux déboires de la catégorie concernée .

    Le mythe chrétien comporte , outre la résurrection des morts , quelques autres extravagances : d' une part , en effet , il n'ouvre définitivement la portedu ciel qu'après le Jugement dernier ; où sont donc , entre-temps , les glorieux martyrs et les Vierges ?(5); d'autre part , le mythe suppose une existence de l' humanité jusqu'à la fin de la terre ; or les conditions de l'évolution conduisent actuellement les éthologues à calculer en une dizaine de millions de nos années la durée de vie de chacune des familles animales . La race humaine serait donc remplacée par un nombre indéterminé de nouvelles espèces dont nous ignorons tout , sinon qu'elles bénéficieraient d' une conscience vraisemblablement plus étendue . L' humanité en tant que telle ne serait dotée que d'une capacité de vie assez brève au regard du temps cosmique ( 6 ) .
    Ces mythes , ces " histoires saintes " ont été fabriqués par les hommes pour donner une signification à leur situation dans le Monde .Qu'ils aient fait dieu à leur ressemblance , Xénophane de Colophon , au 6ème siècle avant notre ère , l'avait déjà démontré ( 7 ) .Toutefois , l'anthropomorphisation atteignit dans la religion romaine des sommets insurpassables : le chapitre XX du Décret de Réforme générale adopté en 1563 par le Concile de Trente stipule en effet que les biens qui relèvent du droit de l'Eglise appartiennent personnellement à dieu ; le dieu des chrétiens est devenu un propriétaire foncier et immobilier !

    La religion chrétienne se dit la religion d' un livre " sacré " , devant lequel elle s'agenouille littéralement , reconnaissant en lui l' oeuvre de son dieu . De ce fait , elle n'adore que l'écriture de scribes travaillant à la demande ou avec l'autorisation des Puissances de leur temps . La religion chrétienne tente d' établir l'autorité sans limite d'un homme sur des hommes par l'établissement d' une règle d' obéissance qui fait de la servilité l'image de la condition divine sur terre ( 9 ) .

    Le salut de l'humanité est le but avoué du catholicisme romain .Pourquoi celà exigerait-il qu'il s'incarnât directement en un Etat théocratique , donc totalitaire ? Cet Etat a succédé , dès la moitié du 8ème siècle , à l' ancien Empire d' Occident de Constantin, sous le gouvernement de l' Evêque de Rome assisté d' une Cour fournie de Princes et autres Monsignori.Certes , sa réduction actuelle aux dimensions minuscules du Vatican lui confère un caractère anachronique , mais sa Constitution reste identique , aussi dictatoriale qu'elle se manifesta par la condamnation des Droits de l'homme , immédiateemnt après leur proclamation , par le Bref de Pie VI " Quod aliquantum " du 10 Mars 1791 , qui les déclara contraires aux droits de dieu
    ( 10). Si bien que les déclarations d'ecclésiastiques exaltant la liberté , l'égalité , la fraternité des hommes doivent être considérées comme des propos de circonstances , même si sincères , le Bref de Pie VI n' ayant pas été annulé postérieurement par un nouvel écrit pontifical .

    L'humanité vit , c'est à dire évoluera continuellement jusqu'à sa disparition de la surface de la terre , qui conservera peut-être des traces significatives de son éphémère existence . Ses connaissances et croyances changent de la même manière , à tel point que les certitudes scientifiques demeurent scientifiques dans la mesure où elles se présentent comme des hypothèses que d'autres hypothèses remplaceront ( 11 ) .Au regard de ce relativisme généralisé , le dogmatisme absolu de l'Eglise romaine apparait impossible à justifier .

    Le prouvent totalement les dispositions adoptées par le Concile Vatican I de 1869/1870 ( 12 ) .A l'évidence, le dogme de l'infaillibilité pontificale compensait la perte des Etats pontificaux en établissant un pouvoir plénier et souverain du pape sur l'Eglise répandue dans le Monde entier, du fait que celui-ci était le vrai Vicaire du Christ . Les théologiens catholiques revenaient aux années 1075 , dans lesquelles Grégoire VII , se proclamant Vicaire du Christ , prétendait commander aux : Empereurs , Rois et autres Puissances politiques civiles et militaires . La dogmatique sclérosée d'une telle pensée stupéfie ; elle mesure le degré d'atonie intellectuelle que provoque un recours sans limite à la"tradition" ; elle n' a qu'un intéret pour les historiens des religions, en leur démontrant que le christianisme romain moderne équivaut à celui d' après l' An Mille .

    On justifie tout par la Foi .Ce mot semble revêtir une vertu magique , issue du pouvoir fascinant des images que suscite la croyance . Elle permet d'échapper à toute explication rationnelle par le déroulemnt d' un flot continu d' allégories typologiques et autres interprétations spirituelles ; finalement , " la foi n'est sûre d' elle-même qu'à condition de ne point s'examiner " ( 13 ). La Foi chrétienne exprime ses mythes par la magie " divine " de ses rituels liturgiques et sacrements analogues aux rites et mythes du totémisme australien ( 14 ) .

    Selon E.Poulat , sociologue apprécié , nous serions entrés , en Occident , dans une ère post-chrétienne ( 15 ) . L' incrédulité à l'égard du christianisme romain s'enracine à l' intérieur de cette religion par l'enseignement de " vérités divines " oppressantes qui tendent perpétuellement à infantiliser les fidèles . Cette incrédulité grandissante entraîne le plus souvent un agnosticisme , voire un athéisme , alimenté par le catholicisme romain lui-même , incapable de satisfaire les plus hautes aspirations religieuses des individus de notre temps . Reste l'armée des fonctionnaires du Vatican , des théologiens et spécialistes en tous genres , tous les professionnels du " divin " , qui vivent concrètement de Jésus-Christ , réalité littéraire du Canon des écritures chrétiennes . L' exercice de leurs activités est une prestation de services rémunérée dont ils tiennent à préserver l'intégralité .Ils défendent âprement , par l' emploi de moyens sophistiqués , un statut social, une influence sur l'opinion publique , compte tenu du " retour au religieux " dont profite occasionnellement leur vieille Eglise rassurante ( 16 ) .

    Participer à des cérémonies , prier,chanter en collectivité , dégage des émotions vives de solidarité et une certaine exaltation , qui brisent momentanément les solitudes glacées de l'exclusion . Le catholicisme romain demeure fidèle à ses origines en apportant aux plus démunis , charriés dans les cahots de l'infra-société , les consolations et les espoirs en une vie meilleure , tout au moins après la vie terrestre .L'illusion est d'autant plus grande que les icônes , statues et autres décorations, enrichissant les églises, matérialisent sensiblement l'imaginaire appelé en compensation par les frustations des fidèles (17 )
    .Au nom de la Providence et du Christ en croix , le chrétiend'aujourd'hui , quêteur de servitude , saisi par tant d' amour manifesté à son égard , en vient à accepter sa situation comme étant le chemin proposé à lui par dieu pour un gain au ciel .

    L'opposition entre foi et raison représente une fausse échappatoire ; la foi ne peut être que le couronnement des connaissances humaines à un moment donné ; certitude relative , elle évoluera inévitablement avec celles-là .L'existence d'une tension entre foi et raison condamne cette foi devenue dogmatisme et incapable de s'adapter à l'évolution de l'humanité .
    L' Eglise romaine , par intéret , ne peut que nier toute évolution ( 18 ) .

    Il faut se situer en dehors du Système , lutter contre la rhétorique de la conformité pour :

    " répondre au chant de l'autorité par le contre-chant de la liberté ".

    XII - Référence bibliographiques

    (1) -Cf.A.Loisy - in " La Religion " - Editeur E.Nourry . Paris 1917 - Pages 273 à 276 :" L'économie chrétienne du Salut n' a pas aboli , elle a continué , sans la mener à terme , l'oeuvre des humanités , des religions et des siècles qui ont précédé son avèneemnt .Elle repose en effet sur trois mythes dont l'énoncé distinct est facile à reconnaitre dans les plus anciens formulaires , le symbole dit des Apôtres qui sert encore de profession de foi baptismale , et le symbole dit de Nicée qui se chante aux messes solennelles . Ces trois mythes sont : le myths cosmogonique , le mythe christologique , le mythe eschatologique ".

      (2 ) -Cf. Missel Vespéral - Paroissien expliqué et commenté par A.Fleury - Editeur Mame . Tours - 12ème édition - Imprimatur 16 janvier 1942 . Page XXVII - Calendrier liturgique du mois de Décembre : 25 Décembre , la Nativité - " L' an depuis la création du Monde , 5199 ; depuis le déluge , 2957 ; depuis la naissance d'Abraham , 2015 ; depuis Moïse et la sortie du peuple d' Israël d' Egypte , 1510 ; depuis que David fut sacré roi , 1032 ; la 42ème année de l'Empire d'Auguste * , toute la terre jouissant d'une grande paix , Jésus-Christ , dieu éternel et fils du Père éternel , voulant consacrer le Monde par son avènement , nait à Bethléem de la glorieuse Vierge Marie" .( Martyrologe Romain ).

    * Octave fut nommé par le Sénat romain Auguste et Imperator , 27 ans avant J.C. ; la 42ème année correspond à sa mort .

    - Cf. - " L' Invention de la Préhistoire " - Editeur Presse - Pocket . Paris 1992 - Chronologie des Découvertes - page 343 : "Année 1901 : Breuil , Capitan et Peyroni découvrent les grottes ornées de Font - de- Gaume et des Combarelles . Ils présentent leurs découvertes à l' Académie des Sciences " . - Certaines gravures de ces grottes étaient peintes au Magdalénien moyen ou supérieur , soit entre 14.000 et 9.500 ans avant notre ère . Lorsque l'abbé Breuil faisait progresser la nouvelle science de la Préhistoire, il s'enfonçait littéralement dans les cavernes de l'hérésie !

    ( 3 ) -Cf. - Else Walrawens - in " Le siècle des Lumières et la Bible " - Tome VII de la série " La Bible de tous les temps " - Editeur Beauchesne . Paris 1985 - Page 579 à 597 " La Bible chez les libres-penseurs en Allemagne : Samuel Reimarus et Johan Edelmann " - Je ne suis pas le premier à nier l'existence du péché originel .Reimarus et Edelmann l' ont fait bien avant moi , et ont supporté les conséquences affligeantes que leur valut la liberté de leurs opinions .

    ( 4 ) -Cf.H.I.Marrou - in " L'Eglise de l'Antiquité tardive " - Editeur Le Seuil . Collection Point-Histoire .Paris 1985 - Page 98 : " La commération de la Nativité au 25 Décembre apparait à Rome quelques temps avant 336 ; il semble bien que le christianisme triomphant se soit annexé , en lui imposant une signification nouvelle , la fête païenne de l'anniversaire du Soleil invincible , dont l'Empereur Aurélien en 274 avait cherché à faire la religion commune de l'Empire. Le Christ n'est-il pas le vrai Soleil de Justice ? "

    Cf. J.Carcopino - in " Etudes d'Histoire chrétienne " - Editeur Albin Michel . Paris 1953- Pages 265/266 : L' auteur analyse la " Depositio Martyrum Romae " , compilation achevée entre le 1er janvier et le 2 Octobre 336 . Les dépositions se succèdent aux dates des martyres commémorés mois par mois dans l'ordre du calendrier chrétien depuis le 8 des calendes de Janvier , c'est à dire le 25 Décembre : Natus Christus in Bethléem Judae , jusqu'au 13 Décembre suivant . C'est le premier témoignage écrit du Noël chrétien .

    Cf. " Grand Dictionnaire Encyclopédique " - Editeur Larousse . Paris 1984 . Tome XI - Page 7411 . Article Noël : " La fête de la naissance du Christ était célébrée à Rome au moins dès l'année 336 "

    Il faut souligner que l'assimilation de Jésus au Soleil Invicible n'avait aucune signification historique . L' on célèbrait joyeusement le retour annuel du Soleil , par une fête rituelle qui cachait mal la crainte éprouvée de le voir pour toujours englouti par les ténèbres de l' Automne . Noël a pour étymologie : Neos Helios , qui constituait un titre impérial . L ' Empereur était assimilé au Soleil , à la fois Apollon et Mithra , du fait de son origine divine . Sous Constantin ,à partir du 25 Décembre 335 , le dieu Soleil fut vénéré sous le seul nom de Christ ,la qualification de Constantin après 312 ; Christ dont la royauté céleste effaçait celle de Mithra et d' Apollon .

    - Cf. R.Turcan - in" Mithra et le Mithriacisme "- Editeur Les Belles Lettres . Paris 1993 - Pages 27 et 96 - L' auteur rappelle que Mithra était accompagné habituellement par des Mages " La t radition littéraire hellénique liait Mithra aux Mages " . Il naissait d'un rocher ou d'une grotte avec l'aide de bergers . D'où l' inclusion , dans les deux évangiles dits de Matthieu et de Luc , des épisodes des Rois Mages et des Bergers , afin de rendre cette naissance du Christ-Soleil acceptable aux nombreux païens . Ces deux passages établissent l' équivalence entre Jésus et Mithra et apportent une justification à la christianisation du Soleil . La datation de ces récits au 4ème siècle , ou plus tard , expliquerait les anachronismes commis par les " évangélistes " , faisant rechercher par les Mages aux environs de Jéruzalem un " Roi des Juifs " , qui régnait en droit à Rome et ne pouvait être ni Hérode ( rex datus ) ni une personne autre que l'Empereur romain .

    Cette assimilation aux dieux solaires païens constitue l'élément essentiel du mythe christologique , bien qu' il disparaisse complètement dans la "crèche ", dont on fait remonter l'origine au franciscanisme . Le Sauveur , " enfant divin " , n' a aucun précédent dans les écritures juives , qu'il ne saurait venir accomplir . Ces dernières contiennent bien des naissances miraculeuses , par exemple celle d'Isaac , mais les enfants nés ainsi restent des enfants d'hommes ; le Sauveur , issu d' une hiérogamie mariale , reste enfant de dieu . Cet " enfant divin " relève directeemnt des traditions à la fois grecques , perses , égyptiennes puis romaines . Auguste lui-même , non seulement héritier des Julii issus de Vénus , est né de l' union de sa mère avec Esculape - Apollon . L' histoire orientalo-romaine abonde en " enfants divins " ; chaque roi était vénéré comme un fils de dieu . Les écritures chrétiennes relatives à la naissance du Sauveur s'enracinent donc dans une tradition non juive .

    ( 5 ) -Cf. Cyprien de Carthage - in" Traités " . Editeur A. Le Clère . Paris 1842 . Traducteur abbé de Génoude . " Traité n° 2 " " Des laps ou de ceux qui ont failli dans la foi pendant la persécution " - L' accès au ciel est subordonné au jour de la Grande Sentence , quand le peuple chrétien comparaitra devant le tribunal du Christ , assis sur les ruines du Monde ; y compris les âmes des martyrs, qui , dessous l' autel , crient à haute voix (page365 ) : " Seigneur , qui êtes Saint et Véritable , jusqu'à quand différerez-vous de juger et de venger notre sang sur ceux qui habitent la terre ? Il leur est ordonné d'attendre encore quelques temps tranquillement et avec patience "

    ( 6 ) -Cf. - B.Cyrulnik - in " Les nourritures affectives" Editeur Odile Jacob .Paris 1993 - Page 241 : " En débarquant sur terre , toute espèce vivante possède une espérance de vie de 7 millions d'années .Nous venons donc de naitre puisqu'il n' y a que 3 millions d'années que nous nous arrachons à l'animalité , que nous marchons sur nos pattes postérieures ! Il n' y a que 30 mille ans que nous sommes devenus " savants ", que nos écrits racontent les mythes qui nous façonnent et que nos techniques utilisent les lois de la nature . Nous avons encore droit à 4 millions d' années "

    ( 7 ) -Cf.- Xénophane de Colophon . La pensée vigoureuse de ce philosophe , pratiquement oublié , a conduit quelques écrivains contemporains à rappeler ou à traduire ce qui reste de son oeuvre :

    Cf. - A.Momigliano - in " Sagesses Barbares " - Editeur Gallimard . Paris 1991- Page 137 , l'auteur le situe en Ionie à l'arrivée des Perses vers 545 avant notre ère .

    Cf. - M. Finley - in "Les anciens Grecs " Editeur La Découverte - Essais . Paris 1993 - Après avoir insisté sur le caractère oral de la littérature grecque , " Les grecs préféraient parler et écouter " , l'auteur rappelle que Xénophane écrivait seulement sous la forme poétique . Pages 107 et 139 , il précise que ce philosophe fut un sceptique qui combattit les enseignements grossiers des récits mythologiques ; il se situait en dehors du courant principal de la pensée grecque .

    Cf. -E.R.Dodds- in " Les Grecs et l'irrationnel " - Editeur Flammarion . Champs 28 . Paris 1977- Page 181 ,cet auteur place la découverte fondamentale de Xénophane dans la relativité des idées religieuses; tout en le représentant comme un homme profondément religieux . Dodds se réfère à Xénophane pges 196/197 , notes 6,7,8,9,10,19,20.

    Cf. J.P.Dumont - in " Les Présocratiques "- Editeur la Pléiade . Paris 1988/1989 . En collaboration avec P.Delatre et J.L.Perrin , l'auteur établit la lecture de référence .

    Cf. Erwin Schrödinger - prix Nobel de Physique en 1933 - in " La Nature et les Grecs " - Editeur Le Seuil .Paris 1992 - Page 183 , l' auteur reproduit la traduction du fragment 34 suivant la numérotation de Diels: " Non, jamais il n' y eut , jamais il n' y aura un homme possédant la connaissance claire de ce qui touche les dieux ; même si par hasard il se trouvait qu'il dit l'exacte vérité , lui-même ne saurait en prendre conscience car tout n' est qu'opinion "

    Cf. M. Eliade - in " Les Aspects du mythe " - Editeur Gallimard Folio Essais . Paris 1991 - Page 190 , l' auteur reproduit la traduction de Kirk et Raven: Pour Xénophane , " il est un dieu au-dessus de tous les dieux et les hommes ; sa forme ni sa pensée n'ont rien de commun avec celle des mortels "

    ( 8 ) -Cf." Les Conciles oecuméniques " - Editeur Le Cerf . Paris 1994- Tome II " Les Décrets - 2 " . Page 1617 : " Et pour cette raison , il ( le Concile ) avertit l'Empereur , les Rois , les Etats , les Princes et autres , tous et chacun de quelles que conditions et dignité qu'ils soient , que plus ils sont largement pourvus de biens temporels et de pouvoirs sur les autres , plus saintement ils doivent respecter ce qui relève du droit de l'Eglise , en tant qu'appartenant personnellement à Dieu et protégé par son patronage" . !!!

    ( 9 ) - Cf. - Le Pentateuque - On consultera avec profit :

    -J.D.Woodbridge - in " Richard Simon et la critique biblique " - Le Grand Siècle et la Bible . Tome VI de la Série " La Bible de tous les Temps " Editeur Beauchesne .Paris 1989 .

    -G.Bedouelle - in " Le temps des Réformes et la Bible " . Tome V de la Série " La Bible de tous les Temps " op.cit .Carlstadt refusait au Pentateuque tout entier son authenticité mosaïque , que Luther maintenait .

    - A. de Pury et Th. Rohmer - in " Le Pentateuque en question "- Editeur Labor et Fides . Genève 1991. 2ème édition .

    - Association catholique Française pour l'étude de la Bible - in " Le Pentateuque " - Editeur Le Cerf .Paris 1992 - Travaux du 14ème Congrès en Septembre 1991.

    - A. de Pury , Th.Rohmer ,et J.D.Macchi - in " Israël construit son histoire " - Editeur Labor et Fidès . Genève 1996 .

    ( 10 ) - Cf. -Marina Caffiero - in "Dictionnaire historique de la Papauté " Editeur Fayard .Paris 1998 - Article Pie VI ; page 1333 : " A la suite de la promulgation de la Constitution civile du Clergé ( été 1790 ) et de l'obligation faite aux prêtres de prêter serment à la nouvelle loi , par le Bref " Qod aliquantum " du 10 Mars 1791, il ( Pie VI ) condamna en bloc l'oeuvre de l' Assemblée Constituante en matière ecclésiastique ......, et les principes de liberté et d'égalité qui avaient guidé l' action des Constituants dans le domaine politique , qu'il définissait comme étant contraires aux droits de Dieu ... "

    ( 11 ) -Cf . R.Damasio - in " L'Erreur de Descartes " . Editeur Odile Jacob . Paris 1995 - Page 16 : " Je suis tout à fait sceptique devant les prétentions de la science à l'objectivité et à la vérité . Il m'est certes pénible de voir que les résultats scientifiques , surtout en neurobiologie , ne sont rien d' autre que des approximations provisoires , que l'on peut trouver bonnes un moment , mais seulement jusqu'à ce qu' elles soient écartées pour laisser place à de meilleures interprétations ...."

    ( 12 ) -" Les Conciles oecuméniques " Editeur Le Cerf ..Paris 1994 - Tome II " Les Décrets 2 " Concile Vatican I - Session IV du 18 Juillet 1870 : Première Constitution dogmatique sur l'Eglise du Christ . - . Chapitre III : Pouvoirs et Nature de la primauté du Pontife Romain . pages 1655/1657 : " Si donc quelqu'un dit que le Pontife Romain n' a qu' une charge d' inspection ou de direction et non un pouvoir plénier et souverain de juridiction sur toute l' Eglise , non seulement en ce qui touche à la foi et aux moeurs mais encore en ce qui touche à la discipline et au gouvernement de l'Eglise répandue dans le Monde entier , ou qu' il n' a que la part la plus importante et non pas la plénitude totale de ce pouvoir suprême , ou que son pouvoir n' est pas ordinaire ni immédiat sur toutes et chacune des Eglises , comme sur tous et chacun des pasteurs et des fidèles : qu'il soit anathème ! "

    - Chapitre IV " Le magistère infaillible du Pontife Romain " - page 1659 : " Nous enseignons et définissons que c'est un dogme révélé par Dieu que le Pontife Romain , lorsqu'il parle ex cathedra , c'est à dire lorsque , remplissant sa charge de pasteur et docteur de tous les chrétiens , il définit en vertu de sa suprême autorité apostolique , qu'une doctrine en matière de foi ou de morale doit être tenue par toute l'Eglise , jouit , en vertu de l'assistance divine qui lui a été promise en la personne de Pierre , de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que soit pourvue son Eglise "

    ( 13 ) -Cf . A.Loisy - in " La Religion " . op . cit . page 306 : " Il n' est pas prouvé , il n' est pas à prouver , que , mis à part le mirage de la foi , le mystère du salut par la mort expiatoire de Jésus soit autre chose que la sublimation du plus abominable des sacrifices , le sacrifice humain , magie divine où la foi n'est sûre d' elle-même qu' à condition de ne point s'examiner "

    ( 14 ) -Cf. A.Loisy - in " La Religion " - op.cit. page 307 : " Pas plus que la prière , le sacrement n'a réalisé quoi que ce soit de son ojet apparent .... Nous avons toujours été dupes de notre propre action , de notre besoin d'agir ....Si l' on veut bien y regarder , il y a tout autant de magie , à moins qu'il n' y en ait infiniment d'avantage , bien que ce soit une magie plus raisonnée et plus moralisée , dans le mythe et les rites du salut chrétien que dans le mythe et les rites du totémisme australien " .

    - Cf.- E.Drewermann- in " Dieu en toute liberté " . Editeur Albin Michel .Paris 1997 . page 24 : " Il faut bien constater , alors , que la théologie de l'Eglise catholique pratique le fétichisme conceptuel , au sens le plus strict du mot , toute l'attitude affective du croyant face à l'ensemble des articles de la foi devant être définie comme totalement magique : le fétiche constitue le condensé objectif , le support réifié de toutes les aspirations religieuses du sujet , qui s'y contemple lui-même ,sans le savoir , sous cette forme aliénée " .

    ( 15 ) -Cf. E.Poulat - in " L'ère post chrétienne " Eduteur Flammarion .Paris 1994 . page 191 : " Un édifice de certitudes se met à se défaire ; la conscience prend un tour nouveau . Il ne s'agit pas du problème de la vérité , telle que la raison théologienne philosophique ou savante a coutume d'en débattre , ni même du problème de l'aliénation , qui présuppose un Monde vrai à retrouver ou à rétablir , mais de ce que les anthropologues appellent le problème de la réception : un mystérieux processus social convertit en une conviction généralisée des intuitions isolées et intentions inconnues . Au terme , tout le monde s'étonne . Comment a-t-on pu ainsi penser si longtemps et pourquoi n'a-t-on pas pu penser autrement plus tôt ? La question se pose dans tous les domaines , et en religion comme en science ; c'est une affaire de société, de la société toute entière " .

    ( 16 ) -Tous les membres du clergé catholique sont sollicités , peu ou prou , par les techniques modernes de télécommuncation ; ils deviennet des " communicants " , et peuvent tenir , occasionnellement ou périodiquement à intervalles plus ou moins rapprochés , du fait de leur statut religieux , un rôle de vedette dans une émission de radio ou de télévision . Professer la vérité absolue et exclusive de leur religion à l'encontre du relativisme contemporain aboutit à créer un véritable " fonds de commerce " de l'étrangeté , dans le but d'augmenter leur influence sociale et d' imposer leurs croyances . Ce qui ne va pas sans quelques dangers illustrés par l'Evêque auxiliaire de Paris : Mgr .di F. , et surtout le Cardinal de Paris , véritable star du système . Fréquemment , il est le sujet d'émissions de télévision qu' il met à profit pour répandre le message évangélique , et nier l' importance des philosophes du Siècle des Lumières , ses ennemis personnels .Il oublie toujours d'indiquer : les raisons de ses choix ; les contradictions entre les textes présentés et tels autres de tels autres livres du Nouveau Testament ; et que, scientifiquement parlant , les paroles de Jésus lues par lui ne sont pas des propos authentiques ; nul ne saurait l' affirmer ; ces paroles sont mises dans la bouche de Jésus par un ( ou plusieurs ) auteur inconnu ; elles constituent un contenu littéraire mais non un événement historique .

    En définitive , les techniques les plus modernes de communication constituent des sources de financement pour l'Eglise romaine et ses membres pris individuellement , du fait non seulement de l'étrangeté de leurs croyances mais de la tradition rassurante incarnée dans ses rites . Ces techniques de " consommation commerciale " lui permettent d'administrer efficacement l'inconscient de futurs adeptes . La hiérarchie catholique n'est pas encore guérie de sa volonté de puissance , de son appétit de pouvoir temporel ; elle a besoin de troupeaux fidèles et obéissants

    ( 17 ) - Marie-Josée Mondzain - in " Images , Icônes , Economie " . Editeur Le Seuil ..Paris 1996 . L'auteur décrit de façon convaincante la guerre pour les icônes du 8ème au 10ème siècle à Constantinople , et ses sous - entendus psycho-sociologiques ; lutte dans laquelle : page 17 " Peut-être l'Eglise a-t-elle été plus consciente qu'on ne le suppose du fait qu'elle avait à administrer l'inconscient de ses sujets " .

    Il s'agissait en définitive de savoir qui serait le maitre des images . L'Empereur voulait s'en réserver l'exclusivité et le bénéfice par le biais d'images iconoclastes , sous la forme de croix abstraites . Mais l'icône était ( p. 19 ) douée d' une puissance spécifique telle qu'elle conduisit Nicéphore, le Patriarche de Constantinople , à affronter sans merci l'Empereur Léon V , jusqu'à l'exil la mort et finalement la victoire , tant il paraissait impossible de gouverner l'Eglise sans icônes . Certaines citations de Nicéphore sont pour le moins troublantes pour qui a exploré la moderne psychologie " des profondeurs " .

    Page 114 : " L'icône est en relation avec l'archétype , el