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PREFACE

 

 

 

 

Y - A - T - IL UNE RELIGION NATURELLE ?

  Depuis plus de cent mille ans , les hommes enterrent leurs morts , avant ou après incinération .

Ils n' ont pas attendu la "révélation " chrétienne pour exprimer ainsi leur intuition innée d' une autre forme de vie prise par leurs ancêtres après la séparation de leurs corps .

Les hommes savent , depuis qu'ils réfléchissent , que tout existant n'est pas visible ou audible;
ils connaissent la relativité des situations du fait
de l'évolution universelle, et, en même temps,
l'existence certaine d'une Vie, dont ils sont issus,
à l'intérieur de laquelle ils se meuvent, c'est à dire naîssent puis meurent,et dont ils ne peuvent sortir; c'est ce qu' attestait déjà, dans l' ancienne Egypte, le "Livre des morts", écrit vers 1580 avant notre ère.
Le développement du culte des Ancêtres est la première manifestation d'une religion naturelle, par laquelle les vivants tentent de se relier à la Vie, et par là d'acquérir plus d' être, dans des formes inconnaissables à leur entendement limité .
Culte des morts Gravure rupestre de Zisab Gorge, Brandberg, Namibie .


  Que les ancêtres soient enterrés sous une case africaine ou l'âtre
d'une villa romaine, dans une chapelle ou un cimetière, leur culte illustre la prédominance du passé dans le présent;
celui-ci ne représente qu'une transformation de celui-là
(le présent est un effet de notre mémoire immédiate!) ; le culte des Ancêtres proclame la continuité de la Vie; les banquets funéraires, partage de la nourriture entre les vivants et les disparus, symbolisent cette permanence et constituent un acte inconscient d'adoration de cette Surréalité Vivante dont tout émane.

Actuellement , la représentation de cette Surréalité devient plus précise . Elle est Elle-même un Existant, et non l'Etre en soi; Elle réalise, en effet, ses potentialités d'existence par une actualisation continue qui constitue ce que nous appelons "la création".
Comme rien ne peut venir de rien (1).
Elle crée à partir d'Elle-même, c'est à dire par "émanation "; Elle se réalise sur Elle-même par une expansion continue, de forme asymptotique, du fait du mouvement centrifuge provenant de l'engendrement à proprement parler, qui s'inverse en un mouvement centripète à partir de ce qui est "créé" par cette émanation-engendrement. Ces deux mouvements contribuent, chacun à sa manière, à l'expansion de notre SurRéalité .
Stèle funéraire avec scène de banquet

Celle-ci est donc Elle-même engendrée, et la structure d'ensemble devient, à notre entendement, semblable à celle d' une "poupée russe", dans laquelle chaque élément émané provient d'une Surréalité en expansion, vers Laquelle il se tourne pour se construire sans jamais pouvoir L' atteindre, puisqu' Elle est Elle-même en recherche de plus d'existence.
L' Etre- en Soi, parfait, c'est à dire immobile puisque totalement réalisé, ne se prouve que négativement ; en effet, nous ne pouvons déduire du mouvement universel de création-émanation que l'existence de Surréalités émanées l'une de l'autre et en quête d'un accomplissement qu'Elles n'atteindront jamais .

C'est peu d'affirmer que notre Surréalité est infinie, pour notre entendement .
Les sciences astro-physiques et les explorations extra-terrestres de toute sorte sont actuellement suffisamment développées pour nous permettre de concevoir notre planète Terre comme une nanissime poussière dans une galaxie elle-même nano- poussière d'un univers dont nous n'avons pas encore découvert les frontières.
Nous décrivons cet univers comme composé d'un milliard de galaxies, chacune comptant environ un milliard d' étoiles dotées ou non d' un système solaire. Rien ne permet de conclure que cet univers en expansion est unique; tout laisse imaginer que l'expansion de notre univers est équilibrée par celle d'autres univers voisins, aux limites osmotiques rendant possibles des inter-réactions ou inter-pénétrations universelles.
Dans notre univers, l'existence humaine provient d'éléments premiers constitutifs des étoiles.
Si nous développons une certaine conscience, celle-ci existe au moins potentiellement dans ces étoiles.
L' univers entier serait pétri d'une conscience, qui se libérerait des contraintes de ce que nous nommons la matière selon la présence favorable de certaines conditions de notre milieu astral.
Finalement, il n'y aurait pas d' opposition entre "esprit"et "matière"; cette dernière apparaîtrait lorsque la friction entre mouvement centrifuge et mouvement centripète, freinant suffisamment l' expansion de la conscience universelle, la condenserait sous la forme d'éléments premiers; leur évolution ultérieure lui permettrait de se manifester à nouveau de manière plus ou moins complète, la conscience humaine n'étant qu'une de ses manifestations.
La Surréalité dont nous tenons la vie est donc Surconscience;
c'est une personne non-anthropomorphique, non limitée par des organes sensoriels, dotée de liberté , mais qui ne peut vouloir que Sa réalisation personnelle en donnant la Vie.
Elle fixe pour finalité à ses "créatures" , dont nous sommes, l'acquisition de plus de Vie, c'est à dire de plus de conscience, de telle sorte que nous, particulièrement, puissions mieux nous rapprocher d'Elle, et atteindre plus vite les niveaux successifs qu' Elle a Elle-même parcourus antérieurement, dans Son temps.

La méditation fréquente sur ce processus de transformation perpétuelle, dans une Vie éternelle,
nous relie à notre Surréalité et constitue à proprement parler une religion naturelle.
Celle-ci est donc essentiellement ontologique. Elle répudie toute théologie créatrice de dogmes;
elle dénonce les rites magiques, sacrements et pratiques infantilisantes, par lesquels des institutions cherchent à imposer leurs lois, désignées comme "divines", à des êtres humains affolés par la perspective de perdre la vie. La religion naturelle n'a besoin ni de sacrifices ni de reliques ni de chapelets ni de grigris. Elle réside dans une démarche individuelle d'adoration de la Vie - Surconscience, pour que chacun devienne plus vivant, c'est à dire plus conscient .

La Vie éternelle n' est ni la promesse d'un dieu ou d'un sauveur idolâtré, ni la grâce obtenue par l'obéissance aux commandements d'une Eglise quelle qu'elle soit .
La Vie éternelle est une donnée naturelle que les religions se sont appropriée à des fins utilitaires en faisant de la découverte de cette donnée naturelle le but d'une sorte d'assurance-vie, dont le prix n'a jamais été négligeable, qu'il s'agisse d'une cérémonie d'enterrement ou de prières ou autres prestations achetées à des "professionnels du divin", pour le "repos" de l'âme d'un défunt .

La religion naturelle n'est pas un panthéisme , puisqu'elle est une religion sans dieu ; elle est la prise de conscience par un humain de sa situation dans un Univers dont il fait intégralement partie, étant personnellement constitué des mêmes éléments que tous les autres existants, des étoiles aux insectes;
et de sa dépendance totale d'une Surréalité dont il détient une partie de la Conscience ; à Laquelle il doit s'efforcer de se relier volontairement pour acquérir plus de Vie .

L'effort individuel nécessaire ne doit pas cacher l'action collective en cours. Ce que l'on appelait, il y a une trentaine d' années, la "Gnose de Princeton "( 2) relevait déjà de ce processus religieux.
Et de même, tous les mouvements qui encadrent les "chercheurs de vie" en les aidant à globaliser leurs pensées et à dépasser la contemplation du Tout-Vivant pour celle de la Sur-Conscience. En Occident, certaines églises chrétiennes, débarrassées de leurs idoles, pourraient devenir des lieux de réunion dans lesquels ces "chercheurs de vie" partageraient leurs expériences personnelles et méditeraient en commun en s'accompagnant éventuellement de chants de circonstance. Sur les ruines des institutions traditionnelles, la religion naturelle s'épanouirait .

En bref , la destinée humaine est cruellement paradoxale . Chacun lutte pour vivre, se développer, à la seule fin de mourir !.
Dans ces conditions, à quoi bon vivre ? La situation de chaque individu est d'un illogisme désespérant;
un simple raisonnement aurait dû conduire l'humanité, à ses débuts de conscience, à refuser de propager la vie par une sorte de suicide collectif .
En fait, c'est l'inverse qui s'est produit, malgré la répulsion de la mort ; l'homme s'est multiplié en milliards d'individus et a peuplé la terre entière.
La plus lointaine littérature a décrit sur tablettes d'argile en écriture cunéiforme la légende de Gilgamesh (3);les versions sumériennes de l'épopée datent de 2.330/2.300 avant notre ère, soit environ 18 siècles antérieurement au premier texte biblique. L'épopée relate la quête de l'éternité entreprise par le héros,
roi d'URUK, après la mort de son ami ENKIDU .

  Gilgamesh , à travers de nombreuses aventures chargées de symbolisme, se lance à la recherche de son "ancêtre" le Sage Uta-napishtim, qu'il sait être éternel, afin d'apprendre de lui comment posséder à son tour cette éternité et échapper à l'horreur de la mort.
Uta-napishtim consent à donner à Gilgamesh
la"plante de la Vie", mais, finalement, celle-ci sera dérobée au héros malheureux par un serpent monstrueux et rusé.
Le récit, en son état actuel, manque de véritable conclusion, mais la leçon est claire : l'épisode du serpent(4) apparaît comme une justification du symbolisme très ancien attaché à cet animal, qui , dans pratiquement toutes les mythologies antiques indo- méditerranénnes, incarne la vie sans cesse renouvelée du fait de ses successives mues .
Epopée de GILGAMESH - tablettes cunéiformes

Toutefois, ces besoins constituaient originellement un obstacle important à l'exercice de la religion naturelle, c'est à dire à l' établissement d' un lien idéalement continu d'un être humain à la SurRéalité - Conscience, dont émane toute vie connue ou supposée exister. Ces besoins, en effet, étaient alors totalement conditionnés par les deux facteurs suivants :

  • d' une part , la nécessité impérative de se nourrir .

    Combien de temps a-t-il fallu à nos Ancêtres pour répertorier ce qui leur convenait parmi les fruits, graines, plantes, gibier, poissons, offerts par la nature ? Combien de temps leur a-t-il fallu pour discerner les rythmes de reproduction et de maturation de ces produits ? rythmes par lesquels se manifestait à l' évidence la pérennité de la vie, et grâce auxquels les humains pouvaient rassembler les réserves alimentaires permettant de réduire les périodes de pénurie. Combien de centaines de millénaires se sont succédées jusqu'à l' acte premier d' accession à la civilisation: l'invention du feu, environ 350.000 années avant notre ère ? Cette invention permit, avec la cuisson des aliments, d' élaborer les premiers rudiments d' une cuisine variée et savoureuse, d'employer des produits de transformation comme la farine, d'abandonner définitivement l'animalité en améliorant consciemment la santé des humains; en même temps , les foyers allumés par ces derniers, créateurs de lumière, chassaient de leurs nuits les animaux sauvages, le froid et les ombres épaisses, tout en enrichissant leur mémoire et leur imagination des couleurs et des formes nouvelles dessinées par les flammes des brasiers .

  • d'autre part, l' existence des phénomènes naturels dont dépendait la fertilité de la terre .

    Qu'il s'agisse des phénomènes climatologiques à proprement parler : soleil , lune , chaleur , froid, pluie, sécheresse; ou de ceux pouvant modifier directement l'environnement le plus proche: foudre orageuse éventuellement incendiaire, voix éoliennes dans les forêts quelquefois dévastées par leur souffle, eaux tumultueuses débordant parfois de leurs rives, tremblements de terre ou éruptions volcaniques occasionnels, tous ces phénomènes, inexpliqués jusqu' à nos jours de développement scientifique, conduisaient naturellement nos Ancêtres à les considérer comme les gestes d'entités puissantes, invisibles, surhumaines, qui "enchantaient" leur monde et façonnaient leur existence. Il convenait, en conséquence, d'agir de manière à se concilier leur bienveillance "céleste", pour que les terrains nourriciers propices à la cueillette, à la chasse, à la pêche, beaucoup plus tard transformés en cultures agricoles, fussent protégés des désordres de toute sorte qu'entrainaient les gestes de ces habitants "du ciel" . Les prières et supplications, les offrandes, les sacrifices d'animaux, voire d' hommes, appuyaient ces démarches auprès d' êtres purement imaginaires créés par les méconnaissances de ces temps passés .

    Ainsi, naquit aux origines de la conscience humaine le culte de la Fécondité, dont le développement rejeta progressivement dans l'oubli la Vie éternelle, évoquée superficiellement à l'occasion des enterrements, des banquets funéraires ou autres rituels destinés à raviver le souvenir des disparus .
    Au cours de son développement, le culte de la Fécondité s' exprima par des doctrines et des symboles variant avec les lieux d' implatation des groupements humains, d ' autant plus que l' assimilation fut faite en divers pays entre ce culte de la Fécondité et celui du Salut relatif à la bone santé des hommes, déterminée principalement par la qualité de leur nourriture.
    La matérialisation des doctrines, notamment en ce qui concerne le printemps de la nature synonyme de résurrection, et des symboles par des pieux "sacrés" , des croix , caducées , croissants lunaires dessinés par les cornes de bovins .. ..etc ..., mais surtout par l'iconographie, donnait aux "puissances célestes" invoquées une présence physique renforçant leur substrat imaginaire. Les gravures rupestres intervenaient comme la projection sur les parois des cavernes des supplications adressées
    à ces "Sur-êtres" .

    Très lontemps avant que les Indo- Européens ne conçoivent un "dyew"( 6 ),des "divinités" habitaient les esprits des hommes; ils ne pouvaient trouver que cette seule explication à la puissance souvent dévastatrice des phénomènes naturels conditionnant leur existence. Aussi bien, le culte de la Fécondité se caractérise-t-il par son universalité et sa pérennité jusqu'en nos temps modernes; à l' instar du christianisme romain, dont le dogme de la Transsubstantiation, promulgué en 1215, a consacré la nature de culte de la Fécondité.
    Celui-ci concrétise cette idée que les "puissances célestes" peuvent se laisser influencer par tel ou tel comportement humain, comme la pratique des "sacrements" ; on imaginera même pouvoir traiter avec elles par une sorte de contrat, établir une alliance signifiée par l'arc- en- ciel .

      En tout état de cause , la démarche religieuse des hommes manifeste encore la croyance, née dans l'enfance de l' humanité,
    en la vertu opératoire, sans aucune limite, de la magie;
    les "puissances célestes" restent des projections de l' esprit humain ; les prières et sacrifices des "fidèles" s'apparentent à un exercice
    d' auto-suggestion, et finissent, du fait des phénomènes
    psycho-sociologiques propres à la méthode Coué,
    par les persuader d' avoir rencontré leur "dieu" .

    Références Bibliographiques

    ( 1 ).-. Cf. PERSE - in " Satires " - Editeur Imprimerie Nationale . Paris - 1995 - pages 59 / 69 : Satire III ; vers 77 / 84 " de nihilo nihilum , nil posse reverti "

    Cf . J. Derrida - G. Vatimo - in " La Religion " - Editeur Seuil . Paris - 1996 - page 210 " Le néant ne saurait rien produire "

    ( 2 ) .-. Cf. Raymond Ruyer - in " La Gnose de Princeton " - Editeur Fayard - Pluriel - Livre de poche . Paris 1971

    ( 3 ) . - . Cf.J.Bottéro - in " L' Epopée de Gilgamesh " - Editeur Gallimard . Paris . 1992 - traduction des tablettes et présentation

    Cf. S.N.Kramer - in "L' Histoire commence à Sumer " - Editeur Arthaud . Paris . 1986

    Cf. Y . Blanc - in " Enquête sur la mort de Gilgamesh " - Editeur Editions du Félin . Paris . 1991

    ( 4 ) .-. Cf. J.W.GOETHE - in " Le Serpent Vert " - Editeur EOLE . Paris . 1992 - Ici sont présentés trois contes de Goethe , symboliques de la vie :enfance, jeunesse , âge mûr .. L' ensemble montre la quête d'une humanité toujours plus humaine , par le déploiement de ses virtualités à saisir le merveilleux qui donne sens à la vie

    ( 5 ) .-.Si un heureux concours de circonstances conduisait un des lecteurs de ce site informatique dans la ville de Pontarlier sur le Doubs, l' auteur lui conseillerait vivement de visiter l'église St-Bénigne, au coeur de la cité. Ce monument, aux origines anciennes, fut très abimé, comme la ville elle-même , notamment en 1639 par les "Suédois" durant la guerre de Trente ans, incendié en 1680 puis surtout en 1736. Chaque fois, l'église fut restaurée avec des réussites diverses, jusqu'en 1970. A cette date, le curé de la paroisse, ami de plusieurs peintres , lança un programme de travaux importants , et convainquit Alfred Manessier de réaliser, en 1974/1975, une magnifique série de nouveaux vitraux. Cette campagne aboutit très heureusement , et le monument apparaît maintenant comme un ensemble réussi, très attachant . Le visiteur voudra bien remonter le bas-côté droit de la nef, au-delà de la chapelle dite
    du St-Sacrement, jusqu' à la chapelle dite de St-Isidore , à la hauteur du choeur . Sur l'autel de cette chapelle, se trouve une statue d'Isidore "patron des laboureurs", dominant une charrue tirée par deux boeufs. Isidore est mort à Séville en 636 ; il est l'auteur de célèbres " Etymologies " ; il est surtout le dernier des "Pères de l'Eglise" , dont il clôt officiellement la liste; ce qui est très significatif des origines de cette Eglise romaine. En effet,Isidore veut dire : "le Don d'Isis" ;Isis est la grande déesse égyptienne, la déesse aux mille noms, célébrée par Apulée dans ses "Métamorphoses"; elle est la Mére de tous les dieux épouse et mére d' Osiris- le- Vert, dieu du Nil fécond, qui chaque année début Janvier changeait l'eau en vin anticipant singulièrement les "noces de Cana" du Jésus chrétien.
    L' on est pour le moins troublé par ces rapprochements qui s'imposent à notre imagination d'une sorte de filiation entre les plus vieux mythes "païens" et le christianisme romain ; d'autant que la statue d' Isidore est ici surmontée d' une magnifique toile, baptisée "La Vierge de la lactation", qui provoqua l'admiration de David d'Angers partant en exil après le 2 Décembre 1851.
    Cette composition présente, dans un ciel peuplé d'angelots, une jeune mère portant son enfançon sur le bras droit, et pressant de sa main gauche son sein gauche, d'où jaillit le lait nourricier qui tombe pour féconder la terre, et dont quelques gouttes arrivent dans la bouche d'un homme qu'une très vieille légende cistercienne assimile à Bernard de Clairvaux compte tenu de sa grande dévotion à l'égard de la Vierge Marie. Assurément, dans ce tableau, les fidèles chrétiens verront une représentation de la Mère de Jésus et de ce dernier, mais Isis, désignée par Isidore, nous rappelle que Jésus est né d' une hiérogamie , d'une union avec dieu, comme tout pharaon, ainsi que le décrit un célèbre bas-relief du temple d' Edfou .Au surplus, le nom de Marie n' est indiqué nulle part.
    L' on est conduit logiquement à penser que l'architecte de la restauration de l'église, en organisant cette chapelle de cette manière, a inconsciemment donné à la Dame du tableau le nom de la déesse égyptienne, patronne d' Isidore statufié en protecteur des laboureurs .
    En outre, la stricte doctrine romaine, telle qu' elle fut précisée par le 4ème Concile de Latran en 1215 , spécifie que la Trinité chrétienne agit tout-entière par le fait d'un seul de ses membres; en l'occurence , l'Enfant sur le bras de sa mère n' est autre que son propre Père, puisqu' Il est l' Amant divin de celle-ci .
    Le tableau dit de " la Vierge de la lactation" n' est qu'une résurgence moderne du thème égyptien de l'inceste isiaque.Le culte chrétien n'aurait-il que des origines égyptiennes ? Il épuise en fait tous les principaux mythes de l'Antiquité indo-méditerranénne.

    Si, sa curiosité éveillée, le visiteur veut se faire une plus large opinion en mettant notre avis en doute,
    il se rendra à une vingtaine de kilomètres en aval de Pontarlier, dans la splendide église abbatiale de Montbenoit. Après la visite du cloître et l'examen des stalles du choeur, il verra une chapelle spacieuse , dotée de statues spectaculaires personnifiant les Rois - Mages, ces derniers se pressant pour adorer leur dieu dans sa nouvelle manifestation, sa naissance dans une nouvelle grotte dont il sortit avec l'aide de bergers. Ces Mages étant sans conteste possible des prêtres de Mithra, il apparaît que les deux évangiles dits de Matthieu et de Luc ont transformé les chrétiens en ultimes fidèles du dieu Soleil d'origine indo-persique, après avoir été adopté par les soldats romains. Il y a encore peu d'années, la chapelle possédait un reliquaire éclairé de l'intérieur, où quelques os supposés avoir appartenu aux squelettes des Rois - Mages spécifiaient que les manifestations du culte chrétien étaient indissolublement attachées au triomphe des superstitutions.
    Il se pourrait , toutefois, que notre lecteur - touriste, doté d' un véritable esprit de contradiction, voulût , non pas descendre le cours du Doubs, mais le remonter dans la direction de St.- Point et de son lac .
    Il traversera d' abord le village d' Oye- et- Palet dont l'église possède une série de vitraux créés par A.Manessier, aussi attachants que ceux de St-Bénigne; puis , il arrivera aux Grangettes , agglomération dont il remarquera immédiatement l' église, isolée sur la pente de la montagne, au-dessus du lac.
    Il y pénétrera par un clocher-porche, habituel dans la région, où il trouvera, disposée sur une table , une documentation sur le monument et son mobilier , très intéressante. Cette église n' est pas dotée de vitraux de A.Manessier, mais de verrières assez simples, éclairant particulièrement le transept;
    celle de gauche retiendra son attention. Elle représente le ( bon ) pasteur conduisant avec fermeté son troupeau figuré par deux ou trois moutons. Le pasteur est traditionnellement le Chef ou Roi dirigeant ses sujets, son troupeau, qu' il rappelle à l'obéissance, si besoin, par le maniement de son bâton de commandement. Celui-ci est tout à fait remarquable, non seulement par ce qu'il dépasse nettement la tête de son propriétaire, mais par une sorte de ruban largement déployé, enroulé en son milieu en haut du bâton, dont la partie antérieure, dans le sens de la marche du Roi, se dresse comme le serpent du caducée égyptien, déjà reconnu à St-Bénigne de Pontarlier et à Montbenoit. Ainsi donc, la scène toute entière est située sous le signe du serpent; tous les sujets, y compris le Roi, en sont marqués;
    leur évolution, leur marche va se dérouler en mues successives, comme celles du Serpent - Esculape, dont l' universalité est ici précisement indiquée.
    Bref,l'on en vient à reprendre les leçons de Mircea Eliade, cet historien des religions peu apprécié de ses collègues universitaires français, habitués à l'émiettement en morceaux, les plus petits possibles, d' un problème à traiter, de manière à attirer sur eux la considération flatteuse des moins cultivés, et protéger leur gagne-pain. Mircea Eliade prétendait qu'il n'y avait pas de rupture, mais une continuité certaine, entre les religions dites païennes et le christianisme romain .
    Force nous est de constater qu'il avait raison. L' histoire du christianisme romain , illustrée par l'architecture de ses monuments, leur statuaire, leur iconographie trop abondante n'est qu' un aménageemnt nouveau des matériaux mythiques les plus anciens, même s'il demeutre le culte unique de l' Empereur unique, culte construit par Constantin pour assurer l'unité de son Empire .

     

    " Il en mourut beaucoup du peuple d' Israël."

    Yahvé dit à Moïse :

    " Fais un serpent et mets-le sur une hampe ; quiconque le regardera , restera en vie "

    ( Livre des Nombres - XXI , 4 / 10 ).

    Le serpent de bronze

    (6).-Cf.G.Dumézil - in "Les Dieux des Indo-Européens " - Editeur Presses Universitaires de France - Paris - 1952 .Lire également : " DUMEZIL , Mythes et Dieux des Indo-Européens " - Editeur Flammarion - Paris ; Série " Champs - l' Essentiel " - 1992.
    Partout ou presque , chez les héritiers de la civilisation indo-européenne , des mots se sont formés par évolution régulière à partir du prototype " dyew" pluriel "deiwos" pour désigner des êtres "divins", personnels, surhumains, conçus à l' image de l' homme .
    Ainsi , chez les Romains , l' on trouve " deus " , " divus ", et " dies " ( le jour ) les dieux étaient " lumière " ou " lumière de lumière " .
    Comme nous savons actuellement, à la suite des travaux de Maurice de Broglie, que la lumière est une matière ondulatoire et corpusculaire, le terme de "dieu" apparaît totalement inadapté pour désigner la SurRéalité - Conscience, qui ne saurait être assimilée à un phénomène naturel. La religion"naturelle" est une religion sans dieu.

     

    ( suite - 2ème partie )

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