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LES PEURS DES HOMMES
et

LES CONSOLATIONS RELIGIEUSES

 

 

 



LES PEURS DES HOMMES ET LES CONSOLATIONS RELIGIEUSES

Comment les religions institutionnelles ont mystifié leurs fidèles ?

  Dans l' évolution de l' humanité, l' invention du feu vers 350.000 années avant notre ère constitua un événement fondamental; non seulement cette invention conduisit nos Anciens à abandonner définitivement le stade de la sauvagerie animale, non seulement elle leur donna, par la cuisson des aliments, les moyens de mieux se nourrir et d'obtenir une meilleure santé, mais elle leur ouvrit un champ nouveau, pratiquement illimité, d'expérimentations et
d'acquisitions technologiques; les primitifs de ces temps-là apprirent, par exemple, à durcir par le feu la pointe de leurs flèches de bois, et cessèrent progressivement de tailler des pointes en pierre; ils acquirent ainsi un allègement de leurs conditions de vie, une sorte de loisir leur permettant de réfléchir aux liens de causes à effets.
L' homme, créateur de lumière, put se concevoir à l' image d'un petit soleil .
Et la lumière fut !

Nos Ancêtres immédiats, Indo - Européens, imaginèrent leurs "deiwos", leurs dieux anthropomorphiques, comme les créateurs suprêmes de la lumière, dont la lueur avait une si grande importance. Dans le temps, les "deiwos"s'assimilèrent naturellement à cette lumière. Aussi bien, dans cette lignée, les chrétiens du 4ième siècle sous Constantin, très lointains descendants des Indo - Européens, donnèrent- ils à ce dieu "Soleil" un fils né " lumière de lumière " (1) .
C' est environ au bout de 250.000 années de ruminations cérébrales après l' invention du feu, que devint consciente l' intuition de la perpétuité de la Vie, à laquelle furent associées de lentes considérations sur la sexualité. La mort n' était plus un anéantissement mais une étape temporaire dans une transformation sans limite; la Vie ne pouvait avoir une fin, et l' homme restait vivant "ad infinitum", sous des formes inconcevables à son entendement limité par les seuils de ses organes sensoriels, dans l'état actuel de son évolution. Une application immédiate de cette pensée s'imposa à l'égard des Anciens, disparus, pour lesquels on éprouvait une affection naturelle. S'ils restaient vivants malgré les apparences de la mort, il fallait leur faciliter la mutation en leur bâtissant une demeure spécifique, le tombeau, et en leur fournissant périodiquement de la nourriture. Le culte des morts, la religion des Ancêtres naquirent environ 100.000 années avant notre ère comme une affirmation vigoureuse de cette intuition d' une Vie éternelle.
Toutefois, en ces temps éloignés, l'angoisse primait tout autre sentiment, tant il restait difficile de subsister. L'existence individuelle était très courte, de 25 à 30 ans en moyenne; sa durée journalière se déroulait sous l'emprise permanente du danger pouvant surgir à chaque instant sous la forme d' un phénomène naturel dévastateur, ou d'une attaque d'animaux sauvages, sans omettre l'hostilité d'autres hommes dont la violence était déchaînée par l' envie et la volonté de voler un peu de nourriture ou des instruments ou le feu (1bis).
Le repos nocturne dans une grotte nécessitait le relais d'équipes de veilleurs pour nourrir les brasiers et assurer la tranquillité des membres du groupe. Aussi bien, l'intuition première d' une éternité de Vie céda-t-elle son rang au fil des siècles devant l' horreur de la mort et l'apparence de l'anéantissement;
de croyance assurée , elle se mua en un simple espoir, qui venait compenser la désespérance des conditions quotidiennes d' existence, et donnait la force de les surmonter; la formulation de la nouvelle espérance confirma d'abord le bien-fondé des pratiques antérieures du culte des morts et des rituels
d'enterrement ; finalement, il apparut que la vie après la mort, comme la vie ici - bas, dépendait
des "puissances célestes" donnant sa fertilité à la terre et leur santé aux hommes,
ces "puissances de la Fécondité et du Salut" dont il fallait se concilier les faveurs par des supplications et des sacrifices, puisque tout, sur terre, dépendait de leurs humeurs.
Il s' institua donc, dans la suite des siècles, des prières, des gestes, des postures, des rituels, des sacrifices, diversifiés selon les lieux d'implantation des groupements humains, et destinés à obtenir
des "puissances célestes" pour les membres de la collectivité concernée une existence terrestre sans drame, puis, ensuite, une nouvelle vie heureuse dans le monde que ces "puissances" destinaient aux hommes, si telle était leur volonté .
Ces formules et rituels possédaient, certes, un caractère religieux, mais ne constituaient que des préfigurations des véritables religions, caractérisées par des doctrines solidifiant des récits mythologiques , des lieux consacrés à l'exercice du culte, et un personnel réservant son entière activité à ceux-ci.
Les religions ne firent leur apparition qu'à partir de 7.000 années avant notre ère, dans la dernière partie du néo-lithique; puis, elles se développèrent suivant les âges de la période historique et l'évolution des différents Etats : cités, royaumes, empires.

Dans cet espace de temps , répandu entre 100.000 années et 7.000 années avant notre ère , l' activité religieuse de nos Ancêtres présenta une spécificité modelée par l' existence des groupements diversifiés , entraînant des conséquences psycho - sociologiques précises .
Assurément , chaque individu éprouvait le sentiment de ce qui le différenciait , ne serait-ce que par sa morphologie , des autres membres de son groupe, famille , clan ou tribu , mais il ne vivait que par ce groupe et pour ce groupe .
Quoi que chacun voulût , une conscience collective très forte se manifestait , dont l' effet se concrétisait par une amplification des sentiments personnels et un abaissement de niveau , en ce sens qu' elle exprimait principalement , en l' amplifiant , le psychisme le moins développé .
En outre , chaque groupe , en fonction de son importance relative , demandait une hiérarchisation , une direction occupée facilement par le plus fort et le plus grand ; mais ces critères furent rapidement jugés insuffisants , tant il apparaissait clairement qu' à la chasse, par exemple, la ruse réussissait mieux que la puissance pure .
En même temps , la psychologie du groupe avait besoin de s' exprimer; il fallait pour ce faire un individu au charisme particulier , sachant reconnaître la nature des angoisses et des peurs éprouvées par les membres du groupe , et sachant proposer à ceux-ci les perspectives compensatrices d' apaisement sans lesquelles on n' aurait plus pu vivre .
Quel que fût le nom pris par ce personnage : guru , chaman , devin , mage , prêtre , et plus tard prophète ou apôtre ...etc .., son importance ne fit que grandir au fil des siècles , reconnue par ses auditeurs , jusqu' à camper finalement un intermédiaire obligé entre les hommes et les "puissances célestes " dont tout dépendait , pensait-on . Il fut vraisemblablement l' initiateur et peut-être l' artisan - réalisateur des gravures rupestres ornant de nombreuses cavernes , témoins poignants de la sensibilité humaine dans la préhistoire .

Les peurs collectives plus ou moins vives , perpétuées jusqu'à nos jours sinon même renforcées , enfermaient les psychologies sous de lourdes chapes, dont on ne pouvait s'évader que par l' espoir irrationnel de surmonter les dangers .
Dans le recours aux " puissances célestes " , l' action des chamanes ou autres mages intervenait comme une psycho-thérapie dont l' effet bienfaisant se prolongeait, selon la croyance commune , par la récitation, individuelle ou collective, de formules adaptées à une situation de crise déterminée, voire l' exécution de gestes destinés à l' effacer .
Les superstitions et leur cortège de grigris marquent une impuissance temporaire ( ? ) de notre conscience à comprendre certaines manifestations de notre univers vivant , impliquant le recours à des pratiques auxquelles les hommes , même encore en notre temps , attachent une vertu opératoire , bien que totalement imaginaire .
Combien de personnes , aujourd'hui , se disant chrétiennes , continuent , pour oublier la crainte provoquée par un orage impressionnant , à faire brûler une branche de buis béni le dimanche des Rameaux , en récitant une prière ? Les pratiques superstitieuses procèdent du même travail de projection intellectuelle que la création des " puissances célestes ".
Les unes et les autres ont formé un héritage recueilli , puis ensuite développé , par les systèmes religieux institués progressivement au cours de l' âge historique , fruits de civilisations mortelles .

Dans notre aire géographique dite l' Occident du Monde , l' apparition des religions institutionnalisées coïncida avec celle des sociétés déjà très structurées des Cités- Etats , qui dans leur évolution se fondirent en royaumes , puis en empires , et finalement en la seule entité de l' Empire romain , englobant tout de l'Ecosse à la Perse , suivant les cours du Rhin et du Danube en Europe occidentale , et comprenant l' Afrique du Nord , l' Egypte et l' Asie Mineure .
L' existence en une Cité , ou région,d' un pouvoir politico-militaire puissant semble une des conditions préalables à l' institutionnalisation d'une religion .Tous les systèmes religieux se caractérisent triplement par l' édification d' un ou plusieurs lieux de culte d' une ou plusieurs divinités , la présence d' un personnel sacerdotal pour exercer les rites instaurés , la présentation de doctrines plus ou moins complexes .

Ces doctrines , loin de présenter de nouvelles connaissances rationnelles de l' Univers , ont recuelli le passé de l' humanité en des récits mythologiques émouvants , dont un exemple bien connu décrit dans les Ecritures juives une création du Monde adaptée d' écritures mésopotamiennes datant de 18 siècles antérieurs , environ . Toutefois ,
l' anthropomorphisation détectée chez les " puissances célestes " préhistoriques est devenue une règle de pensée ;
ces " puissances "anonymes se sont transformées en des dieux individualisés et nommés , participant tous , littéralement , à la fabrication de la lumière , répétant ainsi dans le " ciel " l' acte par lequel un homme inventa le feu , dans la nuit des temps .

Pour une part importante , ces doctrines constituaient aussi un code législatif et comprenaient en particulier une " loi de la royauté "; cette loi reconnaissait l' origine divine du souverain , soit du fait de l' onction donnée par un représentant ou prophète d' un dieu spécifiant le caractère royal , soit du fait de la simple naissance du prince fruit d' une hiérogamie supposée . Non seulement cette origine " divine " du roi suscita plusieurs oeuvres littéraires profanes , mais une véritable théologie royale s' écrivit à la fin du 2ème siècle de notre ère par les traités rassemblés dans "l' Hermès trismégiste " (2) .

En définitive , une religion institutionnalisée fut un des éléments principaux constitutifs d' une identité nationnale , d'où des transformations successives dans un cadre politique dont l' élargissement obligeait à des syncrétismes fusionnels , et domiciliait à Rome , finalement , puisque " caput mundi " , les cultes des divinités éparses dans l' Empire . La religion s' est donc manifestée , dans notre Antiquité , comme un instrument du pouvoir, un moyen pour ce dernier d' exercer sa volonté de puissance en obtenant la soumission des peuples , aux ordres du prince .
Les royaumes ou empires, dans la majorité des cas , et particulièrement l' Empire romain , rassemblaient des peuples disparates , parfois d' anciens ennemis ; la préoccupation première d' un prince était d' assurer l' unité de ses possessions ; à cette fin , la religion servit de deux manières successives :

  • d'abord , par l' institution du culte d'une divinité unique ; par exemple , Hammourabi , au 18ème siècle avant notre ère , voulut cimenter l' empire assyrien par le culte exclusif du dieu babylonien Marduk ; c'est ce que l' on appelle faussement un monothéisme , alorsqu' il s' agit d' une monolatrie à buts politiques . Au 14ème siècle avant notre ère , en Egypte , le pharaon Aménophis IV tenta vainement d' imposer le culte exclusif d' Aton, le disque solaire (3) .. ; après la tentative de son arrière-grand-père Amenophis II , au 15ème siècle.
  • puis , par l' institution du culte du prince ; le culte impérial surgit comme une nécessité politique au temps d' Auguste , en concurrence avec les religions traditionnelles romaines ; jusqu' à ce que Constantin , ayant rétabli l' unité de l' Empire sous sa seule autorité , décréta en 325 la loi du dieu unique et de son fils unique , Constantin - Christos , dont le culte unique, dans tout l' Empire , effaça les traditions religieuses séculaires et créa la nouvelle religion du christianisme .
  • L' on ne saurait , non plus , négliger l' importance des codes législatifs imposés par les diverses doctrines religieuses .
    Certes , nous n' en connaissons pas le contenu d' origine , bien que ces doctrines aient été enregistrées par écrit et aient formé,même , les premières productions littéraires dans plusieurs pays .
    Nous ne lisons actuellement que des textes imprimés , au plus tôt au 15ème et 16ème siècle , à partir de manuscrits dans leur état final , après les gloses , traductions et corrections jugées nécessaires par les divers éditeurs, au cours des siècles .
    Par ailleurs , chaque langue évolue , et les Ecritures juives ont emprunté , au fil des siècles , nombre de termes et d' expressions aux langues grecque depuis les conquêtes d' Alexandre au 4ème siècle avant notre ère , et romaine depuis les démélés d' Antiochus le Grand avec Rome au 3ème et 2ème siècle (4) .

    Les Ecritures juives , précisément, ne nous sont connues que par la version massorétique de l' école de Tibériade de Aaron Ben Acher, datant de 930 de notre ère , acceptée par tous les Juifs comme la version faisant autorité , depuis le 13ème siècle , sur la recommandation de M.Maïmonide .
    Personne ne pense que ce texte classique reproduit à la lettre les livres de l' époque perse du 6ème siècle avant notre ère , ni même ceux rédigés postérieurement , la photocopieuse n' étant qu' une invention très récente . Toutefois , le scénario de Moïse recevant sur le Sinaï les commandements de la loi directement de son dieu , s' il nous apparait comme un simple procédé littéraire , tend à magnifier le travail du législateur réel et à confirmer l' origine " sacrée " de l' autorité royale juive .
    De surcroit , il accorde , désormais , à l' acte d' obéissance civile une valeur éthique , qui établit le " bien " et le " mal " dans l' absolu , et non plus dans le plaisir , ou la douleur , procuré par une action ; l' on franchit , par là , un degré dans la civilisation des rapports humains .

    A travers les textes en notre possession et l' évolution constatée des doctrines , nous pouvons nous pénétrer du message final qu' elles véhiculent . La seule considération du nombre de Conciles , qui , dans le temps , précisèrent et adaptèrent la doctrine chrétienne romaine , suffit à dessiner l' histoire de cette religion , c' est à dire suffit à la classer comme une institution humaine , et non divine , puisque , en tant que telle , sa perfecton d' origine aurait interdit toute transformation .
    Après les autres institutions disparues , la religion chrétienne a recueilli l' héritage du passé préhistorique des hommes , mais son institutionnalisation a contribué directement à une nouvelle formulation doctrinale .Nous établirons plus bas dans cette page , sous le titre " Constantin et le culte impérial " , les conditions dans lesquelles cet empereur , le nouvel Auguste d' un Empire à nouveau unifié , apparut aux chétiens , persécutés par Dioclétien , comme une nouvelle incarnation de leur Sauveur .

    Revendiquant fortement une origine divine , statufié de son vivant en dieu solaire , Constantin convertit ces chrétiens en zélateurs du culte de sa personne , l' oint unique - christos du dieu unique . Une seule ambition animait le personnage :
    l' exercice d' un pouvoir absolu dans un Empire unifié ; il se fit à cette fin grand manipulateur de ses sujets , aristocrates , hommes libres ou esclaves .
    C' est délibérément qu' il créa son Eglise , vouée au développement de son culte ,
    le christianisme . Il en fit une institution enrichie d' immeubles dans tout l' Empire , de biens fonciers étendus sur le Janicule à Rome , de donations princières de toute nature .

    Il savait , selon un adage universel , que les vertus se perdent dans l' intéret comme les fleuves dans la mer ; il savait que par la création de son Eglise , il la transformait en propriétaire , préoccupé désormais de la rentabilité de ses biens et de l' accroissement de ceux-ci , donc de l' extension du culte constantinien facteur de l' unification de l' Empire .
    L' empereur fut divinisé par le Sénat romain après sa mort ; il laissa une Eglise affamée de puissance , et qui profita de sa position de monopole pour recueillir , par la répétition de dons provenant de toutes les classes sociales , une fortune la situant, au bout de 4 siècles d' existence , au premier rang en Italie .
    Cette évolution tira profit assurément de l' action de certains évêques de Rome aux personnalités exceptionnelles, tels Léon I ( 440-461 ) et Grégoire le Grand ( 590 - 604 ) ; elle profita également de l' effondrement des structures impériales sous les coups des Barbares , qui l' établirent comme le seul recours contre les malheurs du temps .
    Finalement , à l' occasion des menées annexionnistes des Lombards , en 754 - 756 , l' évêque Etienne II réussit à élever son immense domaine italien en véritable Etat ,
    grâce à l' aide victorieuse fournie par Pépin le Bref .

    Ces événements eurent une répercussion indéniable sur la doctrine chrétienne . La puissance étatique de l' Eglise de Rome créa par étapes une structure doctrinale très ferme et très complexe basée sur l' appropriation non discutable d' une vie éternelle heureuse réservée à ses seuls " fidèles " .
    La vie après la vie n' est plus une donnée naturelle ; elle devient une éventualité à la disposition de l' Eglise romaine , qui , dans sa toute-puissance , pour le bien de son Institution ,
    gère l' existence et la post-existence de ses membres , dont elle rêve d' augmenter sans cesse le nombre pour étendre plus loin son influence .
    Sa pensée doctrinale se caractérise par une rigidité " divine " , qui n' admet aucune relativité , et règle le sort du Monde et des individus par une dichotomie universelle : le bien et le mal , le ciel et l' enfer, les anges et les démons ,la chair et l' esprit ; la chair source du mal , contrebattue par une chasteté qui introduit une guerre continuelle en l' homme entre des instincts naturels de fusion amoureuse et la perspective du refus de transmettre la vie .

    L' impérialisme de la doctrine chrétienne aboutit à donner à l' homme non pas l' apaisement et l' harmonie recherchés pour cette vie , mais le simple espoir de les trouver ailleurs , après la mort . Elle est fondamentalement négative , en prétendant proposer comme seule source de vérité l' adoration d'un dieu anthropomorphe sur une croix , nouvelle image de celui créé par l' homme à l' âge préhistorique .

    En s' attribuant le monopole du jugement moral , elle persiste à plonger les humains dans un univers de superstitions , où la pratique magique des sacrements , du chapelet , et le culte des reliques contribuent à renouveler les peurs de vivre , au lieu de les effacer, et renvoient à une autre existence la solution des difficultés , sous réserve d' une stricte obéissance à la loi
    de l' Eglise , déclarée " divine " .
    L ' Eglise ne peut exercer sa mainmise que sur des personnes infantilisées pour toujours , dans l' espoir de recevoir au ciel la récompense de leur " fidélité " sur terre .
    La supercherie , dénoncée dès le 17ème siècle , éclate au grand jour (5) ,mais bénéficie encore des dispositions psychologiques d' individus quêteurs de servitude , car ne sachant pas se conduire de façon autonome ; ils aiment à être mystifiés , trouvant dans l' irresponsabilité de leurs actes un sentiment d' épanouissement .
    La supercherie se manifeste , aussi , par le fait que l' activité religieuse chrétienne , à travers la récitation de prières et des cérémonies d' apparat , se réduit à l' établissement d' une sorte d' assurance-vie pour l' au - delà , dont le monnayement a enrichi considérablement l' institution ecclésiale , qui ne s'est jamais engagée qu'à quelques gestes de bénédiction sur un cercueil et à des psalmodies funèbres .

    Rien n'est plus caractèristique du réel mépris dans lequel l' Eglise catholique romaine tient ses ouailles que son attitude à l' égard de l' esclavage. Dans l' Antiquité,l' esclavagisme tendait à pallier le manque de moyens techniques de production (6) , inconcevables à l' époque , par le travail forcé du plus grand nombre possible d' individus , réduits à l' état de simples meubles , sans droits , marchandise achetée sur un marché , ou prise de guerre. Les révoltes d' esclaves dans l' Empire romain n' eurent jamais pour objet l' abolition de l' esclavage , mais la recherche de la liberté, par la force , pour un certain nombre de personnes qui ne supportaient plus leur condition d'outils de production .La situation des femmes était particulièrement dramatique , puisque , fréquemment , elles étaient utilisées comme matrices à fabriquer de nouveaux esclaves par des propriétaires décidés à tirer le plus gros profit possible de leurs investissements financiers .

    Cet état de fait fut parfaitement toléré par l' Eglise chrétienne , qui utilisa , comme tout propriétaire , des bataillons d' esclaves d' autant plus fournis que ses terres agricoles étaient plus étendues . Cette situation se prolongea au long du Moyen - Âge , malgré un changement de vocabulaire destiné à cacher la véritable nature du " servage ". Au 17ème siècle en France , la promulgation du "Code Noir " par Colbert en 1685 confirma la situation de simple marchandise des esclaves dans les colonies ; cette décision ne provoqua aucune réaction ni des autorités ecclésiastiques ni des grands prédicateurs de l' époque , qui brodaient à l' infini sur l' amour du prochain et les bienfaits de la Providence.
    L' Eglise avait arrêté , dès le Concile de Chalcédoine en 451 , une position surprenante qui lui permettait d' obtenir de ses esclaves un meilleur rendement . Elle décréta que son dieu s'était incarné sous la forme d' un esclave , ce qui n' est manifesté par aucun des évangiles , dans lesquels l' homme - dieu Jésus est toujours considéré comme un thérapeute , un faiseur de miracles libre de ses mouvements , ne dépendant de qui que ce soit .

    Ainsi , l' Eglise démontrait à ses milliers d' esclaves qu' ils partageaient la situation particulière de Jésus lui- même ; l' état de servitude se muait en une véritable divinisation , pourvu que l' esclave acceptât d' obéir totalement à ses maîtres , et donc à l' Eglise .Le mépris réel affiché pour ces malheureux , dont l' ordre public dépendait étroitement , se voilait derrière les phrases alambiquées d' une assimilation avec le Sauveur , tartuferie habituellement déployée par les prêcheurs de l' amour du voisin .

      L' abolition de l' esclavage fut décrétée en France par les Républicains de 1848 , alors que l' évêque de Rome , Pie IX , se préoccupait de rappeler par le " Syllabus " les principes " divins " qui fondaient l' autorité de son Institution , et se préparait à une prochaine promulgation de son infaillibilité .

    Après le passage de Marcion à Rome , et son expulsion pour cause "d' hérésie " en 144 , la communauté chrétienne de la Capitale de l' Empire s' appropria définitivement le texte alexandrin de la Septante , qui fut diffusé dans les divers groupements urbains , après traductions multiples par différents esclaves lettrés , traductions qui constituèrent les " veteres latinae " . Progressivement , se fixa la pensée " politico-religieuse " eschatologique du Vengeur , dont la venue ultime devait apporter aux esclaves chrétiens l' immense satisfaction de voir leurs patrons voués à l' éternité d' un châtiment .

    Cette action finale devait d' abord suivre un jugement général séparant les élus , c' est à dire les esclaves admis au Ciel , des condamnés , c' est à dire les propriétaires , accompagnés de tous les profiteurs de ce régime d' exploitation humaine , conduits en Enfer ; puis déclencher la destruction du Monde .
    Un esclave romain 

    Mais , comme nous l' établirons dans la page consacrée à " L' Invention du christianisme ", cette pensée eschatologique n' est pas fondée sur une tradition juive , malgré les apparences ; l' eschatologie n' est pas une spécifité du peuple hébreu , et de sa littérature ; elle est l' expression de tout groupement humain opprimé , trouvant, dans la formulation diversifiée et littéraire d' un espoir de revanche , la vigueur nécessaire à sa survie .

    Nous sommes donc confrontés à une contradiction dans la doctrine du christianisme romain . Le Concile de Chalcédoine , de 451 ,en divinisant sur terre l' état de l' esclavage dans lequel se serait incarné son dieu , rend inutile une apparition ultime de celui-ci et un jugement dernier . En effet , les esclaves savent désormais , par la voix autorisée et immarcescible de l' Eglise " sainte " , qu' ils sont " divins " dès cette terre , dans la mesure où ils acceptent leur état et agissent en bons sujets ,
    c' est à dire dans la mesure où ils obéissent pleinement à leurs maîtres . Ceux-ci savent , à leur tour , qu' ils sont condamnés définitivement,sauf à devenir des esclaves , c' est à dire sauf à obéir totalement à la loi de l' Eglise créée par dieu lui - même . Le jugement dernier est rendu ici - bas , à chaque instant ; une venue ultime du Vengeur n' ajouterait rien à une décision déjà prise par Lui et exprimée par son Eglise . Le christianisme romain est définitivement la religion du Pouvoir , manifesté dans sa plus haute expression par l' Eglise elle - même .

    Références Bibliographiques

    (1) .-. Cf sous la direction de G.Alberigo " Les Conciles oecuméniques " - Editeur Le Cerf -Paris ; 1994 . Tome 2 * Les Décrets , page 35" Concile de Nicée I en 325 - Exposition de la Foi des 318 Pères " . Le christianisme romain apparait ici comme le successeur naturel des religions baptisées " païennes " , mais qui restent vivantes à travers lui , dans des rituels nouveaux

    (1bis) . - . Cf.J.H. Rosny Ainé - in " La Guerre du Feu " et autres romans préhistoriques - Editeur R. Laffont - Paris ; 2002 .

    (2) .-. Cf. La Révélation d' Hermès Trismégiste - traductiin de A.J. Festugière - Editeur Les Belles Lettres - Paris ; 1989 . L' ensemble comprend 4 livres présentés en 3 tomes ; C' est dans le livre 1 que l'on trouve - page 324/325 - l' instruction d' un Sage à un Roi , qui précise :<< Le Roi est ainsi le dernier des dieux , il est en retour le premier des hommes .>>

    (3) .-.Le procédé fut largement utilisé pour créer ou développer un sentiment d' identité nationale . Ce n' est donc pas une spécificité de la religion juive . Hammourabi imposa le culte unique de Marduk 12 siècles environ avant l' annexion du " royaume " de Juda par Babylone , en 596 avant notre ère . Ce " royaume " comprenait alors 75.000 habitants , dont 15.000 dans Jérusalem . Il ne s' agit en aucun cas d' un monothéisme , puisque , au- delà des frontières du pays considéré , il existait d' autres Etats , exerçant le culte d' autres divinités nationales . Il n' y avait dans cette pratique qu' un acte de monolatrie , sauf à vouloir ignorer totalement le reste du monde , et se considérercomme le seul peuple sur terre , ce que font en définitive les juifs frappés de la psychose collective de " peuple élu "

    (4) . -. Cf.-M.Vernes - in " Les emprunts de la Bible hébraïque au grec et au latin " - Editeur : Ernest Leroux - Paris 1914 .- 19ème volume de la Bibliothèque de l' Ecole des Hautes Etudes .-

    (5) .-. Cf. J.Proust - in " La Supercherie dévoilée " - Editeur Chandeigne - Paris - 1998 .L' auteur présente sa traduction et ses commentaires du texte rédigé en 1636 par le jésuite portugais Cristovao Ferreira , supérieur de la Mission jésuite au Japon . Il apostasia et s' installa à Nagasaki jusqu' à sa mort en 1650 .On retiendra cette phrase , page 137 , tirée d' un ouvrage d' Uriel da Costa que :<<les religieux , rabbins , pasteurs ou prêtres enseignent sciemment des choses fausses ou douteuses pour assurer leur pouvoir sur les faibles>>

    (6) .-. Il convient toutefois de rappeler que les Anciens avaient une connaissance étendue des moyens d' utiliser l' eau , notamment par l' irrigation très développée en Mésopotamie . Ils savaient aussi faire de la musique par des orgues hydrauliques , et compter le temps avec des horloges à eau dites clepsydres . Au cours de sa campagne en Italie , dans les années 540 de notre ère , Bélisaire , le général commandant les armées de Constantinople , découvrit sur le Tibre à Rome des moulins à eau servant à des foulonniers .

     

    ( suite - 3ème partie )