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Les principaux cultes

dans

L'Empire romain

 

 
 

 

LES PRINCIPAUX CULTES DANS L'EMPIRE ROMAIN

  Au moment de l' institution de l' Empire , Rome existait depuis environ huit siècles , 726 années selon les calculs de Varron .D' après les auteurs anciens , la Ville aurait été créée suivant un rituel étrusque , au milieu du Monde , figuré par un fossé circulaire divisé en quatre parties .

Les Romains ont toujours estimé que l' Urbs était l' ombilic de la terre ; ils ont fondé sur cette idée le sentiment de la supériorité de leur peuple .
Toutefois , Rome n'était pas née dans un désert, mais dans une région du Centre de l'Italie : le Latium , placé entre les Appennins et la mer Thyrrénienne , occupé depuis des siècles par des peuplades diverses , dont plusieurs d'origine indo-européenne .
La Louve de la Fédération Latine et les deux Jumeaux

L' appellation de la ville pourrait provenir du nom du Tibre , sur le cours duquel elle présentait un site favorisé.Sur la route du sel empruntée fréquemment par les Latins du Centre , en dessous de collines aisément fortifiables , il y avait un gué , à proximité de l'ile Tibérine , permettant de franchir le fleuve de la rive gauche à la droite , et ainsi de parvenir aux salines des bords de mer .
Sur les collines , aux 10ème et 9ème siècles , vivaient des agriculteurs , des Montani , habitant des cabanes en bois et torchis , regroupées en villages et hameaux , participant annuellement aux fêtes organisées dans un but religieux et politique pour renforcer l'unité de tous ceux qui portaient le nomen latinum , soit environ trente peuplades dans tout le Latium . Le site de la future Ville se signalait aussi par la richesse de ses forêts , dont on exportait les bois parfois très loin .

Puis vint le jour où les habitants d'un village , parmi les Montani , s' imposèrent par la force à leurs voisins et créèrent , ayant pour centre la colline du Palatin , une Cité , dont tous devinrent les citoyens , la Rome légendaire des jumeaux Romulus et Rémus, gouvernée par des rois jusqu'en 509 date à laquelle s'établit la République , avant l'institution de l'Empire par Auguste en l'an 27 avant notre ère( 1 ).

a ) - La Religion privée.

Le champ d'application de la religion , chez les Romains , parait d' autant plus vaste qu' on ne conait pas l'étymologie précise du mot latin : religio .
A l'intérieur de cet espace , la religion domestique ou familiale tient une place aussi importante que les cultes publics . Les Romains étaient un peuple de cultivateurs - soldats , pour lesquels les phénomènes de fécondité de la tere agraire représentaient , du fait de leur primordialité , l' action de divinités qu'il fallait fréquemment invoquer pour obtenir de bonnes récoltes et du bon vin . La religion privée , réalité fondamentale , était organisée pour honorer les Lares, les Pénates , le Génius( 2) .

Les Lares

Le Laraire de la Maison des Vettii à Pompei.

Les Lares portent la robe retroussée décrite par Ovide ; ce sont deux jeunes hommes , la tête couronnée de fleurs , qui versent le contenu d'un rhyton dans une patère à libations ; ils entoutent Vesta , la déesse du Foyer .
Le serpent représente le Génius du chef de famille ; c'est l'expresion de la force vitale de celle-ci .

Les Lares , dont le nom dérive vraisemblablement de l' étrusque " lar " signifiant puissance ou majesté , et de "largus" évoquant l'idée d'abondance et de largesse , figuraient les forces protectrices de la famille . Les " lares familiares " étaient honorés comme les esprits divinisés des ancêtres défunts , bons et bienveillants ; c'était la forme romanisée du culte universel des Ancêtres . Une certaine confusion intervenait entre ces lares et les " di manes " individualisés, identifiés aux morts de la famille , enterrés d'abord dans le sol des cabanes primitives , puis dans des tombes collectives le long des chemins , finalement incinérés sous l'Empire et personnalisés par leurs épitaphes .

La maison romaine était considérée comme un temple , dont le pater familias , assisté de son épouse , était le prêtre . Le feu personnalisait , en quelque sorte , les " lares familiares " . Le foyer se situait jadis à l'entrée de la maison , mais conserva sa fonction d'autel ; il convenait de rendre des hommages quotidiens à ces divinités en leur offrant sur cet autel de l'encens , du vin , de la viande , ou des fleurs ...etc.; sinon , elles risquaient de menacer .
Chaque maison disposait d'un laraire , ou lararium , sorte de sanctuaire situé dans l'atrium .
Ce sanctuaire affectait parfois des formes très luxueuses , orné de fresques et de mosaïques ; il pouvait se réduire , dans les demeures plébéiennes , à un simple creux dans un mur , ou une sorte d'armoire fixée contre un mur, contenant de simples masques de cire des ancêtres ; les patriciens ajoutaient des statuettes d'argent , de marbre , ou d'or . Parmi les effigies des dieux domestiques , le paysan italien plaçait déjà,au début de l' Empire , l'image du Prince , selon Horace .

Les déités tutélaires présidaient à tous les temps forts de l'existence , principalement à la naissance , sur laquelle veillaient de très nombreuses fées . Venait ensuite , vers 17 ans , le passage à l' âge adulte qui se signalait chez les garçons par l'abandon de la toge prétexte pour la toge virile , complaisamment accompagné par une révérence aux lares familiaux . Puis arrivait le temps du mariage , marqué par le cortège conduisant l'épouse à la maison du mari , qui la prenait dans ses bras pour franchir le seuil " sacré " , image du dieu Limentinus .

Mais le dernier temps fort de la vie familiale était la mort ; c'était l'heure des Mânes , présents dans la maison par les représentations des Anciens et la puissance des Lares . On prenait soin de mouler le visage du défunt dans un masque de cire , rangé en suite parmi les dieux domestiques . Sous l' Empire , on incinérait les morts en dehors de la ville , sur un bûcher dans lequel l'assistance jetait des aliments , vêtements , bijoux , parfums ...etc . On recueillait les os calcinés dans une urne de marbre ; les tombaux étaient considérés comme des temples .

De la naissance à la mort , une déité faisait le lien , la discrète " Genita Mana " , confondue avec la mère des Lares .L'idée fondamentale restait que les Mânes présidaient au développement de la famille ; dans chaque maison , les morts entouraient les vivants .

Outre les gestes quotidiens et spontanés de vénération des dieux domestiques , un véritable rituel s'était instauré, dont les pratiques se rattachaient à la sorcellerie . A l'origine , les hommages aux Lares de la famille étaient établis selon un calendrier mensuel , aux calendes ( nouvelle lune ) , aux nones ( 1er quartier ) , aux ides ( pleine lune ) , jours auxquels la matronne suspendait autour du foyer - autel une guirlande de fleurs et accompagnait ses prières d'une offrande choisie selon la saison , par exemple les premiers fruits du mois , des gâteaux , un rayon de miel ...
On célébrait aussi l' anniversaire de la mort des défunts : on offrait du vin et du lait censés nourrir les disparus , des fleurs pour les associer au renouveau vernal de la Nature,de l'huile , du miel .... La chasse aux mauvais esprits , les Lémures , les morts malfaisants , - alorsque le Lare familial est une sorte de Lémure bienveillant chargé du soin de la descendance du chef de famille - , occupe le pater familias pendant plusieurs jours ; ce sont les Lemuria , durant les nuits des 9/11/13 Mai , aux heures choisies par les âmes vagabondes .

Le chef de famille" rachète " lui-même et sa famille par un don de fèves noires , que l'on croyaient chargées de vie ; les donner aux Lémures épargnait les vivants qu' ils menaçaient . A l' occasion de la neuvaine des Parentales , du 13 au 21 Février , on répandait de la nourriture pour les Mânes qui erraient librement et pacifiquement hors des tombeaux . Le 21 ( Les Feralia ) , entrait en scène " La Muette " , identifiée à Mania , la mère des Lares , qui intervenait toujours pour protéger la maison . La crainte des morts était un élément fondamental de la religion privée romaine .
Le 22 Février se tenaient les" Caristia" ; on célébrait la réconciliation dans les familles , autour d'un repas pour honorer ensemble les Lares de la famille et les ancêtres ; le pater familias répandait du vin sur l'autel , et souhaitait une bonne santé aux Lares et à l' Empereur .

Finalement , la présence des Lares était si obsédante qu'ils sortirent des maisons , avec les chefs de familles , dans leurs déplacements , et se fixérent aux carrefours ; ainsi naquirent les " Lares compitalia " . Un carrefour était l'endroit où les limites de trois ou quatre fermes se rejoignaient ; on y érigeait un petit sanctuaire ouvert dans toutes les directions pour que le Lare de chaque ferme pût circuler librement . La fête des Compitalia marquait la fin de l' année agricole ; les fermiers accrochaient une charrue dans le sanctuaire . Mais il y avait aussi les " Lares praestites " , gardiens de l'Etat , dont le temple se trouvait au départ de la Via Sacra .

A vrai dire , dans le paysage rural romain , les dieux habitaient partout , forêts , étangs , cours d'eaux ... Tout travail de la terre requerrait un appel aux dieux : in primis venerare deos ; si bien que l' exécution des grands travaux était toujours subordonnée à un acquiescement divin .
La religion privée des Romains manifestait leur souci majeur de survivre , compte tenu des pouvoirs cachés et inquiétants des dieux . Il fallait donc maintenir des relations correctes avec eux et avec les autres membres de sa famille ; la religion privée des Romains est à l'origine du sens du devoir envers celle-la , les dieux , l'Etat ; elle a nourri la solidarité nationale , et devint le berceau du patriotisme .

Les Pénates

  A l'époque classique , les Lares se dédoublèrent en dieux Pénates , " di Penates " , dont la fonction consistait à protéger particulièrement les provisions annuelles d'alimentation de la maison .

Pour Aulu Gelle , " Penus " , c'est tout à la fois : " le vin , l'huile , les lentilles , les fèves , et autres choses de cette sorte " ; pour d'autres , c'est non seulement ce qui se mange et se boit , mais aussi l'encens , les bougies , les provisioins pour les bêtes , le bois à brûler et le charbon.
" Penitus " représente l'intérieur du logis , jusque dans sa partie la plus retirée .

Les Pénates étaient honorés dans les mêmes conditions que les Lares , mais plus spécialement par les membres de la famille revenant d'un voyage ; ceux-ci les saluaient comme des êtres vivants faisant partie de la maison , et suspendaient leurs bâtons à côté de leurs effigies .
Les soldats , au moment de rejoindre l'armée , leur promettaient d'immoler une truie s'ils revenaient sains et saufs ; à leur retour , ils y joignaient leurs parts de butin.

Plus tard , on a regroupé sous le terme de Pénates l'ensemble des dieux domestiques , notammant les " di patrii ", ceux auxquels la famille vouait la ferveur la plus vive .
La représentation des Pénates est pratiquement identique à celle des Lares

Finalement , les Pénates connurent le même sort que les Lares , et devinrent des dieux publics , les protecteurs de l'Etat romain . Selon Virgile , Enée les aurait apportés de Troie en Italie ; Troie et Rome avaient leurs Pénates , - et de même Carthage ! . La 4ème Géorgique virgilienne attribue aussi des pénates , un séjour fixe , aux abeilles " les plus humaines des créatures animales " . Sous l'influence hellénistique , les Pénates publics furent assimilés aux Dioscures ,
puis aux Cabires de Samothrace .

Le Genius

Genius signifie littéralement " géniteur " . Genius était le génie tutélaire d'un homme , qui lui permettait d'avoir des enfants , et dont le domaine était le lit conjugal " lectus genialis". Genius était une sorte d'"ange gardien " qui habitait le pater familias jusqu'à sa mort .
Ce genius était fêté le jour anniversaire de la naissance du chef de famille par des sacrifices et des banquets .L'autel demeurait le foyer domestique , puisqu'en tant que génie du pater familias il devenait le génie de la maison.

L'effigie du Genius était revêtue d'un manteau blanc ; des guirlandes étaient disposées autour de sa tête ; ses tempes étaient parfumées; on lui donnait à manger des gâteaux ; on l'arrosait de vin pur . L'officiant , celui dont on célébrait l'anniversaire , se couvrait lui aussi d'un manteau blanc , et avançait vers le Genius entouré des siens pour invoquer le dieu suivant des formules consacrées , auxquelles il ajoutait des voeux personnels . Après avoir brûlé de l'encens , il répandait du vin pur qui crépitait sur le feu " sacré " .

On célébrait de la même manière l'anniversaire de la naissance de chaque membre mâle de la maison , mais aussi celui des femmes , pour lesquelles Genius devenait " natalis Juno " , que l'on honorait par une triple offrande de gâteaux faits d'une bouillie d'épeautre salé , et une triple offrande de vin pur. Les enfants éventuellement concernés recevaient, à cette occasion , des cadeaux symboliques .

C'est , pense-t-on , sous l'influence grecque du " dieu bon " ( agathos daimôn ) que l'on représenta Genius en serpent à crête et barbe , le serpent de la maison identifié au Lare familiaris; la Juno des femmes était figurée par un serpent femelle . Les mentalités évoluant , on passa du Génie de la maison au génie d' un emplacement ou d'une corporation , jusqu'à parler du Génie du peuple romain ou du Génie de Rome . A la période post-classique , le mot prit parfois le sens de talent ou d'inspiration en littérature .

  L'importance historique de la religion privée chez les Romains ne se mesure pas au nombre très élevé de divinités invoquées à la maison , mais à ses projections prolongements et transformations dans les liturgies collectives et les cultes publics .

Tel est l'exemple des Saturnales , qui marquaient la fin de l'année dans toutes les demeures , et la Cité .

Elles s'étendaient du 17 au 23 Décembre . Saturne était vénéré par tous comme le dieu de l "Age d'or " , durant lequel tous les hommes vivaient heureux " comme des Immortels " .

Cette semaine se passait dans la détente et les banquets ; les écoles et tribunaux étaient fermés , les esclaves en congé traités en hôtes .

On se faisait des cadeaux , on s'offrait habituellement des bougies de cire pour s'éclairer , au cas où le Soleil oublierait de revenir le 25 et plongerait la terre dans une éternelle obscurité .

On échangeait des figurines d' argile " en sacrifice expiatoire pour soi et les siens au dieu des morts" ; on ne pouvait oublier les Mânes !
Laraire de facture simple

Beaucoup de solennités publiques ont existé d'abord comme des fêtes familiales devenues collectives puisque célébrées le même jour dans toutes les demeures , d'où la force des traditions romaines .

Dans l'Urbs , la ville de Rome même , l'organisation des trente curies, souvenir des trente peuplades primitives du Latium, réunissait les familles attachées à un culte spécifique familial ; certains jours de fête , on mangeait ensemble à une table commune , autour d' un foyer commun figurant les laraires privés . Il s'agissait bien d'une projection des cultes domestiques dans la Cité , pour son salut .

Une autre forme d'évolution tenait à la transformation de la famille elle-même ; elle pouvait se développer , devenir une gens une tribu , et pratiquer le même culte dans les divers foyers qui la composaient . Le culte domestique devenait un culte gentilice , ayant ses fêtes et rites particuliers , par lesquels on honorait les divinités attachées à la gens .
La célèbre gens Julia à laquelle appartenait Auguste vénérait Vénus et Apollon . La disparition éventuelle d'une gens entrainait celle de ses cultes , sauf si leur célébration pouvait compter pour le peuple romain ; dans cette hypothèse , ils étaient repris par une association , ou confrérie , sodalitas .

L'exemple de la gens Aurelia est frappant : les Aurelii, originaires de la Sabine , honoraient spécialement le dieu Soleil , auquel ils donnèrent leur nom , de racine étrusque , ils sacrifiaient au Soleil pour eux et le peuple romain . La tribu se glorifia de donner à Rome l' Empereur Aurélien ; ce dernier bénéficia de l'aide victorieuse du Sol Invictus d'Emèse lors de la Campagne de 272/273 contre Zénobie , reine de Palmyre .

Il officialisa le culte du Soleil , le 25 Décembre 274 ; ce culte devait ête christianisé par Constantin , le 25 décembre 335 , et s'appeler désormais Noêl ; sans que les " fidèles " de la nouvelle religion se rappelassent la tradition lointaine et multiséculaire du culte du renouveau solaire .

C'est le 8 Novembre 392 qu'une loi prise par l'Empereur Théodose , chapitré antérieurement à Milan par Ambroise évêque de la ville alors capitale de l'Empire d' Occident , interdit les pratiques religieuses domestiques , l'adoration des Lares par le feu , du Genius par des libations de vin , des Pénates par le fumet des viandes rôties .

Il se produisit immanquablement une transformation perpétuelle et non une disparition de la religion privée traditionnelle : la multitude des divinités familiales romaines ressurgit sous les traits des " anges gardiens " et " saints patrons " chrétiens , outre le culte des morts " qui gouverne les vivants " Finalement , au plan de l'Histoire , rien ne s'éteint ; les dieux antiques survivent de nos jours( 3 ).


b) - Les cultes publics


Les cultes dits traditionels

La Déesse JUNON, femme de JUPITER, Reine du Ciel , imaginée par B.Cellini .

Donc , bien avant la construction de Rome , les habitants des collines , les Montani , vénéraient les dieux anciens de la Fédération latine , dont le totem était la louve; les principales déités reçurent les prières et les sacrifices des Romains jusqu'au 4ème siècle de notre ère , après Constantin :

  • Janus - dieu des commencements , " dieu des dieux " , le premier à recevoir une part de sacrifice , avant Jupiter ; il donna son nom au premier mois de l'année à partir de 153 ; le calendrier lunaire de 12 mois établi , disait-on , par Numa , le deuxième roi de Rome , comportait de gros écarts avec l'année solaire ; César effaça les différences en instituant le calendrier julien de 365 jours au 1er Janvier 45 .

  • Saturne - dieu de l'âge d'or , il était considéré comme un dieu venu de Grèce , et identifié à Cronos , père de Zeus .

  • Vulcain - dieu du Feu et du Métal , il était assimilé à Héphaïstos , dieu grec d'origine asiatique très vraisemblablement ; jeté du ciel par Héra sa mère , il boitait mais était d' une très grande dextérité manuelle .

  • Vesta - déesse du Foyer ; son culte , de familial devint public ; selon la légende , le premier temple de Vesta aurait été la demeure du roi Numa , la Regia , construite au pied du Palatin , au bord du Forum ; les filles de Numa auraient été les premières vestales .

  • Jupiter - dieu du ciel brillant , Jupiter est le dieu de la puissance céleste , responsable du climat , de la pluie et de la foudre; c'est le père-dieu , correspondant à Zeus . Il est honoré en tant que Jupiter lapis ( pierre ) , garant des serments et de la bonne foi , la fides ; en tant que Jupiter stator , celui qui donne la victoire .
    Jupiter fut le chef de la première trinité latine , comprenant :

    • Mars , dieu agraire qui devint le dieu des combats ; il donna son nom au mois du début de l'année agricole et du commencement des opérations militaires ;
    • Quirinus , dieu des Sabins sur le Quirinal , incorporé parmi les dieux de l'Etat romain . Cette première trinité fut remplacée à la fin du règne de Tarquin le Superbe par la trinité : Jupiter Junon Minerve ; un temple lui fut consacré en 509 au Capitole .
    • Junon, épouse de Jupiter , fait partie de la trinité en tant que Regina, reine du ciel , protectrice des matrones .
    • Minerve , déesse de l'artisannat , doit son nom à une racine italique men en rapport avec l'actrivité spirituelle , préfiguration possible de l'Esprit Saint dans la trinité chrétienne , un millénaire plus tard .

    Rome finit de conquérir le Latium en 338 , date à laquelle fut dissoute la Ligue latine de la Louve .
    A l'origine de l'Urbs , les Montani des collines , connus aussi sous le nom de Velienses , participaient régulièrement aux grandes fêtes annuelles du Mont Albain , le Monte Cavo , au sommet duquel on accédait par la via latina . Au cours de cérémonies grandioses , on y célébrait , au début du mois d' Avril , un culte en l'honneur de Jupiter latiaris , par le sacrifice d'une génisse blanche dont la chair était partagée entre les représentants des 30 peuplades de la Ligue . Ces fêtes furent incorporées dans les Feriae Latinae et maintenues jusqu'au 4ème siècle de notre ère .

    Outre cette réunion générale annuelle , les Montani-Velienses se retrouvaient entre eux pour une fête de la clôture des semailles , au début de chaque mois de Décembre ; elle se manifestait par une procession de purification du territoire , dite des Septimontium , maintenue chez les Romains en pleine période historique et définie par Varron " une fête , non point du peuple , mais des gens des monts " .

    On y procédait à un sacrifice dit Palatuar , indiquant déjà une forme de prédominance du Palatin .Il s'agissait d'un processus d' agrégation démographique , qui s'inscrivait dans une évolution d'ensemble observable à cette époque en Grèce , en relation avec les courants civilisateurs venus de ce pay et signalés par des vases grecs trouvés sur le site de Rome datés du 8ème siècle avant notre ère . Ces influences ont rencontré des populations déjà pourvues d'un patrimoine légendaire religieux d'une grande richesse , même s'il fallut attendre le milieu du 5ème siècle pour observer des contacts directs entre Rome et le monde grec avec l'introduction du culte d'Apollon .

    Par ses cultes publics , Rome a vécu sous le regard des dieux , et l'on ne peut dissocier la sphère du politique de celle du "sacré " . La prédominance du Palatin traduisit la sacralisation de l'hégémonie d' une communauté sur ses voisines . Des temples furent construits partout , sur le Forum et les sept collines canoniques : Palatin , Capitole , Quirinal , Viminal , Coelus, Aventin , Esquilin où l'on enterra les morts à partir de l' ère de la République .

    L'exercice du culte

     

      La religion publique chez les Romains tendait à satisfaire trois fonctions principales : d'abord , prier les dieux pour leur exposer les besoins du peuple ou d'une catégorie ; ensuite , sacrifier aux dieux pour obtenir leur bienveillance ; enfin , deviner la volonté des dieux .

    Elle s'exerçait à l'intérieur ou hors des temples , à l'occasion des 45 fêtes ritualisées annuellement par cycles : le cycle de la guerre , de Mars à Octobre ; le cycle des morts et des lustrations , en Février ; le cycle agricole , centré en Mai sur le thème de la croissance , puis d'Août en Décembre sur celui de l'abondance et de la conservation des produits de la terre .
    Les Vestales .

    Toutefois , certaines circonstances exceptionnelles , comme une épidémie de peste ou tout autre événement mettant en jeu l'existence même de la Ville , exigeait l'organisation de cérémonies publiques particulières auxquelles participaient le peuple et les Autorités , tel le lectisterne au cours duquel plusieurs dieux étaient invités à participer à un festin sacrificiel , pour lequel on leur préparait des lits, comme pour un banquet ordinaire .

    Les rites étaient exécutés rigoureusement soit par les prêtres , soit par le public sous la direction des prêtres , d'où l'importance de l'organisation des sacerdoces individuels ou collégiaux . La caractéristique essentielle de ces sacerdoces résidait en ce qu' ils ne formaient pas de castes de prêtres , à l'instar de l'Inde ou de l'Egypte ; la prêtrise constituait une sorte de magistrature religieuse , ce qui devait avoir des conséquences considérables , plus tard , dans l'institution du culte impérial.Les dieux romains avaient des attributions nettement définies exprimées par un ritualisme stricte " qui prévenait le délire du surnaturel " , selon R.Turcan ( 4 ) . Le sacerdoce romain relevait , ainsi , d'un juridisme étroit sans rapport avec une interprétation de l'Univers , et le sort des hommes avant ou après la mort .La comparaison avec les sacerdoces des religions orientales , riches , puissants , héritiers millénaires de traditions théologiques et cosmologiques révélait les insuffisances des pontifes romains .

    En tête de cette magistrature religieuse , se trouvaient deux personnages :

  • d'une part , le Rex Sacrorum , toujours un patricien , prêtre de Janus , exerçant une primauté d'honneur . Derrière lui , venaient 15 flamines , responsables chacun d'un culte particulier, parmi lesquels se détachaient les 3 flamines majeurs : celui de Jupiter , le flamen Dialis ; celui de Mars , le flamen Martialis; celui de Quirinus , le flamen Quirinalis .

  • d'autre part , le grand pontife, Pontifex Maximus , qui assura progressivement la direction , non seulement du Collège des pontifes , mais de la religion romaine , par le contrôle de la discipline religieuse ,du calendrier , du choix des Vestales et du flamen dialis ; il était pourvu du droit d'auspice et de commandement . A côté des pontifes , deux Collèges fonctionnels jouaient un rôle très important : celui des Vestales , gardiennes du feu sacré qui brûlait nuit et jour dans le temple de Vesta ; celui des Augures , spécialisés dans l'interprétation des auspices , par lesquels les dieux manifestaient leurs volontés .

    Il y avait aussi deux autres Collèges : celui des Epulons ( trois , puis sept ) chargés de l'organisation des banquets sacrés ; celui des Viri sacris faciundis ( 2 , puis 10 , puis 15 ) chargés sur ordre du Sénat de contrôler les Livres sybillins , réceptacle d'oracles acquis par Tarquin l'Ancien ; ils contrôlaient sous la République l'introduction des cultes étrangers et contribuèrent à répandre les " rites grecs" , aboutissant à l'évolution des sentiments religieux des Romains .

    A côté des Collèges , existaient , également , des Confréries , ou Sodalités , qui perpétuaient des rites archaïques aux caractéristiques magiques appuyées : les Luperques , les Frères Arvales , les Saliens . Il y avait , enfin , les Haruspices , maîtres de la divination ; ils interprétaient les éclairs dans le ciel , et surtout le foie des animaux sacrifiés , le foie siège de la vie.

    Cette religion publique des Romains avait transformé en une ville sacrée, l'Urbs , tirant sa puissance de sa primauté religieuse affirmée par la pratique de l' evocatio , qui consistait à attirer en Elle les divinités des villes ou des royaumes ennemis , faisant progressivement de Rome le Panthéon de tout l'Empire.

     

    Les Evolutions au temps de la République

     

      Finalement , cete religion , more majorum , cherchant à répéter les rites des Anciens , rigidifiée par des gestes , et des formules devenues souvent inintelligibles , ne pouvait satisfaire les citoyens en quête de spiritualité .

    En outre , trop de monuments étaient édifiés à la mémoire de déités antiques , dont on avait perdu le souvenir . Si bien que , durant les 4ème et 3ème siècles , des temples se trouvèrent désaffectés et plusieurs tombèrent en ruines .
    Un autel devant un temple, les sacrifices avaient lieu à l'extérieur; seuls ,les prêtres pénétraient dans le lieu saint

    Cependant , la cause principale des évolutions fut la peur panique qui s'empara du peuple romain , à l'occasion :

  • d' une menace d' invasion gauloise en 226, conjurée par le sacrifice d'un couple de Gaulois

  • surtout ,de la deuxième guerre punique de 218. Hannibal , ses troupes , et ses éléphants occupèrent l'Italie durant plus de 10 ans , menaçant directement Rome . Hasdrubal vint renforcer les armées carthaginoises en 207 , et l'Urbs en péril réagit par de nouveaux sacrifices humains .

    Les conséquences furent contradictoires :

  • d'une part , le Sénat fit appel à la Grande Mère phrygienne , Cybèle , et introduisit son culte en 204 au Palatin , en la "romanisant " par un lectisterne et la création de jeux , les Ludi Megalenses , célébrés ensuite annuellement le 4 Avril .Cette ouverture à la pratique de cultes étrangers fut renforcée par l'evocatio , par Scipion l'Africain , de Tanit , la divinité protectrice de Carthage , en 203 .

  • d'autre part , Scipion l'Africain , dont la piété était très remarquée , imagina le processus d'accaparement de la religion par la politique , imité par les généraux victorieux nommés imperatores , qui lui succédèrent .

  • enfin , les événements , par contrecoup , accélérèrent la réaction des milieux traditionnalistes ; ce qui se traduisit par la réfection de 12 temples entre 194 et 179 ; mais aussi par l'effroyable répression ordonnée, en 186 , par le décret De Bacchanalibus , qui causa la mort , à Rome même , de plus de 5000 mille personnes , peut-être 20000 dans l'Italie entière . Le culte de Dionysos - Bacchus incarnait , aux yeux des Conservateurs , une forme de contestation insupportable du mode de vie habituel des Romains ; les contrevenants furent assassinés dans leurs propres familles ,
    compte tenu des pouvoirs du pater familias .

  • Mais les religions orientales continuèrent à s'installer , soit du fait de relations commerciales accrues , par exemple le culte égyptien de Sérapis dans le port de Pouzzoles en 105 , d'où le culte isiaque gagna Rome ; soit du fait de révoltes d'esclaves , en 134 , en Sicile , qui introduisirent le culte syrien d'Atargatis et de Baals locaux .

    La diffusion , dans l'Urbs , des doctrines philosophiques grecques fut également de manière irrépressible à l'origine de l'évolution des sentiments religieux des Romains . Dès les débuts du 2ème siècle , des philosophes épicuriens enseignaient à Rome .

    Les pythagoriciens y développaient leur doctrine de spiritualité ; Scipion l'Africain , le premier des imperatores , croyait en l'immortalité astrale de son âme , mais mettait la primauté du surnaturel au service de ses ambitions politiques ; dans l'homme , seule, comptait l'âme , pressée d'abandonner la prison du corps pour gagner le Ciel , lieu du bonheur éternel.En face de cette doctrine favorisant les élans mystiques , se présentait un stoïcisme rationaliste .
    Toutes ces discussions tendaient à discréditer les vieilles croyances romaines , au moment même où , en plein 2ème siècle par Ennius , était traduite l " Histoire sacrée " d'Evhémère , accordant aux dieux une origine humaine , en renouvelant la pensée déjà ancienne de Xénophane de Colophon .

    Discussion de philosophes

     

    Les cultes orientaux aux temps de l'Empire


    Le Triomphe de Cybèle , Déesse de la Terre

    C'est en 205 avant notre ère que le Sénat romain traita avec le roi de Pergame , Attale , pour faire venir de Pessinonte à Rome l'idole de Cybèle , dont le culte fut instauré en 204 au Palatin , puis, au milieu du 2ème siècle de notre ère sous le règne d' Antonin le Pieux , dans un temple sur la colline du Janicule , sur les lieux devenus ensuite le Vatican .
    A l'évidence , la démarche sénatoriale ne résultait pas d'une simple consultation des Livres Sybillins ; cette dernière était intervenue naturellement pour confirmer une délibération antérieure des Sénateurs , informés déjà des modalités du culte métroaque et des vertus attribuées au météorite noir incarnant la Mère des dieux phrygienne , déesse de la Terre , déesse aux lions , introduite dans le Péloponnèse grec dès le 6ème siècle .

    L'imprégnation mutuelle des religions antiques fut une conséquence nécessaire des trafics commerciaux situés loin dans le passé , initiés au premier millénaire avant notre ère par les Phéniciens de Tyr , exportant avec leurs marchandises leur dieu Melqart devenu Hercule sur le Forum romain . Les Phocéens , en créant au 6ème siècle une colonie devenue Marseille , y installèrent Artémis , à laquelle ressemblera plus tard la Diane romaine .
    Préalablement aux grandes invasions religieuses aux temps de l'Empire , il exista un processus de compénétration fort ancien aux acteurs très divers : commerçants , marins , philosophes ambulants , esclaves de souche égyptienne ou micrasiatique , militaires romains de retour de campagne ...etc. Les mystères d' Eleusis continuèrent , après la mort d' Alexandre en 323 , d'attirer des fidèles aux origines mêlées , fascinés par les promesses du mythe de Déméter , mère de Coré , déesse agraire , identifiée parfois à Cybèle ; on compta par la suite quelques Empereurs romains parmi ces mystes éleusiniens .

    Assurément , ce mouvement pérenne s'enfla jusqu'à devenir un flux irrésistible sous la dynastie lybo-syrienne des Sévére (193/235 ) , mais , en définitive , plutôt qu'une " contamination " nocive , il faut considérer cette action incessante et réciproque de syncrétisme comme l'affirmation renouvelée d'une origine commune à toutes ces populations indo-méditerranéennes à travers l'Asie Mineure , la Perse, Syrie , Egypte , Afrique du Nord , Grèce , Balkans , Italie , Espagne , Gaule méridionnale , pays aux civilisations spécifiques , certes , mais où l'on tint perpétuellement pour " sacrés " la terre , l'eau , le serpent , l'arbre-croix, entre autres .

    Quelles étaient les particularités , si attrayantes pour des Romains , de ces religions venues d'Orient ?

    Ces attraits étaient directement déterminés par les mauvaises conditions psycho-sociologiques de l'existence de ces citoyens. L'Urbs constituait un " grand ensemble " , une ville trop importante , environ 1.200.000 habitants au début du 2ème siècle sous le règne de Trajan , peuplée pour la plus grande partie d'esclaves , et de plébéiens dont le plus grand nombre , jusqu'à 400.000 personnes , vivait des distributions de l'annone, c'est à dire de la générosité de l'Empereur .

    Il en résultait un sentiment généralisé de solitude , d'ennui , de peur même , un besoin de solidarité , que la législation sur les Collegia , restrictive jusqu'en 212 , contribuait à renforcer . D'autre part , une religion , y compris de nos jours , pour rassembler des fidèles , doit présenter une doctrine correspondant aux connaissances diffusées par les " sciences " de son temps ; si , par exemple , une religion prétend à travers ses " livres sacrés " que l'homme a été créé depuis un peu plus de 7.000 ans , alors que la " Science " prouve qu' à cette époque la Terre existait depuis plus de 4 milliards d' années , que l'humanité est vieille d'au moins 3 millions d'ans , à la suite non pas d'une création mais d'une évolution universelle , cette religion perd toute crédibilité , même si elle professe détenir les clefs du bonheur éternel ! Chercher à ridiculiser ces résultats scientifiques sous l'étiquette de scientisme cache à peine les regrets de ne plus pouvoir brûler de nouveaux " hérétiques " , tel Giordano Bruno .

    Sous l'Empire romain , le dernier mot de la " Science " était l'astrologie , d' origine égypto-asiatique , déterminant globalement le sort des humains par les mouvements des astres dans le Ciel . L'astrologie a enrichi la théologie solaire , et donné aux diverses religions orientales une " cohérence cosmique " , en justifiant la place de l'individu dans un Univers fonctionnant en correspondance avec l'esprit du temps et l'état de la Société . Si bien que les Romains trouvèrent dans les manifestations rituelles et les mythes des cultes venus d' Orient des remèdes à leurs anxiétés , des moyens efficaces pour surmonter leurs difficultés quotidiennes d'existence .

    Le Culte métroaque

    Le culte métroaque fut officiellement " romanisé " par l'Empereur Claude , dans les années 40 de notre ère , sous l'influence, dit - on , d'affranchis d'origine asiate . Claude introduisit dans le calendrier le début de la " semaine sainte " d'Attis , qui , après une série de journées occupées par les lamentations sur la mort du dieu accompagnées de jeûnes , se terminait par les " hilaries " de sa résurrection , le 25 Mars .
    Quelques jours après , on sortait de son temple l'idole de la Mère des dieux pour la baigner dans les eaux d'un affluent du Tibre , cérémonie donnant lieu à une procession grandiose faisant circuler la déesse sous une pluie de fleurs . Puis arrivait, le 4 Avril , l'ouverture des Jeux Megalenses ; jeux extraordinaires se déroulant pour partie dans le Grand Cirque , soulevant l'enthousiasme populaire .

    Dans le temple ouvert au public , la foule se pressait pour vénérer la déesse , au milieu de ses prêtres d'origine phrygienne , les Galles , châtrés comme Attis , mendiants à l'occasion , virevoltant , dansant , jouant d'instruments aux accents délirants , vêtus de robes aux couleurs criardes . Ces cérémonies étaient suivies , à date régulière , de banquets organisés par des groupements de patriciens , pour honorer Cybèle et Attis .

    L'influence du culte était renforcée par les rites d'initiation aux mystères par lesquels les impétrants se transformaient en Attis , assurés de leur salut éternel ; la mort n'était qu'une phase dans l'évolution cosmique , et le salut était garanti par une hiérogamie avec la Mère des dieux ; Attis était le protecteur des morts ; il incarnait leur espoir d'une vie après la vie .En outre, la pratique du taurobole pour consacrer la désignation d'un archigalle romain, à partir du régne d'Antonin le Pieux , ajoutait au caractère exorbitant et attirant du culte .Le sang répandu sur le sujet agissait d'abord comme un sacrifice par substitution : on coupait les testicules de l'animal , on les enterrait en les identifiant symboliquement à ceux de l'homme
    " baptisé " par le sang .

    Le sang était considéré l'élément constitutif de la vie ; le taureau (boeuf ou vache ) , par le dessin de ses cornes , figurait le dieu - lune , premier fécondateur , qui chassait la désertification causée par le soleil trop ardent, en Asie . Par le sacrifice du taureau , l'homme " renaissait " ; ce baptème par le sang était censé le " régénérer " pour 20 ans , voire l'éternité . Un Empereur , Héliogabal ( 218/222 ) se serait livré à cette pratique , qui s 'étendit à tout l'Empire avec le culte de Cybèle, figurée au second siècle de notre ère sur les monnaies romaines en Notre - Dame du Salut .

    Dans le temps , les attributs d'Attis cosmocrator se précisèrent ; on l'identifia successivement , ou simultanément , au dieu - lune :Men , origine de la germination et de l'abondance , et au Soleil ; il devint non seulement sanctus mais invictus comme Mithra . L'Empereur Julien dit l'Apostat ( 359/363 ) demanda à son ami Saloustios de rédiger une sorte de catéchisme du culte métroaque , qui fut commenté par de tardifs philosophes néo-platoniciens au 6ème siècle .
    La " semaine sainte " d'Attis fut interdite en 415 , mais" christianisée " déjà par le Concile fondateur de Nicée en 325 , puis le pin remplacé par la croix fécondatrice par le Concile de Chalcédoine en 451 . Cybèle , durant tout ce 5ème siècle , fut l'objet de nombreuses discussions à Constantinople cherchant à définir leTheotokos , la Mère de dieu . L' Empereur Julien , en son temps , avait décrété que Cybèle était la Vierge .

     

    Le Culte Isiaque

     

      Les mythes d'Isis et d'Osiris ont été décrits par Plutarque dans le tome V de ses Oeuvres Morales , sous le titre " De Iside et Osiride " ( 5 ) . Les rites isiaques ont fait l'objet du livre XI des " Métamorphoses " d'Apulée ( 6 ) .

    Ces " Métamorphoses " ont été commentées par une psychanalyse élève de C.G.Jung dans un ouvrage intitulé " L'Ane d'Or " ( 7 ) .Il pourrait paraître suffisant de renvoyer à ces travaux complets et attachants .

    Toutefois , l'Egypte ancienne nous fascine , comme elle a fasciné , après les populations de l'Antiquité , les Empereurs romains et le Haut Moyen Âge .

    Les relations comerciales entre l'Egypte et le monde grec remontent à la seconde moitié du deuxième millénaire avant notre ère ; les épopées homériques ont décrit aussi bien la ville de Thèbes " aux cent portes " que l'arrivée de Ménélas aux rives du Nil, à son embouchure ( Iliade IX-381; Odyssée IV - 351 ) ( 8 ) .

    Au 7ème siècle , les Grecs, ayant affiné leurs qualités de navigateurs , y avaient établi une tête de pont . Après son exil à Samos , Hérodote y fit un long voyage et consacra le second livre de ses " Histoires " à l' Egypte ; avant lui , plusieurs Grecs réputés des 7ème et 6ème siècles l' avaient visitée , tel Solon et Thalès ; en 402 , une flotte athénienne vint soutenir la révolte conduite par Inaros .

    Les Grecs étaient véritablement fascinés par la haute antiquité de l'Egypte , ses monuments , ses coutumes , sa religion .
    Reine des Dieux - Notre Dame de la Mer.
    ISIS aux Mille Noms
     

    Aussi , dès le 5ème siècle , Isis avait un sanctuaire dans le port du Pirée , puis , au 2ème siècle , un temple au flanc de l'Acropole d'Athènes ; son culte y fut officialisé et l'effigie de la déesse orna les monnaies athéniennes . En ces temps là , Isis était perçue d'abord comme une mère et s'identifia aisément à Déméter ; un syncrétisme gréco-égyptien s'instaura d'autant plus facilement qu'Isis était également l'épouse d' Osiris , le dieu des morts , et fut confondue , en outre , avec Coré .

    Osiris , le dieu du Bien , avait été victime de son frère Seth , le dieu du Mal ; son meurtre préfigura curieusement la rivalité de Caïn et d'Abel , dans la Genèse .
    Selon le récit de Plutarque , Isis aurait traversé la Méditerranée orientale pour chercher à Byblos, en Phénicie , le corps de son époux , mort , emprisonné dans le tronc d'un arbre , qui servait de poutre dans le palais du roi de la ville .
    Seth déroba à nouveau la dépouille d'Osiris et la dépeça en plusieurs morceaux ; la déesse s'échina à les retrouver , un à un ; ayant réussi à reconstituer le corps d'Osiris , elle le rendit à la vie ; elle manifesta , de cette manière , non seulement sa toute puissance , mais aussi l'efficacité de sa " magie " ; elle fut saluée , par ailleurs , déesse du Phare d' Alexandrie " Isis Pharia " ; elle devint désormais Reine de la Mer " Isis Pelagia " Le fils d'Osiris et d'Isis , Horus , dénommé Harpocrate par les Grecs , vengea son père et tua Seth .

    Le mythe isiaque s'enrichit , à la fin du 4ème siècle , de la création du culte de Sérapis par Ptolémée Sôter , diadoque d' Alexandre , successeur des Pharaons , et , comme tel , roi de droit divin , légitimé par la parole d'Isis ; l'Egypte , toutefois , ne renonça à aucune de ses coutumes , et imposa ses rites aux Lagides et aux colons helléniques qu'ils avaient attirés , si bien que Ptolémée II Philadelphe épousa sa soeur suivant le modèle d'Isis et d'Osiris , archétypes divins de la souveraineté .
    Le culte de Sérapis aurait tendu à concilier les piétés nilotiques et helléniques . Sérapis, étymologiquement , voudrait transcrire l'égyptien " Osor - Hâpi " c'est à dire : Osiris père du Nil , ou "Osiris - Apis " c'est à dire l'Apis mort devenu Osiris dieu des morts .
    Sérapis s'est attribué tous les pouvoirs d' Osiris , qu'il s'agisse de la fécondité ou de la protection des morts ; sa statuaire était d'un type purement grec . Toutefois , le Sérapeum d'Alexandrie fut construit par Ptolémée III Evergète , dans la deuxième partie du 3ème siècle , en l'honneur de Sérapis et d'Isis , conjointement ; il figurait parmi les sanctuaires les plus prestigieux de L'Antiquité .

    Sérapis avait trois lieux de culte à Délos , petite île de la mer Egée au milieu des Cyclades , où Isis l'avait précédé connue sous les identités de la Victoire , Justice , Chance , Némésis , Aphrodite , voire Cybèle .La pratique religieuse isiaque y était caractéristique du culte d'Isis , tel que pratiqué ultérieurement dans tout l'Empire . Le sanctuaire , lui-même , relevait d'une architecture calculée pour donner le " frisson du sacré" ; retiré du chemin , il était entouré d'annexes servant au logement des prêtres , les pastophores , et de certains fidèles , soit membres d'une sorte de tiers-ordre , soit impétrants en quête d'initiation , soit retraitrants appelés katokoï . Les membres du tiers-ordre, déjà initiés , se soumettaient à une règle de vie assez stricte comportant périodiquement jeûne , abstinence , et continence ; ils portaient , en outre , un uniforme , la robe de deuil d'Isis , noire ; ce qui les faisait désigner par le nom de mélanophores ; cette robe noire sera adoptée par les moines chrétiens d'Orient . Cette hôtellerie et le sanctuaire formaient un ensemble nettement séparé , préfigurant les constructions moyenâgeuses de couvents fortifiés et d'églises abbatiales . Le rite isiaque développait dans ce cadre , à la fois strict mais très orné à l'intérieur des bâtiments ,un cérémonial tout empreint d' une spiritualité spécifique de la religion d'Isis , et sur lequel nous devrons revenir . Isis exerçait à Délos une souveraineté universelle ; Reine des dieux , elle était l'Unique aux mille noms , maîtresse des étoiles et du ciel , de la terre et des eaux ; les habilleuses de son idole avaient soin de tresser sur sa poitrine le noeud " isiaque " , représentation de la croix ansée traditionnelle , symbole de la vie éternelle .

    Depuis les époques les plus reculées , Délos était un port commercial fréquenté ; son importance s'accrut lorsqu'en 166 Rome en fit un port franc dont l'activité et la population augmentèrent considérablement . Particulièrement , Délos devint le premier marché aux esclaves ; on y traitait quotidiennement , dit-on , 10.000 esclaves , prises de guerre , ou personnes enlevées par des pirates . L'île fut ravagée en 69 par des Ciliciens , et , à la fin du siècle , supplantée par Pouzzoles en Campanie dans le commerce avec l'Orient .Entre temps , Délos avait exporté , chaque jour , en direction de la Grande-Grèce , la Campanie , Ostie , Rome , des lots fournis de marins , trafiquants , commerçants , militaires , esclaves de souche égypto-orientale destinés à devenir soit des outils de services domestiques ou administratifs , soit des outils de production dans les latifundia . Tous ces voyageurs emmenaient avec eux leurs rites religieux , si bien que plus loin s'étalait en Orient l'Empire de Rome , plus loin en Occident se propageait le culte d'Isis .
    Le trafic s' établissait aussi avec le grand port d'Aquilée , sur l'emplacement de l'actuelle ville de Trieste ; les navires remontaient l'Adriatique en longeant la côte dalmate , passaient régulièrement entre les îles présentement croates de Losinj et de Cres , et faisaient relâche en un port dont le toponyme d'Osor ( Osiris) reste , de nos jours , le témoin du culte isiaque pratiqué dans la région . De Rome , les divinités du Nil s'expatrièrent en Gaule , notamment à Lyon où un temple leur fut érigé en 43 ; mais également en Espagne , qui devint la patrie des " Isidores " les " donnés par Isis " , nom du dernier Père de l'Eglise mort en 636 , Isidore de Séville ; ces Isidores furent exportés en Franche-Comté espagnole , où un St-Isidore est vénéré comme patron des laboureurs , par exemple dans l'église St.Bénigne de Pontarlier . La présence concrète d'Isis dans des édifices chrétiens actuels manifeste encore , inconsciemment pour les " fidèles" , la puissance de son culte .

    A Rome même , des statues et des autels dédiés aux divinités égyptiennes furent élevés sur le Capitole , dès 70 .Les débuts de l'époque impériale sous le règne de Tibère furent marqués par des mesures répressives et des destructions ; toutefois , Caligula reconstruisit le temple du Champ de Mars , et inscrivit dans le calendrier romain les fêtes de " l'Invention d'Osiris " , du 28 Octobre au 3 Novembre , bien que le culte isiaque , au contraire de celui de Cybèle , n'eut aucun lien avec le culte impérial . A dater des Flaviens , une véritable égyptomanie gagna la classe dirigeante romaine puis les autres couches de la Société .

    Cette fascination profita essentiellement à Isis , déesse de la Chance , identifiée à toutes les divinités souveraines et maternelles , alorsqu' un texte d'Abydos lui avait fait dire , longtemps auparavant : " Je suis la grande Vierge " . Sérapis , lui , était assimilé au dieu Soleil ; Osiris était devenu un autre Attis , protecteur des morts .Sous le régne de Marc - Aurèle , la piété populaire organisa sur l'Aventin des locaux destinés aux réunions des fidèles , au N.O. de constructions où devait s'édifier au 5ème siècle l'église de Ste. Sabine . Sous la dynastie des Sévère , l'égyptomanie se renforça et Caracalla introduisit le culte d'Isis à l'intérieur de l'enceinte augurale , l'enceinte " sacrée " ou pomoerium, ce qui n'avait été jamais réalisé.

    Quel était le contenu de cette religion , à la fois cosmique , sotériologique ,universelle et personnelle ? Le dernier livre des " Métamorphoses " d' Apulée , écrit vers 160 ou180 de notre ère , nous renseigne précisément , par la description des dévotions publiques du " Navigium Isidis " , le 5 Mars de chaque année . Le " Navigium Isidis " ou " Navire d'Isis " constituait la grande fête d'ouverture de la période annuelle de navigation , jusqu'en Septembre habituellement . Elle était répétée , pratiquement , dans chaque port , avec le concours des autorités municipales et des populations . C'était à la fois une sorte de carnaval et une procession de l'idole isiaque sur un chemin entièrement fleuri , accompagnée d'une musique surprenante , de femmes en robes blanches , d'une foule pressante , et d'un cortège de prêtres rangés par ordre hiérarchique , le crâne rasé , vêtus de lin blanc .

    On approchait du bord de mer , on disposait des images de la déesse près d' un navire neuf , voile gonflée ; le grand-prêtre le purifiait , après avoir prononcé des prières " solennelles " . Le navire , une fois consacré , était chargé par la foule de " vans d'aromates " et d'offrandes ; on versait sur les flots des libations de bouillie de lait .C'était une préfiguration des " bénédictions de la mer " chrétiennes . Enfin , on rompait les amarres et le bateau s'éloignait , jusqu'à devenir invisible . Alors , chacun reprenait " le saint fardeau " qu'il avait apporté , et l'on revenait au temple . Là , un prêtre , dit le Scribe , du haut d'une estrade, prononçait les voeux de prospérité pour le prince souverain , le sénat , l'ordre équestre , le peuple romain tout entier , les navigateurs et les navires ; puis il proclamait l'ouverture de la navigation .

    Les fêtes de l" Invention d'Osiris " , du 28 Octobre au 3 Novembre , constituaient simultanément un pendant au " Navigium Isidis " et une répétition de la " semaine sainte " d'Attis. A cette époque de l'année , le cours du Nil était au plus bas , et laissait le sol à nu . Les nuits se faisaient plus longues que les jours ; on veillait Osiris , mort , tué par son frère Seth ; on vêtait de noir les idoles d'Isis , on s'habillait de noir en s'appropriant son chagrin ; on célébrait la " passion " d'Osiris , à laquelle certains participaient en se frappant la poitrine avec des pommes de pin , l'arbre sacré d' Attis .On mimait aussi la quête d'Isis , puis, le 3 Novembre , on retrouvait Osiris dans son temple ; on fêtait sa " résurrection " par des réjouissances populaires , on dansait , on chantait ; Osiris triomphant , dieu de la végétation , garantissait par son retour de bonnes récoltes.

    Il y avait , le 24 Mars , la fête des Pelusia , durant lesquelles Horus , nommé Harpocrate par les Grecs , enfant du couple divin conçu après la " renaissance " d'Osiris par le fait de la magie d' Isis , surgissait du limon sur une feuille de lotus , précédant la " résurrection " d'Attis , le 25 Mars .

    On fêtait aussi, le 25 Avril , les Serapia , en commération de la dédicace d'un des temples de Sérapis .

    Enfin , le 12 Août , jour anniversaire d'Isis , solennisé dans toute l'Egypte , par des cérémonies nocturnes dites " Fête des lampes " , on vénérait la déesse identifiée à la Lune ; le dieu- Lune était primitivement , en effet , le plus important des dieux dispensant la fécondité et l'abondance .

    Quelle figure présentait au public la religion isiaque ? Extérieurement , et principalement , celle de ses sanctuaires et de leurs annexes , dont l'architecture , si spécifique , était calculée pour conditionner la sensibilité et la piété des fidèles , comme nous l'avons déjà souligné à propos de l'île de Délos . Il y avait une opposition marquée entre l'isolement des bâtiments , leur austérité , préfigurant les Collégiales fortifiées moyenâgeuses, et la décoration intérieure , rutilante , déconcertante par sa zoomorphie , déstabilisante par la représentation des animaux sacrés égyptiens . Le mobilier , important , comportait plusieurs autels abritant , outre les idoles d'Isis et d'Osiris , les statues des autres divinités adorées : Horus , Sérapis ,Anubis , Hator ....A l'intérieur des sanctuaires , officiait un clergé nombreux , dont les membres se répartissaient en diverses catégories : astrologues , scribes , pastophores , anubophores ... .

    Ces prêtres formaient un contraste saisissant avec les galles du culte métroaque , imitateurs châtrés d'Attis , mendiants bruyants , exhibitionnistes parfois scandaleux . Les prêtres d'Isis , au crâne rasé , vêtus de lin , consacraient leur vie entière à la contemplation des dieux et se distinguaient non seulement par une attitude de grande réserve et de recueillement , mais par leur régime de vie ponctué de jeûnes et conditionné par leur voeux de chasteté , que la papauté romaine , plus tard , mettra quelques siècles à imposer à ses évêques et à son clergé . Il régnait , dans ce troupeau sacerdotal , une stricte discipline établie par une hiérarchie dominée par un grand-prêtre ; cependant , il n'existait pas d'Institution unifiée obéissant à un centre unique ; les diverses communautés cultivaient entre elles des relations amicales , sans qu'aucune d' entre elles cherchât à imposer aux autres ses rites ou son interprétation des mythes .

    Une des caractéristiques du culte isiaque consistait en la quotidienneté des cérémonies de prières , d'adoration et de contemplation des dieux .Il ne suffisait plus , comme dans la religion romaine traditionnelle , de sacrifier à une divinité une fois par mois ou par an ; Isis exigeait des services journaliers . L'office commençait au lever du Soleil , dont la victoire sur les ombres de la nuit remplissait de joie les peuples primitifs , puisque sa lumière leur permettait de se situer dans leuir environnement . Le rite comportait l'ouverture de la Cella , obturée par des rideaux et des panneaux , sorte de grand ostensoir des effigies d'Isis et d'Osiris , et que l'on maintenait ouverte jusqu'au début de l'après-midi .

    L'horologos introduisait une stricte discipline dans la dévotion , si bien que les prêtres pouvaient exercer , à l'extérieur , passé 14 heures , une autre occupation . Les habilleuses s'affairaient à la toilette de la déesse , et utilisaient une garde-robe très garnie , au symbolisme vestimentaire concrétisé par le noeud isiaque placé sur la poitrine de la divinité . On procédait également à de nombreuses lustrations d'eau sainte venue , disait-on , du Nil , manifestation du dieu Osiris .

    Une des fonctions principales du clergé résidait dans la direction spirituelle des fidèles , notamment de ceux qui se préparaient à l'initiation aux mystères et logeaient dans l'hôtellerie du temple . Il ne suffisait pas de vouloir s'initier ; il fallait être agréé et appelé par Isis elle-même , touchée sans doute par les supplication de l'impétrant Elle apparait ainsi à Lucius dans les " Métamorphoses " d'Apulée ( XI- 3 ) en une " image radieuse " , la tête couronnée de fleurs ; au dessus du front , un disque aplati en forme de miroir " jette une blanche lueur " , et imite la lune, rappelant l'origine de la déesse .

    " Je viens à toi , Lucius , émue par tes prières , moi, mère de la nature entière "

    Cet agrément de la déesse était signifié en songe à un prêtre ainsi chargé de l'initiation individuelle de l'impétrant , et non initiation collective comme à Eleusis .L'initiation comportait , outre un bain dans l'eau sainte du Nil , 10 jours d'abstinence et de continence ; elle consistait en une sorte de voyage sidéral fictif , qui dévoilait à l'intéressé les puissances des dieux et la souveraineté d'Isis . Le myste mourait , en quelque sorte , à sa vie antérieure et " renaissait " par l'efficience d'Osiris , dieu des Enfers , et la grâce d' Isis " mère de la nature entière " . L'initiation équivalait à une mort volontaire .

    L'initié " rené " était assuré de son Salut . Aussi , après le temps pris par l'opération , était-il exposé à la vue de la communauté entière , comme une statue vivante ; son intégration dans la foule des initiés se faisait par un banquet rituel . La discipline spirituelle imposait au nouvel initié une règle d'ascèse et de recueillement ; tout manquement à l'observance de cette règle exigeait une confession des fautes ; où l'on voit que l'Eglise, créée ultérieurement par Constantin , pour l'institution de ses sacrements , n'a fait que puiser dans les pratiques magiques mises en oeuvre notamment par la religion d'Isis .

    La fin du culte d'Isis vint avec l'agenouilllement de l'Empereur Théodose , à Noël 390 , devant Ambroise , évêque de Milan et chef de la chrétienté d'Italie . Un édit interdisant les sacrifices " païens " fut signé le 16 Juin 391 par le Prince , concernant la ville d'Alexandrie Il fut exploité par l'évêque Théophile avec l'aide de l'armée et des bataillons de moines " ces êtres qui ressemblent à des hommes mais vivent comme des porcs ... A cette époque , quiconque portait une robe noire avait un pouvoir despotique ..." L' antique Sérapeion fut détruit ( 9 ) .

    En Italie , pourtant , le culte d'Isis tenait bon ; en 417 , on célébrait encore les " hilaries " d'Osiris , le 3 Novembre, en certaines campagnes . En Egypte même , Isis conservait des adorateurs chez les Universitaires à la fin du 5ème siècle . Son culte dans le temple de Philae , sur le Nil , en Haute Egypte , ne fut supprimé qu'en 535 par un général de Justinien .Même sous la domination arabe , Isis et son fils Horus étaient invoqués , alorsque le culte chrétien avait disparu de cette contrée . Isis , la Myrionyme, " source des siècles " survit en fait , en Occident , dans nombre d'habitudes chrétiennes ; il suffit de prier St. Isidore , patron des laboureurs , pour la faire " renaître " , ou d'aller à Osor pour se mettre sous la protection de son Epoux , Osiris .

    Le culte de Mithra

     

      Comme plus tard dans les " Crucifixions " chrétiennes , du 6ème au 11ème siécle , la scène se passe sous le regard du Soleil et de la Lune .

    Le taureau , par le dessin de ses cornes , figure cette dernière , la Lucina virgilienne . Le sang du taureau contient l'humidité fécondante .

    En le répandant , Mithra sauve la Terre de la sécheresse et garantit la vie " divine " à toute la création animale et végétale .

    Comme il est écrit sur la paroi d'un Mithraeum:" Tu nous as sauvés en répandant le sang éternel ".
    Le sacrifice du taureau dans une caverne de Mithra.  

    Le culte de Mithra parait avoir été découvert par les armées romaines lors de la Campagne de Pompée , à la suite de la loi Gabinia en 67 , contre les pirates méditerranéens , particulièrement les Ciliciens dont plusieurs groupes étaient encadrés par des officiers du roi du Pont , Mithridate - don de Mithra , qui célébraient les mystères du dieu , selon Plutarque dans sa " Vie de Pompée " .

    La naturalisation persique de la divinité ne peut faire oublier ses origines très anciennes dans la trinité " Varuna - Mitra - Indra " ; une rupture de presque deux millénaires sépare le Mitra védique des premières figurations du Mithra sacrifiant un taureau .
    En cette préhistoire indo-européenne et cette protohistoire perse , le dieu était probablement déjà identifié avec le Soleil et sa parèdre Anahita avec la Lune . Mithra incarnait non seulement l'astre du jour , qui était son oeil , mais le feu éternel , le dieu des armées , des contrats et de la Justice .

    Après les conquêtes d' Alexandre , Mithra fut intégré au panthéon syncrétique de l'Orient hellénisé ; l'astrologie incluse dans les mystères mithriaques , notamment l'usage de la semaine planétaire , peut provenir aussi bien des Mages babyloniens , ses prêtres , sous l'influence des Chaldéens , que des philosophes grecs stoïciens dont l'enseignement prospérait à Tarse en Cilicie , Tarse où l'on frappa au 3ème siècle de notre ère des monnaies à l'effigie de l'Empereur Gordien III ( 238/245 ) avec , au revers , l'image de Mithra tauroctone . C'est bien en Asie Mineure que s' est édifié progressivement le mithriacisme et ses mystères ; le dieu naissait dans une caverne
    ou d'un rocher, avec l'aide de bergers ; c'était un dieu pétrogène .

    Après avoir écrasé les pirates , Pompée installa quelques survivants en Apulie ( Les Pouilles ) pour les transformer en apiculteurs mais ces adorateurs asiates de Mithra ne semblent pas avoir pu essaimer leurs croyances . Il fallut attendre le règne de Néron pour que le nom de Mithra fût officialisé à Rome . Tiridate , roi d'Arménie , vint en 66 s'agenouiller devant l'Empereur , après huit années de guerre , pour recevoir sa couronne des mains du Prince qu'il aurait salué comme son dieu et appelé Mithra .

    Vraisemblablement , le développement du mitriacisme en Italie , à l'instar du culte isiaque , fut une conséquence de l'arrivée , entre autres , d'esclaves d'Asie Mineure , après les Campagnes en Cappadoce , Arménie , Commagène , sous les Flaviens . Rome devint alors un foyer rayonnant du mithriacisme mystérique , qui s'implanta dans tous les ports d'Italie , Sicile , et même à Aquilée où l'on célébrait déjà avec ferveur les cultes du Nil . Dans le port d'Ostie , on compta plus de vingt Mithraea ; à Rome , environ une centaine . Sous le règne de Domitien , en 83 de notre ère , eut lieu la lecture publique , selon les habitudes romaines ,d'une épopée de Stace , dont le premier des douze chapitres évoque clairement Mithra sacrificateur du taureau .

    Les lieux de culte se propagèrent non seulement en Italie mais dans l'Occident tout entier , principalement dans les provinces danubiennes et à la frontière germanique . En Europe centrale , de nombreuses découvertes de sanctuaires mithriaques ont été faites ; la ville de Trèves semble avoir constitué un centre actif du culte . En Europe orientale et jusque sur les bords de la Mer Noire , on a trouvé également des vestiges importants , présentant , en Thrace principalement , des